‹ Epaves poétiquesChapitre 52 sur 77 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PIETRO, puis YESOUF et LA DUCHESSE BEPPO, seul.

Là !. . . Bien !. . . Tous ces détails, c'est de la bagatelle ; Mais ce mot-là partout rime avec clientèle ?

(Il entre dana l'auberge.) PIETRO, entrant par le fond.

Pourvu que le bâillon ne l'étouffé pas trop. . .

Oui, oui, sou bon Piétro !. . . son cher petit Piétro !. . .

On connaît ça, ma mie !. . . Ah !.. . vieux croquemitaine,

Tu me retiens ainsi huit jours eu quarantaine,

Eh bien, c'est à mon tour de te montrer les dents :

Tu me tenais dehors, moi, je te tiens dedans !

Je saurai, ce soir même, ou le diable m'emporte, Pourquoi ma sœur ainsi me consigne à sa porte, Et m'oblige, du haut de ses coussins moelleux, A crever dans la rue ainsi qu'un chien galeux ! . . . Croirait-on ça, huit jours sans la moindre pitance ! Ah I mais, ce soir, minute ! adieu la pénitence : Au fond de mon taudis le cerbère est bouclé ; Et si le château-fort résiste, j'ai la clé !. . .

(Il montre une clé, qu'il remet dans sa poche. Après un moment de silence.)

Oui, mais en attendant, toujours la même dèche : J'ai le cœur humecté, mais la gorge bien sèche ! . . .

(II rôde un instant sur la place.)

LA DUCHESSE, dans le fond de la scène, avec Yesouf ; tous deux sont à moitié dissimulés par l'angle du piédestal de la statue de Savonarole.

C'est bien son frère, Yesouf ? En es-tu bien certain ?

YESOUF

J'ai mes renseignements ; et depuis ce matin Je l'observe : un soldat en congé de service, Bohème paresseux qui promène son vice De buvette en buvette, et que l'on reconnaît, Jour et nuit, aux abords de quelque estaminet. Chut ! . . . Tenez, le voilà qui flaire cette auberge.

PIETRO, devant la ilatlone.

Toi, mignonne, Piétro t'offrirait bien un cierge, Si tu daignais, ce soir, ô Santa Madona ! Te souvenir un peu des noces de Cana ! Tiens, vois !. . .

(II retourne ses poches a l'envers.)

Pas un paolo, pas un baïoque en poche !.. Et ça, depuis huit jours ! ... Ce n'est pas un reproche, Mais si tu rappelais à ton cher bambino Que nous sommes ici juste au bord de l'Arno !

LA DUCHESSE, a Yesouf.

Et . . . Tautre ? . . . As-tu trouvé son nom et sa demeure ?

YESOUF

Rien que son nom : Stella Siorzi ; mais que je meure. Si pour un demi-fiasque, avec ce garçon-là. Je ne m"en fais conter plus qu'il n'en faut !

PIETRO, s'attablant.

Holà !

Signor Beppo ! . . .

(Se parlant il lui-même.)

Voyons, par le grand astronome.

Si Ton ne pourrait pas attendrir le bonhomme ! Allons, Beppo, vieux juif, montre-nous ton museau !

LA DUCHESSE, à Yesouf.

Il s'attable. Alors, soit ! je rentre au palazzo.

C'est ici que ce soir, la ligue se rassemble ;

Dans ses rangs nous pourrons nous retrouver ensemble.

En ce cas, je vous suis. Maîtresse, et je revien.

(La Duchesse et Yesouf sortent.)

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