‹ Epaves poétiquesChapitre 9 sur 77 · SALUT AU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

SALUT AU MISSISSIPI

Salut ! l'èi't'-des-Eaux, fécond Meschacébé, Fleuve immense qui tiens tout un monde englobé

Dans tes méandres gigantesques !

Toi dont les tlols sans tiu, rapides ou dormants, A des bords tout peuplés de souvenirs charmants

Chantent cent poèmes dantesques !

Comme l'antique Hercule, ô colosse indompté, Tu t'en vas promenant ta fière majesté

De l'Equinoxe jusqu'à l'Ourse ; Et ton onde répète aux tièdes océans L'épithalame étrange et les concerts géants

Des glaciers où tu prends ta source.

Tu counais tous les deux, parcours tous les climats ; La pirogue iudienne et le j^esant trois-mâts

Te parlent de toutes les zones ; L'aigle ami des hivers, le pélican frileux, Le sombre pin du Xord, et le coton moelleux

Se mirent dans tes vagues jaunes.

Vois ! tandis qu'à tes pieds, sur ton cours attiédi, L'oranger qui se berce aux brises du Midi,

Yerse ses parfums et son ombre, A ton front les sapins, accroupis à fleur d'eau. Te tressent, blancs de givre, un éternel bandeau

De leurs arabesques sans nombre.

Là, sur tes bords glacés où mugit l'aquilon.

Les chasseurs vont traquant l'ours du Septentrion

De leurs flèches et de leurs piques ; Ici, dans les détours où dorment tes remous. Les noirs alligators foulant tes sables mous.

Bâillent au soleil des tropiques.

Et puis, ô fleuve ! il semble, indécises rumeurs, Que la voix du passé chante dans tes clameurs

Quand ton flot se frange d'écume ; Et qu'au fond des grands bois sur tes rives penchés. On entrevoit, la nuit, l'ombre des vieux Xatchez Glisser vaguement dans la brume.

O Chactas ! Atala ! c'est vous qui revenez, A l'abri des vieux troncs par l'orage inclinés.

Voir passer les eaux murmurantes ; Et toi, chantre immortel qui fis leurs noms si beaux. Quittes-tu qiielquefois la poudi-e des tombeaux.

Pour suivre leurs formes errantes ?

Oui, fantômes aimés, vous y venez souvent ; Et voilà ce (jui fait que, dans la voix du vent.

Soit qu'elle brame dans les landes. Ou ronfle sur ta berge, ô vieux Meschacébé ! Le passant croit ouïr, quand le soir est tombé,

De mystérieuses légendes !

Beau fleuve ! emporte-moi dans ta course sans frein, Souffle-moi tes senteurs, chante-moi ton refrain,

Endors-moi sur ta large lame ; Que tes rayons dorés baignent mon front pâli ! Nouveau René, vers toi je viens chercher l'oubli :

Verse-moi son amer dictame !

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