ET LEUR DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE
Division en plusieurs régions.
Dans un mémoire sur les Cryptogames des Antilles françaises (1) , j'ai donné une description géographique et géologique de ces îles , et indiqué leur division en trois régions botaniques .
1° La région inférieure ou région des cultures (regio campe stris ) , depuis le niveau de l'Océan jusqu'à 500 mètres;
(1) Bulletin de la Société Linnéenne de Normandie , t. IV, p. 19.
2° La région moyenne ou région des forêts (regio sytvatica) , de 500 à 1200 mètres;
3° La région supérieure (regio suprasylvatica ) , qui commence à 1200 mètres et a pour limite supérieure le sommet de la Soufrière, point culminant des Antilles françaises, qui s'élève à IZ18O mètres au-dessus du niveau de la mer.
Du nombre des Glumacées aux Antilles.
Ce mémoire contient l'énuméralion de 118 Glumacées; si on y ajoute 19 espèces indiquées par Grisebach et qui ne figurent pas dans nos collections , on n'arriverait qu'au chiffre de 137 espèces, qui doit être bien inférieur au chiffre réel.
Le nombre des Filicinées des Antilles françaises connues jusqu'à ce jour est de 380, et, après les recherches du docteur L'Herminier et de tant d'autres naturalistes qui se sont occupés de ces plantes, on peut affirmer qu'il reste peu de découvertes à faire, et donner £t00 comme nombre des Fougères et Lycopodiacées de ces îles.
J'ai rapporté 200 fougères des Antilles, c'est-à-dire la moitié des espèces existant dans ces colonies. Mes recherches s'étanl étendues à peu près également aux Filicinées et aux Glumacées, je devrais admettre 230 comme total des Glumacées de ces îles, puisque ma collection en compte 115 espèces. — L'examen de la collection Coutance conduit au même résultat : en effet, cette collection contient 88 fougères (un peu moins du quart du nombre total); mais, comme elle est limitée à la Martinique, moins riche en Filicinées que la Guadeloupe, on peut admettre ce chiffre de l//i. La même collection contenant 57 Glumacées, on arriverait également au chiffre de 228 espèces.
Il faut remarquer que les Glumacées sont peu nombreuses dans les forêts et les montagnes , tandis qu'elles sont abondantes au bord des chemins et dans les savanes de la région inférieure , et sont par conséquent beaucoup plus faciles à trouver que les Filicinées qui croissent en grand nombre au milieu des forêts , sur les arbres , les rochers , parmi les mousses, etc. Xos collections doivent donc contenir proportionnellement plus de Glumacées que de Fougères, et le chiffre de "230 serait trop élevé. Je crois que le nombre des Glumacées des Antilles françaises ne doit pas dépasser 200 espèces qui seraient ainsi réparties :
Graminées 1 20 espèces.
Cyperacées 78
Joncées 2
Total. . . . 200 espèces.
Fui. I. GRAMINÉES.
Les Graminées présentent aux Antilles des dimensions bien diverses : les plus petites (Clitoris, Dactylocteniurn) n'ont que 1 à 2 décimètres de hauteur, tandis que les Bambous atteignent 12, 15 et 18 mètres dans certaines vallées humides, et rappellent un peu le port de nos peupliers. Si quelques espèces peuvent atteindre la hauteur de grands arbres, leur grosseur est beaucoup plus limitée; le diamètre de leur tige dépasse rarement 15 centimètres.
Les feuilles varient beaucoup moins que la lige dans leur forme et leurs dimensions; dans la plupart des espèces, elles ressemblent aux feuilles de nos Graminées d'Europe. Les plus grande? sont celles de la canne à sucre, qui ont 5 à 6 centimètres de large et souvent plus de 1 mètre de long ; mais cette plante n'est pas spontanée dans ces îles.
Aux Antilles comme en Europe, les Graminées se rencontrent dans des stations bien différentes : c'est dans les savanes et an bord des chemins qu'on en trouve le plus grand nombre ( Paspalum , Digitaria , Eteusine , etc. ). Les haies et les buissons sont la station favorite de plusieurs Panicum , des Olyra , Orihoclada , etc. Le Pappophorum alopccuroides cl F ' Antephora elegans croissent sur les coteaux pierreux ; certains Panicum, dans les fossés et les marais; le Paspalum Lenormandi , sur les rochers des torrents; le Vil fa virginica, dans les sables maritimes ; le Clitoris citiaia et VEragrostis pocvoides, dans les chemins peu fréquentés. Le Panicum arundinaceum et le Chusquea habitent les grandes forêts de la région moyenne, et le Panicum rigens les broussailles de la région supérieure, etc.
On trouve dans la région inférieure toutes les espèces , excepté le Panicum arundinaceum et le Chusquea, qui appartiennent à la région moyenne, et le Panicum rigens qui ne croît que dans la zone supérieure. Le Paspalum vaginalum et YEleusine indica pourraient s'élever à une plus grande hauteur, s'ils trouvaient des terrains convenables; en effet, la première de ces espèces est naturalisée dans le sud-ouest de la France, et la seconde n'est pas rare aux Canaries où on la rencontre jusqu'à 600 mètres d'altitude. Il en est de même des Panicum colonum, crus galli et glaucum, Cenchrus cchinalus, Cynodon dactylon , etc. , qui végètent bien dans l'Europe méridionale ou occidentale.