‹ Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inéditsChapitre 2 sur 33 · Pillé et brûlé par Othon · texte numérisé non relu

Pillé et brûlé par Othon

1 100. — Ravagé par Louis, fils du roi Philippe I«.

1114. — Ravagé et pillé par Thomas de Marie, dans ses luttes contre Louis le Gros et les partisans de Gaudri, évoque de Laon.

1220. — Ravagé par les alliés de Jean, fils du comte Raoul.

1220. — Dévasté et brûlé par le comte Thibaut de Champagne, dans sa lutte contre la ligue des Malcontents, pendant la régence de Blanche de Caslille.

Î3S8. — Epernay pillé et ses habitants égorgés par les partisans du roi de Navarre, Eustache d'Aubercourt, seigneur de Hainaut, et Albert Allemant.

1359. — Les Anglais ravagent Epernay.

1366-1367. — Epernay pris successivement par le prince Noir et par les Français, — repris par le prince Noir.

1422. — Epernay pris par le comte de Salisbury.

1 §28. — Repris par Jeanne d'Arc. Pendant toutes ces guerres ruiné totalement et brûlé en partie.

1432. — Les Sparnaciens chassés de leur ville par le duc de Bourgogne qui l'assiège et s'en empare.

1544. — Epernay incendié par ordre de François I«.

1586. — Pris par les Calvinistes et repris sur eux.

1592. — Epernay assiégé par le baron de Rosny qui s'empare de la ville. Henri IV assiège et reprend Epernay.

1634. — Le comte de Soissons s'empare d'Epernay.

1635. — Louis XIII reprend celte ville.

De toutes ces catastrophes, deux surtout sont remarquables à cause des événements qui les ont provoquées ou accompagnées.

Ce sont :

1° L'incendie de 1544 par ordre de François I er , lors de l'invasion des provinces de l'Est par Charles-Quint ;

2° Et le siège de 1592 par Henri IV, conquérant pied à pied son royaume.

Deux questions, qui n'ont point encore été résolues avec certitude, se rattachent à l'épisode de l'incendie d'Epernay en 1544. Nous croyons pouvoir apporter sur l'une d'elles quelque lumière, grâce aux extraits des délibérations du Conseil de la ville d'Epernay.

La première question est relative à la trahison présumée de la duchesse d'Estampes, qui aurait favorisé contre François I" les entreprises de Charles-Quint ; la seconde à l'incendie de 1544 qui n'aurait, a-t-ondit, détruit qu'une faible portion des remparts et des portes d'Epernay, tandis que nos documents nous permettent d'établir la destruction de la plus grande partie de la cité.

Garnesson, d'après Stapart, à écrit :

« Cette disposition ne fut pas plus tôt faite'que l'empereur parut avec son. armée. Il avait assis son camp du coté d'Avenay ; celui du roi François 1 er était a Jalons ; mais Charles qui occupait un pays entièrement ruiné, comme nous l'avons dit plus haut, sentit bientôt les horreurs de la famine. La duchesse d'Etampes, qui était alors gouvernante du roi, et qui favorisait secrètement l'empereur, l'engagea à venir à Eper-

nay, l'assurant qu'il y trouverait des vivres pour lui et toute son armée. François I«' fut informé de cette trahison, et voulant encore frustrer l'empereur de ses espérances, manda au capitaine Séri que, s'il ne se trouvait pas assez fort pour conserver la place, il pouvait y mettre le feu et brûler tous les vivres. »

Nous ne croyons pas à la trahison de la duchesse d'Etampes. Nous avons cherché avec soin dans les documents contemporains les traces de cette perfidie. Beaucaire, Benvenuto Cellini et Brantôme accusent la maîtresse du roi ; mais Benvenuto Cellini était alors du parti de Diane de Poitiers. Beaucaire, qui a écrit sous Charles IX, était tout dévoué aux Guises, et l'ennemi acharné de la mémoire d'Anne de Pisseleu. Brantôme, avide d'anecdotes fort assaisonnées, acceptait volontiers sans contrôle tous les scandales, qu'ils vinssent de l'amour ou de la trahison.

Mais Martin et Guillaume de Bellay, si instruits et si complets sur tous les événements du règne de François I", ne laissent même point apparaître le soupçon de cette déloyauté que la postérité a fait peser sur la belle Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampes. On a dit que dans ce voyage, qu'il fit a travers la France pour aller châtier « ces marauds de Gand » révoltés, Charles-Quint entoura la duchesse de prévenances et de galanteries, et parut même répandre dans son oreille une partie des secrets de cette politique inflexible et ambitieuse qui dominait alors l'Europe du xvi e siècle. On a dit que le jour, où la belle Anne de Pisseleu soutenait cette aiguière d'or, ciselée par Benvenuto Cellini, dans laquelle l'empereur Charles-Quint lava ses royales mains, le roi d'Espagne laissa glisser dans l'eau une bague dont le chatou

était formé d'un diamant d'une valeur énorme pour ce temps.

Mais on sait aussi que François I er dut résister aux conseils de sa maîtresse, en laissant Charles-Quint gagner librement ses terres de Flandres. Un jour même François montrant à l'Empereur la duchesse d'Etampes :

« Voyez, mon frère, cette belle dame, lui dit-il, elle est d'avis que je ne vous laisse point sortir de Paris que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid.

« Si l'avis est bon, il faut le suivre, répliqua froidement Charles-Quint. »

D'ailleurs, à cette époque, l'influence de la duchesse d'Etampes à la cour était déjà battue en brèche et diminuée. Un nouvel astre de beauté se levait a l'horizon : Diane de Poitiers, l'intrigante maîtresse du Dauphin, avait su grouper autour d'elle une faction puissante, qui n'est point étrangère sans doute aux soupçons de trahison qu'on a fait peser sur Anne de Pisseleu.

Charles-Quint put donc regagner les Flandres sans encombre. Quatre années après, il reparaissait avec une armée victorieuse sous les murs de ce Paris qui fut pendant sa longue carrière le but constant de son ambition. Déjà en 1536, pendant sa campagne en Italie et après la capitulation de Fossano, il demandait au brave La Roche Du Maine l'héroïque défenseur de celte place :

« Ce quil luy sembloit de l'armée quil avoit voue (l'armée Espagnole). Lequel respondit quil lavoit trouvée très belle, et que c'estoit seulement dommage quelle nestoit employée en autre entreprise. L'empereur luy demanda où il présu-

moit quil la vouloit employer : ledit La Roche luy dit que c'estoit en Provence. L'empereur luy fist responce que les Provenceaux estoient ses subjets ; le sieur de La Roche luy respondit qu'il les trouveroit ses subjects fort rebelles et mal obéissans. Or, on dcvinoit l'empereur en un langage que l'on cognoissait facilement qu'il s'estoit persuadé que jamais le roy ne seroit pour luy résister; et s'avança jusques à demander combien de journées il pouvoit encorcs avoir depuis le lieu ou ils estoient jusques a Paris; a quoy ledit de La Roche respondit que s'il entendoit journées pour baltailles, il pouvoit encore y en avoir une douzaine pour le moins, sinon que l'agresseur eust la teste rompue dès la première. Sur ceste responce, se print l'empereur à soubrire ; et luy dit quelqu'un des assistants, qui cognoissoit ledit de La Roche : Je vous avois bien dit, sire, qu'il vous sauroit dire quelque mot s'il voulait (1). »

Martin de Bellai nous a laissé des détails intéressants sur cette guerre dont la Champagne et notamment Saint-Dizier, Vitry, Chàlons furent le théâtre, et Epernay la victime.

<« Le roy ayant entendu la prinse de Ligny si soudaine, envoya iocontinant dedans Challons en Champagne Monseigneur de Nevers, avecque quatre cents hommes d'armes et cinq ou six mille hommes de pied ; puis, ayant entendu que l'empereur s'estoit attaqué à Sainct-Dizier, manda à Monseigneur le Dauphin de s'en aller camper sur la rivière de Marne, en tel lieu qu'il peust empêcher l'ennemy de marcher plus avant en païs. Suivant lequel mandement mon dict seigneur le Dauphin envoya visiter les lieux les plus com-

(1) Mémoires de Guillaume du Bellay, collection des mémoires de l'histoire de France de Michaud et Poujoulat, tome V, page 360.

modes, et fut conclud par l'advis des capitaines de se loger a Jallon, qui est environ mi-chemin d'Espernay et de Challons, deçà l'eau, auquel lieu le vindrent trouver les bandes venant de Piémont, tant françaises qu'italiennes bien armées et en bon équipage, et bien délibérées de combattre, lesquelles monseigneur d'Anguien avoit envoyées suivant le mandement du roy.

« L'empereur ayant entre ses mains le chasteau de Ligny y laissa garnison, d'autant que c'cstoit le chemin des vivres qui luy venoycnt de Mets et de Lorraine, pour tirer à Sainct- Dizier, où il tendoit aller; et ayant mis ordre à la seureté de la conduite d'iceux vivres, dressa son chemin au dict Sainct- Dizier, cinq lieues au deçà de Ligny, sur la rivière de Marne, et y arriva environ le huictiôme jour de juillet 1544. Le comte de Sancserre, le sentant approcher, envoya au dessus de la ville, tirant aux forests, rompre quelques étangs qui cmpeschùrent que de ce costé pour quelque temps l'empereur ne peust approcher, qui fut cause qu'il tourna son siège ailleurs pour faire sa batterie. Aussi le comte de Sancserre jctta dehors le seigneur de Telligny, guidon de sa compagnie avecques vingt-cinq chevaux pour entendre des nouvelles ; lesquelles ramenèrent dix ou douze prisonniers qui luy donnèrent advcrtissement que l'ennemy, lequel, incontinant qu'il fut arrivé devant Sainct-Dizicr, feit diligenter en toute extrémité les approches du costé d'entre les moulins et la porte qui souloit tirer droit en Parthois et a Vitry. Cependant Monseigneur le Dauphin dépescha le seigneur de Brissac; général de cavallerie légère et environ deux mille hommes de pied, tant françois que italiens, pour se loger à Vitry en Parthois, cinq lieues près dudit Sainct-Dizier, mi-chemin

dudit lieu et de Challons, afin de toujours donner empêchement a l'empereur et à ses vivres et aussi pour le tenir en crainte de donner l'assaut, or, est ledit lieu de Vitry une petite ville mal fermée et un petit chastelet qui est sur une pointe de montagne, et passe par le milieu dicelle ville une rivière venant de Ligny à Bar-le-Duc, puis se décharge au dessous de Vitry en la rivière de Marne

« Ce temps pendant l'empereur vint loger a Theis-Lévesque, deux lieues près de Challons ; puis passant entre Challons et Nostre-Dame-de-l'Espine, vint camper près de la rivière de Marne une lieue au dessous de Challons, et deux lieues près de nostre camp, et estoit ladite rivière entre deux. Passant l'armée impérialle par devant Challons, ceux de laditte ville cognoissans que l'empereur passoit outre sans les vouloir attaquer, la jeunesse de monseigneur de Nevers sortit à l'escarmouche pour recognoistre l'ennemy et rompre leurs lances pour l'amour de leurs dames, et avecques eux les chevaux légers ; de sorte que l'escarmouche se dressa forte et roide, et se féirent de belles charges prinses et recousscs, tant d'un costé que d'autre ; mais enfin arrivant la force du camp de l'ennemi, noz gens furent contraints de tenir bride. 11 y mourut de gens de bien, et d'une part et d'autre, et entre autres, des nostres, le seigneur des Bordes et le jeune Jenlis, tous deux de la maison de monseigneur d'Orléans, et furent tuez de coups de pistoles, qui sont petites harquebuses, qui n'ont qu'environ un pied de canon,

et tire-l'on avec une main, donnant le feu avecque le rouet.

« L'empereur, voyant son armée se ruiner par famine à cause que de toutes parts les vivres luy estoient coupez tant devant derrière que par les costez, délibéra faire saretraitte par Soissons, mais secrètement par un moine espagnol de la maison de Gousments (Guzman), lequel avait été l'instrument du confesseur de l'empereur pour mettre les traittez en avant, feit haster de remettre sur les propos de la paix, feignant toutes fois quelle ne vcnoitdcluy, et cependant pour trouver moyeû de vivre, suyvit tousjours la rivière, estant en hazard d'une grande ruyne, sans qu'il fust adverty que monseigneur le Dauphin avoit envoyé à Espernay un capitaine de gens de pied pour faire retirer les vivres qui estoient audit lieu, et rompre le pont qui estoit sur la rivière, et ce qui ne se pourroit sauver tant de bleds, vins, qu'autres vivres, le jetter en la rivière aval l'eau et le gaster. Mais il y feit mal son devoir, de sorte qu'il fut surprins de l'empereur lequel trou va le pont qui n'estoit rompu, et grande abondance de vivres, d'autant que c'estoit l'une des estappes de nostre camp, chose qui lui occasionna de passer outre jusques à Chasteau-Thierry, ou pareillement il surprint les vivres en si grande abondance, que son armée qui estoit afiamée se remit en vigueur (1). »

Martin du Bellay ne parle pas de l'incendie d'Epernay.

(I) Mémoires de Martin du Bellay, pages 541, 542, 546, 548. Mémoires sur l'Histoire de France. Tome V.

Au milieu de cette guerre qui embrasa l'Europe presque tout entière pendant la rivalité de François I« et de Charles- Quint; c'est là un fait trop peu important pour que le consciencieux historien ait pris soin de l'enregistrer. Mais les annales de la cité champenoise, et notamment les registres des conclusions de l'Hôtel-dc-Ville d'Epernay, témoignent de cette catastrophe :

« Assemblée générale de la Saint-Martin 1544, par devant Denis Rozier, lieutenant-général du Bailly ;

« Attendu la paucité qui se sont trouvés, à cause du feu mis en la ville et de la peste.

* Assemblée générale* du 12 janvier 1545, pour lever les dîmes et faire la sollicitude et poursuite envers le roi et son conseil, pour récompenser des pertes de la ville au moyen du feu mis le 3 septembre dernier par l'ordonnance dudit seigneur.

« Assemblée générale du lundi 26 mai 1545, sur les remontrances des échevins qu'ils ont assignation à comparoir en personne par devant MM. les élus de Reims pour faire apparoir de leurs diligences à imposer la taille du roi de cette année montant à 2,200 livres tournois.

« Sera fait remontrance que la ville est détruite par le feu, partant qu'il leur plaise modérer cette cotisation.

« Assemblée du 21 juin 1545. A été dit qu'il n'y avait présentement en la ville aucuns deniers en général n'y en particulier, et qu'il n'y a aucun habitant en état d'entreprendre aucune fourniture a cause du feu mis en la ville le 3 septembre 1544.

<■ Assemblée du 20 novembre 1547. Et sur ce qui avait i. 2

été ordonné que la distribution des dix arpents de bois ordonnés à faire à chaque particulier selon l'entreprise de leurs bâtiments, vu la difficulté de faire cette distribution, ordonne que lesdits bois seront vendus par ventes particulières, et les deniers employés aux réparations des murailles, tours, ponts, etc., en attendant, les deniers mis dans un coffre fermant a cinq serrures, dont cinq habitants élus auront la garde, et feront la distribution pour les ouvrages et affaires de la communauté, et en outre que les marchands adjudicataires des bois n'en pourront vendre qu'aux habitants, afin qu'ils servent à la réédificalion de la ville. »

11 résulte de ces documents que si la ville tout entière ne fut point consumée, la plus grande partie de la cité devint la proie des flammes, et que cet événement eut le caractère d'une destruction totale.

Quarante-huit années plus tard, Epernay eut de nouveau à supporter toutes les horreurs de la guerre. Le siège de 1592 par Henri IV, qui conquérait alors pied a pied son royaume sur les ligueurs, les espagnols et les wallons, la mort dti maréchal de Biron, tué avant l'investissement de la place, et non, comme on l'a dit, pendant le siège, font de cet événement le plus remarquable épisode de l'histoire d'Epernay avant 1789.

Nous retrouvons là, comme partout, le Béarnais toujours vaillant et galant, exerçant au milieu de la bataille sa verve railleuse, lançant le mot à ses compagnons, aussi insoucieux du danger que s'il se fût trouvé à une féte, et passant gaiement de Damery, du vendangeoir de sa belle hôtesse,

Anne du Puy (1), à la tranchée où le canon faisait rage.

Nous constatons l'héroïsme des habitants d'Epernay se faisant tuer sur leurs murailles ou au pied de leurs remparts pour leur patrie et leur roi ; et cnfln apparaissent les nobles figures presque légendaires de Parchappe et de ses cinq fils, allant, comme les preux du xne siècle, offrir leur vie et leurs bras à celui qu'ils regardaient comme leur seul souverain.

Le siège d'Epernay en 1592 se place dans une des parties les moins brillantes de l'i Iliade du Béarnais, à une époque où, sans rester inactif, mais presque découragé et fatigué de luttes, presque sans armée, Henri semblait oublier qu'il lui restait la plus belle partie de son royaume a conquérir. Il venait de lever le siège de Rouen après l'héroïque combat d'Aumale et le mouvement offensif du duc de Parme. Il avait dû licencier une partie de ses troupes fatiguées d'une longue guerre, et renvoyer chez eux ses alliés les Anglais, les Hollandais et les Allemands. La ligue restait debout, et Henri avait encore à récolter presque tous les fruits des belles journées d'Arqués et d'Ivry. Il suivait alors à travers la Champagne le duc de Parme en retraite sur les Pays-Bas, qui jetait çà et là dans les villes champenoises, encore au pouvoir de la ligue, ces vallons de la Berlotte, qui firent une si chaude journée au siège d'Epernay, lorsque Henri s'élançantau plus fort de la mêlée, s'écriait: « Ventre- Saint-Gris, suivez-moi et laissez-moi faire que j'envoie tous ces coquins-là trouver mon cousin de Guise ! »

Tous les historiens et les annalistes du temps, et, après

(t) Femme d'Oudart du Puy, président de l'élection d'Epernay.

eux Stapart, du Rocherct et Garnesson, placent la mort du maréchal de Biron au siège môme d'Epernay, soit au 4 août 1592, soit au 17 ou au 26 de ce mois ; mais il est facile de constater que le boulet lancé par la grande Gouleuvrine appelée le Chien d'Orléans, enleva la tôte du maréchal le 9 juillet 1592. En effet, Henri IV raconte cet événement dans une lettre du 10 juillet 1592 comme étant arrivé la veille du jour où il écrivait cette missive :

« A Monsieur de Beauvoir, conseiller en mon conseil d'Estat :

Monsieur de Beauvoir. Je vous ay escript depuis trois jours par le messager qui m'avoit apporté la vôtre du IX™* passé. Je ne pensois pas avoir occasion de vous faire une aussy prompte recharge, mesme pour un si fascheux subjet que c'estuy-cy, ayant à vous dire comment hier, estant logé au bourg de Damery, et ayant voulu monter à cheval après souper pour aller le long de la rivière, de l'aultre costé d'Epernay enrecognoistre les advenues, mon cousin le mareschal de Biron ayant, contre mon opinion, voulu venir avec moy, il est advenu qu'un coup d'une petite pièce qui fut tiré de la ville, luy porta sur la teste, dont il mourut sur l'heure ; le malheur estant tombé sur luy seul, n'ayant aulcun aullre de la trouppe esté blessé. Ce ma esté une des pires afflictions dont je pouvois estre visité, ayant perdu en luy non-seulement le plus ancien et expérimenté capitaine de mon royaume, mais celuy en la prudence et fidélité duquel je remettois mes principaux affaires, ayant, oultre l'intelligence grande qu'il avoit diceux, recogneu en luy une particulière affection qu'il me portoit, et qui m'en augmente le regret autant que nulle autre considération. 11 a atteint la fin où aspirent tous

cœurs généreux, qui est de mourir avec honneur aux yeux et pour le service de son roy et de cest Etat, où il est généralement plainct et regretté, et de moy plus que de nul aultre.

Du camp de Mareuil, ce x™ jour de juillet 1592. Henry(I). Pierre de l'Étoile, dans son Journal de Henri 77, année 1592, a écrit :

« En ce mois de juillet vinrent a Paris nouvelles de la mort du mareschal de Biron tué devant la ville d'Esparnay. 11 estoit bon capitaine et grand guerrier, serviteur du Roy pour sa commodité, traversant ses desseins sur la paix en ce qu'il pouvoit, comme celui qui n'affectoit rien tant que la continuation de la guerre pour son ambition et proufit particulier, lequel il a toujours préféré au bien public et salut du peuple. Chose assès ordinaire aux capitaines de ce temps, qui pour gaingner, tiennent tant qu'ils peuvent les plaies ouvertes comme les mauvais chirurgiens. Il souloit dire au baron de Biron, son fils, jurant à la gasconnade, que si la paix se faisoit une fois, il faudroit qu'il remontast sur son bidet, mais qu'il n'estoit point d'avis de cela. Les nouvelles en vinrent à Paris le mardi 14 de ce présent mois de juillet, desquelles se montrèrent peu rcsjouis les ligueurs et les Seize, qui disoic.nt tout haut qu'il eut esté de leur parti, s'ils eussent eu de l'argent assès pour contenter son avarice. »

« On a mesme ouy raconter a personnes dignes de foy, dit Mézeray (2), que le baron son fils luy ayant un jour de-

(1) Cop. a Londres state paper office. M. ss. France. Transcription de M. Lanplet. Documents inédits, Lettres de Henri IV, publiées par M. Berger de Xivrey.

(2) Mézeray. Tome III, p. 947. Edition de 1651, in-f».

mandé cinq cens chevaux, pour aller investir le duc de Mayenne qui estoit en bel endroit pour estre surpris, comme le mareschal eut veu qu'en effet cette entreprise estoit infaillible, il le regarda d'un œuil de cholère et lui dit en jurant : Quoy donc nous veux-tu renvoyer planter des choux à Biron ! De quoy le baron, qui s'estoit mis ce dessein la bien avant dans la teste, et n'avoit d'autre visée que celle d'acquérir la gloire d'avoir faict un si beau coup, demeura si irrité qu'il dit à plusieurs de ses amis que s'il estoit Roy, il feroit couper la teste au mareschal. »

« Biron était âgé de 68 ans, dit de Thou, jouissant encore d'une santé robuste, malgré toutes ses blessures dont une l'avait rendu boiteux. On remarqua à l'ouverture de son corps qu'ayant été tué une heure après avoir beaucoup mangé, la digestion était déjà faite, preuve certaine de la chaleur naturelle dans un âge assez avancé. »

L'investissement de la place n'avait eu lieu sans doute que du 20 au 24 juillet; car, à la date du 1« août, le roi écrivait à Crillon.

« J'ay assiégé ma ville d'Espernay depuis quelques jours. En l'investissant je traictai fort mal le secours des Wallons qui vouloient entrer en icelle. Car il en fut tué plus de treize cens à cinq cens pas de la muraille de la dicte ville. J'espère que l'issue n'y sera pas moins heureuse qu'a eslé le commencement, et sur ce je prie Dieu, Monsieur de Grillon, vous avoir en sa saincte et digne garde. Escript au camp, devant Espernay, le 1« jour d'aoust 1592. Henry. et plus bas, Potier (I). »

(1) Orig. Archives de M. le duc de Crillon, pair de France. Cop. supp. fr. M. SS 1009-4. Documents inédits.

Nous verrons, par les lettres suivantes du Béarnais, qu'au, 25 juillet, l'investissement d'Epcrnay était seulement complet, et que toutes les troupes destinées à l'attaque avaient à peine pris leurs positions. Nous entendrons Henri raconter lui-même ses prouesses avec cet entrain qui caractérisa sa merveilleuse bravoure si française.

1592. 24 juillet. « A mon cousin le duc de Nivernois.

« Mon cousin. Il fault confesser que ce fut Dieu qui m'inspira de partir hier comme je le féis, et de venir coucher en ce lieu où je suis arrivé ce matin à une demyc heure de jour et ay faict passer la rivière au S*- de Givry, qui est allé à Boursault, maison qu'il a sur le bord de la rivière. Ayant reposé deux heures sur la paille et esté demyc heure à desjenner (1), j'ay eu advis par des batteurs d'estrade et des paysans que le dict S r de Givry avoit envoyés ra et là, qui me sont venus trouver, que le lieutenant collonel de la Bciiottc, qui est ecluy qui mena le secours de Rouen, partoit de Dormans avec deux cens soixante hommes pour se venir poster dans Espcrnay, et Langer a esté comme de ceux à qui on dict : les voilà.

« Le dict S«- de Givry estant déjà après, incontinent je suis monté à cheval avec ce que j'ay peu et quatre compagnies d'harquebuziers à cheval, qui venoient d'arriver avec les S« de Biron et de Sainct-Luc, et ay passé la rivière; Saincl- »

(i) Ce détail pouvait avoir pour but de piquer l'émulation du duc de Nevers qui aimait beaucoup ses aises, si l'on en croit les Economies royales. Les secrétaires de Sully nous représentent ce prince pendant une marche de l'hiver de cette année 1592, par un temps très-rude et des chemins presque impraticables, restant enfoncé dans son carrosse, les bras dans son manchon, dont il se garantissait même le visage. (Note de M. Berger de Xivrey.)

Etienne, servant de guide, s'est mis devant avec les dicts S« de Biron et Sainct-Luc. La résolution a este" telle aux ennemys, qui pour lors estoient au bord du bois du costeau qui regarde enja ville, que, voyans que nous estioos encore tous ensemble, et que la plus part de ce qui estoit avec moi, n'estoient que harquebuziers à cheval (pour ce que les gens de cheval arrivoient encore à la file), ils ont entreprins de passer de despit de nous. A quoy les dicts S™ de Biron, Saint-Luc et Givry y ont apporté ce qui estoit en leur puissance. Mais l'extrême résolution des ennemys les rendoit moins accompagnez qu'il n'estoit besoing, et l'heur a esté tel pour moi que, avec quinze ou vingt des miens, j'y suis arrivé assez à propos pour les enfoncer. Pour ce que je ne suis poinct vain, je ne vous diray poinct que y a bien faict; vous l'apprendres à vostre venue par ceux qui y estoient. Mais bien vous assureray-je, mon cousin, qu'avant que partir du lieu où je les ai chargez, je n'en ay bougé tant qu'il y en a eu un seul en vie, de façon qu'il ne s'est saulvé qu'un laquais monté sur le cheval du dict lieutenant collonel et douze soldats qui ont chacun quatre ou cinq coups d'espée au travers du corps. J'ay faict fouiller le dict lieutenant, et sur luy on a trouvé le mandement que luy faisoit Rosne de prendre du dict régiment deux cens soixante hommes des meilleurs qui feussent pour les jecter dans la dicte place. Je n'y ay perdu que ce pauvre baron du Fort et le S r Patras et quelques-uns blessez. Vous pouvez croire que c'est la plus neetc défaite de secours qui se soit jamais faicte et a deux cens cinquante pas de la courtine de la ville.

« Un sergent qui estoit demeuré dans le bois pour ne

pouvoir cheminer, à cause de son aage, m'a esté amené prisonnier, qui m'a asseuré qu'au dict régiment il ne reste pas cent hommes, et encore qu'ils ne sont que canailles.

« Je vous prie de venir demain avec les Suisses et l'artillerie coucher à Ay, faisant aussi descendre les bateaux pour faire le pont, afin qu'en mesme temps on le puisse faire où on l'avoit faict faire Taultre jour, faisant advancer le reste de l'armée jusques icy. Les bagages de ceulx qui ne pourront passer le pont, le pourront au gué qui est icy devant où nous avons passé. Je vous prie d'y arriver de bonne heure, affin que nous puissions empescher que personne n'y puisse jecter aucun secours. Je vous promets bien avec l'aydc de Dieu que ceste nuict, ni pour tout demain, rien n'y entrera.

« Je n'ay le loisir de faire part de ceste bonne nouvelle et de cest heureux commencement à mes bons subjets de ma ville de Chaallons, au S' président de Blancmesnil, ny à ma cour de Parlement. Vous ferez cela pour moy et leur communiquerez ceste-cy. Il me semble que nous en debvrons tous rendre grâces a Dieu, et n'y aura poinct de mal de faire chanter le Te Deum, affin que voyant que nous ne sommes point ingrats de luy rendre grâces des faveurs qu'il nous faict, il nous les continue. De quoy je le supplye de tout mon cœur, et qu'il vous ayt, mon cousin, en sa saincte garde. Escript à Damery le vendredy à midy, xime jour de juillet 1592 (1). Henry.

(I) Orig. BR. fonds Béthune. MS. 9109, fol. 63. Cop. suppr fr. MS 1009-3. Imprimé. Mémoires de Ncvers, t. n, p. 307. Bercer de Xivrey, collection des documents inédits.

« A mon cousin le duc de Nivernois.

« Mon cousin. La grande traicte et la garde perpétuelle que nous avons faicte depuis mon arrivée avecque le peu de gens que nous sommes, nous a tellement harassez que nous n'en pouvons plus. Je pensais que le Pont de bateaux deust arriver hier à Toul-sur-Marne (1), et que dés ce malin il deust être à Ay aûn de faire passer nostre infanterie. Mais, à ce que l'on ma dict, il n'y est pas encorcs, dont je suis en grand peine ; qui me fait vous prier de le haster non-seulement d'arriver, mais de le faire dresser en toute diligence afin que nous puissions estre secourus de nostre infanterie. Et cependant envoyés-moi nostre cavalerie légère, la cavalerie de Maubert, celle de Donchery et vos harquebuziers à cheval pour nous rafraischir, et quelle soit devant la ville deux heures devant le soleil couché. Si lepontpouvoit estre si tost prest que nous peussions avoir de vostre infanterie pour investir tout Espernay, ce nous seroit un très grand soulagement, j'ai recoyncu toute la place et entre autres un endroist par lequel j'espère que nous aurons bonne et brève isseue de nostre entreprise. Les ennemys ont faict une sortie ceste nuict, mais ils ont laissé six des leurs sur la place sans les blessez et les armes qu'ils ont abandonnées, et sans perte de pas un des nostres, Dieu mercy, que je prie vous avoir mon cousin en sa sainetc garde. Escript à Desmcry le XXVme jour de juillet 1592 (2). Henry. » Ruzé.

(t) Ce nom est ainsi écrit très-distinctement dans l'original et dans la copie du manuscrit n° 1,009 et on l'a imprimé de même dans les mémoires de Ncvers ; mais il faut lire lours-sur-Marne, village dont la situation entre Chàlons et Ay, s'applique fort bien ici. (Note de M. Berper de Nivrcy.)

('2) Orig. BR. fonds Béthunc. Ms. 9109. fol. Gi, top. supp. fr. M. SS. 1009—3. Imprimé. Mémoires de Nevers. T. II. p. 310. Berger de Xivrcy, collection des documents inédits.

« A mon cousin le duc de Nivernois.

« Mon cousin. Je vous avais prié par mes lettres de ce matin de m'envoyer vos chevaulx légers et la cavallerie de Maubert, Fontaine et Donchery avec vos arquebuziers à cheval. Mais ils ne sont point arrivés ny a l'heure que je les aitendois, ny depuis jusques a ceste heure, et n'ay en aucune responec de vous ; dont je me suis trouvé en grand peine. Ceste entreprise mérite diligence, et si chacun ny met la main d'une mesme correspondance l'issue nés peut estre selon nos intentions. Cest pourquoy je vous prie venir demain avecques toutes vos troupes à la justice qui est entre Cy et Epernay, du costé de là la rivière, et la vous y trouverez le s«- de Biron avecque la carte du déparlement (1) que nous avons faict ou pour le moins le mareschal des logis de l'armée, si le dit s r de Biron (2) se trouve lors engagé à quelque autrechose, comme il s'en présente assez d'occasion. Et cependant envoyés moy, je vous prie, vos dicts chevaulx légers et la dicte cavallerie de Maubert et Donchery, et vos dicts harquebuziers à cheval dès le matin à la dicte justice; et 1.1 il leur sera montré le lieu auquel devront entré en garde. Car toutes nos troupes n'en peuvent plus, et cest ceste nuict et demain que nous devons plus craindre que les ennemys facent quelque effort pour mettre du secours dans Espernay, puisque celuy qu'ils y pensoient mettre a été taillé en pièces en plus grand nombre que nous ne le pensions par la revue des morts qui en a été faicte ce jourd'huy. Priant sur ce

(1) Cest-à-dire la carte des positions assignées aux diverses troupes suivant qu'elles sont départies (Note de M. Berger de Xivrey).

(2) Fils du maréchal tué le 9 juillet.

nostrc Seigneur vous avoir, mon cousin, en sa sainetc garde.

Escript au camp de Damcry le XXV« jour de juillet 1592 a mynuict (1). Henry. » Ruzé.

« A mon cousin le duc de Nivernois.

« Mon cousin. Incontinent après que vous fustes party hyer au soir d'avec moy, arriva le s* de Biron qui me dit avoir tellement pourveu a ce que Ton continuast le travail pour le regard des tranchées, que ma présence n'y estait nullement nécessaire, et résolusmes de partir de bon matin pour faire un tour à l'entour de la ville et recognoistre mieux le lieu où nous ferons faire la batterie. Le s«- de Born s'y trouvera, et pource que je désire inûniment que vous y soyés, je vous prie, mon cousin de monter a cheval et passer le ruisseau pour vous rendre au faubourg où est logé Saint-Luc, afin que nous ayons ensemble un lieu plus propre pour la dicte batterie et à toutes choses nécessaires. Bonjour mon cousin, ce mardy à quatre heures du matin XXVIIIe jour de juillet (2). Henry. »

Ainsi que Chàlons, Epernay fut toujours fidèle et dévoué à Henri IV, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, et notamment pendant toute la période dans laquelle le Béarnais reconquit son royaume.

Située aux limites de la France royale, cette ville était pour nos rois un rempart à la conservation duquel ils atta-

(1) Orig. BR. fonds Béthune. Ms. 9109. fol. 65, cop. BR. Suppl. fr. Ms. 1009-3. Imprimé. Mémoires de Nevers. T. II. p. 309. Berger de Xivrey. Collection des documents inédits.

(2) Orig. BR. fonds Béthune, Ms. 9104. fol. 9, cap. BR. fonds Fonthanieu. Ms. fr. 73, fol. 4. v°. Imprimé. Mémoires de Nevers. T. II. p. 314.

chaicnt une importance considérable. En 1629, Louis XIII nommait M. de Bussy, gouverneur d'Epernay en l'absence de M. d'Elbenne, « pour conserver cette place qui est de la dernière importance pour le bien de la couronne. »

Les extraits des registres de l'Hôtel-de-Ville montrent suffisamment la sagesse et 1 énergie dont étaient doués les habitants d'Epernay, ainsi que les magistrats qu'ils avaient su choisir parmi eux, dans toutes les circonstances où le bien de l'Etat et du pays étaient en question.

On y remarquera surtout l'assemblée du 18 octobre 1560, dans laquelle les Sparnacicns nommèrent les députés chargés de les représenter lors de la réunion préparatoire, qui eut lieu à Vitry avant les Etats de Meaux. On est frappé du bon sens, de la franchise, nous dirons même de l'indépendance avec lesquelles les députés d'Epernay présentèrent leurs doléances, et dépeignirent certains abus de ce temps.

« Augustin Caillet, prévôt de la ville, Jean Cousin, procureur des habitants et Georges Richard, échevin, sont députés aux états de la Province en la ville de Vitry-lc-François pour y remontrer :

« Que la noblesse se déborde au delà de la raison, qu'elle ne se fait justice qu'à coups d'épée ; que plusieurs seigneurs font fouetter leurs sujets à coups de verges; qu'ils imposent et font contribuer des subsides, qu'ils font guerre ouverte à tous chacun, et s'emparent des chevaux autant qu'ils en peuvent recouvrer.

« Qu'il plaira au roi avoir pitié de son pauvre peuple chargé de tailles, subsides, et autres impositions que plus n'en peut.

« Que la taille est imposée depuis 60 ans dans le bailliage de Vitry ; qu'à Epernay, où elle était à 200 livres, elle est montée depuis 5 à 6 ans à 7,000.

« Qu'il plaise au roi tollir tant de privilèges qui sont au royaume, par lesquels le pauvre peuple est détourné de son travail pour aller plaider ailleurs, et môme que le privilège des écoliers soit oté.

« Que les gentilshommes passants ne puissent plus prendre des chevaux par force comme ils font journellement.

« Que les gentilshommes oiseux et qui ne servent le roi paient tailles comme les roturiers.

« Qu'il plaise au roy retirer à lui toute justice, tant d'église que de la noblesse, qui en abusent grandement. »

Le procès-verbal de l'assemblée du 10 août 1562, nous donne aussi de curieux détails sur l'attitude des habitants d'Epernay en présence des exactions du gouvernement pour fournitures de vivres d'hommes, de chevaux, d'ouvriers employés à réparer les fortifications d'autres villes, et en présence des exigences continuelles du fisc a propos des taxes de guerre.

Les registres des conclusions de l'Hôtel-de- Ville marquent, à la date du 22 juin 1568 « que la ville est extrêmement foulée pour la solde de la garnison et autres troupes qui y sont, pourquoi le roi sera supplié d'avoir pitié des pauvres habitants, qui sont travaillés de tailles, d'impôts, rançons, garnisons et autres travaux qui les ont tellement appauvris qu'il leur est du tout impossible de fournir aucun denier. »

Les événements, qui signalèrent le règne des derniers Valois, avaient apporté à la Champagne, et notamment à Epernay, toutes les misères et toutes les souffrances.

La Fronde réservait encore d'autres secousses et de nouveaux malheurs à la cité champenoise. Mais il semble, qu'à cette époque, la mesure de toute patience est comblée pour ces générations si éprouvées. L'énergie guerrière des Sparnaciens, sans cesse aux remparts de leur ville pour en défendre rentrée aux ennemis, aux gens de guerre ou à la peste, s'exalte et prend un caractère farouche et déterminé.

En 1620, ils repoussent à coup de canon le maréchal de La Ferté, qui voulait pénétrer dans leurs murs avec une petite armée.

En 1629, ils massacrent et jettent dans les puits cent vingt cavaliers du régiment de Saint-Çimon, dont les exactions avaient provoqué dans la ville de sérieux désordres.

Les députés d'Epernay étaient alors sans cesse en route vers Paris pour se plaindre au roi des gens de guerre et demander la rentrée des sommes extorquées par eux (1).

Au 20 février 1633, soixante-dix mille livres avaient déjà été fournies par Epernay aux régiments d'Atlichy, Canizy, Rarabures, Nanteuil, Navailles. La ville était ruinée (2).

En 1635, la peste vient se joindre à ces maux. On défend d'aller à Reims, où la maladie sévit avec fureur; on punit ceux qui ont fait ce voyage. Leurs meubles et les marchandises qu'ils y ont achetées sont brûlés sur la place publique.

En 1636, la peste fait de nouveaux ravages. Le régiment de Picardie ne peut entrer dans la ville pour cette cause. Bon nombre d'habitants s'enfuient à l'approche des gens de

(1) Registre des conclusions, assemblée du 18 juillet 1632.

(2) Certaines villes avaient le droit de ne recevoir que la quantité de gens de guerre auxquels elles pourraient résister. Telle était la ville d'Aigueperse, en Auvergne; art. 79 des privilèges accordés à cette ville par Charles, duc de Berri, au mois de janvier 1374, confirmés par Louis XI en 1462.

guerre, en emportant leurs meubles et tout ce qu'ils possèdent, et en laissant leurs maisons ouvertes et abandonnées, afin de se soustraire aux exactions des soldats du roi, « que leurs officiers font vivre chez leurs hostes sans leur donner d'argent, retirant à eux l'ustancille et la paye » (délibération du 19 février 1677).

Que de soins et que de maux ! Il faut nourrir les gens de guerre, courir, supplier, faire face aux impôts, résister aux désordres, conjurer les ruines. Le registre des conclusions au 19 mai 1638 en fait le navrant tableau.

En 1651 la misère est plus grande encore. Les inondations ont noyé les moissons, amené la famine, rompu les ponts. Le désordre est au comble. « Chacun pille, » dit le registre des conclusions; Nicolas Cœur-de-Roi, lieutenant de la porte Saint-Thibaut lève des contributions pour son compte. « Défense a lui de rien lever. » Il semble, qu'à ce jour, il n'y a plus de lois, plus de sanction, plus de magistrats dans la cité. Chacun pille. Un officier de la milice bourgeoise, embusqué à une des portes de la ville, comme un bandit derrière un buisson, dépouille ceux qui entrent et ceux qui sortent, et il lui est fait seulement « défense de rien lever ! »

Le 19 novembre 1653, un régiment d'infanterie auquel on a refusé l'entrée de la cité, met le feu aux faubourgs.

Au milieu de cette misère, il faut acheter le traitant-général du don gratuit. On lui offre du vin pour que le don gratuit du mariage du roi soit réduit a dix-huit cents livres au lieu de trois mille livres qu'il demandait (1660). Cette taxe s'appelait aussi la ceinture de la reine.

Tout le royaume, et surtout les populations des campagnes, étaient alors plongés dans une effroyable misère. Les désastres

financiers se multiplient d'année en année. Les revenus sont consommés ou engagés d'avance. Les remises faites aux fermiers des offices, des aides et gabelles, aux receveurs généraux des tailles augmentent encore le déficit. Richelieu, dont la haute intelligence s'alarmait à bon droit en présence de cette situation, avait essayé vainement des réformes en matière d'impôt.

Mazarin lui succède. La détresse publique s'accroît dans d'énormes proportions. Le nouveau ministre est contraint d'acheter les princes du sang. Le budget, qui, en 1642, était de 18 millions, dépasse 130 millions en 1644. Le peuple ne veut plus payer l'impôt; des soulèvements éclatent dans toute la France contre les collecteurs. Plusieurs sont massacrés. L'armée supporte un arriéré de solde considérable. Les gardes suisses ne sont point payés depuis deux années (1648). La reine emprunte et met ses diamants en gage. Le commerce est ruiné, les vivres hors de prix. Des bandes de soldats ravagent les provinces, comme au temps des grandes compagnies, avant que Duguesclin ne les lançât contre l'Anglais et l'Espagnol.

L'histoire d'une cité quelque dramatique et émouvante

qu'elle puisse être, ne consiste point uniquement dans les événements qui s'y sont succédé. Il est intéressant d'étudier sa vie administrative à différentes époques, et les rouages multiples qui y fonctionnaient alors.

En l'absence de documents relatifs à l'histoire administrative d'Epernay, sous la domination romaine, on peut croire que cette ville fut pourvue d'un svstème tout romain, i. 3

composé de la curie, et des magistrats chargés de la justice. Après la chute de l'empire romain, le corps municipal se forma des notables habitants de la cité, sous l'autorité directe du comte d'abord et des archevêques de Reims dans la suite. Eulogc serait «à cette époque, selon la tradition, le premier seigneur d'Epernay. Il aurait cédé à saint Remi, archevêque de Reims, la terre et la ville d'Epernay.

En l'année 1024, Eblede Roucy, archevêque de Reims, a la suite d'un traité avec Eudes, comte de Champagne, céda à ce dernier la ville d'Epernay. Elle resta jusqu'en 1284 dans le domaine des comtes de Champagne (1).

Nous ignorons, car nous n'avons pu jusqu'à présent en trouver la trace, si Epernay fut au xiic siècle muni d'une commune jurée, ou confrairie. Mais il y a lieu de le supposer.

Au commencement du xin» siècle, les communes sont nombreuses dans le domaine des comtes de Champagne. Un grand nombre de chartes, émanées d'eux, établissent qu'ils secondèrent le mouvement imprimé à l'affranchissement communal.

En 1203, Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, accorde une charte communale aux habitants de la Neuvilleau-Pont.

En 1231, Thibaut IV accorde une commune aux habitants de Saint-Florentin.

La même année, Thibaut IV et Henri, abbé de Saint-Mcm-

(1) Le 15 mai 1205, Innocent III conllrraant les privilèges de l'archevêché de Reiras, énumère les fiefs lenus de l'archevêque par le comte de Champagne : Vitry, Vertus, Relhol, Châtillon-sur-Marne, Epernay, Roucy, ISismcs, Rraine et le comté de Château-Porcien. Ed. Innocenta Pap,v III, repent. Lih. VIII, 75. Edition Migne II. 641 A. cité par M. D'Arbois de Jubainville, Histoire des Comtes de Champagne.

mie de Châlons, accordent une commune aux habitants de Saint-Memmie.

En juin 1231 .Thibaut IV accorde une commune aux habitants de Bar-sur-Seine et de Vellemaur.

Le 14 août de la môme année, il promet aux bourgeois de Neufchateau qu'il fera observer par Mathieu, duc de Lorraine, la charte de commune accordée par ledit Mathieu aux bourgeois, et, par acte du 15 août, Mathieu, duc de Lorraine, constate que Thibaut garantit l'exécution de la charte de commune accordée aux habitants de Neufchateau.

En août 1231, Thibaut accorde une commune aux habitants de Chatillon-sur-Marne et de Dormans.

Le 2 octobre 1231, Thibaut IV promet aux bourgeois de Neufchateau de faire mettre en liberté ceux d'entre eux que Mathieu, duc de Lorraine, ferait arrêter injustement ou sans jugement de la juridiction communale.

En janvier 1232, Thibaut accorde une commune aux habitants de la Ferté-sur-Aube (1).

Les principaux représentants de l'administration civile et judiciaire à Epernay étaient : le prévôt, le lieutenant civil du prévôt, le procureur du roi, l'avocat du roi. Dans l'administration municipale nous trouvons le bailli, les échevins, le conseil de ville et le procureur des habitants.

Les prévôts étaient, dans l'origine, les représentants de l'autorité des comtes de Champagne, institués par eux dans chacune des villes du comté. Après la réunion de la Champagne à la couronne, ils furent nommés par le roi. Les plus

(1) Voir l'énoncé de ces titres d'affranchissement dans le catalogue des actes des comtes de Champagne depuis l'avénement de Thibaut III jusqu'à celui de Philippe le Bel, Tome V de l'Histoire des Comtes de Champagne, par M. D'ArboisdeJubainville.

anciens de ces fonctionnaires dont les noms soient parvenus jusqu'à nous sont :

Isambardus, cité en 1032 dans la charte de fondation de l'abbaye Saint-Martin (1). — Oldaricus, 1053 (2). Foulques, 1128 (3). — Walterius, 1146-1166 (4). Anglicus, 1170 (5). — Hermanus, 1172 (6).

Jean de Brugny, 1179 (7). — Everardus, 1190 (8). Bonsvalles, 1203 (9).

Parmi les fonctionnaires de l'ordre municipal, c'est-à-dire ceux qui tenaient leur mandat de l'élection populaire, on doit placer en première ligne le bailli et les échevins, après lesquels venait le conseil de ville. Le conseil de ville et le bailli avaient l'administration proprement dite de la cité, tandis que les attributions des échevins les rattachaient plutôt à l'ordre judiciaire.

Le bailli était un officier chargé de rendre la justice dans un district appelé bailliage. Mais ses fonctions n'étaient point bornées aux matières de l'ordre judiciaire. En 1540, nous le voyons présider à Epernay les assemblées du peuple et s'occuper activement de l'administration municipale.

Au commencement de leur institution les baillis exerçaient d'importantes fonctions dans les provinces. Ils convoquaient les assemblées de la noblesse, y représentaient le roi. Ils furent institués vers la fin du x« siècle par les rois ou les grands vassaux, qui leur déléguaient le droit de justice.

(1) Voir le cartulaire de l'abbaye Saint-Martin d'Epernay, 2* volume de notre publication.

f2) Pièce n° 1 bis du cartulaire de l'abbaye Saint-Martin. (3) Pièce n» 5. - (4> Pièces n- 10 et 11. - (5) Pièce n° 12.

(6) Charte d'exemption de servitude des habitants d'Avize.

(7) Pièce n» 14. — (8) Pièce n° 1G.

(9) Voir au chapitre des obits le testament de Paschasius, chanoine de Laon.

Avec le temps leurs fonctions s'aggrandirent encore; mais les nombreux abus commis par ces magistrats et leurs tentatives pour rendre leurs offices perpétuels furent la cause d'un démembrement de leurs attributions. Avant Philippe le Bel, ils jugeaient en dernier ressort au civil et au criminel; mais lorsque, a cette époque, le parlement devint sédentaire, ils cessèrent d'être juges souverains, et l'appel de leurs jugements fut admis au parlement.

La vénalité des charges vint encore, sous François porter atteinte aux fonctions des baillis, et, depuis cette époque jusqu'à la Révolution française, leurs prérogatives et leur compétence allèrent en s'amoindrissant.

L'ordonnance de Moulins, qui, à cet égard, ne fut jamais sérieusement appliquée, exigeait qu'ils fussent gentilshommes, et l'ordonnance de Blois, qu'ils fussent âgés de trente ans au moins.

Les échevins étaient des officiers municipaux dont la nomination, la situation, le nombre et le nom variaient dans chaque province. A Toulouse on les appelait capitouls, à Bordeaux jurats, à Beauvais on les nommait pairs, en Languedoc consuls.

A Paris la qualité d'échevin annoblissait ceux qui en étaient revêtus, en vertu d'un privilège accordé par Charles V, supprimé et rétabli par plusieurs de nos rois et enfin restitué par un édit de Louis XV du mois de juin 1716. Il en était de mémo à Lyon.

Les échevins avaient pour principales fonctions d'aider le maire ou tout autre officier municipal dans l'administration des aflaires de la communauté. L'usage njglait les fonctions et les prérogatives de chacun d'eux.

Le procureur de ville, le maître des œuvres, et le receveur des deniers communs étaient nommés par les habitants.

En 1540, figurent aux assemblées générales de la cité le bailli d'Epernay, le procureur des habitants, les échevins, au nombre de quatre, le procureur du roi, l'avocat du roi, le lieutenant civil du prévôt et tous les habitants qui veulent y paraître. Ils y viennent au nombre moyen de cent quarante. Le bailli préside ces assemblées. Le lieutenant-général du baillage y assiste de temps en temps.

En 1542, le conseil de ville est composé de douze membres.

Dès Tannée 1551, on remarque peu d'empressement de la part des habitants à se rendre aux assemblées. Le procureur du roi ordonne qu'il sera publié dans tous les carrefours que chaque chef d'hôtel, c'est-à-dire de famille, ait à se rendre aux assemblées au son de la cloche à peine d'être puni comme de désobéissance ou de rébellion aux ordres du roi.

Dans l'assemblée générale du dimanche 6 mars 1563, il est arrêté que « dorénavant, pour déterminer les affaires de la ville, ne sera plus besoin d'appeler tout le peuple, mais seulement douze des habitants avec le bailli, le lieutenant civil, le procureur des habitants et les échevins. »

Le 19 novembre 1564, le bailli d'Epernay fait prêter serment de bien et fidèlement 'délibérer aux habitants qui composent le conseil. Le 4 juillet 1568, il condamne les habitants défaillants de l'assemblée à vingt sous d'amende, et ordonne qu'ils seront [réassignés pour se trouver en nombre suffisant à l'assemblée.

On doit expliquer cette indifférence par les calamités qui

frappaient la Champagne à cette époque, et rendaient chacun sourd au malheur commun pour ne s'occuper que de sa propre infortune.

Le 14 août 1629, Jacques le Prévôt d'Herbelay, intendant de justice en la province de Champagne, donne a Epcrnay un règlement général pour la nomination des échevins, des collecteurs, les convocations aux assemblées et la police de ces assemblées.

Le 30 octobre 1632, assemblée tenue par Robert le Philipponnat, prévôt d'Epernay.

Jusqu'au 30 décembre 1637, les échevins étaient collecteurs des taxes ; à cette date quatre collecteurs sont nommés de bas étage.

L'assemblée du 24 août 1 564 établit un règlement pour éviter toute confusion dans les délibérations du conseil de ville. Celle du 22 février 1660 fixe au nombre de seize les membres du conseil de ville, non compris le syndic et les échevins.

Le 4 avril 1667, sur la représentation faite parles échevins et syndics au sujet des assemblées de la ville, « en ce que . plusieurs refusent de s'y trouver et que plusieurs autres ne s'y trouvent que pour empêcher et troubler les délibérations, que requête sera présentée au roi et à son conseil, afin que le règlement fait à ce sujet le 3 novembre 1 666 pour la communauté de Sézanne soit exécuté à Epernay. »

Le 25 novembre 1674, il est ordonné que l'échevinage, pour le bien des habitants, sera dorénavant réduit a deux échevins et au syndic, et qu'à cet effet, pour le bien de la ville, il ne sera nommé cette année qu'un échevin, et un l'an qui vient.

Dans l'assemblée générale du dimanche 16 novembre 1681 en présence des officiers de ville et de quarante-trois habitants, il est arrêté que l'arrêt de Sézanne du 3 novembre 1666 pour les assemblées sera exécuté selon la forme et teneur et registré au présent acte.

Voici les termes de cet arrêt :

« Sa majesté étant en son conseil a ordonné et ordonne que toutes les assemblées, qui se tiendront à l'avenir dans la ville de Sézanne, seront composées des officiers du baillage prévosté, eaux et forêts, élection, grenier a sel et maréchaussée dicelle, et subordonnement de tous ceux qui se trouveront et auront été lors de la tenue des dites assemblées en charge publique, comme échevins, syndics, administrateurs de l'Hôtel-Dieu, marguillers de la paroisse, capitaines, lieutenants, enseignes tant de la ville que faubourgs, lesquels seuls à l'exclusion de tous autres pouvant entrer dans les dites assemblées, et y avoir voix et opinion délibérative en la môme manière qu'ils l'avaient auparavant la présente réduction ; deffendant à cet effet très-expressément la dite majesté a toutes personnes, de quelque qualitez et condition qu'elles soient autres que les officiers susnomraez, de s'ingérer a l'avenir à entrer dans les dites assemblées pour quelque cause et occasion que ce puisse être sur peine de désobéissance et d'être proceddé contre eux comme perturbateurs du repos public. . . »

Dans l'assemblée générale du 12 novembre 1719, le lieutenant général représente aux habitants :

« Que le roy par édit de suppression des maires et autres officiers municipaux des villes, ayant ordonné quelles seraient régies de la manière dont elles l'étoicnt avant leur établisse-

ment, et après une recherche exacte des anciens usages de la forme du gouvernement, dont il a trouvé peu de personnes instruites, ce qui l'aurait engagé d'avoir recours aux anciens registres, dans lesquels il aurait remarqué entre autres choses, qu'outre les officiers du baillage, qui composent avec les s« échevins et syndics le conseil de l'Hostel-de-Ville, et qui ont droit parleurs charges conformément aux anciennes ordonnances du royaume, il était aussy d'usage de choisir parmi les habitants éclairez, auquels on donnoit le titre de conseiller de ville honoraire, pour assister à tous les conseils dans les cas ou rassemblée générale des habitants n'éloit pas nécessaire et ayderde leurs lumières les autres officiers, que cet usage étoit d'autant meilleur que la conduite des maires et autres officiers se trouvant à découvert, les plaintes que pourroient former gens mal intenlionnez contre le gouvernement particulier se trouvoient écartées ; qu'à son égard comme il ne cherche qu'à donner des preuves de son intention à rétablir le bon ordre dans l'Hostel-de-Ville, il estime qu'il faut rappeler cet ancien usage et nommer des conseillers de ville choisis à cet effet, gens éclaircis dans tous les états, lesquels assisteront avec les officiers du baillage au conseil particulier de la ville. »

Le 19 juillet 1722, le lieutenant général défend aux maires, échevins et syndics de traiter les affaires publiques ailleurs que dans l'hôtel commun et dans des assemblées générales et particulières légalement réunies.

Les extraits des registres de I'Hôtel-de-Ville que nous donnons à la suite de cette étude sont renfermés dans une période de deux cent neuf années, du 18 avril 1540 au 23 décembre 1749. Malheureusement ces registres ont été lacérés.

Ces mutilations ont produit deux lacunes regrettables, la première du 12 février 1570 au mois de mars 1619, la seconde de novembre 1639 à décembre 1649. Nous déplorons surtout l'absence de ces documents qui constituaient la partie la plus intéressante de l'histoire d'Epernay, sous les règnes de Charles IX, Henri III et Henri IV. Combien de particularités curieuses au point de vue de l'histoire locale et générale les délibérations du conseil de ville de cette époque ne nous eussent-elles pas révélées sur les guerres de religion, notamment sur la ligue et le siège d'Epernay par le Béarnais.

Doit-on attribuer ces mutilations aux désordres inséparables de ces temps malheureux ; ont-elles été l'œuvre de mains intéressées et avides de soustraire au jugement de la postérité des actes honteux commis dans ces jours sinistres où la conscience humaine sombre souvent au milieu des ruines de la patrie et du foyer.

Cependant la moisson que nous avons recueillie est encore assez riche pour former un ensemble intéressant, qui comblera, nous l'espérons, un vide regrettable dans les travaux et les publications dont la Champagne a été jusqu'à présent le sujet.

Ceux qui liront ces témoignages d'un passé souvent triste, mais glorieux, seront peut-être saisis de cette émotion qui nous a dominé en constatant une fois de plus que l'héroïsme a toujours été un des fruits les plus féconds de cette vieille terre Champenoise, théâtre de tant de luttes et de tant de misères.

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