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théorie, aucune considération ge/iéraie sur le développement de la Révolution, mais seulement une suite chronologique de documents puisés aux meilleures sources et présentantdes rapports précis sur les faits. Il m'a semblé que l'intérêt du sujet et la marche dramatique des événements pouvaient rendre supportable une telle lecture, sans le secours des réflexions que suggère naturellement chacune cie ces citations.
J'ai même cru inutile de donner ici un résumé des faits qui contribuèrent à aggraver la situation : disette, émeutes sur les marches, pillage des magasins de grains, fausses nouvelles dont l'absence des journaux locaux rendait la propagation plus facile et plus dangereuse, impopularité des corps municipaux dont les charges étaient vénales, inaction des tribunaux. Trois tables, une des principaux événements, Tau- Ire des noms de lieu, l'autre des noms de personnes rendront, je crois, plus de service et suffiront à faciliter toutes les recherches.
DE
L\ GENERALITE IVALEXCON
i rso
ieI janvier 1789.
Lettre de Jullien, intendant de la généralité d'Alençon a M. de Tûlozan, MAÎTRE des
REQUÊTES. AU SUJET DE i/aGITATION QUI S'ÉTAIT MANIFESTÉE PARMI LES HABITANTS DES ENVI- RONS d'Argentan, a la suite du refus fait par les gens d'affaires du marquis de yrigny, de donner de l ecoulement aux eaux de l'étang de Vrigny, lequel alimentait plusieurs petits moulins inférieurs.
Le marquis de Vrigny, grand bailli d'épée du bailliage d'Ajeuçon el en celle qualité, chef de la noblesse, élan le personnage le plus impopulaire de lotit le pays. 11 s'élail rendu odieux à ses vassaux, par l'ardeur avec laquelle il avait revendiqué contre eux tous ses privilèges pécuniaires, lorsque le moment était venu
d'en faire le sacrifice. Il avait publié lui-même un Mémoire sur les franchises de taille a l'égard de la noblesse qui lui avait fait beaucoup d'ennemis. Il eut plusieurs réponses :
1° Lettre d'un curé a l'un de ses amis»
MEMBRE DU TiERS-ETAT DE L'ASSEMBLÉE d'AlEN- ÇON SUR LES PRIVILÈGES DE LA NOBLESSE, POUR SERVIR DE RÉPONSE AD MÉMOIRE DE M. LE MAR- QUIS de Vrigny, 13 p., in-4°, 1785. — Ce mémoire est de l'abbé J.-J. Gautier, curé de la Lande-dc-Goult.
2° Tableau général de l'affaire pour les syndics et habitants taillables en general
DES PAROISSES DE SAINT-PlERRE ET SaINT-MaR-
tin de Vrigny, contre René de Vauquelin. marquis de Vrigny. Paris, Nvon. 1785, in-4u de 23 p.
Il faut reconnaître que les prétentions du marquis de Vrigny étaient des plus intempestives, pour ne pas dire des plus imprudentes. Le refus fait par ses gens d'affaires de laisser écouler le trop plein de son étang pour donner de l'eau aux moulins qui s'alimentaient à ce vaste réservoir, semblait avcir un caractère vcxatoire et l'on s'explique l'irritation qui en résulta. L'intendant fut sur le point d'envoyer la maréchaussée pour faire ouvrir d'autorité les pâlies de l'étang. Fort heureusement le marquis qui était à Paris, informé de ces mouvements et plus avisé que son intendant, prit le bon parti de faire lever les pâlies.
Tel est l'objet de la lettre de l'intendant qui regarda ce fait comme assez important pour en informer les deux principaux ministres.
3 janvier 1789.
Lettre de l'Intendant de la généralité
d'AlENÇON A M. DELA MiCHODIÈRE, CONSEILLER
d'Etat, au sujet des difficultés que faisaient NAÎTRE LES PRIVILÈGES DES CORPORA- TIONS, MAÎTRISES ET COMMUNAUTÉS b'ARTS ET MÉTIERS.
Les gardes-jurés des épiciers de Falaise refusaient au sieur Jardin-Longchamp d'exercer la profession d'épicier, sous prétexlc qu'il n'était pas muni d'un brevet d'apprentissage, quoiqu'il fût avéré qu'il eut travaillé dins le métier depuis plusieurs années. Le Conseil d'Etal, saisi de la question, donna des ordres, le 13 décembre 1788. pour que le réclamant fût, par exception, admis dans la communauté, en payant les droits ordinaires exigés pour sa réception. L'intendant, pensant que l'exécution de cette décision ne souffrirait aucune difficulté, crut qu'il suffirait de faire donner copie en forme de cette lettre à la communauté des épiciers de Falaise, pour qu'ils fissent droit, à la demande du sieur Jardin en le recevant dans leur corporation, après payement des droits accoutumés, pour sa réception. Les épiciers de Falaise refusèrent formellement d'obéir. Le sieur Jardin crut alors devoir leur faire signifier celle décision : « Mais, dit l'intendant, ces épiciers, jaloux de l'intelligence de Jardin et des grands approvisionnements qu'il a déjà faits et qui seraient perdus s'il n'avait la facilité de les vendre, ont insisté pour ne le pas admettre dans leur communauté et lui ont répondu par une signification, que j'ai l'honneur
de vous faire passer et que vous verrez ne contenir que des injures contre un homme qui jouit cependant d'une très bonne réputation.
« Ce malheureux serait à la veille de perdre toutes ses marchandises et de ne pouvoir trouver par leur vente, les' moyens d'acquitter ses engagements, si le Conseil ne vient promptement à son secours. Ne croiriez-vous pas convenable de faire rendre un arrêt du Conseil qui ordonnât que Jardin serait reçu ? Un acte d'autorité leur imposerait, sans doute.
« Il serait peut-être un autre moyen, mais dont je n'oserais pas répondre, et qui éviterait les lenteurs indispensables de l'expédition d'un arrêt, ce serait que, sur de nouveaux ordres, je rendisse une ordonnance qui serait l'acte de réception de Jardin. Je chargerais mon subdélégué de la faire porter, de l'ordre du Roi, sur les registres de la communauté, et peut-être alors les épiciers n'oseraient plus troubler Jardin dans son commerce. »
Tel était ce régime des jurandes et maîtrises qui, au xvin* siècle, ne fonctionnait plus qu'au moyen de l'intervention continuelle de l'autorité et que les socialistes du parti clérical nous présentent aujourd'hui comme le dernier mot des questions ouvrières.
4 janvier 1789.
Mémoire au Roi par les habitants d'Alençon
Ce mémoire est signé de Potier du Fougeray, chevalier de Saint-Louis, moire d'Alençon, Gérard, premier échevin, Boulay, Olivier de
Saint- Vast. Comme presque tous les écrits politiques de cet époque fiévreuse, celui-ci renferme un bon nombre de contradictions. Ainsi l'on y rappelle avee raison, que « le gouvernement monarchique exige une distinction entre les jciloyens, les classes étant
comme des degrés qui remontent du peuple jusqu'au troue ». Une page plus loin on y affirme que le Tiers-Elal « forme à lui seul la nation pour ainsi dire dans son intégrité. » 11 est à peine nécessaire de faire remarquer que ces contradictions - ' - -s de consé-
quences. Tcute la Révolution en est sortie.
Les réclamations relatives à la ville ellemême ne sont pas moins intéressantes au point de vue local.
« Les habitants d'Alençon ont un objet le réclamation qui leur est particulier. Leur ville capitale d'un duché, possédé depuis longtemps par des princes de Pauguste sang de France, jouit de temps immémorial de la prérogative d'être la troisième ville de la province de Normandie. Dans l'ordre politique et d'administration, ce rang lui a été ^ons< rvé, puisqu'elle est lechef-:ieu delà troisième généralité de la province ; elle renferme des tribunaux nombreux, et sa population s'élève à environ quinze mille habitants. Elle est recommandable par la fidélité qu'elle a toujours gardée à ses augustes maîtres ; elle en conserve un témoignage précieux dans les lettres patentes de François Ier, du mois de mars 1514. Ce grand prince l'affranchit de toutes tailles et impositions, en considération de ce que ses habitants avaient chassé les Anglais et rerais leur
ville dans l'obéissance du roi. Le zèle qu'elle a toujours marqué pour le service de ses souverains, son étendue, son importance et sa population doivent lui mériter que Sa Majesté daigne jeter sur elle un regard favorable, et qu'elle ait la bonté de lui accorder un député particulier aux Etats généraux.
« En conséquence, Si Majesté est très respectueusement suppliée de vouloir bien accueillir favorablement le vœu du corps municipal, du clergé et des communautés, corporations et citoyens de la ville d'Alençon en ordonnant :
1° Que dans la convocation des prochains Etais généraux, les dépu'és pour la ville et bailliage d'Alençon soient admis en nombre proportionné à la richesse et a la population de son territoire, relativement à la population des autres districts qui députeront ;
2° Que dans le nombre général des députés qui seront envoyés an Etat généraux, ceux qui seront élus pour le Tiers-Etat et qui le représenteront soient en égalité de nombre avec Jes députés des deux ordres privilégiés.
3° Que les députés qui représenteront le Tiers-Etat ne puissent être pris ni élus que parmi les citoyens qui sont véritablement de cet ordre, sans qu'ils puissent être choisis ni parmi les nobles, ni parmi les .-moblis. ni parmi ceux qui jouissent actuellement des privilèges de la noblesse.
4° Qu'afin de conserver au Tiers-Etat la justice de sa représentation égale, qui s'anéanti- , rait malgré la parité du nombre, si chaque ordre délibérait à part dans l'Assemblée des
Etats généraux, il >oit statué que ces ordres se tiendront réunis, délibéreront en commun et voteront par tête, sauf à l'Assemblée à se distribuer en bureaux, dans chacun desquels l'égalité des voix sera toujours observée entre le Tiers-Etat et les deux ordres, et à se réunir en bureaux, soit par commissaires, ^oit même en assemblée générale, quand il sera jugé nécessaire pour former des résultais définitifs.
5° Enfin que la ville d'Alençon ait un député particulier aux Etals généraux. »
9 janvier i78