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Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inédits

Depuis le commencement du xix* siècle, surtout depuis dix années, les provinces de l'ancienne France, et notamment la Champagne, ont été l'objet de nombreuses publications historiques ou archéologiques. En Champagne, il n'est guère de localité un peu importante qui, dans cette période, n'ait eu son historien ou son érudit en quête d'investigations intéressantes. Reims, Cbâlons, Troyes, Vitry-le-François, Chaumont, Langres, Provins ont été le sujet de travaux remarquables, à la lecture desquels on est frappé des progrès incessants de l'érudition dans les provinces. La forme, la méthode se sont considérablement améliorées. Les érudits ne se confinent plus exclusivement dans les matières archéologiques; ils embrassent le passé dans son ensemble par l'étude des faits, des mœurs et des institutions.

Notre époque est attristée par des inquiétudes mal définies, l'avenir semble gros de tempêtes. Pour se consoler de ces appréhensions ou les dissiper, le travailleur se rejette avec plus d'ardeur dans le passé; il l'étudié, le commente. Penché sur les annales et les manuscrits poudreux, il relit les catastrophes, les souffrances et les peines qui accablèrent les générations éteintes. H se relève alors avec plus de foi dans l'avenir, plus de confiance dans l'humanité. Il constate rapidement par la pensée les progrès accomplis, l'élévation du niveau moral et du bienêtre de l'homme depuis ces époques sinistres où la peste et la guerre étaient si souvent au cœur des cités, où les campagnes étaient dépeuplées et les champs incultes.

Les annales d'Epernay contiennent autant et plus peutêtre que beaucoup de cités importantes, ces féconds enseignements du passé; car rien n'a manqué au martyre de la cité champenoise, ni la guerre, ni la peste, ni l'incendie, ni les dévastations, les exactions des gens de guerre, les tailles ruineuses, et le reste; et l'on peut s'étonner justement que cette ville n'ait point encore été depuis vingt années l'objet de publications sérieuses sur son passé si curieux et si rempli de faits.

Epernay possède ce qui a manqué a tant d'autres cités mieux traitées par l'érudition, c'est-à-dire un ensemble de documents dont la publication seule vaut une histoire. Nous voulons parler des Mémoires de Stapart, notaire au bailliage, ancien conseiller du Roi, assesseur en l'Hôtel-de T Ville (1749), de la collection des Recueils de Berlin du Rocheret, des extraits des délibérations du Conseil de ville d'Epernay, depuis 1540, et enfin des documents sur Tab-

baye Saint-Martin d'Epernay, parmi lesquels on remarque l'histoire de ses abbés, et son cartulaire, qui fournit à l'érudition champenoise des documents d'un ordre élevé.

Berlin du Rocheret a écrit l'histoire d'Epernay. Le manuscrit original en a disparu. Il en reste, il est vrai, une copie à la bibliothèque de cette ville; mais l'encre qui servit à la tracer n'a pu résister aux atteintes du temps. Cette copie est aujourd'hui presque illisible, et nous n'avons pu, dans nos recherches, utiliser ce document considérable, car il forme deux volumes petit in-folio, mais accessible seulement à des yeux solidement constitués et non affaiblis par un excessif usage. Nous nous en sommes facilement consolés en pensant que Bertin du Rocheret n'avait eu probablement à sa disposition, pour écrire cette histoire, d'autres documents que ceux puisés par nous-méme dans sa collection. Pour l'érudit et tous ceux qu'intéressent les exhumations du passé, l'histoire d'Epernay par Bertin du Rocheret n'existe donc pas, puisqu'elle n'a jamais, que nous sachions, été imprimée, et que la lecture de ce manuscrit est des plus difficiles.

Au commencement de ce siècle, en 1800, un Sparnacien, Garnesson, publia une histoire d'Epernay en deux volumes in-12. Cette œuvre, écrite avec le style emphatique, larmoyant et doctement sententieux, mis à la mode par les élucubrations patriotiques de 1792, ne pouvait s'inspirer aux sources de la nouvelle méthode historique, qui lui est de vingt années postérieure.

Garnesson y traite avec un sans-façon qu'on peut taxer d'ingratitude, Stapart et du Rocheret, sans lesquels, il l'avoue pourtant lui-même, il n'aurait pu écrire son livre,

Marlot, Flodoart et dom Lelong ne lui fournissanl en effet dans ce but que des documents peu nombreux et complètement insuffisants pour l'ensemble d'une histoire.

« S'il est, dit-il dans sa préface, doux et utile à tout honnête homme de s'entretenir de l'histoire de son pays, d'en apprendre les différentes révolutions, les progrès de son agrandissement ou de sa décadence, de connaître les malheurs qu'y ont éprouvé nos ancêtres, et les moments de prospérité qui les ont rendus heureux, il n'est pas moins doux et honorable pour un écrivain sensible d'écrire cette histoire pour l'offrir à ses compatriotes. Aussi suis-je étonné qu'il ne se soit trouvé jusqu'à présent aucun Sparnacien instruit qui eût voulu l'entreprendre. Car peut-on appeler histoire les anecdotes de M. Stapart, et l'extrait manuscrit des délibérations du Conseil de la ville d'Epernay que nous a laissé le président du Rocheret? <•

Les Anecdotes de M. Stapart sont, selon nous, un monu* ment des plus importants pour l'histoire d'Epernay jusqu'au xviie siècle, c'est-à-dire pour toute la période la plus difficile à traiter dans toute histoire générale d'une localité, celle où, d'habitude, les documents sont le plus rares. Les extraits manuscrits des délibérations du Conseil de ville, laissés par du Rocheret, sont d'autant plus précieux, que les registres de ces délibérations ont été presque tous détruits dans un passé déjà fort éloigné, et que, sans cette épave, il serait impossible de suivre presque jour par jour la vie de la cité dans ce qu'elle a de plus remarquable et de plus émouvant.

Ces extraits ne sont-ils pas le tableau fidèle de la vie de nos ancêtres prise sur le fait avec ses misères, ses joies,

ses passions, ses violences de chaque jour? La concision du procès-verbal ne parvient pas toujours à y étouffer la note émue. La main du scribe a tremblé plus d'une fois, en consignant ces pages, au souvenir des souffrances de la veille, et sous les appréhensions des dangers du jour ou du lendemain, lorsqu'il entendait gronder autour de lui la tempête populaire, le canon du rempart qui annonçait l'ennemi, ou la cloche d'alarme qui, sous ses coups répétés, hurlait l'incendie et le pillage.

Quoi qu'il en soit, l'histoire d'Epernay de Garnesson mérite une place dans l'érudition locale, puisqu'elle est le résultat d'un effort qu'on ne peut qu'honorer et qu'elle est demeurée jusqu'à ce jour le seul document imprimé qui retraçât l'ensemble des annales de la cité.

L'origine d'Epernay se perd, selon l'expression banale et commode, dans la nuit des temps. Aussi les étymologistes se sont-ils exercés à plaisir sur Sparnacum. Les uns y ont vu Aquœ perenneSy d'autres Spcs Nacorum ou Nacûm. De plus ingénieux enfin ont prétendu que Sparnacum venait du verbe latin spernerc, mépriser, parce que ses habitants étaient déjà, dans une haute antiquité, enclins, les uns à l'égard des autres, à la calomnie et à la médisance.

A ce compte, Sparnacum serait le nom générique de toute agglomération humaine. Nous dirons, ainsi que Garnesson, qu'il est tout aussi facile, et en apparence plus rationnel de faire dériver le nom de la cité naissante de

Sparcus ou Sparnacus, officier romain, ou à la solde romaine qui serait venu s'y établir à cette époque nébuleuse où Epernay, comme tant d'autres villes aujourd'hui splcndides et reines, émergeait à peine du marais qui fut son berceau.

Quoique la guerre, le pillage, la peste et l'incendie aient été du v« ou xviie siècle le partage d'un grand nombre de cités de l'ancienne France, il n'en est peut-être point, nous le répétons, qui ait subi, autant qu'Epernay, de terribles et nombreuses vicissitudes.

Cette ville, par sa situation sur les marches ou frontières de la Champagne, et par conséquent de la France jusqu'au xvme siècle, par son voisinage de Paris et sa position sur la Marne, dut être et fut en effet mêlée a toutes les luttes qui déchirèrent la monarchie depuis la seconde et la troisième race jusqu'au premier empire. On peut en juger par l'énoncé suivant, plus éloquent dans sa sécheresse et dans sa monotonie qu'une longue exposition historique :

533. — Epernay pillé par Childebert et Chramne, révoltés contre Clotaire, fils de ce dernier. Les habitants sont massacrés.

562. — Siège et prise d'Epernay par Chilpéric, roi de Soissons.

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