L'ÉVÊCHÉ DE MEAUX
UN jardin « à l'ancienne » dessiné par Le Nôtre « en forme de mitre », encadré d'allées profondes faites pour la prière ou la méditation; un grand enclos coupé de plates-bandes où les poiriers géants étirent leurs branches noires; des massifs de dahlias multicolores; des bordures de buis, un bassin vidé où achèvent de mourir quelques nénuphars; au fond, la silhouette d'un palais épiscopal, des persiennes closes qui disent l'abandon... Un silence monacal coupé de loin en loin par les sonneries de la cathédrale dont la tour violette se détache sur un ciel ocreux... C'est le jardin de l'évêché de Meaux... C'est le jardin de Bossuet...
Par ce triste jour de Toussaint, nous avons voulu y faire une sorte de pèlerinage spirituel. Un souvenir charmé nous était resté du poétique décor visité il y a quelques mois, avant que la municipalité — qui songe à le convertir en square public — l'eût confié aux soins de ses jardiniers officiels. L'évêché de Meaux était déjà
désaffecté, toute une flore sauvage avait pris d'assaut le jardin délaissé. Les parterres, les plate-bandes, les allées même étaient envahis par une floraison de pavots : rouges, bleus, jaunes, écarlates qui formaient un fulgurant tapis, chamarré comme du brocart. En cette triomphante journée d'été, le beau parc inondé de soleil retentissait d'aubades d'hirondelles... Aujourd'hui, c'est l'automne, il fait triste, il fait sombre, il fait gris; une mélancolie profonde rend l'impression plus poignante, la vision plus évocatrice...
Dans ce modeste évêché, Bossuet, dès 1688, se plut à mener l'existence d'un prélat campagnard; ici, au lendemain des retentissantes polémiques et des grandes fièvres d'éloquence, « l'Aigle de Meaux » venait chercher le repos, il surveillait ses roses et regardait ses lilas éclore, tout en faisant réciter le catéchisme « aux tout petits » de son diocèse; ici, « Monseigneur, conseiller d'Etat ordinaire de Sa Majesté, ci-devant précepteur de M^"" le Dauphin, etc. », se donnait la joie de n'être tout simplement que « l'évêque Bénigne », l'ami des humbles.
Nous suivons les allées de tilleuls d'où tombe sans relâche la pluie d'or des feuilles; une odeur forte de buis monte du sol humide... Au bout du jardin, près d'un puits rouillé, une porte ogivale à demi cachée par les branches, une entrée d'escalier sombre... Une trentaine de marches nous conduisent à la demeure préférée, au séjour d'élection du grand orateur chrétien; un
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modeste, bien modeste pavillon édifié sur les anciens remparts de la ville (^). Sur cette emprise, Bossuet fit disposer, en manière de cabinet de travail, ce petit
LA POSTERIE DE L EVECHE DE MEAUX.