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NAPOLEON ET I.E JOURNALISME

Sans aller au delà du motif raisonnable, Napoléon P' attachait une sage importance aux feuilletons de Geoffroy. — H lui est arrivé d'y voir une sorte de pondération à quelquesuns des actes touchant sa politique, et dont l'analogie pouvait paraître utile à ses projets. — C'est ainsi qu'il grandissait les moindres choses en les honorant de son attention. Et que de

fois il en a fait autant des hommes ! — De son côté, quoiqu'il ne partageât point les idées impérialistes, Geoiïroy ne se cachait pas d'écrire, de temps à autre, pour être approuvé du maître. Il alla même, une fois, jusqu'à dire qu'il avait coupé la queue du chien d'Alcibiade. — En apprenant ce propos, l'Empereur remit d'un seul coup à leur place l'exiguité du fait et l'impertinence du soi-disant auxiliaire : « C'est possible, « dit-il, mais le chien appartenait à mes équipages de « chasse. » — Cependant, il n'en conserva pas moins la certitude que, dans les circonstances effleurant la position de l'écrivain, celui-là pouvait rendre des services à l'Administration.— Dans cette mesure, il restitua, comme on le verra plus bas, sa confiance aux écrits de Geoffroy, qui continua le jeu de ses applications indirectes. — Au fond, tout le monde gagnait à cette communion de principes : la Diplomatie se faisait mieux comprendre, et les Lettres, les Arts s'enorgueillissaient tout haut de ces rapprcchements honorables. — Etait-ce une raison pour que la Publicité fût accusée de faiblesse, d'ambition ou de servilisme? — Les Niais méchants (il y en a de bons, mais presque aussi dangereux), répondront qu'une grande sévérité de critique en tout genre est de nature à causer des dommages, soit à l'intérêt privé, soit dans quelques parties des régions gouvernementales. — C'est comme si l'on disui: qu'on peut mettre trop de lumières au bord des précipices, ou trop de gcirde-fuus pour empêcher les imprudents d"y tomber, dussent ceux-ci n'encourir que de légères contusions ! — L'intelligence est-elle la même chez tous les lecteurs? Les goûts se ressemblent-ils? Le meilleur est-il trouvé? — La discussion n'est-elle pas indispensable pour établir l'harmonie entre tant de sujets de divergence, et n'est ce plus aujourd'hui du choc des opinions contraires que jaillit l'étincelle de la vérité / — Pourquoi tant de courroux, de haines et

d'injures quand il s'agit uniquement de concourir au bien de tous par la recherche du mieux possible ? — Laissons donc fonctionner les éclaireurs, et jugeons de la nécessité d'un bon journaliste par ces paroles de Napoléon au Ministre qui l'incitait à des violences contre Geoffroy. « Gardez-vous-en bien I « feu ferais chercher un autre. »

La vie adverse a bien un peu cela de bon que, pour la supporter courageusement, il suffît de regarder au-dessous de soi. Mais, d'un côté, le nombre des exemples en rend le choix très-difficile, et, de l'autre, une consolation plus victorieuse nous est offerte. — Levons les yeux plutôt, afin que notre destinée s'incUne devant celle des trois plus grandes victimes de l'injustice et du malheur : le Christ, Marie-Antoinette et Napoléon I^^. Pour qu'à travers les âges, et avec toute son autorité, le souvenir compatissant puisse dire à la plainte égoïste : ïais-toi !

GEFFILOir.

Extrait d'un travail sur les Acteurs de notre temps.

L'exécution théâtrale, par les gens qui en font leur état, a toujours été d'une appréciation difficile, tant pour avoir aménager les susceptibihtés de l'amour-propre, invinciblement commun à toutes les classes de la société, que parce qu'il n'y a point de règles à invoquer quand il s'agit d'opposer le calme

réfléchi de l'examen à l'entraînante vivacité des sensations. — Le bon comédien est celui qui plaît, et lui-même doit souvent le contentement de sa réussite moins aux lumières d'un juge qu'au hasard d'une digestion. — Or, l'éloge ou la critique n'ayant point de bases fixes, de principes immuables, c'est à chacun qu'il appartient d'en décider, selon ses propres données et les limites qu'il s'impose. — Il faut dire aussi qu'en masse le Public est parfois un drCle de corps, se passionnant pour ou contre et ne définissant presque jamais bien ses motifs. — Cependant, il est le grand arbitre, respect aux Souverains !

Le Théâtre-Français, tel que les événements nous l'ont fait, appelle, avant les autres, l'attention sur les moyens do porter secours à la situation générale. — En commençant par sa troupe, on arrivera logiquement, et en droite ligne, à la possession d'un Répertoire digne de ses précédents, et, du Répertoire à l'estime de ses interprètes, il n'y aura plus qu'un pas à faire.

Par primauté d'emploi, celui qui, des Troisièmes rôles, a vu arriver Geffroy sur la première h'gne, le place forcément à la tète de la colonne, quoique l'élévation du poste n'ait pas beaucoup grandi le sujet. — Convenons d'abord qu'à ce propos il n'y arien de la faute de l'homme, on ne se refait pas, et il suffît, pour que les deux parties soient dans leurs droits, qu'un traducteur de cette espèce représente, aussi fidèlement qu'il le puisse, l'individualité dont il accepte la reproduction. — Malheureusement, l'exlériour de celui-ci se dérobe aux détails de CCS métamorphoses par à peu près ; l'indigence y domine, les oripeaux n'y font rien, ils n'habillent que le squelette des personnages, effet immanquable de l'inconsistance physique. — Les yeux de Geffroy sont toujours irrités, sa voix est rebelle aux modulations, sa mimique est vague et son maintien cons-

tamment embarrassé. — Ce dernier défaut est immense, parce qu'il se communique de la personne au débit, et la conviction de l'auditeur en est ébranlée. — Au Théâtre, la souplesse conduit facilement à la grâce (proportionnée, bien entendu, aux conditions essentielles de chaque rôle), mais sans la grâce, ce conducteur magnétique, le vrai comédien n'existe pas. — C'est par l'observation de mille nuances semblables que ce travail professionnel s'élève jusqu'à la noble qualification d'art. Autrement, il ne serait plus qu'un frivole assemblage de suppositions ridicules. — L'absence de cesr aménagements laborieux, jointe aux refus persistants d'une nature ingrate, fait, de ces deux négations, une affirmation défavorable an zèle de Geffroy. Il n'a plus à sa disposition qu'un jeu cassant, une diction acariâtre, un ensemble, enfin, qui se traduit par une grande monotonie d'insufiisance. — Pourtant, on voit que ce comédien cherche, mais à tâtons, parce que, la vocation ne le guidant pas, il fait nuit dans toutes ses idées. — Au lieu de l'effet uniquement dramatique, il nous donne des séances d'ostéologie théâtrale, où l'opérateur ébrèche à tout moment le scalpel. — Il est fâcheux que Geffroy, attardé par ses 62 ans, n'ait plus de progrès à espérer; peut-être le Labor improbm corrigerait-il quelques-uns des vices les plus saillants de sa constitution artistique. — Je le soupçonne, outre cela, de peu d'études classiques en fait de théâtre, et c'est presque à son éloge que chacun de ses rôles me représente le Clerc empressé de M. Bezout, Avoué dans la ville de Senlis.

Le rôle du Misanthrope, dans lequel on paraît désapprouver le moins cet heureux Sociétaire, est précisément celui sur lequel il me semble assumer le plus de reproches, tant à cause de la grandeur de la pensée qu'il dénature que parles aveugles superfétations qu'il y apporte. — J'y vois le Bourru,

le Grondeur, lo Brutal, le monsieur mal élevé, qui blesse inconsidérément les hommes et ne sait ni approcher une femme ni lui parler avec mesure, mais d'Alceste, point du tout ! — Cette fine fleur de cour, dont le parfum triomphant s'exhale, même des plus fougueux emportements du modèle, se résout, dans le tamis du droguiste, en une senteur de poivre qui vous ferait éternuer. — Et le reste à l'avenant.

De la Tragédie, n'en parlons pas. — Elle l'a quitté, et il y aurait ingratitude à la blâmer de lui avoir accordé ses rigueurs.

En présence do pareils obstacles, la ténacité est assurément le témoignage d'un certain mérite -, il est juste de le dire et de reconnaître que si Geffroy ne se rend pas à tous les désirs de la comédie, il la traite du moins à la façon d'un parfait honnête homme, — Cela dit, et revenant avec la même sincérité sur le compte de l'acteur,

Je louerai, siTon veut, son train et sa dépense, Son adresse à cheval, aux armes, à la danse; Mais pour louer son jeu, je suis son serviteur.

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