I.A BATTERIE ET I.E CHATEAU DE AIELDON LE 'l AVIIIL
(Dessin d'après nalure, par Clergeii.
nal pour différentes épreuves sous la surveillance immédiate du Comité de Salut public ».
Chaque jour des chariots de poudre, de munitions, d'appareils de guerre, sortent des ateliers de Meudon et sont dirigés vers les frontières.
Une compagnie de trente aérostiers, choisis parmi les élèves de l'Ecole de Mars, est placée sous la direction
ENVIRONS DE l'ARIS
du capitaine Coutclle. On fabrique à Meudon les aérostats militaires, dont l'apparition devait si étrangement stupéfier nos ennemis pendant la bataille de Fleurus.
Le 16 février 1795, à la suite d'une expérience de « tirs à boulets rouges sur des draps mouillés » un incendie ruine le vieux château, dont la démolition est ordonnée, en 1803, sous le Consulat. Les matériaux en sont dispersés et les colonnes de marbre rouge veiné ornant l'Arc de Triomphe du Carrousel proviennent du vestibule de l'antique manoir des Guises.
Sous l'Empire, le palais du Grand Dauphin, rajeuni par les soins de Napoléon, sert de résidence habituelle à l'Impératrice. Ici Marie-Louise reçoit les courriers qui, à franc étrier, ont traversé l'Europe pour apporter plus vite à la France les bulletins des victoires de César triomphant; et une petite voiture, traînée par deux chèvres aux cornes dorées, promène le roi de Rome sur les terrasses et le long des parterres de roses.
En 1814, les cosaques et les grenadiers russes de Barclay de Tolly saccagent Meudon; l'an suivant, Blûcher et les troupes prussiennes achèvent l'œuvre de destruction (' .
1) Pendant la première invasion, en 1814, les Alliés campèrent à Meudon. « Ces soldats (des Russes) portaient le plus profond respect à Napoléon.
« On avait oublié de cacher, chez mon père, une grande médaille qui représentait le buste du héros; loin de vouloir la
I,F, flIATEAl' DF MEIJDON
Sous le second Empire, le château esl afl'ecté à l'ex-roi Jérôme, frère de Napoléon I*"'. Mais auparavant, vers 1837, Hugo était venu bercer sa rêverie dans ce délicieux coin de terre :
J'ai trouvé dans une omhrc où rit l'herbe fleurie,
Enire Bue cl Meudon, dans un profond oubli,
Et quand je dis Meudon, suppose Tivoli —
J'ai trouvé, mon poète, une chaste vallée,
A ses coteaux charmants, nonchalamment mêlée....
Retraite favorable à des amants cachés,
Faite de flots dormants et de rayons penchés,
Où midi baigne en vain de ses rayons sans nombre
La grotte et la forêt, frais asile de l'ombre ! (\i.
Depuis, le temps a fait son œuvre, les pierres se sont effritées; d'immenses calottes astronomiques ont coiffé — gigantesques bonnets de nuit, — ce qui restait des palais de jadis; les mousses ont envahi le ruisseau où chantait l'eau des sources, mais le mystère de la forêt demeure, avec le doux bruissement des feuilles, la chanson des nids, les rais de lumière filtrant, à travers les branches vertes... Et les amoureux peu-
fouler aux pieds cl {"(Uitrager d'une manière quelconque, ils ne manquaient pas, au contraire, de se découvrir chaque fois qu'ils l'apercevaient accrochée à la cheminée avec autant d'empressement qu'ils l'auraient fait devant une image de Saint-Nicolas, avec cette exclamation en mauvais français : Napoléon, pas bon, mais grand capitaine! {Histoire de Meudon, par Eugène Robert, p. 98.)
(1) Victor Hugo, A Virgile. [Les Voix intérieures).
EWIRONS DE PARIS
vent toujours fredonner la chanson qu'ont clianlée nos pères ;
Au bois de Meudon,
Qu'il fait donc bon,
Cueillir la fraise!
C'est une bien jolie chanson... quand on la chante à vingt ans... et à deu.\ voix 1
LE CHATEAU D'ECOUEN
rÉLANCOLiQUE. ct calioleuse, la roule qui mène à Éi-oucn traverse Saint-Denis et Pierrefitte: les roues de l'aulo s'engluent en de profondes ornières creusées par le passage continuel des gros charrois. Nous croisons de lourdes voitures chargées de pierres meulières, de chaux, de sacs de ciment... La triste banlieue parisienne étend jusqu'à Sarcelles ses champs déplâtras, ses maisonnettes lépreuses, ses cantines eu voliges où persistent — à moitié décollés par la pluie — des fragments d'afflches bariolées, ses plants de choux bordés de mâchefer.
Puis le décor change, nous entrons dans de la vraie campagne; à droite, à gauche, des haies fleuries de jasmin et de « cheveux de la Vierge », des guinguetles enfouies sous des berceaux d'acacias : des allées duvetées de mousses où chantent les oiseaux, où picorent les poules; de grandes clairières remplies d'herbes folles avec, au loin, l'horizon mauve... Par-ci par-là, une mare où poussent les lentisques, les nénuphars, les iris; où
zigzaguent les araignées d'eau, perchées sur leurs hautes pattes de fils de fer...
Ecouen : Sur notre gauche monte une longue allée bordée d'arbres dont les cimes forment voûte; bientôt pointent de grands toits, de hautes cheminées sculptées, des fenêtres à meneaux évoquent Blois, Chenonceaux, Ghambord... Le château apparaît derrière les fossés, sévère et de haute mine, avec ses trois corps de logis dont chacun enchâsse quelque magistral morceau d'architecture. Pourquoi faut-il qu'une lourde et disgracieuse galerie, accolant la Porlerie, ait remplacé, sous le premier Empire, la belle arcature (démolie en 1787) que nous présente du Cerceau en ses « illustres Bastimens... »
La légende veut que cette demeure quasi ^royale — élevée de 1532 à 1540 par le grand connétable Anne de Montmorency, « le plus dur des hommes de guerre de son temps » ('), — ait été édifiée sur les restes d'une antique forteresse dont les murs auraient — en 975 — arrêté l'empereur Olhon II « menant 60.000 Allemands contre Paris ». En 1532, Anne de Montmorency, ministre de François I", est à l'apogée de sa gloire, qu'il consacre d'ailleurs en dressant sa propre effigie devant son château d'Écouen, encore inachevé.
(1; Très dévot envers Dieu, impitoyable envers les créatures, il mêlait les prières et les arrêts de mort :
— « Notre père, qui êtes aux cieux (pendez-moi celui-ci), que
votre volonté soit faite (pendez-moi celui-là), etc (Paul Perret,
Les châteaux historiques de la France.)
LE CHATEAU D ECOUEN
Luttes intestines, querelles d'influences, intrigues de Cour se succèdent pendant des années; Gharles-Quint et h'rançois l""" se disputent l'empire du monde. Charles- (Jiiint l'emporte... Le roi de France s'en prend au connétable et aux ministres : l'amiral Chabot est banni, le chancelier Poyel mis en prison, Montmorency congédié !
Exilé à Ecouen, le connétable concentre sur sa riche
VUE ET PERSl'EtTl\E Dl' CHATE AC d'ÉCOUEN ET d"linE PAIiTIE Iil BOLr.G
(wii'" siècle).
demeure sa prodigieuse activité et rêve à de nouvelles somptuosités. Charles Gaillard ou Billard, « maîtremaçon du Koy et de Mgr le connétable », puis Jean Bulant créent des merveilles d'art; ils empruntent même à l'étranger quelques morceaux de choix, dont deux Esclaves de marbre, sculptés par Michel-Ange pour le tombeau du Pape Jules II, que le Roi, après les avoir reçus de Robert Strozzi, avait offerts au connétable.
SNVtRONS DE PARIS
François P' meurt et, malgré l'avis suprême de son père : « se bien garder des conseils du connétable et de l'amitié des Guises », Henri II rappelle Montmorency
UNE FE.VETr.E hV CHATEAU.
Eug. Sadoiix, fiq.
au pouvoir... Triomphe éphémère auquel succède un second exil; Montmorency, vaincu par le parti guisard, se jette dans les guerres de religion et se fait tuer en 1567 à la bataille de Saint-Denis.
Un cavalier de l'armée protestante lui déchargea son
LE CHATEAU 0 ECOLEN
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pistolet dans les reins... Le vieux connétable (il avait 74 ans) se retourna sur sa selle : « Penscs-tu que je vais me rendre ? »... d'un furieux coup du pommeau de son épée, il brisa la mâchoire de son adversaire : puis il tomba de son cheval... « les protestants fuyaient, le vieillard baisa le pommeau en forme de croix de cette
VUE ET PEr.SPECriVE UU CmTEAU I) ECOUEN BATI PAR LES CONNETABLES DE MONTMORENCY.
épée qui venait de porter son dernier coup, demanda à Dieu pardon de ses fautes et mourut ».
François, son fils aîné, épousa Diane. « fille légitimée de France» — d'où les H de Henri II et les croissants entrelacés de Diane de Poitiers répétés sur les murs d'Ecouen — et mourut en 1575 sans postérité. Le château et le duché-pairie passèrent à son frère Henri, maréchal de Montmorency, dont le fils — filleul de Henri IV — fut décapité à Toulouse en 1632 comme
rebelle à son Roi. par ordre du cardinal de Richelieu (1). Avant de mourir le maréchal léguait à son bourreau « en marque de pardon » ce qu'il possédait de plus précieux, ses deux statues d'Esclaves. Ce don magnifique explique pourquoi la Révolution put « confisquer » les Esclaves dans « les Jardins-Richelieu », les expédier au musée des monuments français ; puis, de là, au musée du Louvre où nous les admirons aujourd'hui.
Ecouen passe alors à la sœur du maréchal, mariée au prince deCondé; mais Gondé préfère Chantilly, et le beau domaine si amoureusement constitué par le grand connétable est absolument délaissé... « Propriété nationale » sous la Révolution, le château servit d'hôpital et de prison pendant les premières guerres de la République. En 1807, Napoléon TafTecta à « un pensionnat impérial pour les filles de la Légion d'honneur» [-) et
(1) Le maréchal, avant de marcher à la mort, écrivit à sa femme une lettre touchante :
« Mon cher cœur, je vous dis ce dernier adieu avec une affection pareille à celle qui a toujours été entre nous. Je vous conjure, par le repos de mon âme, que j'espère être bientôt au ciel, de modérer vos sentiments, et de recevoir de la main de notre Dieu Sauveur cette affection. Je reçois tant de grâces de sa bonté que vous devez avoir tout sujet de consolation. Adieu, encore une fois, mon cher cœur. »
(2) Sous l'invocation des princesses de la famille impériale, les pensionnaires goûtèrent le sommeil dans ces vastes dortoirs qui portaient les noms de «Julie », de « Zénaïde », de « Catherine », de «Charlotte » et qui, maintenant, sont appelés « dortoir blanc», dortoir bleu», «dortoir jaune». (Paul Perret, Les châteaux historiques de la France.
LE CHATEAU D ECOUEN
M"^Campan fut nommée « siirinlendanle » de la maison. Née à Paris, le G octobre 1752. Jeanne-Louise Genêt
UNE ENXniiE DANS LA COUP. D'HONNEUR .
Kug. Sadoux, aq.
était, en 1768, lectrice de Mesdames, filles de Louis XV; deux ans plus tard, elle épousait Bertliollet-Campan et, en 1784, « lisait » le Mariaf/e de Figaro à Louis XVI et à Marie-Antoinette.
HA
La Kévolulion épargne M"*" Campan, retirée à Coubertin, dans la vallée de Chevreuse; en 1795, elle décide de se vouer à l'enseignement. 11 fallait vivre et faire vivre une mère très âgée, un enfant tout jeune et un mari malade; trenle mille francs de billets à ordre souscrits par M. Campan restaient à payer, et la pauvre femme ne possédait pour tout viatique qu'un assignat de 500 livres !...(^) Courageusement elle fonde un pensionnat à Saint-Germainen-Laye. Elle écrit elle-même cent prospectus et les adresse « aux gens de sa connaissance ». « Au bout d'un an, confesse-t-elle, j'avais 60 élèves, puis 100... j'achetai des meubles et payai des dettes... Un hommes de lettres, ami de M™* de Bcauharnais, lui parla de ma maison ; elle m'amena sa fille Hortense et sa nièce Emilie. » M"^ Campan consent un prix de faveur à ces jeunes filles; elles payeront 600 francs au lieu de 1.200 francs... Six mois plus tard, M"'' de Beauharnais devenait la citoyenne Bonaparte ! L'intimité s'établit entre M""" Bonaparte et Campan ; et au retour de la campagne d'Italie, le glorieux général daigne honorer de sa présence une représentation à'Eslher donnée à Saint-Germain par les élèves du pensionnat. Pauline puis Caroline (2) Bonaparte furent confiées à
(1) LeUre de M™» Campan à son fils. (Correspondance.)
(2) M™<' Campan racontait que M^^ Murât lui dit un jour :
« Mais vraiment, je suis étonnée que vous ne soyez pas plus inlimidée devant nous, vous nous parlez aussi librement que lorsque nous étions vos élèves.
— « Vous ne sauriez avoir rien de mieux à faire, répondit
l.E CHATEAL n'ÉCOL'EN 115
M""" Campan; il était donc naturel que l'Empereur