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UNE QUEUE

Après avoir parlé de ces enfilades de curieux qui semblent faire le siège des théâtres et pour lesquels on devrait réserver, dans les constructions nouvelles, des abris protecteurs, je demande la permission de produire ici un simple diminutif quelque peu personnel. — La queue dont il s'agit est celle qui, jadis, frétillait, de droite et de gauche, sur les hauteurs de nos habits et n'aurait ici rien à faire, si je ne craignais, pour mes lecteurs, un premier moment de confusion. — Mais, puisque j'y suis, je m'accuserai d'avoir été d'un classissime trop fidèle à son égard en me décidant un des derniers à me défaire de cet ornement traditionnel. — De diminutions en éclaircies, j'étais arrivé à la queue à Vanglaise, c'est-à-dire une petite touffe de peu de circonférence à l'occiput, et composée de cheveux négligemment noués par un étroit ruban, laquelle était si modeste qu'elle voulait toujours se cacher dans le collet de mon Spencer. — Il faut croire que cette humilité ne l'avait pas garantie de quelques animadversions (comme il arrive aux vertus les moins curieuses de se montrer), puisque, jusqu'à la première femme de Picard, plusieurs personnes avaient déclaré la guerre à cette inoffensive créature. — Un jour, celte dame (madame Picard première), aidée deClosel, voulut obtenir, par la violence, une suppression à laquelle je ne me décidai qu'un peu plus tard. — Et voilà comment je me suis trouvé parmi les imitateurs de Titus., dont j'ai voulu plus sérieusement me rapprocher en essayant aussi de ne jamais perdre une journée.

De toutes les collections de feuilles périodiques passées , présentes et, vraisemblablement, futures, on peut direct prédire que la plus considérable , celle de l'exactitude la plus persévérante sera l'ensemble de mon journal , se composant de quatre-vingt-sept volumes grand in-folio, cartonnés de quatre en quatre mois , et n'ayant rien oublié pendant le travail de cet asservissement trentenaire. — On conçoit que la garde ou la recherche de ses nombreux numéros successifs ait été chose impossible , tant pour les abonnés distraits par leurs affaires, que pour les collectionneurs égarés sur la piste, et qu'enfin, à défaut d'un seul de ces derniers , personne ne puisse avoir l'œuvre entière en sa possession. — Deux curieux s'en sont particulièrement occupés : monsieur le Prince de Béthune et l'ancien avocat Duhamel. — La mort , interrompant le premier , m'a procuré le présent, que m'ont fait ses héritiers , de ce qu'il avait si patiemment amassé en quelques années. — Le second , décédé longtemps après , a laissé la collection qui appartient maintenant à la Bibliothèque des Auteurs dramatiques. ~ Mais elle est incomplète; les soins les plus persévérants n'ont pu, jusqu'ici, remédier à cet inconvénient radical. La mienne est donc unique, et, par cet avantage, joint à des détails qui n'ont dépendu que de moi, acquiert un degré de valeur réellement inappréciable. — Ne voulant ni en tirer le parti qui sourirait à ma situation, ni exposer cette intéressante masse de documents aux caprices du sort ou de l'indifférence , j'ai l'intention de la léguer à la Bibliothèque de r Arsenal , dépôt plus particulièrement affecté à la conservation de tout ce qui regarde le Théâtre. — Ma femme se montre favorable à ce projet. — Qu'une plus haute volonté Vacccomptissel

Les courtisans des morts valent bien ceux de la disgrâce , car il y a encore moins à espérer des uns que de l'autre. — Je ne crains donc pas qu'on m'accuse d'ambition, si je dis ce qu'a fait de bien, pour les Lettres et pour les Arts, l'Empire de Napoléon \^^. — Il ne s'agit, d'ailleurs, que d'un tout petit chapitre de son livre de dépenses. — En ce temps-là donc , Luce de Lancival avait une pension de 6,000 francs. — Delrieu, une de 2,000 francs. — Grétry, 6,000 francs. — ^Lesueur, 6,000 francs, — Monsigny, 2,000 francs. — Après a Vestale^ Jouy reçut une gratification de 4,000 francs , et Spontini, une de 6,000 francs. — Et chaque fois qu'on signalait à l'Empereur un talent fait, ou une promesse, la récompense ou l'encouragement était chose aussi prompte , que libéralement offerte. — Vous allez voir que j'écris cela pour obtenir un cadeau du dôme des Invalides! (1853.)

Sous la Direction de M. Montigny , l'ex-acteur , la Gaité a donné une pantomime intitulée Boulot en goguettes , dans laquelle un tout petit garçon , entouré de beaucoup d'autres , se grisait et se livrait aux extravagances les plus repoussantes. — A cette occasion , un journal m'a suivi, en disant: « Ce spectacle, tristement grotesque, serre le cœur..., Far- « der , contourner et avilir d'une façon si précoce ces petits « êtres, chez lesquels on tue les germes de l'homme, c'est « chose déplorable ! » — Eh bien! donc, maintenant, que tous les journaux me secondent dans ma poursuite des mauvaises actions , et l'immoralité disparaîtra bientôt des théâtres. — Pour commencer , on pourrait en bannir le spectacle de l'ivrognerie , triste moyen de faire du prétendu comique , et

qu'on devrait présenter, au contraire , comme un vice ignoble autant que dangereux. — Cette leçon, publiquement donnée à la multitude, ne dùt-elle prévenir que deux crimes dans l'année , l'humanilé la compterait au nombre des bienfaits qu'elle attend de l'observateur et dumoraliste.

Au déclin de sa carrière théâtrale, Brunet avait contracté un lie. qui se traduisait par une continuelle envie de rire à côté de ses interlocuteurs. — Eiïet d'autant plus nuisible, c'est que (ce que tout le monde ne croira pas) , dans l'emploi des Comiques ^ le sérieux, c'est-à-dire la conviction raisonnée du but auquel aspirent les caractères qu'on représente , a plus de puissance sur le spectateur que les épanchements d'une gaîté formant pléonasme en action. — Est-il de plus dangereux conteur que celui dont les premiers mots sont : « Je vas vous « faire rire'i » — Brunet n'a pas tardé à comprendre les suites de l'infirmité qui allait l'éloigner de la scène , et il s'y résolut avec toute la philosophie qu'exigeait sa passion dominante. — 11 se réserva , seulement , comme je l'ai rapporté , d'en amuser sa retraite par le souvenir des rôles qu'il avait remplis en débutant , surtout à Rouen où il jouait les AmoMreux de la grande comédie. — Dans ses dernières promenades , il les récitait journellement aux arbres de la forêt de Fontainebleau. — De façon que lorsque Cadet Roussel s'est éteint, Martine a pu le recevoir aiLx Champs-Elysées sans demander

S'il venait de Chaillol, d'Auteuilou de Pontoise. (1853).

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