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TORTURES

A Monsieur le Directeur des Beaux-Arts.

De Sainte-Pélagie, le 6 février 1845.

Vous me laisse/, en butte aux infamies d'une persécution subalterne tellement violente que le récit en fera, croyez-le bien, le plus grand tort à l'Administration. — Depuis treize jours et treize nuits, j'habite un cachot où l'on ne peut écrire (lue de dix heures à deux, tant on y a économisé la vue du ciel. — On appelle cela la plus mauvaise chambre du Pavillon. — Ce mot chambre est une calomnie. Jugez-en. — L'air que j'y respire se combine des exhalaisons de l'Infirmerie, des lieux d'aisances des Galeux qui sont au-dessous de moi, et d'un baquet placé à ma porte. — Pour en respirer un autre, il faut se mêler aux Filous^ aux Voleuj^s.^ aux Escarpes et aux Pédérastes, dont la situation est ici infiniment préférable à celle des gens de lettres. — Par compensation, l'aristocratie de mes loisirs s'exerce en compagnie de trois

banqueroutiers frauduleux et d'un faussaire, mes voisins et déjà mes connaissances. — Ce qui me promet d'agréables rencontres dans le mon de ^ si, au milieu de quelque bagarre de prison, vraie ou feinte, nous ne sommes pas, un beau jour, assommés. — Je ne puis recevoir ma femme chez moi, et je n'ai que très-peu d'instants à lui parler pour ne pas importuner les personnes auprès desquelles ont lieu ces entretiens. — Après deux permissions de me voir, on en a refusé une au Metteur en pages de mon journal dont on sait que 'la visite est la plus utile à mes intérêts. — Au mépris de la lettre de monsieur le Ministre, de nombreux certificats établissant que je n'allègue pas des douleurs rhumatismales pour le besoin de ma cause 5 au mépris encore de démarches faites, à mon insu, par les plus vénérables personnages, et après une ténébreuse visite de médecin, on me refuse la maison de santé... et un récent exemple prouve qu'on peut l'obtenir, même en l'état de prévention pour assassinat ! — Je ne parle pas des autres supplices de la prison ; ils sont la conséquence obligée de Tordre, de la règle, de la discipline nécessaires en pareil lieu. — Les déclamations à ce sujet sont aussi déplacées qu'inutiles. — Je dois même dire que ces supplices sont, autant que possible, modifiés par la sollicitude du Directeur qui concilie au mieux l'austérité de ses fonctions avec ses sentiments d'humanité, et par ses plus proches Employés. — Que veut-on? Abattre mon courage? on le fortifie. — Me ruiner? c'est déjà fait. — Détruire ma santé? Dieu est plus fort que mes persécuteurs. — Attenter aux jours de ma femme ? Je ne le conseillerais à personne !... Je ne me plains donc pas, je raconte, je prends date et me soumets. — J'accepte mon cachot pour tout le temps qu'on voudra. Mais j'ai pensé qu'à titre de Fonctionnaire près duquel les écrivains ont lieu d'espérer un appui.

vous aimeriez à connaître de si tristes vérités. — La justice de monsieur le Ministre lui-même y est intéressée. — Toute la Littérature sait qu'on ne l'invoque pas en vain. — Je n'ai rien de plus à vous dire, — J'ai l'honneur d'être, etc.

Charles Maurice.

Pour cause, j'ai soumis l'original de cette lettre à la formalité volontaire du timbre et de l'enregistrement.

On causait, dans le salon de M"^ Mars, des affections sentimentales, quelquefois réelles, plus souvent feintes, des dames appartenant au Théâtre, et de la durée que pouvaient avoir ces sortes de liaisons. — Un des interlocuteurs, croyant adresser à Célimènc une question insidieuse et de répartie embarrassante, ne craignit pas de lui dire : « Et vous, mademoiselle^ qui avez-vous aimé le plus et le plus longtemps'^ — '< La Comédie, » répondit l'actrice, fort savante dans le mécanisme de la réponse évasive.

A Sainte-Pélagie, la première fois que je reçus une visite (avec permission de M. le Préfet de polico comme pour un voleur) , on m'annonça que l'entretien aurait lieu dans un affreux parloir tout hérissé de barres de fer et dans lequel Surveillants et visiteurs entendaient tout ce qu'on avait à se ilire. — Voyant que mes crimes ne m'excluaient pas de cet usage, je me rendis auprès du Directeur et lui déclarai que jo ne recevrais ainsi personne, pas même les memJjrcs de ma

famille, en le priant de s'en expliquer avec les souverains dispensateurs de mon soleil. — Cet honnête Fonctionnaire n'osa pas aller jusque-là. Il m'indiqua le Greffe pour salon de mes réceptions, où n'ayant à parler que de mes affaires personnelles, je tins cercle entre ma femme et moi. — Je n'ai pas voulu que l'imagination de ma fille fût, pendant toute la vie de cet enfant, souillée des souvenirs de cette affreuse maison ; elle n'y est jamais venue. — C'était un nouveau service que je rendais aux d'Orléans. — Je fis une autre épreuve de la bienveillance qu'avait pour moi le Directeur de ce lieu de délices. — Quand l'ordre m'arriva d'en sortir, jugeant que je n'aurais pas assez de temps pour rentrer chez moi sans causer trop de dérangement, je lui demandai de passer encore une nuit sous son toit hospitalier. — Sa réponse fut des plus obligeantes pour ma famille; mais il m'objecta l'impossibilité de le permettre, attendu que, dit-il en riant, je pourrais Vât- IdLqner pour emprisonnement arbitraire. — Cependant, j'obtins ce que je désirais, et, le lendemain, quand je m'éveillai, le peu de jour que je recevais par ma lucarne, me sembla plus éblouissant que le soleil en plein midi. — Les pourvoyeurs des geôliers n'en voyaient pas tant.

Pour les Comédiens famés, les loges où s'effectuent leurs travestissements ne sont point un refuge contre l'importunité de leurs amis. — Il n'est pas rare qu'en y arrivant, ils les y trouvent installés devisant politique, bruits de ville ou cancans de coubsses. — Alors, c'est en repassant in-petto leurs rôles, que ces malheureux en endossent les costumes. — Talma et mademoiselle Mars ont été, de notre temps, les [)lus fréquentes victimes de ces importunités de longue date.

— Le premier en éprouvait d'autant plus de gêne, que sa mémoire inquiète le forçait à repasser mentalement son rôle pendant la causerie, et que, même dans les coulisses, où l'on n'osait l'aborder, ilj se tenait, pendant les représentations, une brochure à la main. — Un autre motif rendait ces visites désagréables à la grande Comédienne, c'était la méticuleuse préparation de son visage, d'abord tout imprégné de pommade de concombre et prenant l'aspect de la statue du Commandeur sous la poudre que lui imprimait une houppe de cygne blanc. — On juge des soins qu'exigeait ensuite le dégagement des yeux, des cils et de la bouche, pour tirer, de ce masque eiTrayant, la physionomie spirituelle d'une très-jolie femme!

— Fteury, Saint-Prix et Saint-Phal étaient parvenus à s'y soustraire en alléguant l'assiduité de leurs études surexcitée par l'émotion au moment de paraître en scène. — Plus tranquille, Lafon était, à celte heure, tout occupé de la disposition de ses costumes dont il estimait fort la coquetterie. — Baptiste aîné, toujours sûr de sa mémoire, s'habillait en causant littérature, beaux-arts et surtout gravure, l'objet de ses collections préférées. — Chez Grandménil, ces préparatifs étaient chose si sérieuse qu'on lui déplaisait beaucoup en venant l'en distraire, — Dazincourt, constamment chargé des intérêts administratifs de sa société, ne voyait, dans sa loge, qu'une succursale. — Dugazon, Naudet et Michot ont fait longtemps des leurs, un Club où les destinées du théâtre cédaient le pas à l'animation des aiïaires publiques. — ^Tout occupé des siennes, et d'une trop grande facilité à rendre service, Baptiste cadet dut plusieurs fois passer la nuit dans cette étroite enceinte interdite à l'action des créanciers (l).

{{) Damas et sa femme, étrangère au théâtre, s'enfermaient presque toujours seuls, dans ce cabinet de toilette, tranquille continuation de la bourgeoisie de k-ur ménage.

— Michelol n'y voyait qu'un vestiaire plus utile qu'agréable, notamment lorsqu'il eut épousé mademoisele Boissière, sa camarade, et trop jolie pour le faire changer d'opinion. — Pour mademoiselle Contai^ l'aînée, sa loge a toujours été (comme le Foyer des Comédiens) un salon dans lequel,cependant, les visiteurs n'étaient admis qu'après la pièce, principalement vers la fin, où ses facultés fléchissaient. — Mademoiselle Devienne était là tout à fait chez elle, et ce fut trèsobligeamment qu'elle transforma son petit temple en un bureau où Gévaudan, son mari, amenait des Députés confrères pour causer des événements de la Chambre. — En compagnie de quelques gens titrés, fidèles protecteurs de mademoiselle Buchesnois^ nos premiers Tragédistes^ Legouvé à leur tête, formaient une charmante réunion dans la loge de l'actrice.

— Celle de mademoiselle Raucourt constituait une sorte de charte-privée pour madame de Pontis, V aller ego de sa personnalité; et là, le vieux valet de chambre vaquait aux transformations de sa maîtresse en toute servilité. — Parents et connaissances de la famille arrivaient à mademoiselle Bourgoin, toujours avenante et d'une gaîté très-communicative.

— Dans ce boudoir de mademoiselle Volnais, la conversation, plus guindée, se ressentait de grandes prétentions à l'esprit. — Enfin, mademoiselle Emilie Leverd^ dont la maman ne quittait pas la loge, causait robes et festins, sans plus de conséquence que si l'on n'eût rien dit. — Ces obsessions des prét^dus amateurs de l'art, redoublaient, comme on le pense bien, quand il s'agissait d'accourir féliciter l'artiste sur le talent qu'il venait de déployer dans l'exercice de sa tâche, et qu'étendue sur le nuage de son tapissier, la Divinité humait l'encens à pleine gorge, tout en se débarrassant, pièce à pièce, de ses vêtements héroïques. — La fin du spectacle ne mettait pas de terme à ces pompes triomphales, et souvent le Con-

cierge dormait d'un bon somme lorsqu'on lui demandait de livrer passage à ces thuriféraires des enfants gâtés de la gloire.

Usé par les malheurs de ses Directions théâtrales, Harel est mort dans un état bien différent de celui que lui promettaient ses capacités intellectuelles. — H lui est même arrivé de sortir à l'improviste d'une maison de santé dont il ne pouvait guère s'éloigner sans être reconduit en lieu plus convenable queie terrain de la circulation publique. — Avec l'esprit, un peu décolleté, qu'il avait, s'il eût pu revenir, il en aurait joliment ri! {Juin 1846).

Un petit homme, tout contrefait et plus connu par ses assiduités de coulisses du dernier rang que par quelques vaudevilles mort-nés dans ces parages , sous le nom de Décour (Laffilard) , me demanda la permission de gUsser quelques couplets dans la Cigale et la Fourmi que m'avait jouée Picard. — J'y consentis, sans savoir que son projet était de porter cette comédie à la baraque de Comte, dont les mauvais plaisants ont fait un Physicien (1). — Plus tard, j'appris que mon Esope avait tacitement joint à son traité celle autre

(1) Comte faisait lui-même meilleur marché de sa prétendue science en disant, à qui voulait l'entendre, qu'il avait commencé à ciel ouvert, par les tours des gobelets-sorciers et les enchantements de la muscade fugitive. — Sa Physique, au Passage Choiscul, n'était autre chose que les exhibitions de ces amusements folâtres.

fable de La Fontaine : la Lice et sa Compaqne. — Et, partant de là, de charmants confrères heureux de s'écrier, d'imprimer même : « Charles Maurice a été joué chez Comte ! — Convenons que, dans l'espèce, s'il y a /a race, il y a souvent aussi Vengeance.

Que pense donc cette vieille et respectable Dame de province, fidèle à ses habitudes de clocher, et qui, lisant certains noms dans les journaux, en a choisi trois pour résumer les objets de sa plus vive curiosité ? — «.Je voudrais aller à Paris, dit-elle, rien quepour voir messieurs le baron Taylor. Clairville et Pierre Petit. — Areane.

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