UN COIN DU SALON DE LA SOUS-PRÉFECTURE
Cliché L. Pâlis, imp.-édit., Pontoise.
bâti sous le règne de Louis XV — par ordre du Bien- Aimé, en l'honneur de « belle et honneste dame » Louise-Diane de Verville (*), dont le chiffre flamboie au
(1) M" Levasseur, qui avait pris le nom de Deverviile (en un
milieu des fines boiseries — un bijou d'art blotti dans un jardin en terrasse; un salon merveilleux tendu de huit tapisseries de Beauvais, d'après les cartons bucoliques de Fragonard, de Huet ou de Lancret; des consoles, des dessus de portes, des alcôves, des cadres de glace, fleuris de sculptures ; quatre fûts de marbre où s'érigent quatre vases en céladon, d'un ton verdâtre de lapis pâli... Un intérieur galant tout disposé pour y jouer la capiteuse scène du souper dans Point de lendemain, de Paul Hervieu, d'après le conte charmant de Vivant-Denon... C'est l'hôtel de la sous-préfecture de Pontoise !
L'Abbaye de Maubuisson. — Un grand jardin où des treilles de roses conduisent à des massifs de fleurs, à des serres, à des charmilles; une terrasse ombreuse dominant le cours de l'Oise. Au fond, noyées dans le feuillage, des murailles cyclopéennes, des arcades, des ogives, les ruines encore majestueuses d'une demeure féodale restaurée avec goût et respect par M™' Guérin, une aimable et érudite propriétaire. Ce mélancolique parc, où l'on respire la bonne senteur des arbres, des fleurs et de la terre; ces pierres rongées de mousse, ces pans de murs
seul mot dans les actes notariés de l'époque), né en 1729, mort en 1814, est devenu propriétaire de l'immeuble en vertu d'une donation que lui a faite sa mère née Anne-Madeleine-Louise Masquinet, épouse de François-Paul Levasseur, le 14 novembre 1767. Lorsqu'il est mort, en 1814, il laissait une fille adoptive, qui a vendu toute la propriété à la ville de Pontoise le 24 décembre 1820. [Archives municipales de Pontoise.)
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à demi écroulés, ces escaliers qui ne mènent plus à rien, ces fenêtres sculptées derrière lesquelles — entre les piliers trapus — apparaissent les galeries baignées
Li CHEMINÉE DU SALON DE LA SOUS-PREFECTDRK.
Cliché L. Paris, imp.-édil., Ponloise.
d'ombre, sont les restes de la magnifique abbaye de Maubuisson, fondée par Blanche de Castille, en 1236. Louis IX, son fils, y séjourna; il data même de Mau-
buisson l'ordonnance royale abolissant le duel judiciaire. C'est ici que le Roi très chrétien fit le vœu de « prendre la croix d'Oultremer » et de s'en aller combattre les infidèles en Terre Sainte; ici mourut Blanche de Castille. On l'inhuma dans le chœur de la chapelle, et les vestiges de son cercueil et de son tombeau — quelques planches peintes et quelques morceaux de marbre — ont été recueillis sous les cèdres bleus, au milieu de cette pelouse, là où des piquets précisent l'emplacement des hauts piliers qui jadis encadraient la nef, démolie en 1798 par la bande noire (^).
Nous parcourons quelques somptueuses galeries échappées par miracle au vandalisme des marchands de biens; nous poussons une porte... Nous sommes dans une étable où des vaches, des veaux et des chèvres tirent le foin de mangeoires accrochées entre deux piliers contemporains de saint Louis.
Nous visitons encore la salle du chapitre, la salle des
(1) La princesse Louise IloUandine, tante de Madame, s'enfuit de la maison maternelle, se fit catholique, s'en vint en France où
sa conversion lui valut l'abbaye de Maubuisson, près Pontoise
(Arvède Barine, Madame, mère du Régent.)
]\jme (Je Maubuisson mourut à quatre-vingt-six ans, dans son abbaye près Pontoise, plus considérée pour son rare savoir, pour son esprit et pour son éminente piété que parce qu'elle était née et environnée. Madame, M™^ la Princesse, le roi et la reine d'Angleterre l'allaient voir toujours plus souvent qu'elle ne voulait
Elle conserva sa tête, sa santé, sa régularité entières jusqu'à la mort et laissa sa maison inconsolable. (Saint-Simon, Mémoires, t. IV, chapitre XXV.)
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archives, la « grange » pittoresque où s'entassaient les « dîmes en nature »... Voici maintenant les souterrains glaiseux, humides, sombres. Une lampe fumeuse à la main et des trémolos dans la voix, le guide nous indique le noir cachot « où mourut de faim Sœur Rose », l'infortunée complice d'une trop sensationnelle évasion; puis il évoque les héros de notre vieux drame national, la Tour de Nesle. C'est ici, paraît-il, que Marguerite de Bourgogne — de joyeuse mémoire — et Blanche, sa sœur, belles-filles du roi Philippe le Bel, subirent le juste châtiment de leurs déporlements. Ou étrangla Marguerite en quelque recoin de ces sinistres cachots; Blanche entra dans un cloître. Quant à leurs complices — les frères Philippe et Gauthier d'Aulnay — ils furent « écorchés vifs à Pontoise, sur la place du Martroy, et le bourreau accrocha leurs cadavres aux fourches patibulaires ».
Nous remontons, et la vision de Pontoise, profilant sur un ciel de vieux jade sa silhouette dorée par le soleil à son déclin, nous semble plus charmante encore au sortir de cette plongée dans le royaume des morts.