‹ Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inéditsChapitre 17 sur 33 · GRENIER A SEL · texte numérisé non relu

GRENIER A SEL

Il y en a eu trois. Le premier attenant de la porte de Châlons et sur le rempart à gauche qu'il occupe, en sorte que son mur sert à la ville qui est fermée par la. Il appartenait à la D 11 * Caillet, vieille fille fort riche, qui l'a vendu au S r Jean Loche, receveur des tailles, et Antoine Chertemps, changeur du roi, qui y ont fait bâtir chacun un pressoir.

Le deuxième fut à la place d'armes de la tour de Saint- Antoine et contigu au vieux collège.

Le troisième a été bâti par Nicolas Quatre Sols de la Motte, élu et grènetier, a côté de sa maison, rendant vis-a-vis le rempart de la porte Lucas.

l'auditoire.

Il était encore sous Georges Henry, lieutenant général, dans un corps de logis de l'hôpital, qui rend sur la place du portail de Saint-Martin.

L'auditoire a été transféré, a la fin du xvn e siècle, dans la cour du Château. La salle d'audience est un assez beau carré, bien boisé, bien éclairé, bien plafonné ; au bout est la chambre du conseil, et au-dessus une chambre assez propre si elle était accommodée.

Les assemblées de la ville se tenaient autrefois dans le clocher des religieux, tant que les martiniens ont subsisté. Mais depuis l'introduction des génovéfains, les assemblées

se tiennent dans le nouvel auditoire, au Château. Les prisons sont au fond du cul-de-sac, très-malsaines et peu sûres.

Il conviendrait que l'on put obtenir du roi et de M. le duc de Bouillon d'acheter la maison des Cloche, qui est sur la place, en face de la porte de Paris ou Lucas, pour y transférer toutes les juridictions et lès prisons. L'hôtel de ville y serait avec décence et commodité.

J'aurais pu me servir du terme de réforme en parlant des nouveaux religieux, qu'on a mis en 1766 à la place des anciens; mais ils ont bientôt besoin d'être réformés euxmêmes, par le relâchement qui y est depuis environ trente ans, et qui menace de dérèglement.

\o Ils portent des boucles à leurs souliers, au lieu d'un petit bouton de fer ;

2° Ils ne portent plus de chape en hiver, ni de surplis en été qu'à l'église ;

3° Ils vont seuls dans les rues en simple rochet ;

4<> Ils mangent fréquemment en ville, surtout depuis le Père Roger, prieur, aujourd'hui visiteur, qui autorise tout ce relâchement;

5° Les matines ne se disent plus â huit heures du soir, mais à six heures, et avant leur souper, tout de suite après complies, qu'ils ne font que psalmodier, au lieu que les martiniens et les génovéfains les ont toujours chantées;

6° Ils ne souffrent plus qu'on les appelle moines. On ne les appelait pourtant pas autrement il y a vingt ans; ni Pères, voulant être traités de Monsieur;

7° Le P. Karadreux, aujourd'hui prieur et grand abbréviateur des cérémonies de l'église, a supprimé les confréries. Ce n'est pas ce qu'il a fait de plus mal. Il y en avait qui faisaient porter à leur tète, dans toutes les occasions, des bâtons au haut desquels était une niche et la ûgure de leur patron, et les confréries suivaient le bâtonnier, tous

avec un cierge à la main. Mais ces confréries occasionnèrent des bruits, des querelles et des ivrogneries, lorsqu'on adjugeait ou délivrait le bâton à celui qui s'en rendait l'adjudicataire dans l'église, pour l'honneur de loger le seigneur chez lui. Il ne reste plus que le gonfalonnier et la confrérie du Saint-Sacrement dans l'église de Notre-Dame. Tous les autres se sont retirés aux Pères minimes qui profitent des émoluments qui en reviennent. Il y avait 1° le Grand Cierge de plus de quinze pieds de haut; 2° Sainte-Reine; 3° Saint- Vincent pour les vignerons; 4° Saint-Honoré pour les boulangers; 5° Saint-Nicolas accompagné de deux torches pour les mariniers. Ce sont eux qui ont fait bâtir, orner et dorer l'autel de Saint-Nicolas près de la sacristie des religieux; 6<> Saint-Sébastien ; 7° Saint-Crépin pour les tanneurs, mégissiers et cordonniers ; 8° De la Vierge. C'était la plus nombreuse confrérie; elle avait le droit d'exposer son bâton, tous les jours solennels en face de l'autel;

8° Us ne mangent plus en réfectoire, mais en table ronde. 11 n'est plus question de portions en mets et en chopines, mais de plats communs et de bouteilles, comme les gens du monde.

Le prétexte qu'ils en ont pris est lorsqu'on a rebâti et réparé la maison sous le priorat du P. Debrie. Ils ont rasé l'appartement et grande salle de Saint-Martin, qui était entre la cour et le jardin. Le jardin et la cour ne font plus qu'un, même contigu. Le cloître, le réfectoire et la chapelle ont été supprimés. 11 ne reste qu'une allée du cloître pour entrer de l'église dans la maison. Les trois autres côtés et le préau sont convertis en un parterre, qui est à droite en entrant.

9° Les femmes entrent librement et a toute heure et dans tous les endroits de la maison. Ils en donnent môme libre entrée avec une clef à la dame et à la demoiselled'Aubigny, qui avec leurs femmes de chambre passent et repassent au

travers de la maison, en entrant par la porte de contradiction et celle de l'église, dont elles ont pareillement la clef, pour venir à l'office divin, et s'en retourner de môme ;

10° Ils ont supprimé la desserte de la chapelle de Saint- Antoine, dans les bois, qui sert aujourd'hui d'écurie et d'étable;

1 1° Le P. Karadreux ne veut plus aller chercher les morts des faubourgs pour les enterrer. Il faut que les parents les lui amènent en charrette à la ville. 11 mériterait la punition que fit un duc de Milan au curé de Saint-Barthélcmy de la même ville, qu'il fit enterrer vif avec un cadavre d'un pauvre qu'il avait refusé de môme d'aller quérir;

12° En 1747, il a supprimé la desserte de l'église de Saint- Laurent, où l'on disait messe et vêpres tous les dimanches. Il y avait offrande et pain bénit, fonts baptismaux ;

13° Il laisse vagabonder ses moines et les laisse aller se promener tous les soirs après souper, jusqu'à onze heures du soir, sur l'esplanade ou la nouvelle promenade, où les filles de la ville dansent aux chansons fort gaies.

U y a encore bien d'autres dérèglements dont je pourrai parler par la suite. Mais la disgression n'est déjà que trop longue. Poursuivons nos anciennes remarques sur la ville d'Epernay.

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