‹ Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inéditsChapitre 11 sur 33 · DE BERTUST DU ROCHERET · texte numérisé non relu

DE BERTUST DU ROCHERET

Il me semble que M« Stapart fait venir ce canon de bien loin. Sans lui faire faire tant de chemin, ne peut-on pas plus naturellement conjecturer que cette pièce provenait et avait été fondue par les ordres de Charles, duc d'Orléans, seigneur châtelain d'Epernay, qui était le père du roi Louis XII, ce qui l'aurait fait nommer le Chien d'Orléans.

11 y a peu de canons dont l'histoire soit plus célèbre que celui-ci. Ce qui en conserve la mémoire, est une allusion que fit le canonnier qui le tira. Croyant avoir abattu le roi au lieu du maréchal, il s'écria : « Ah, mordieu ! Le Biarnois a été mordu du chien ! « La soldatesque répéta ce rébus, ce qui a perpétué la mémoire de ce canon.

J'en ai vu la moitié dans ma première jeunesse, chez M. Nicolas Bertin, l'assesseur, mon aïeul, dans sa maison de la porte Lucas, qu'il avait héritée de Pierre Faguier, son beau-père. 11 était toujours resté pointé sur la tour de Vignolles. Lorsque Louis XIV fit enlever l'artillerie d'Epernay pour la faire conduire à Reims (vers 1684), les habitants voulurent séquestrer ce canon, qui, depuis la mort du maréchal de Biron, était fameux dans leur ville. Ils l'enlevèrent comme ils purent, avec précipitation, et comme ils n'avaient point de machines pour le transférer, ni le temps d'en avoir,

ils le roulèrent en bas de la tour et du rempart, où il se brisa. Les morceaux en furent jetés par la porte de derrière dans le jardin de M. Bertin, et de là dans les lieux secrets de la maison. Quelques années après, on les en relira. J'en ai vu la partie inférieure avec la tete de chien vers la première année du siècle. J'avais alors sept ans. Ce morceau pouvait avoir deux à trois pieds de longueur. 11 était de fer et d'environ douze lignes de balle. Quand M. Bertin quitta sa maison de la porte Lucas pour venir demeurer en sa maison du Bailly, rue et sur le cimetière de Saint-Remy, où il est décode en 1711, D»* Jeanne Faguier du Rocheret, sa femme et ma grand'mère,' vendit ce morceau de fer à des fondeurs.

Il est à remarquer que ce fut pour la première fois à la bataille d'Azincourt où l'on vit conduire de l'artillerie en campagne. Les Anglais y avaient mené quelques pièces, qu'ils chargèrent à cartouches, derrière les premiers rangs de leurs soldats qui les masquaient ; et dans le temps que les Français avancèrent pour les enfoncer, les Anglais s'ouvrirent et firent jouer leurs canons, dont les Français, qui ne s'y attendaient pas, furent si effrayés, que les généraux et les princes ne purent jamais rétablir le désordre. La bataille fut perdue et avec elle presque tout le royaume (1415). Charles, duc d'Orléans, y fut pris, et Gérard Brulart, baron de Hez, y fut tué. Il était fils de Noël Brulart, baron dcHez, et d'Agnès, grand maître des engins, cranequiniers, arbalétriers et machines de guerre, ce qui répondait à la charge de grand maître de l'artillerie d'aujourd'hui, qu'ils exercèrent les premiers; pourquoi cette maison chargea la bande de ses armes de cinq barils et d'une traînée de poudre. Ce Noël Brulart est le deuxième aïeul de Louis- Philogène Brulart, marquis de Puisieulx, chevalier des ordres du roi et son ministre d'Etat des affaires étrangères, aujourd'hui gouverneur et grand bailly d'Epernay.

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