VUE DE PONTOISE EN
Pontoise. Ces robins ne s'étaient-ils pas avisés de résister aux injonctions royales ? Leur accès de courage dura peu ; subrepticement, à la dérobée, un à un, les conseillers revinrent à Paris, « déconfits et la mine basse » ; de là l'expression : « Il a l'air de revenir de Pontoise (*) ».
(1) L'exil de 1720 n'était pris au sérieux par personne, pas même par les conseillers qui s'installèrent de leur mieux à Pontoise. On
Ce n'est plus aujourd'hui qu'une sous-préfeclure aimable et pittoresque, dont nous ne saurions trop recommander la visite à ceux qui aiment les vieilles pierres et les anciens souvenirs (^).
Saint-Maclou. — Une admirable église, où tous les siècles semblent avoir apporté leur contingent de beauté. Le grand portail et le clocher, jusqu'au dôme, sont du xv^ siècle ; le petit portail de gauche est du xvi% le portique de droite date de la Renaissance.
Bien entendu, le vandalisme révolutionnaire a brisé ou dispersé les statues qui ornaient le grand portail, mais par-ci par-là des coins d'art restent encore comme des rappels de splendeur.
Contemporaine de Saint-Séverin, l'église Saint-Maclou a gardé le charme mystique de ces vieilles chapelles où la prière semble monter plus à l'aise jusqu'aux voûtes patinées par des siècles d'encens.
Dans la nef blanche, où le soleil, — filtrant à travers
se regarda en cette ville comme à la campagne; on y fit grande chère, on joua gros jeu, on donna des bals aux dames qui accoururent en foule; les équipages sillonnaient, du matin au soir, la route de Pontoise, et cette ville regagna bientôt par la dépense de ces messieurs et du monde qu'ils entraînaient à leur suite, ce qu'elle avait pu perdre aux billets de banque de Law. (Lucien Perrey, Le Président Hénault et M"'« du Deffand.)
(1) Le 20 avril 1814, le duc de Berry fit son entrée à Pontoise, reçu sous un arc de triomphe orné de drapeaux blancs; le maire lui offrit, à titre de présent, un quartier de veau, dix bouteilles de vin et l'hospitalité à Saint-Martin. (Depoix, Histoire populaire de Pontoise.)
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L ÉGLISE SAIiM MACLOL.
Cliché Alexandre Seyès, à Pontoise.
PONTOISB
les vitraux, — fait danser des ombres lumineuses, voici des pierres tombales, des ex-voto, des statues de bois sculpté, des lustres de cristal, avec des reflets d'arc-en-
LA inse AU TOMBEAU.
Cliché A. Sevès.
ciel, et, devant le banc d'oeuvre, une Descente de c7'oix, peinte par Jouvenet en 1708.
Au fond, à droite, la chapelle de la Passion. Là, engagé sous une voussure, un admirable groupe : la Mise au tombeau; huit figures de pierre d'une onction et d'un charme suprêmes.
Toute la grâce de la Renaissance se retrouve en ces huit statues mystiques, revêtues par le temps d'une
patine de vieil ivoire dont les tons dorés scintillent dans la pénombre. A qui attribuer cette belle œuvre? « — A Jean Goujon », répond sans hésiter le guide. La sculpture est certes digne de ce maître, mais, comme rien n'autorise une telle affirmation, l'auteur reste quelqu'un de ces anonymes « tailleurs d'ymages » qui peuplèrent de chefs-d'œuvre nos anciennes églises de France.
Au-dessus de la Mise au tombeau, deux hauts-reliefs en bois datant du xviii^ siècle : les Saintes Femmes et la Résurrection. En face, à contre-jour, posé sur un fût de colonne, un simple buste de terre cuite : une tête de Christ émacié, le front ceint d'une corde, — poème de tristesse et de douloureuse pitié... Enfin, illuminant la chapelle, deux admirables verrières portant cette date vénérable : 1545. Puis, comme pour mieux souligner le génie des aïeux dont cette chapelle semble le reliquaire, notre industrialisme sans goût à confectionné une série de vitraux modernes abominables, odieux comme une tache de doigt gras sur une feuille de missel I
Le musée. — A quelque pas de l'hôtel de ville, près d'un pan de mur isolé encastrant les trois belles fenêtres sculptées qui seules ont survécu à la destruction de l'église des Cordeliers (') où, le 21 sep-
(1) En 1720, le Parlement exilé s'assembla dans le couvent des Cordeliers. Du réfectoire, on fit la grande Chambre; du petit réfectoire, le cabinet du Premier Président; de la lingerie, le Parquet; le cloître devint La Tournelle (chambre criminelle) et la salle Saint- Bonaventure la Chambre des Requêtes. (Depoix, Histoire populaire de Pantoise.)
PONTOISE
tembre 1670, « devant tout le clergé de l'illustre Église de France », Bossuet fut consacré évêque de Condom, aboutit une petite rue tortueuse : la rue Lemercier. Gravissons ses durs pavés : voici le musée. Il est charmant, ce musée provincial installé à la diable dans un délicieux hôtel du xv^ siècle, construit pour Guillaume d'Estouteville, cardinal-archevêque de Rouen, et sanctifié par le séjour qu'y fit vers 1620 la Mère Angélique, la fille du grand Arnault de Port-Royal.
Les rosiers grimpants, les lierres, les jasmins de Virginie, les chèvrefeuilles lui ont tissé une housse de verdure et de fleurs, et c'est au milieu des gerbes de roses qu'apparaissent les fenêtres à meneaux, les lucarnes sculptées, les balcons ajourés. Mais le jardin surtout est délicieux; un Paradou minuscule où poussent emmêlés, confondus, les fûts de colonnes et les fleurs sauvages, les chapiteaux, les statues et les roses trémières... Un figuier abrite de ses feuilles lancéolées les restes mutilés d'une Vénus romaine et des œillets de poète s'épanouissent dans le creux verdâtre d'un sarcophage gallo-romain.
A.U premier plan, posée à terre, — tel un tapis d'Orient, — une immense rosace de pierre, arrachée par quelque ouragan aux murs de Saint-Maclou, étale sur l'herbe verte la splendeur de ses arabesques, la grâce de ses enroulures, la finesse de ses losanges. Dans les alvéoles vides, les fleurs ont poussé, leurs fulgurantes couleurs remplacent les dessins disparus... les pétales
violets, bleus, rouges, blancs, jaunes s'épanouissent au milieu des rinceaux du w" siècle... Ici, comme une