‹ Epaves poétiquesChapitre 47 sur 77 · SCÈNE VI LE DUC, SAX MARTIXO, BERXARDO · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LE DUC, SAX MARTIXO, BERXARDO

SAX MARTINO

Jacque !

LE DTC

Un sermon sans doute ?. . . Allons, tuons le temps.

SAX MARTINO

Vous partez ?

LE DUC

Le Grand Duc réclame ma présence ; Ainsi tu voudras bien avoir la complaisance D'en prévenir un peu la Duchesse pour moi.

SAN ilARTIXO

Vous ne prendrez doue i)as cougé d'elle . . . LE DUC

Et pourquoi ?

Des pleurs encor !. . . Tu sais combien cela m'assomme. . . Et Florence n'est pas au bout du monde, en somme.

SAN HL\RTINO

Hélas ! . . .

LE DUC

Ah ça ! voyons, pourquoi soupires-tu ?

Voudrais-tu donc aussi surveiller ma vertu ? Ce serait complet !

(Il lui tourne le dos.)

— 22G — SAN JURTIKO

Ah ! monseigneur, Dieu me garde De vouloir rien scruter de ce qui vous regarde ! Mais. . .

LE DUC

Bon ! voici le sermon, je le sentais venir.

SAN MAKTINO, poursuivant.

Votre vieux précepteur, Jacques, n'y peut tenir. Si ma voix va trop loin, si ma franchise abuse. Daignez me pardonner et trouver mon excuse Dans l'amitié sans borne et tout le dévouement Que je resseus pour vous et pour le cœur aimant Qui s'enferme là-bas, muré dans sa tristesse.

(II désigne les appartements de la Duchesse.) LE DUC

Si tu veux fjar ces mots désigner la Duchesse, Dis plutôt : renfrogné dans sa mauvaise humeur.

SAN MARTINO

Monseigneur, taisez-vous ; cette femme se meurt !

(Plus bas.)

Elle se meurt, vous di.s-je !

LE DUC, à part.

Oh ! de la patience !

SAN MARTINO, poursuivant.

Et si sa maladie échappe à la Kscienoe,

C'est qu'il est là son mal, vois-tu, Jacques, oui, là !

(Il indique le cœur.)

C'est au cœur qu'elle souffre. . .

LE DUC, arpentant la scène avec impatience.

Eh : que puis-je à cela ?

A ses caprices valus faut-il que je réponde En reniant ma charge et mon rang dans le monde ? Faut-il me faire moine, et d'ennui dépérir, Pour le plaisir de voir sa santé refleurir ? Eêve-t-elle pour moi la gloire triomphale D'un Hercule, à trente ans, filant aux pieds d'Umphale ? Ce qu'elle aime avant tout, dit-elle, c'est la paix ; Eh bien, dans ce milieu de calme et de respects. Vénérée a 1 égal duu ange ou d'une reine. Pourrait-elle envier une paix plus sereine ? N'a-t-elle pas, unique arbitre en ce palais, Le droit d'y commander, de choisir ses valets A sa fantaisie ? oui, témoin ce damné Maure Qui semble, autour de moi — l'insolent matamore ! — Vouloir jouer, dans sou ridicule attirail, Le rôle dun eunuque aux portes d'un séi"ail. Enfin, que mauque-t-il, en somme, à la Duchesse ? N'a-t-elle pas son fils, un grand nom, la richesse, Des bijoux à foison, et même. . . un favori ?

SAN JIAKTINO

Il ne lui manque rien, c'est vrai... que son mari !

LE DUC

San Martino, vraiment, vous me cherchez querelle.

SAX MARTINO

Querelle ? oh ! certes, non '.. . . En vous parlant pour elle, Je parle aussi pour vous, Jacques, pour vous aussi ; Car c'est pour le bonheur des deux que j'ose ainsi Me faire l'avocat de son cœur près du vôtre : Je voudrais tant vous voir être heureux l'un par l'autre !

LE DUC, riant.

Etre heureux l'un par l'autre ? Accouple deux boulets !

Pour un savantissime aussi vieux que tu l'es,

Tu connais, certes, peu le cœur humain, mon maître !

SAX JL\RTINO

Le cœur humain ! je crois assez bien le connaître Pour savoir — et vous-même en pourriez dire autant — Que cette femme ainsi délaissée est, pourtant, Un ange de vertu, de bonté, mieux encore, Une sainte !. . .

LE DUC, indifférent.

On le dit.

SAN ilAKTIXO, poursuivant.

Et qu'elle vous adore !

LE DUC

Possible !

SAN HLiRTINO, de même.

Et que nulle autre, ou de loin ou de près, Ne saurait vous chérir avec cette âme. . .

LE DUC, de même.

Après !

SAN MABTINO

Je comprends vos froideurs : la Duchesse est âgée De dix ans plus que vous ; sa fi<ïure chanfijée, H^las ! par la souffrance et les veilles, n'a plus Ces fleurs que la beauté prodijïue à ses ^lus ; Mais n'oubliez donc pas le brillant héritage Que sa main, monseigneur, vous offrit en partage, Et qui vous a permis, encore adolescent. De jouer en Toscane un rôle tout-puissant ! Crovez-moi, Vi^ronique est votre bon génie !

Elle m'a fait du bien ? eh ! parbleu, qui le nie ?

Je vous l'admets cent fois, oui, vous avez raison, \ Sa fortune a beaiicoup redoré mon blason ;

Mais est-ce donc si grande et si rare merveille

Que trouver la richesse au fond d'une corbeille ?

Affaire de famille, ami, tu le sais bien ; •' Affaire d'intérôts où le cœur n'est pour rien !. . .

(Vn temps.)

Allons, vieux maître, il faut secouer la tristesse, Et rire !

(Bernanîo entre, le manteau du Dur •» son bras, et suivi d'un autre domestique portant un coffret qu'il place sur la table.)

BERNARDO

Le cheval sellé pour son Altesse !

LE DUC

C'est bien !

(Il dépose son collier dans le coffret, endosse son manteau, prend sa cravache que lui t«nd Bernardo, et se dispose a sortir, pendant que San Martino et les domestiques se retirent de leur côté.)

Et maintenant il faut nous échapper.

(II se dirige vers le fond.)

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