L.-P Aubey, pliol
des cimes d'arbres, des landes de bruyères roses, des collines bleues qui se fondent à l'horizon...
En ce pavillon évocateur, nous rêvons de tous ceux qui sont venus s'y reposer et boire, entre deux coups de fusil.
'1) Stéphane Mallarmé.
Vieilles glaces à six morceaux que le temps a rendues verdâtres, quels gracieux visages n'avez-vous pas réfléchis?
L'élégant Louis XV — dans sa veste bleu de roi aux triples galons d'argent « sur toutes les coustures » — chaulTa-t-il ses bottes crottées au feu de cette cheminée de marbre violâtre, et sur ces vitres où le temps a déposé comme une buée, le gros Louis XVI tambourina-t-il de colère, empêché qu'il était, par quelque pluie d'orage, de remonter à cheval et de forcer un second cerf?
Avez-vous reflété les yeux charmeurs de M"'' de Mailly, de Nesle, de Vintimille, les yeux tendres de M"" de Pompadour, les yeux rieurs de la Dubarry?Vitesvous Marie-Antoinette rajustant les brides déroulées de ses grandes capotes de faille feuille-morte; M™* de Lamballe l'aida-t-elle à relever son catogan?... Gomme un vague parfum persiste parfois en quelque antique bonheur-du-jour, un peu du charme aristocratique de l'ancienne France auréole encore vos boiseries, joli pavillon du Butard, dans la pénombre des hauts volets gauchis par des siècles d'oubli...
PONTOISE
UNE ville haut perchée dont la pittoresque silhouette, reflétée par l'Oise, se découpe dentelée sur le ciel. Des toits de maisonnettes recouverts de tuiles rouges ; des cimes d'arbres dont la masse semble monter à l'assaut d'un fm clocher ajouré, de vieilles fortifications patinées par le temps, où les crevasses laissent échapper des éboulis de verdure; à l'horizon mauve, des bois, des forêts, des plaines, tout le délicieux paysage de l'Ile-de-France... telle apparaît la ville de Pontoise.
Le pont franchi, ce ne sont plus que rues et ruelles montueuses, sentes roides pratiquées entre les maisons et pourvues d'escaliers zigzaguants. Un jarret solide s'impose pour parcourir sans trop d'effort cette amusante et vieille cité auréolée d'histoire et aussi de légendes. Saint Louis y vécut, et la reine Blanche, sa mère, mourut à l'abbaye de Maubuisson, dans la banlieue de Pontoise. Le 29 juillet 1419, 3.000 Anglais,
SOUS la conduite du duc de Clarence et du Caplal de Buch, s'emparaient de la ville dont les bourgeois, organisés en milices, devaient se délivrer eux-mêmes de leurs garnisaires étrangers.
Dix-sept ans plus tard, le connétable de Richemont réoccupait de nouveau Pontoise (i), que Charles VII venait assiéger et délivrer définitivement. Il y eut de sanglantes représailles. « Le 25 septembre 1441, — raconte le Journal d'un bourgeois de Paris, — on vit arriver piteusement les vaincus. Les gens d'armes les menaient, deux à deux, accouplés de très fortes chevestres, tout ainsi comme on mène les chiens à la chasse... Les prisonniers étaient sans chaperon, nu-tête, chacun vêtu de pauvres haillons, tous sans chausses, ni souliers pour la plus grande part... Ceux qui ne pouvaient payer rançon étaient menés en grève, vers le port aux fous, et, pieds et mains liés, sans merci, moins que des chiens, on les noyait devant tout le peuple. »
En 1466, Louis XI datait ses édits de Pontoise, dont l'importance grandissait chaque jour. Ce fut un temps de fête et de luxe; la richesse des bourgeois dont beaucoup faisaient « la banque avec succès » leur avait valu le sobriquet « d'usuriers de Pontoise », ce dont d'ail-
(1) En 1437, il était tombé une neige épaisse, les campagnes en étaient couvertes. Talbot fit vêtir ses guerriers de toile blanche et, durant une nuit sombre, s'avança avec eux vers les remparts de Pontoise sans qu'ils fussent aperçus. Il fit appliquer silencieusement des échelles aux murailles et pénétra dans la ville sans résistance. {Histoire des environs de Paris, Tome 1.)
PONTOISE
leurs ils se souciaient fort peu. Frondeurs par vocation, ils se rallièrent à la Ligue; en 1589, Henri III, Henri de Navarre, le maréchal de Biron et le duc d'Epernon durent entrer par la brèche dans la ville domptée.
En 1652, Louis XIV vint y présider la première séance du Parlement de Paris, qui, — par trois fois — fut exilé à