‹ Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inéditsChapitre 19 sur 33 · MOUVANCE D'EPERNAY · texte numérisé non relu

MOUVANCE D'EPERNAY

Àix-Pernes en latin Aqux perennes, était l'ancien nom sous la république des Celtes, appelé par les Romains Trajectum apud Marsnam, selon Flodoard.

Euloge, courtisan du roi Clovis, était seigneur do ce château autour duquel dix-sept familles de tanneurs étaient établies sur le ruisseau de Cubry.

Saint Remy, évêque de Reims, l'acquit de lui, moyennant cinq mille livres pesant d'argent, qu'il tira du trésor de son église, pourquoi cette châtellenie passa aux archevêques ses successeurs. C'est lui qui lui imposa le nom de Sparoacus ou Sparnacum, nom moderne d'où s'est formé celui d'Esparnay ou d'Espernay, dont la prononciation approche fort de l'ancien nom Aix-Pernes.

Depuis l'an de J.-C. 502, époque de cette acquisition, l'église de Reims en a joui assez paisiblement jusqu'au ix* siècle, que les comtes Eudes et Angelram s'en emparèrent successivement; ce qui dura jusqu'en 833, que cette

ville fut restituée à l'archevêque Hincmar, qui y mourut en 884.

Les premiers comtes de Champagne de la race de Vermandois s'en saisirent dans le schisme qu'ils excitèrent dans l'église de Reims (925). Mais le comte Herbert la restitua (963).

Eudes, comte de Tours, puis de Champagne, son neveu l'ayant prise, se la flt céder en 1024 par traité confirmé par bulles des papes Alexandre 111, Clément III et Innocent III, avec foi et hommage-lige envers l'église de Reims; ce qui dura plus de 200 ans, la foi et hommage ayant toujours été exactement rendue et le serment prêté dans l'église de Reims, après môme que ces princes furent parvenus à la couronne de Navarre.

Jeanne I pe , reine de Navarre, comtesse de Champagne, dame châtelaine d'Epernay, ayant épousé Philippe le Bel, fils aîné du roi de France, Philippe 111 le Hardi, ce jeune prince rendit ses foi et hommage pour Epernay et les autres terres dépendantes et relevantes de l'église de Reims, en 1284, à Pierre Barbet, qui en était alors archevêque. La cérémonie s'en fit à Paris ; mais ce prince déclara, par acte scellé de son sceau, que c'était sans préjudice au droit de son église, en ce que l'archevêque l'assure que cet hommage doit lui être rendu en son palais à Reims, et que ce n'est qu'à la prière dudit prince que ledit archevêque se contente qu'il le lui rende à Paris. Cette précaution devint bien inutile, puisque ce fut le dernier hommage qui fut rendu. Ce prince étant parvenu à la couronne l'année suivante, le comté de Champagne, la châtellenie d'Epernay et les autres terres démembrées de l'église de Reims qu'il possédait, y ayant été par lui réunies, l'hommage fut annulé en 1285. La reine mourut en 1304 et Philippe IV en 1314.

Louis X dit le Hutin, leur fils et successeur tant au royaume de France et de Navarre qu'au comté de Champagne et

terres y annexées, ci-devant démembrées de l'archevêché de Reims, mourut en 1316, ne laissant qu'une fille unique, Jeanne de France dite II, qui ne lui succéda qu'au royaume de Navarre et aux biens allodiaux, et le roi Philippe V dit le Long, son oncle, succéda au comté de Champagne et terres y annexées comme réunies à la couronne de France.

La reine Jeanne II épousa Philippe, comte d'Evreux, qui n'en forma jamais la contestation au roi Philippe V, ni a. Charles IV le Bel, son successeur; mais Philippe de Valois dit VI, étant devenu roi de France, Charles le Mauvais, roi de Navarre, fils de Philippe d'Evreux, prétendit faire valoir ses droits sur le comté de Champagne et les terres y annexées du chef des reines Jeanne I re et Jeanne II, ses mère et aïeule, et, pour les soutenir, attira les Anglais dans le royaume. Le roi Jean crut pouvoir le détacher de l'alliance des Anglais en lui donnant sa fille (1351), Jeanne de France dite III, qui eut la châtellenie d'Epernay, avec quelques autres domaines qui retournèrent à la couronne après la mort de cette princesse, en 1373. Tous les actes sont en son nom sans qu'il soit fait mention en aucune manière de celui de Charles, roi de Navarre, son mari. , Epernay fut encore démembré de la couronne en 1388, par le roi Charles VI, pour former l'apanage de son frère Louis, duc d'Orléans et d'Epernay, qui y joignit beaucoup de terres qu'il acquit. Mais je ne trouve point de lettres d'érection de la châtellenie d'Epernay en duché, bien que cette qualification se trouve énoncée en plusieurs endroits.

Valentine Visconti de Milan, sa veuve, duchesse d'Orléans, de Château-Thierry et d'Epernay, comtesse de Vertus, mourut en 1408, à Château-Thierry.

Charles, duc d'Orléans et d'Epernay, leur fils, ayant été pris à la bataille d'Azincourt, en 1425, et conduit en Angleterre, où il resta vingt-cinq ans, ses apanages devinrent le théâtre des guerres civiles et la proie de ses ennemis.

Guillaume et Jean de Chàtillon, avec Robert de Béthune et Guillaume de Baleyne, se saisirent d'Epernay, dont ils infestaient la ville de Reims. Ce qui engagea Renaud de Chartres, qui en était archevêque, de traiter avec eux et de retirer cette ville moyennant 4,000 saluts d'or qu'il leur paya pour la remettre, en 1 435, à Jean de Croy, seigneur de Tourssur-Marne, qui la tint pour Philippe II le Bon, duc de Bourgogne ; ce dernier se réconcilia enfin avec le duc d'Orléans, dont il moyenna la liberté (1450). Le mariage de l'Orléanais avec Marie de Clèves, nièce du Bourguignon, fut le sceau de cette réconciliation, en faveur de laquelle le duc de Bourgogne rendit Epernay à la maison d'Orléans, laquelle enfin commença à respirer; en sorte que le 9 juin 1445, elle procéda au partage des biens de la succession de Louis, duc d'Orléans, et de Valentine Visconti, morts trente-sept à trente-huit ans auparavant.

Jean d'Orléans, leur second fils, comte d'Angoulômc, ob tint la seigneurie d'Epernay du duc Charles, son frère, et mourut en 1467.

Charles, son fils, comte d'Angoulôme, seigneur d'Epernay, mort en 1496, laissa de Louise de Savoie, sa femme :

François, duc de Valois, comte d'Angoulôme, seigneur d'Epernay, qui fut roi de France après Louis XII (1514). Il céda ses domaines à sa mère.

Louise de Savoie, duchesse d'Angoulôme et d'Anjou, comtesse du Maine, dame d'Epernay, morte en 1361, après laquelle Epernay fut réuni à la couronne.

Claude de Lorraine, duc de Guise, fut seigneur d'Epernay en 1536, et mourut en 1550. Après lui autre réunion.

Pierre Strozzi, maréchal de France, fut seigneur d'Epernay. Il fut tué au siège de Thionville en 1558, d'où son corps fut rapporté à Epernay, où il fut enterré.

Autre réunion qui ne dura que cinq mois, jusqu'au 26 novembre 1558.

Philippe Strozzi, son fils, fut aussi seigneur d'Epernay; mais le roi Henri II lui paya 50,000 écus pour lui retirer cette terre ; dont Strozzi acheta depuis le comté de Bressuire et fut fait colonel général de l'infanterie de France, puis chevalier des Ordres.

Le roi donna Epernay en mariage à sa fille naturelle, Diane, légitimée de France, duchesse de Castro, qui épousa François, duc de Montmorency, pair et maréchal de France, lequel commença les aliénations du domaine d'Epernay, en 1560. Il le conserva peu.

Marie Stuart, reine de France et d'Ecosse, fut dame d'Epernay comme veuve et douairière du roi François II. Elle retourna dans son royaume d'Ecosse, fut mise en prison en Angleterre, d'où pour la délivrer Adrien de Petremole fut nommé commissaire de la cour pour l'aliénation de ses domaines, afin de lui procurer la liberté (1568).

François de France, duc d'Alençon, de Château-Thierry et d'Epernay, ne fit point registrer les lettres d'érection en duché-pairie d'Epernay, qu'il avait obtenues du roi Henri III, son frère, en 1576 ou en 1566, lettres patentes données à Moulins le 8 février, registrées le 21 mars. Il mourut à Château-Thierry, et le domaine d'Epernay, avec les autres qu'il possédait, fut réuni â la couronne le 18 juin 1584.

Louise de Lorraine- Vaudemont, reine douairière de France, veuve du roi Henri III, en 1589 obtint d'Epernay un douaire. Elle mourut en 1601. Après elle autre réunion.

Marie de Médicis, reine douairière de France, veuve en 1610 du roi Henri IV, eut entre autres domaines Epernay pour son douaire; mais sa régence fut troublée par des discussions pendant lesquelles Henri de Bourbon II, prince de Condé, prit Epernay le 6 octobre 1615. Ces troubles furent terminés par le traité de Loudun, en conséquence duquel intervint l'édit du mois de mai 1610, par lequel il fut dit, art. 47, que Château-Thierry, Epernay, etc., seraient remis

par le prince de Condé entre les mains de ceux qui les possédaient auparavant.

Cependant Epernay fut donné à François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul, l'un des princes mécontents qui s'intitula duc de Fronsac, Epernay, Château-Thierry; il mourut en 1631. Après lui autre réunion.

Anne d'Autriche, reine douairière de France, veuve en 1643 du roi Louis XIII, eut entre autres domaines Epernay pour son douaire, mais elle l'engagea en partie à Denis Amelot, seigneur de Chàtillon et de Bisseuil, conseiller d'Etat, et à Marguerite du Drac de Mareuil, son épouse.

Us eurent pour enfants : 1° Jean-Baptiste Amelot, seigneur de Bisseuil ; 2° Jacques Amelot, seigneur de Chaillou ; 3° Marie Amelot, femme de Charles de Béon-Luxembourg.

Lesquels étant héritiers de l'engagement lait au profit de leurs père et mère, furent remboursés par MM" de Bouillon en 1662, d'une somme de 17,266 livres, suivant la liquidation faite du restant des causes de l'engagement.

Epernay fut cédé à titre de propriété incomraulable à MM. de Bouillon.

1647. — Frédéric Maurice l tr de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, d'Albret, de Château-Thierry, y compris Chàtillon-sur-Marne et Epernay.

1652. — • Godefroy Maurice, duc de Bouillon, mort en 1721 .

1721. — Emmanuel Théodore, mort en 1730.

1730. — Charles Godefroy.

Par cette exacte chronologie, on peut distinguer la chàtellenic d'Epernay sous deux temps, dont le premier semble être entièrement inconnu depuis son origine jusqu'au mariage de Philippe-le-Bel, qui comprend environ 800 ans, pendant lesquels elle a appartenu à l'église de Reims ou relevé d'elle avec les autres terres, qui en avaient été démembrées et qui n'étaient qu'annexées au comté de Champagne, par lesquelles les comtes étaient tenus de faire à

l'archevêque foi et hommage lige pour Vitry, Vertus, Rethel, Châtillon-sur-Marne, Epemay, Roucy, Fismes, Chàteau-Porcien et leurs chàtellenies.

Le second, depuis l'avènement du même Philippe IV à la couronne (1285), qu'Epernay y fut réuni et incorporé et l'hommage annulé. En sorte qu'en ayant toujours fait partie depuis ce temps, celte chàtellenic en a relevé directement toutes les fois qu'on l'en a démembrée, depuis la reine de Navarre, Jeanne III de France, jusqu'à présent, sans que le traité d'échange de Sedan y ait apporté aucun changement.

BAILLIAGE ET PRÉVOTÉ D'EPERNÀY

Il y a eu de tout temps bailliage et prévôté en la ville d'Epernay, qui ne sont devenus royaux que depuis que le comté de Champagne et Brie est venu a la couronne de France par le mariage de Jeanne de Navarre, dernière comtesse dudit comté, sœur unique de Henri III, dernier comte de Champagne, roi de Navarre, qui décéda a Pampclune, sa ville capitale, avec Philippe IV dit le Bel, roi de France, lequel mariage fut fait en 1284. Et mourut ladite reine comtesse au bois de Vincenncs, le 2 avril 1304, et est enterrée aux Cordeliers de Paris ; laquelle a fait bâtir le collège de Champagne dit de Navarre et l'a fondé. Le roi Philippe, son mari, mourut en 1314 a Fontainebleau, où il était né.

Depuis ledit mariage, les Etats de Champagne et Bric se t tenaient à Troyes, ville capitale dudit comté, et la ville et châtellenie d'Epernay sont comprises dans ce comté, anciennes de plus de treize cents ans dès avant saint Remy, qui en a été seigneur. Les baillis, prévôts et gardes des sceaux plus anciens depuis ledit mariage sont :

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