LE PLAN DE L ANCIEN MEUDON
D'autre part, Antoine Leroy atteste que « Rabelais fut fort exact à enseigner à son peuple le plain-chaot qu'il possédait parfaitement..., que sa maison était ouverte à tout le monde, excepté aux femmes: que les misérables trouvaient du secours dans sa bourse » qu'enfin « sa connaissance dans la médecine le rendait doublement utile à sa paroisse >>.
Bailleurs^ dès le xvi' siècle, on répétait couramment ce dicton : « Allons à Meudon, nous y verrons le château, la terrasse, les grottes et M. le curé, l'homme du monde de la plus belle humeur et du meilleur entretien ».
Toutefois, dans l'acte du 15 janvier 1552, par lequel il donna sa démission, Rabelais n'est qualifié que de « clerc du diocèse de Tours ».
Mais le fait seul que ce grand penseur, ce merveilleux esprit, ce « père de France », fut curé de Meudon, suffit pour donner à ce charmant village un refiet d'immortalité.
Dès 1552, le cardinal de Lorraine complète l'œuvre de la duchesse d'Étampcs'; il fait construire une grotte qui passe pour un chef-d'œuvre et une immense terrasse
rencc que son Irouppeau estoit 1res content de luy comme on le peut inférer de certaines lettres qu'il escrivit à quelques-uns de ses amys, qui sont encore entre les mains des curieux et que j'ay veues, ou, entre autres choses, il lui mande qu'il avait de bons et pieux paroissiens en la personne de Monsieur et de ISIadame de Guise... u (BuRGAUD DES Marets et Rathery, Notice biographique sin- Rabelais, p. 43.)
ENVIRONS DE l'ARIS
en briques à laquelle on accède par deux rampes (*). Celte terrasse, Ronsard l'a célébrée en Tune de ses
églogues :
De là tu pourras voir Paris, la grande ville.
Durant le siège de Paris (juillet 1589), Henri de Navarre campe sur les hauteurs de Meudon; pendant la Fronde, les troupes polonaises et allemandes saccagent le chàleau des Guises qu'acquiert en 1680 Louvois, le célèbre ministre de Louis XIV, qui en fait, douze ans durant, son séjour d'élection. En 1694, Anne de Souvré, sa veuve, rétrocédait le domaine au Roi qui y installait son fils aîné, Louis, Grand Dauphin de France (2) !
Singulier seigneur que l'héritier présomptif du Roi- Soleil. La princesse Palatine nous a laissé de lui un bien étrange portrait : « Il était de l'humeur la plus inconcevable qu'on ait jamais vue; quand on le croyait bien
(1) Le cavalier Bernin vint en France en 166S, on le mena à Meudon, où il trouva le nonce. Il prétendit que, de là, Paris lui faisait l'effet d'un peigne à carder ; en voyant l'escalier du château, il déclara qu'on n'en voudrait pas d'un pareil dans une hôtellerie d'Italie.... {Journal du voyage du cavalier Bernin en France, par Chantelou.)
(2) Lorsque le Dauphin eut acheté Meudon, le 16 juin 1694, Louis XIV alla le visiter, comme il avait fait pour Choisy. Le Nôtre lui fit remarquer les beautés du château, des jardins et lui dit : «11 y a longtemps. Sire, que je vous souhaite cette maison; je suis ravi que vous l'ayez, mais j'eusse été fâché que vous l'eussiez eue plus tôt, car ils ne vous l'auraient pas faite si magnifique. » (Vicomte DE Grouchy, Meudon et Bellevue.)
I,E CHATEAU DE MEUDON
disposé, il étaitfàclîé: quand on le supposait de mauvaise humeur, on le trouvait en bonne disposition... D'une paresse extrême qui lui faisait tout négliger, il pouvait rester couché toute une journée sur un canapé ou dans une chaise à bras et frapper avec sa canne contre ses souliers, sans dire un mot... 11 ne se piquait pas d'être poli et il eût été désespéré de laisser deviner sa pensée, » Et la Palatine conclut : « Le Dauphin ne savait pas vivre; lui et son fils étaient de véritables rustres. »
Tel était Ihôle de choix qui venait occuper Meudon. Gefils de 'Louis XIV, dont la Maintenon fut une demoiselle Ghoin « un peu courtaude, avec la bouche grande et mal meublée, la gorge volumineuse et les jambes courtes » s'employa fort à apporter à Meudon « des modifications et des embellissements que seule la main d'un prince pouvait opérer {^) ». 11 fait édifier parMansard le nouveau palais (celui-là même dont les ruines encore splendides coiffées d'une coupole servent d'observatoire aux astronomes modernes). 11 agrandit et fait replanter le jardin sous la direction de Le Nôtre.
Rapidement Meudon devient un lieu de délices, « digne de l'habitation de plaisance de l'illustre rejeton du plus grand prince du monde )>. Trois ou quatre fois
(1) .... Monseigneur n'en voltigea que de plus en plus de Versailles à Meudon où, à l'imitation du Roi, il fit beaucoup de choses dans la maison et dans les jardins et combla les merveilles que les cardinaux de Meudon et de Lorraine et MM. Servien et de Louvois y avaient successivement ajoutées. (3/emoù'es de Saint-Simon, t. II, édition Boislisle, p. 283.)
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par an Louis XIV venait rendre visite à son fils; cela dura jusqu'au 14 avril 1711, jour où mourut le Dauphin.
Il faut lire dans Saint-Simon le tragique récit de celte agonie princière.
« Louis XIV avait été voir le Dauphin plusieurs fois dans la journée. Vers le soir le Roi fut si frappé de l'enflure extraordinaire du visage et de la tête qu'il abrégea sa visite et laissa échapper quelques larmes en sortant de la chambre... On le rassura autant qu'on put et après le Conseil des dépèches, Sa Majesté fut se promener dans le jardin... Vers les quatre heures de l'aprèsmidi, le Dauphin se trouva plus mal; ses familiers voulaient provoquer une consultation, mais Fagon, médecin du roi, se mit en colère, s'opiniàtra au refus d'appeler personne, disant qu'il était inutile de se commettre à des disputes et à des contrariétés, soutint qu'il ferait aussi bien et mieux que tous ceux qu'il pourrait faire venir, voulut enfin tenir secret l'état de Monseigneur, quoiqu'il empirât d'heure en heure... ».
Le Dauphin entre en agonie; c'est alors, mais alors seulement, que l'on se décide à prévenir Louis XIV :
« ...Le Roi sortait de table et pensa tomber à la renverse lorsque Fagon, se présentant à lui, lui cria tout troublé que tout était perdu... Le Roi, à peine à luimême, prit à l'instant le chemin de l'appartement de Monseigneur... Gomme il était près d'entrer dans la chambre. M""' la princesse de Conti se présenta pour
LE CHATEAU DE MELMJON 97
l'empêcher de rentrer. Elle le repoussa même des mains et lui dit qu'il ne fallait plus désormais penser qu'à luimême... Alors le Roi, presque en faiblesse, se laissa aller sur un canapé qui se trouvait à l'entrée de la porte du cabinet par laquelle il était entrée qui donnait dans la chambre. Il demandait des nouvelles à tout ce qui en sortait, sans que presque personne osât lui répondre... M™'' de Maintenon, accourue auprès du Roi et assise sur le même canapé, tâchait de pleurer (i) ».
Le Grand Dauphin expire après une effroyable agonie ; Louis XIV daigne alors monter en carrosse et sort du palais au milieu d'une double haie « d'officiers de Monseigneur, à genoux tout le long de la cour, des deux côtés, sur le passage du Roi, lui criant avec des hurlements étranges d'avoir compassion d'eux, qui avaient tout perdu et qui mouraient de faim ».
Le surlendemain, 16 avril, à sept heures du malin, le corps du fils aîné du Roi — enseveli par les frotteurs du château — était porté sans pompe à Saint- Denis (2).
(1) Saint-Simon, édition Boislilc, p. 283-4.
(2) Après la mort du grand Dauphin, Meudon fut abandonné et, en 1713, on dut afficher une défense de laver dans les grands bassins du parc; les blanchisseuses du pays en abusaient et empoisonnaient les eaux; les délinquants étaient passibles de la confiscation du linge et d'un mois de prison. {Archives nationales, OMdIS.)
En 1752, il y avait, à Meudon, une fort belle récolte d'oranges et Rossignol, jardinier du château, las portait à Versailles. [Arch.nat., 01.1517.)
Plus tard, en 1789, Meudon abrite de nouveau l'agonie d'un autre Grand Dauphin : Louis-Joseph-Xavier- François, fils aîné de Louis XVI et de Marie-Antoinetle, y meurt, âgé de sept ans, sept mois et douze jours (^j.
Pendant la Révolution (novembre 1793) le cbâleau de Meudon est afTecté à des œuvres patriotiques {-). Une commission de savants, d'ingénieurs et de militaires : Fourcroy, Monge, Chappe, Guyton de iMorveau, Berthollet, Robert Lindet, l'aéronaute Charles, s'efforce d'y perfectionner l'artillerie et les engins de guerre. On y
(Ij M. d'IIarcourt, gouverneur du fils aîné de Louis XVI, qui avait été transporté à Meudon pour le changer d'air et devait y mourir, écrivait pour demander qu'on nettoie les bassins à cause de l'odeur de l'eau croupie, qu'on organise un billard, qu'on répare le chemin qui conduit au château neuf, où devait habiter son élève, caria route est impraticable quand il pleut.... Un carrosse à huit chevaux ne peut passer sous la voùle de la chapelle. [Archives nationales, 0'. 1518.
(2) Sous la Terreur, une légende avait couru, assurant que Meudon recelait de diaboliques ateliers où se fournissaient les plus enragés terroristes Lcbas, Choudieu, Billaud-Varcnne, etc., etc. « On se disait à l'oreille que quelques-uns avaient des gilets de peau d'homme provenant de la tannerie de cuir humain établie à Meudon...» (Georges Duval, Souvenirs de la Terreur.]
D'où provenait celte absurde légende? de quelques lignes de VEncyclopédie méthodique assurant que vers la fin du règne de Louis XV quelques amateurs s'étaient efforcés comme « amusettes » de préparer des fragments de peau humaine. Les « on dit » prirent un telle consistance que le Journal des Débats rapporte la protestation des représentants du peuple envoyés à Meudon. Comme conclusion, Merlin de Thionville demandait l'ordre du jour « motivé sur ce que nous ne sommes pas dans un siècle où l'on tanne la peau humaine ».
LE CHATEAU DE MEl'lJON
expérimente des « projectiles incendiaires, des boulets creux; on y fabrique des cartouches et des fusées »en de mystérieux ateliers « abrités par de larges fossés, des courtines et des redoutes ». Sur la porte principale du château une inscription s'étale : « Etablissement natio-