‹ Éphémérides de la moyenne Normandie et du Perche en 1789Chapitre 1 sur 24 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Louis DUVAL

Jrchiri>ti' du département de l'Orne Correspondant du Ministère de l'Instruction publique.

ALEXÇON IMPRIMERIE F. GUY

il. rue de la Halle-aux-Toiles il

AYÀ.NT-l'ROPOS

Un savant professeur do l'Université d « 'xford, M. Sumner-Maine, en tête do son étude Des causes dé la décadence de la propriété féodale en France et en Angleterre, publiée en 1877, a placé une observation qui peut servir d'épigrapho à la collection de documents que je publie aujourd'hui :

« Si l'on considère l'énorme importance de )a première Révolution française aux yeux de la génération qui lui a immédiatement succédé, on s'étonne, au premier abord que la recherche de documents authentiques p >ur se former une opinion sur son origine, son développement et son caractère, ait été poursuivie pendant longtemps avec une telle négligence

« La chronique raconte qu'un historien allemand bien connu (1) eut l'occasion d'exprimer son étonnemont, à la vue des

(i) M. de gybel.

>9 poudreuses qu'on lui montrait, en lui faisan! remarquer qu'elles n'avaient pas été remuées depuis le jour où on les avait déposées au département des Archives. »

M. Sumner-Maine exp'iiqueen partie cette négligence de l'étude des documents originaux, en ce qui concerne l'histoire de la Révolution, par une tendance fâcheuse du caractère français, la prédilection pour les généralités et le goût des développements oratoires qui mettent en évidence le talent de l'écrivain et servent parfois à dissimuler l'absence de preuves solides.

Une réaction marquée en sens contraire s'est heureusement produite depuis vingt ou trente ans environ. Les travaux de Toc» quevilie, de Clhassin, de Taine, la publication des Inventaires des Archives départementales, qui a mis à la disposition de tous une masse de documents du plus haut intérêt jusqu'ici ignorés du public, ont ouvert un vaste champ aux études sur l'histoire de la Révolution et rabntré les liens nombreux qui rattachent l'ancienne France à la France moderne.

Le Centenaire delà Révolution en dormant un caractère d'actualité à ces éludes a favorisé ce mouvement. Des enquêtes locales, , ont mis au jour une foule de faits et de documents dont il est déjà pe de tirer des conclusions partielles d'un g I intérêt. Parmi ces publication -, nous pouvons ci ter comme uno des plus remarquables le livre de notre confrère M. Robert Tri Y Année 1189 au Mans et dans le Haut- Maine.

Aprè3 avoir constaté i'éiat général de cette province, limitrophe de la nôtre, « l'enthousiasme unanime qui accueillit la convocation des Etats généraux, la frivolité et la corruption des classes supérieures, la misère des campagnes, les souffrances des classes ouvrières, » l'auteur regarde comme suffisamment démontrée « la nécessité de réformes profondes dans l'ordre social, politique et administratif ».

Le recueil que j'ai formé est trop peu

étendu pour se prêter à une synthèse aussi

lement enchaînée que l'est le travail

dont la province du Maine vient d'être l'obiet.

Le ressort de la Moyenne-Normandie et du Perche, dont l'administration était confiée à un haut fonctionnaire désigné sous le nom d'intendant, sou3 le contrôle d'une Assemblée provinciale, se prêterait cependant facilement à une enquè.e approfondie et instructive. Les Délibérations de V Assemblée provinciale de la Moyenne-Normandie et du Perche forment, en effet, avec les Cahiers des Etats généraux et la correspondance de l'intend nt qui nous a été conservée, une source inépuisable d'informations sur l'état politique, social, économique dune circonscription administrative qui alors renfermait 1300 paroisses et équivalait à deux de nos départements.

Sur un seul chapitre nos renseignements sont assez complets et coïncident d'une façon remarquable avec ceux qu'ont recueillis si abondamment nos voisins du Maine, c'est celui des premiers troubles de la Révolution et des incen Jies de châteaux qui entraînèrent violemment, par contre-coup, la chute du régime féodal, dans la fameuse nuit du 4 août. Ce chapitre avait déjà été esquissé

avec un soin spécial p.ir M. Léon de la Sieotiére, dans son b-au livre sur Louis de \té et es insurrections normo.a ndice p. 575 à 580 . J'ai pu y ajou'.er plusieurs faita importants qui complètent ce tab'eau et en accentuent davantage le caractère.

Ce caractère, M. Sumner-Maine, que nous aimons à citer, l'a reconnu avec une perspicacité qui révèle en lui le juriste et l'observateur ayant encore sous les yeux, dans la vieille A.ng'e'erre, le modèle persistant d'une organisation de la propriété, analogue, à l'origine, mais très différente de celle faite en France à la classe agricole, au xvme siècle. Les Archives des châteaux, qui contenaient les titres en vertu desquels le seigneur féodal exerçait des droits, devenus odieux, furent, particulièrement en Normandie, le point de mire des paysans ameutés. Partout, ajoute M. Sumner-Maine, « la noblesse française était engagée dans d'interminables procès avec les paysans». Elle avait perdu, en grande partie, le caractère d'une « aristocratie territoriale » tandis

que le nombre des petits propriétaires augmentait sans cesse, le paysan achetant même les domaines de la noblesse appauvrie par la vie de cour. Mais cette masse de petits propriétaires était soumise à de3 charges, à des redevances féodales, et exposée à une foule de monopoles et de vexations, dont les plus grands étaient la dîme et le champort. S'affranchir de ces droits fut évidemment le but suprême du paysan en 1789, et suivant M. Sumner-Maine, celte question de l'abolition des droits féodaux et celle de la transmission de la propriété d'une classe à l'autre ont exercé la plus grande influence sur le développement delà Révolution qui, de l'aveu de tous, eut au plus haut degré le caractère d'un mouvement social.

L'explication développée par M. Sumner- Maine est confirmée de tout point par les procés-verbaux que j'ai recueillis. Elle réduit à sa juste valeur cette action occulte d'&illeurs plausible et admise par un grand nombre d'historiens, dans laquelle on a vouiu voir tour à tour la main de Mirabeau, de d'Ofiéans, de la Franc- Maçonnerie ou

même de la Cour. Il ne parait pas douteux, eu effet, que ce? bruil ï sinistres qui suivirent la nouvelle de la prise de la Bastille et en un clin d'œil firent le tour de la France, ces bandes de brigands signalés partout et partout invisibles, révèlent une machination secrète dont la conséquence fut la levée en masse des milices bourgeoises et la formation de Comités nationaux qui, dans toutes les villes, s'emparèrene de l'autorité municipale, judiciaire, etc.

Quels qu'aient été les instigateurs de ce mouvement qui trouva un aliment tout préparé dans la surexcitation générale des paysans, dan3 les bruits répandus sur les accaparements de grains, ses conséquences furent beaucoup plus considérables qu'on ne devait le supposer. La formation de ces Comités nationaux et des milices bouigeoises fut tout simplement la. prise de possession du pouvoir par une classe écartée jusqu'alors du gouvernement et qui, selon le mot de Sieyés, allait devenir tout.

Au reste je n'ai pas besoin de protester que dans ce recueil, on ne trouvera aucune

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