‹ Epaves poétiquesChapitre 59 sur 77 · STELLA. LE DUC LE DUC · texte numérisé non relu

STELLA. LE DUC LE DUC

Stella!...

STELLA

Mon Lorenzo 1 Tiens, vois, chéri, mon cor-ur vibre comme un oiseau Qui bat de l'aile et veut s'envoler dans l'espace. . .

(Elle l'embrasse follement, i plusieurs reprises.)

LE DUC On est binireuse alors ?

STELLA

Oh ! oui ! mais quelle impasse Vous a donc cette nuit si lonj>temps retardé ? Je ne vous ai jamais tant de fois demandé.

LE DUC

Mon service bien tard quelquefois me réclame ; Je n'ai pu m'échapper auparavant, chère âme ! oNos plus fervents désirs sont frustrés bien souvent.

STELLA

J'ai ressenti ce soir mille terreurs d'enfant ; C'est affreux d'être ainsi toute seule enfermée.

LE DUC

Seule !. . . que dis-tu h\, ma Stella bien-aimée ? Et Teresa ?

STELLA

Sortie avant la fin du jour ; Et depuis lors j'attends vainement son retour.

LE DUC

Possible?... Teresa rim])eccable. . . un modèle! Il faudrait que quelqu'un se fût emparé d'elle. . . Mais dans quel but alors ?. . .

STELLA

Peut-être un accident.

LE DUC

Bien grave, dans ce cas, car il est évident

Qu'elle aurait prévenu. Sans retard je veux faire

Par nos plus fins limiers éclaircir cette affaire.

STELLA

Vous allez me quitter encor ?. . .

LE DUC

Mais je ne puis M'en dispenser, cher cœur ; songe à ce que je suis ! Mais, ne crains rien : sitôt nos sbires en alerte, Nous enverrons ici quelque patrouille experte ; Et vous pourrez dormir en paix, ô ma Stella !

STELLA

Comment dormir en paix quand vous n'êtes pas là ? LE DUC, la faisant asseoir près de lui sur un divan.

Voyons, mon ange, encore un léger sacrifice

Pour couronner enfin le superbe édifice

De ce bonheur futur que nous rêvons toujours !

STELLA, se jetant aux genoux du Duc.

Oh ! ce bonheur futur ! oh ! ce jour de mes jours !

Quand le verrai-je enfin à l'horizon paraître ?

Au pied des saints autels quand donc la main du prêtre,

Avec un anneau d'or, mon Lorenzo chéri.

Fera de moi ta femme et de toi mon mari ?

LE DUC

Mariés ?. . . Ma Stella, devant Dieu nous le sommes.

STELLA

C'est vrai ; mais moi je veux l'être devant les hommes I

Je veux, là, dans la rue, attachée à ton bras.

Pouvoir sourire aussi quand tu me souriras,

Et porter, à l'égal de la plus noble dame.

Devant tous les regards ma dignité de femme . . .

Et de mère peut-être . . . O Lorenzo, dis-moi

Que ce sera bientôt !

LE DUC

Oui, bientôt ! calme-toi !

Je te l'ai répété plus d'une fois, ma chère. Je suis dans un état de gêne passagère, Qui ne me permet pas de combler ton désir. Faut-il le dire encor pour te faire plaisir ? . . . Non ?. . . Alors à quoi bon tous ces détails ?. . . Ecoute Avant peu notre ciel s'éclaircira sans doute ; Et tu seras ma femme aimée ; et nous irons. Si tu veux, par la ville et dans les environs. Dire à tous les passants, aux oiseaux, aux fleurs même, Que j'aime un petit ange, et que cet ange m'aime !

STELLA

Mon Lorenzo ! . . .

Voyons, c'est cela que tu veux ?. . .

Tu l'auras ! . . . Mais, ce soir, à moi tes beaux cheveux ! A moi ta bouche rose et ton regard céleste ! Aimons-nous bien, mignonne, et faisons fi du reste !

STELLA

Tu ne voudrais jamais me tromper, n'est-ce pas ?

LE DUC

Folle !. . . Embrassons-uous, tiens !. . .

(Il l'embrasse.)

Et parle-moi tout bas. .

STELLA

Ecoute ! il ne faut pas que la chose te froisse,

Mais souvent, quand tu pars, je ne sais quelle angoisse

Me passe par le cœur . . .

LE DUC Enfant !...

STELLA

Oui, l'on dirait Qu'il existe entre nous quelque étrange secret Que tu ne voudrais pas livrer à ma tendresse ; Et cela bien souvent m'inquiète et m'oppresse ! Mais cette anxiété s'efface en t'écoutant : Parle ! rassure un peu ce cœur qui souffre tant !

LE DUC

Pourquoi songer toujours à des choses amères, Ma Stella ? Chasse au loin ces absurdes chimères ; Je suis tout à toi, tout à toi, tu le sais bien ; L'amour est tout, te dis-je, et le reste n'est rien ! Allons, dis-moi le mot des ivresses suprêmes ; Le mot du paradis : n'est-ce pas que tu m'aimes ?. . .

STELLA

Si je t'aime !. . . Demande au papillon du pré •S'il faut l'azur du ciel à son vol diapré !

S'il faut le soleil d'or à la verte prairie,

La rosée aurorale à la plaine fleurie !

Et, dans l'enivrement du souffle printanier,

S'il faut l'espace libre à l'oiseau prisonnier !

Tout cela, Lorenzo, tu l'es pour moi ; ma vie

N'a plus qu'un seul objet, qu'un seul but, qu'une envie :

Toi ! toi ! toi seul toujours ! . . . Ah ! t' aimer, t'admirer.

Ce n'est rien !. . . j'ai besoin de toi pour respirer !. . .

Tu le sais bien, ingrat, que ta Stella t'adore. ..

Laisse-moi te couvrir de baisers . . . tiens ! . . . encore ! . . .

(Un temps.)

Et maintenant, signor, passez-moi ce flambeau !

(Il lui passe le flambeau.)

Je veux vous regarder. . . Oh ! oui, vous êtes beau ;

(Elle va remettre le flambeau sur la table à gauche).

Oui, certe ! et brave aussi, n'est-ce pas ?. . . En honneur, Mon Lorenzo chéri, c'est toi le grand seigneur, Et c'est San Giuliano, le puissant dignitaire. Qui devrait bien plutôt être ton secrétaire . . .

Enfant, te dis-je

LE Dyc

Au fait. . .

(Réfléchissant.)

Après tout. . . Ah ! mais non !

Le Duc ne pourrait pas, lui, me donner son nom, Puisqu'il est marié. . . Tu connais la Duchesse ?

LE DUC

Assez bien !

STELLA

Est-ce vrai que le Duc la délaisse ?

LE DUC

Qui te tient au courant de ces beaux cancans-là ?

STELLA

Mais c'est un bruit qui court un peu, comme cela ; Piétro peut-être ... ou mieux mon ancienne servante ! .

(Avec une expression de reproche.)

Que vous m'avez ôtée. . .

Oui, certe, et je m'en vante !

STELLA

Pourquoi donc ?

LE DUC, riant.

Vous aviez un service mal fait.

J'ai voulu vous doter d'un personnel parfait.

STELLA, interrompant.

C'est la perfection surtout pour la consigne ! Pauvre Piéti'o I . . . Voyous, je sais qu'il est peu digne D'intérêt ; mais enfin c'est mon frère après tout ; Is^ous nous aimons. . . et puis, il a besoin surtout. . . C'est un pauvre égaré dans la vie ; et mon père, Qui nous laissait, hélas 1 en état peu prospère, Me Ta confié comme un enfant maladif.

Aussitôt qu'à venir il s'est montré tardif, Je n'ai d'abord senti qu'un peu d'inquiétude ; Mais, plus tard, lorsque j'eus la presque certitude D'un malheur, je voulus votre aide, vos avis. . . Et c'est alors, cher cœur, que je vous écrivis Ce mot d'angoisse qui, paraît-il . . .

LE DUC, interrompant.

Cette lettre, Imprudente, a failli plus que me compromettre ; Elle a failli briser nos projets d'avenir. N'écris jamais, Stella ! cela pourrait fournir Des armes contre nous. . .

STELLA

C'est à n'y rien comprendre.

Mais aussi, chère enfant, pourquoi donc entreprendre De tout sonder ? Pourquoi ton amour rassuré Ne se fierait-il pas à mon cœur ?

STELLA

J'essaierai !

LE DUC

Ainsi, tes sentiments pour ton malheureux frère. Je suis loin d'y trouver à blâmer, au contraire. Mais, sur ce point aussi, tu dois t'en rapporter A ma sagesse, et sans en rien t'inquiéter. Un soldat comme lui peut connaître de vue Bien des gens de la cour, et la moindre bévue — Il serait bien trop long de t'expliquer comment — Pourrait causer pour nous tout un effondrement...

(On entoml un grand bruit dana l'espalier.)

Qu'est ceci ?. . .

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