‹ Epaves poétiquesChapitre 45 sur 77 · SCÈNE IV LE DUC, FERADIXI, SAN M.\JÎTIN0, SEIGNEURS · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LE DUC, FERADIXI, SAN M.\JÎTIN0, SEIGNEURS

FERADINI

Neveu, mes compliments ! Dans vos charmantes fêtes,

Pour le luxe princier et les grâces parfaites,

Vous êtes sans rival, ce soir, comme toujoiirs.

Et le vieux Lucullus, notre aïeul des grands jours.

Qui des festins royaux avait le monopole.

Vivant, pourrait encor gagner à votre école.

LE DUC, sous forme de protestation.

Comte Feradini . . .

FERADINI, insistant.

D'honneur, Duc ! et pourtant, Vous me pardonnerez de n'avoir qu'un instant De plus à consacrer à vos réjouissances. Le devoir a parfois de rudes exigences, Mais s'il i)arle, il a droit qu'on lui dise : Présent !

Je vous comprends. . . je sais. . . vous êtes partisan De ce vieux songe-creux qui par ses rêveries Ameute contre nous les romaines curies.

FERADINI

Songe-creux, l'immortel Galilée ! un rêveur, Ce nouveau Copernic dont le puissant labeur, Le savoir, le génie et la persévérance Feront plus tard l'honneur éternel de Florence 1 Est-ce vous qui parlez sur ce ton, mon neveu ?

Voue admettrez pourttiut qu'il nous importe peu

Que notre pauvre monde, ornière ou girouette,

Tourne ou ne tourne pas comme un sabot qu'on fouette,

Pourvu que le soleil, fidèle à ses devoirs,

Levé tous les matins, se couche tous les soirs ;

Que toujours ses rayons, malgré les fronts moroses,

Fasse mûrir la vigne, épanouir les roses,

Et chanter, Italie, ô radieux séjour !

Sous ton beau ciel d'azur, les oiseaux et l'amour !

FERADINI

Jacques, pourquoi traiter de façon si légère Une cause qui nous devrait être si chère ? (Lorsque les grands devoirs commandent d'obéir, Prenez garde, hésiter c'est quelquefois trahir !

Comte, cette insistance est vraiment amusante ; Ne voyez-vous donc pas, au fond, que je plaisante ? Je sais que votre ligue a noble but ; et puis. Quel que soit son objet, vous en êtes : j'en suis ! Mais on attend de moi trop peut-être, cher comte. . .

Kon ! l'on sait pour quel prix votre influence compte

Auprès de Ferdinand, notre Duc souverain ;

Il est faible, indécis : c'est là ! sur ce terrain,

Que votre zèle, en qui notre foi se repose,

Peut d'un poids décisif peser pour notre cause.

LE DUC, s'adressant aux seigneurs.

Avec mon dévouement, mon zèle vous est dû

Tout entier, messeigneurs. j

Alors, c'est entendu ; V Entre nous l'on finit toujours par se comprendre. Maintenant, au revoir I Le temps seul d'aller prendre Congé de la Duchesse. . . Ah ! un instant encor !

(11 ramène le Duc sur le devant de la scène.)

Dites-moi donc, ami, quel triste désaccord Semble exister toujours eutre vous et ma nièce ? Pouifiuoi, sous vos lambris quand tout est en liesse, Isole-t-elle ainsi son cœur mal épanché ? Kourrirait-elle au fond quelque chagrin caché ? Ki notre parenté, je le sais, ni mon âge Ne me donnent le droit, plus en votre ménage Qu'en vos cœurs, de porter mes regards indiscrets ; Aussi ne veux-je point surprendre aucuns secrets ; Mais à mon amitié vous permettrez sans doute Un mot, un seul. . .

LE DUC

Parlez, Comte, je vous écoute.

FERADINI

Véronique est un ange, ami, vous le savez. De tous les dévouements entrevus ou rêvés On ne saurait trouver uu plus parfait modèle ; Mais. . .

(Plus bas.)

Ne t'y trompe pas, Jacque, on sent auprès d'elle Que pour toi ce n'est point un simple amour (ju'clle a. Mais un culte insensé, du délire ... et cela . . . M'inquiète. . . prends garde !

m sort.)

LE DUC, à Bernaido qui entre une lettre 1 !a main, suivi d'Yesouf qui poste pour observer derrière une colonne du fond.

Un message ?

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