Éphémrides israélites
Août 1305. — A la demande du rabbin Salomon ben-Adéreth, connu sous le nom de Raschba, il est lancé, à la synagogue de Barcelone, un interdit (h'érem), contre quiconque étudierait les sciences philosophiques et profanes avant l'âge de vingt-cinq ans. Aussitôt, l'école de Montpellier lance un autre interdit contre ceux qui voulaient défendre l'étude des sciences et de la philosophie.
Cette lutte entre les partisans de la philosophie et ses ennemis avait commencé depuis plus d'un siècle déjà, lors de l'apparition du Moré Névochim et du Scépher Hammada de Maïmonides. Déjà, en 1232, un autre Raschba, Salomon ben-Abraham de Montpellier, lance l'anathème contre le Moré et le Scépher Hammada ; il envoie ses disciples, Ionah ben-Abraham de Girone, et David ben-Saul, répandre cet anathème dans les villes voisines et faire brûler tous les exemplaires de ces ouvrages. Mais si ce Raschba avait pour partisans des hommes tels que Rabbi Meïr ben-Todros ha-Lévi, de Tolède, et le médecin Iehouda ben-Joseph Elfachar de Grenade, Maïmonides avait trouvé de chaleureux défenseurs dans la famille des Kimchi, surtout dans David, connu sous le nom de Rudak, dans Nachmanide ou Ramban et d'autres savants distingués. La lutte cessa au bout de trois ans (1235). Mais, en Orient, elle se continua encore pendant plus d'un demi-siècle. Ainsi, en 1286, la rabbinat de Bagdad lance un interdit contre Joseph ben- Iehouda ibn-Aknin, disciple chéri de Maïmonides, à qui ce rabbin avait dédié son Moré. Cet interdit, lancé également contre tous les partisans du Moré, est bientôt après abrogé et rejeté sur les ennemis de Maïmonides. En 130-4, la lutte au sujet du Moré recommence en Espagne et en Provence, entre l'école de Barcelone, où nous voyons Salomon ben Adéreth (Raschba) et Ascher ben-Iechiel de Tolède (Rosch), et l'école de Montpellier, où se signalent Aba Mari ben-Moïse de Lunel, et Enduran Astruc de Lunel ; et nous en voyons les conséquences dans ces deux interdits contradictoires. A cette époque également, Jedaïa Penini de Béziers, connu sous le nom de Bederschi ou Bedarschi, publia une défense éloquente de la philosophie contre les attaques de Raschba.
3 août 1178. — Par une charte donnée au château de Montélimart, le 3 des nones d'août 1178, l'empereur Frédéric Barberousse confie à Pons, évêque
d'Avignon, ceux d'entre les Juifs de cette ville qui sont reconnus appartenir spécialement à la chambre de l'empereur, afin qu'ils fussent plus tranquilles et mieux défendus sous sa protection ; il prend aussi sous sa protection les antres Juifs de cette ville, ou ceux qui se décideraient dans la suite à l'habiter. « Ce que nous faisons surtout, dit la charte, dans l'intention de délivrer ces mêmes Juifs des vexations des comtes et des nobles et quelles autres personnes que ce soit, et de pouvoir retirer des mains dudit évêque la défense inhérente à notre dignité, s'il ne les défendait pas convenablement, équitablement et avec bonté. »
6 août 1557. — Les Juifs obtiennent du maréchal de Vieilleville, gouverneur militaire de Metz, une ordonnance autorisant quatre familles juives à .demeurer à Metz, sous conditions de payer un droit d'entrée et un tribut » annuel, d'assister une fois par mois aux prédications, de ne point habiter dans les principaux quartiers de la ville, de ne recevoir aucun Juif étranger, enfin de ne prêter de l'argent qu'à un denier par semaine (8 pour cent).
8 août 1-442. — Bulle du pape Eugène IV, dans laquelle il se plaint des Juifs du royaume de Léon et de Castille et les déclare, eux ainsi que tous les Juifs de la chrétienté, exclus de tous les emplois publics. Il énumère ensuite, avec une précision extrême, les professions que ne pourront plus remplir les Juifs, et qui sont fort nombreuses.
9 août 1378. — Lettres patentes données à Saint-Germain en Laye par le roi Charles V, portant que, moyennant un prêt de vingt mille livres que les Juifs de la langue d'Oïl feront au roi, et qu'ils payeront en quatre termes, plus une redevance de deux cents livres qu'ils s'engagent à payer par semaines, les Juifs de la langue d'Oïl seraient exemptés de toutes redevances el autres droits auxquels ils étaient tenus envers lui.
7 Elloul, — Mort des explorateurs.
Dans la seconde année de la sortie d'Egypte , Moïse envoya de Kadesch douze hommes, un de chaque tribu, pour explorer la contrée et lui faire un rapport exact sur le pays, les villes, les habitants et les produits. A leurretour, au bout de quarante jours, ces hommes firent un grand éloge de la fertilité du pays et en rapportèrent, comme preuves, quelques échantillons des plus beaux fruits; mais ils annoncèrent la conquête comme impossible, à cause de la force et de la stature gigantesque des gens du pays, qui habitaient des villes fortifiées. Ace rapport, le découragement s'empara du peuple: en vain, Josué et Caleb, deux des explorateurs, cherchèrent-ils à calmer l'effroi et rabattement des Hébreux, un soulèvement général menaça de détruire
1p plan de Moïse. Péjà on parlait d'élire un autre chef et de retourner en Egypte. Moïse sentit alors l'impossibili é de conquérir le pays avec une génération habituée à l'esclavage et peu capable d'un dévouement héroïque ; il reprocha sévèrement au peuple sa défiance envers Dieu et envers lui, annonça l'arrêt divin, qui condamnait tous les hommes au-dessus de vingt ans, à l'exception de Caleb et de Josué, à mourir dans le désert ; la jeune génération devait seule conquérir le pays de Canaan. Les paroles sévères de Moïse firent repentir le peuple de son insubordination, et on résolut de se mettre immédiatement en marche. Mais l'arrêt était irrévocable. Malgré la défense de Moïse, on tenta une attaque ; les enfants d'Israël furent repoussés avec perte par les Amalécites et les Cananéens, et ils furent forcés d'errer dans le désert pendant quarante ans, en souvenir des quarante jours qu'avaient mis les hommes à explorer le pays. En ce jour, qui était le 7 Elloul, dit le Talmud, les explorateurs périrent subitement, en punition du rapport décourageant qu'ils avaient fait.
7 Elloul, 70 ans après J.-C. — Les Juifs, après la prise de Jérusalem et l'incendie du Temple par l'armée de Titus, se retirèrent dans la haute ville; il firent encore une résistance de dix-huit jours. Mais, découragés et exténués, ils ne purent plus se défendre, et Titus s'empara de la haute ville le 7 Elloul. Tous les hommes trouvés en armes furent massacrés; les autres, faits prisonniers, furent vendus comme esclaves, et la ville fut rasée.
Août 1550. — Lettres patentes du roi Henri II, qui naturalisent, en France, les Juifs Portugais sous le nom de nouveaux Chrétiens, qu'ils avaient en Portugal. — Ce nom de nouveaux Chrétiens ou Marranos, qui s'est conservé longtemps à l'égard des Juifs Portugais ou Espagnols, leur était donné depuis leur expulsion d'Espagne et de Portugal ; car pour se soustraire à l'Inquisition, ils avaient embrassé extérieurement la religion chrétienne, et dans l'intérieur de leur maison et de leur famille, ils vivaient toujours selon la loi juive. Etablis depuis le commencement du xvie siècle en France, ils reçoivent enfin du roi Henri II des lettres patentes qui les naturalisent en France, leur permettent de commercer librement, d'acquérir des immeubles, les affranchissent de toutes taxes exceptionnelles, et leur promettent, dans le cas où il plairait à lui ou à un de ses successeurs deles renvoyer, de leur accorder un terme d'un an pour liquider leurs affaires.
14 Août Iô32. — Arrêt de la cour de Hollande, par lequel elle interdit aux Juifs Portugais, ou nouveaux Chrétiens, de séjourner dans cette province, et, de plus, ordonne à chaque habitant de les dénoncer à l'officier de la place.
15 août 1561. — Pie IV fait publier un édit qui, sur la supplique présentée par les Juifs, permettait à ceux de ses Etats, et surtout du corutat d'A-
vignon, de porter des chapeaux noirs en voyage, pourvu que dans les lieux de leur résidence ris n'en aient pas d'autres que de couleur glauque. Cet édit abrogeait en partie celui du pape Clément VII, qui avait ordonné aux Juifs Avignonais de ne jamais sortir sans chapeau jaune, sous peine d'une amende de cent ducats d'or pour les contrevenants.
17 août 1348. — Dans cette année, l'Allemagne et une grande partie de la France étaient affligées d'une peste qui faisait d'effroyables ravages. Une horrible accusation s'élève alors contre les Juifs : « Ce sont eux qui empoisonnent les fontaines.» La populace crédule manifeste aussitôt sa haine contre les Juifs et exerce partout une terrible vengeance contre eux. C'est sur une pareille accusation et avec de pareils sentiments de haine que, le 17 août, à Saint-Saturnin, en Dauphiné, le peuple se souleva contre les Juifs et en fit un horrible massacre.
18 août o37. — Constitution de l'empereur Justinien donnée à Constantinople, le 15 des calendes de septembre, deux ans après le consulat de Bélisaire.
Les Juifs, y est-il dit, les Samaritains et les autres hérétiques ne sont pas, sous prétexte de religion, délivrés de la curie; mais ils demeurent, au contraire, soumis à en remplir les charges, sans jouir toutefois des privilèges attachés aux décurions ; ceux d'entre eux qui sont de condition curiale peuvent être admis à déposer en justice contre les orthodoxes, ainsi que pour le gouvernement orthodoxe.
18 août 1487. — Douze Juifs, trouvés dans Malaga, lorsque cette ville fut prise par les Espagnols sur les Maures, furent tués, par ordre de Ferdinand, avec un raffinement de cruauté. C'est avec des roseaux pointus qu'on les fit périr. Ce supplice, qu'on n'appliquait qu'aux plus grands coupables, consistait à enfoncer des roseaux aiguisés et pointus dans le corps des condamnés ; on en multipliait les piqûres en si grand nombre que le corps défiguré ne présentait plus que l'aspect d'un crible dont le sang coulait de tous côtés jusqu'à l'épuisement complet.
19 août 1352. — Le conseil de la ville de Nîmes avait accordé a'ux Juifs un quartier particulier, celui de la Corregerie. Mais ils s'y trouvèrent trop resserrés et trop à l'étroit, et demandèrent au conseil de changer le lieu de leur résidence. Le conseil de la ville, dans une séance tenue le 19 août, prenant en considération la demande des Juifs, leur accorda un autre quartier au centre môme de la ville, la rue Cagansul dans toute sa longueur jusqu'au carrefour de celle de la Rouerie.
20 août 1790 . — Proclamation du roi Louis XVI, sur une instruction
de l'assemblée nationale concernant les fonctions administratives, portant que, « parmi les Juifs, il n'y a encore que ceux connus sous la dénommaj> tion de juifs portugais, espagnols et avignonnais qui soient citoyens actifs » et élégibles, suivant le décret du 28 janvier 1790. »
21 août 1829. — Arrêté ministériel, autorisant l'établissement d'une école centrale rabbinique à Metz et en approuvant le règlement.
Depuis l'émancipation des Israélites en France, le Judaïsme n'avait pas encore d'établissement officiel pour former des rabbins , malgré toutes les démarches faites par les consistoires. La ville de Metz possédait , il est vrai, une Jeschibah, comme en avaient tous les grands centres israélites; on y venait de loin étudier les sciences sacrées, car elle était renommée par sa supériorité, surtout depuis qu'un homme généreux, M. Abraham Schwab avait consacré (1702) un local pour cette académie et une rente pour le traitement de cinq rabbins qui devaient y professer . Mais les sciences profanes n'y étaient pas enseignées ; et depuis l'ère de notre liberté on sentait vivement qu'il était indispensable que nos rabbins possédassent une instruction solide dans les sciences profanes tout aussi bien que dans les sciences sacrées. Enfin le Consistoire de Metz fit subir en 1820 une heureuse transformation à cette institution, et, la convertisant en école talrnudique, facilita aux élèves l'acquisition des notions de sciences et de littérature. Mais là ne devait pas se borner le zèle de nos administrations. Quelques années après (août 1829) l'établissement d'une école rabbinique à Metz fut autorisé par le gouvernement qui en approuva le règlement. Inaugurée en juillet 1830, elle était encore entretenue aux frais des communautés israélites, lorsque le nouveau gouvernement de S. M. Louis Philippe (22 mars 1831) en mit l'entretien aux frais de l'Etat et y alloua pour l'année même de 1831 une somme de huit mille cinq cents Irancs. Quinze jours après (avril) une circulaire ministérielle dispensait les élèves du service militaire. Enfin, après différentes phases, en juillet 1859, le Consistoire central arriva à la réalisation d'un désir, depuis longtemps formulé, et Y école rabbinique de Metz fut changée en Séminaire Israélite de Paris ; un nouveau règlement fut mis en vigueur, après avoir été approuvé en décembre 1860 par S. Exc. le ministre de l'instruction publique et des cultes.
Cet établissement, inscrit aujourd'hui au budget pour une somme de plus de vingt mille francs, a fourni la plus grande partie des Grands-Rabbins et des Rabbins de France. Il fut d'abord sous l'habile et énergique direction de M. Lambert, le savant bébraïsant; lorsque celui-ci devint grand-rabbin de Metz, ,1a direction en fut accordée à M. Mayer Lazare, le profond et .
érudit talmudiste; enfin, il est aujourd'hui sous celle non moins énergique de M. le rabbin Trénel, ancien élève lui-même de cet établissement.
ïSEloul, 140 av. J.-C— Une grande assemblée nationale composée des prêtres, des anciens et de tous les chefs du peuple, est convoquée à Jérusalem pour conférer solennellement à Siméon et à ses descendants les dignités de grand-prêtre et de prince des Juifs, avec des pouvoirs très^-étendus et le droit de convoquer les assemblées nationales. A partir de ce jour, tous les actes publics devaient être rédigés en son nom. L'acte d'investiture, daté du 23 Eloull, troisième année du règne de Siméon et 172 des Séieucides, fut gravé sur une table d'airain et placé à l'entrée du parvis du temple ; une copie en fut déposée dans les archives.
24 août 1614. — En ce jour, anniversaire de la Saint-Barthélemy, la populace de Francfort se souleva contre les Juifs, et des détails assez intéressants nous ont été conservés parle Mercure français (tom. III, p. 555), dont nous rapportons le récit :
«Le 24. août 1614, dès le matin, on avait vu le monde s'attrouper par bandes aux places publiques, et il semblait qu'il se machinait quelque massacre et pillerie (car l'un ne va jamais sans l'autre en une fureur populaire). Mais, sur l'après-midi, ce peuple étant armé de rage, tourna avec impétuosité sa furie sur la place des Juifs.
» Au commencement, les Juifs firent de la résistance et barricadèrent de muids et autres embarrassements les portes de leur place ; et même quelques habitants se mirent à les secourir. Au bruit qui se faisait, toute la populace accourut de tous les endroits de la ville, ce qui augmenta la grande quantité de larrons. Alors ni les consuls ni plusieurs honnêtes citoyens qui, à main armée, voulaient empêcher cette sédition, ne le purent faire; car l'assaut s'étant renforcé par la défense que faisaient les Juifs, on voyait ces furieux en sortir les uns ayant un bras emporté, les autres blessés à la tête et aucuns blessés à mort s'aller faire panser; il n'en mourut toutefois que deux sur place. La nuit venue, et la fureur populaire croissant, les Juifs songèrent à se retirer chacun pour garder sa maison ; mais leur grande porte étant renversée, on n'entendit plus que pleurs et clameurs, que rupture de maisons, de portes et de coffres. Et ces pauvres misérables Juifs, abandonnant leurs biens, se retirèrent en leur cimetière, avec leurs blessés, desquels il n'en mourut qu'un.
» Le lendemain, tous les citoyens armés et plusieurs d'eux à cheval se rendirent à la place des Juifs où, mettant des gardes sur toutes les avenues, ils commencèrent à arrêter les pilleurs, à leur ôter ce qu'ils emportaient, le mettant en lieu sûr pour le conserver; par cet ordre, ils firent cesser le
pillage. Mais tous les Juifs retirés dans leur cimetière, voyant les citoyens armés pour les défendre, craignant de retomber sous la fureur du peuple, demandèrent permission de sortir et se retirer, conduits sûrement sur les bords du Rhin avec le reste de leurs meubles et biens que l'on avait sauvés. Là ils s'embarquèrent en divers bateaux, les uns allant en montant le Rhin et les autres descendant. On conta qu'ils étaient quatorze cents Juifs »
« On composa ces deux vers qui marquent l'an, le mois et le jour de cette pillerie » :
In mense Augusto, Bartholomeïque professo, FranGfortï hel Mlseros serVl praeDantVr Haebreos.
25 août 1622. — Arrêt du conseil de la ville de Bordeaux, qui casse et annulle les lettres de bourgeoisie obtenues depuis vingt ans par un certain nombre de Juifs portugais ; telles sont les familles Alvarez, Fernande, Mendès, Cardoze, Romero, Lopez et Mendés Fernandez.
En 1615, le roi Louis XIII avait chassé de France tous les Juifs, excepté ceux de Bordeaux et de Metz. Mais les Juifs de Bordeaux étaient jaloux de leur faveur, et ils voyaient avec peine des familles juives étrangères s'établir dans la ville. La jalousie et le soin de leurs intérêts leur firent faire des démarches auprès du conseil de la ville pour empêcher leurs frères de s'établir à Bordeaux, et nous voyons par cet arrêt du conseil de Bordeaux, qu'ils ne réussirent que trop bien.
29 aowH582. — Un chrétien, ayant assassiné un Juif sur la route de Crémone, et poursuivi par les frères de la victime, se réfugia dans une église, espérant y être dans un asile. Mais, sur la demande des frères, l'évêque le fit sortir de l'église; et, conduit en prison, il fut bientôt traduit devant les juges. Convaincu d'assaosinat, il fut condamné à être pendu et traîné attaché à la queue d'un cheval. Le supplice suivit de près la condamnation. Mais les habitants de Crémone trouvèrent qu'on avait eu tort de violer le droit d'asile d'une église pour une si petite chose que l'assassinat d'un Juif; et, les habitants de Pavie s' étant joints à eux, ils demandèrent à Philippe H, roi d'Espagne, l'expulsion des Juifs.
1er Tischri, 588 av. J.-C. — Mort de Guedaliah, gouverneur de
Jérusalem.
Le roi de Babylone, ayant laissé un certain nombre d'habitants dans la Palestine, après la prise de Jérusalem et la destruction du Temple, leur donna
pour gouverneur un de leurs compatriotes, Guedaliah, fils d'Achikam. Sous sa direction, la tranquillité et l'ordre se rétablirent et on commença à s'occuper des vendanges et de la récolte des fruits. Mais bientôt un traître vint détruire l'espérance des derniers débris de Juda. Ismael, fils de Nathania de la race royale de Juda, jaloux sans doute de l'autorité qu'exerçait Guedaliah et à laquelle il croyait avoir plus de droit par sa naissance, vint à Mispah, siège du gouverneur, pour y assassiner Guedaliah. Il était encouragé dans ce dessein par Baalis, roi des Ammonites, qui voyait avec peine la protection accordée par le roi de Babylone aux restes du royaume de Juda. Le complot d'Ismaël transpira et on en avertit Guedaliah; on lui offrit même de tuer le traître. Mais Guedaliah refusa d'y croire et il tomba victime de sa trop grande confiance. Au premier jour du septième mois (septenibre-oetoLreo88), deux mois à peine après la destruction de Jérusalem, le gouverneur avant invité à un repas plusieurs grands personnages au nombre desquels se trouvait Ismaël, celui-ci, qui avait amené dix hommes de sa suite, se leva subitement avec ses gens, et ils assassinèrent Guedaliah et tous les Juifs et Chaldéens qui composaient sa garde. Le crime d'Ismaël était encore inconnu, lorsque le lendemain quatre-vingts hommes de Siloh, de Sichem et de Samarie passèrent par Mispah pour aller en pèlerinage à Jérusalem ; Ismaël alla au devant d'eux et les invita à se rendre chez le gouverneur ; mais à peine entrés dans la ville, ils furent traîtreusement assassinés par les gens d'Ismaël. Celui-ci, obligé de fuir, entraîna avec lui une partie des habitants et se dirigea vers le pays d'Ammon; mais ils furent attaqués par Johanan, fils de Karéach, et quelques autres capitaines près de Gabaon ; Ismaël seul parvint à s'échapper avec huit hommes et se retira dans le pays d'Ammon.
C'est en souvenir de ce déplorable assassinat que fut institué un jeûne, que nous célébrons encore aujourd'hui. Mais comme les deux premiers jours du mois de tischri sont des jours de fêtes, on a remis le jeûne au troisième jour du mois ; et quand Roch-Haschanah tombe le jeudi et le vendredi, le jeûne est remis au quatrième jour. Il arrive même parfois que ce jeûne est célébré cinq ou six jours après son anniversaire ordinaire : si le mole d de Tischri tombe un mercredi, Rosch-Haschana, au lieu d'être en ce jour, est remis au lendemain jeudi, et le jeûne de Guedaliah est célébré le dimanche, ce qui fait cinq jours après. D'un autre côté, si le moled de Tischri est le mardi 9 heures, 204-/1080, Rosch Haschana étant alors le jeudi, le jeûne de Guedaliah est également le dimanche; ce qui fait six jours de différence.
Septembre 1306. — Humbert l accorde à deux Juifs du Dauphiné, Morel d'Amboise et Amyal de Tours, d'établir une banque à Grenoble, en payant chacun vingt livres d'entrée et une redevance annuelle.
Ils étaient affranchis par ce traité des charges publiques et avaient plusieurs privilèges : prêter sur gages, contraindre leurs débiteurs sur un simple acte de seing privé, sans être obligés de se pourvoir en justice; il était dit aussi dans ce traité que leur serment ferait foi pour la valeur de la somme prêtée et pour le terme du remboursement, lorsqu'il n'y aurait rien d'écrit.
Septembre 1477. — Apparition du premier livre imprimé de la Bible. C'est le livre des Psaumes avec le commentaire de Kimchi (Redak) imprimé à Bologne.
Vingt - cinq ans se sont à peine écoulés depuis l'invention de l'imprimerie, et déjà plusieurs imprimeries hébraïques fonctionnent activement. Mais chose curieuse à constater et qui marque bien l'esprit du temps, ce n'est pas à la Bible qu'on a songé pour le premier ouvrage à imprimer ; car ce livre des psaumes, qui est bien le premier livre que l'on ait imprimé de la Bible, est loin d'être le premier ouvrage hébreu que l'invention de Guttenberg ait répandu par milliers dans le monde. On avait donné la préférence à des commentaires de la Bible et du Talmud. Ces sortes d'ouvrages, alors dans tout leur éclat, primaient la supériorité de la Bible et étaient les premiers dans l'estime du public. Aussi les deux premiers ouvrages que l'on ait imprimés, sont deux commentaires, l'un du Pentateuque, celui de Raschi (février 1475), l'autre l'Arba Tourira, de Jacob ben Ascherjrésumé du Talmud et des commentateurs, (1475). Ce n'est que deux ans après, lors qu'avait déjà paru un grand nombre de commentaires , que l'on songea à imprimer le texte même de la Bible ; et il fallut attendre encore onze ans (1488) pour avoir un exemplaire complet de la -Bible.
Mais à parlir de ce moment, les Soncinate et les Bomberg en firent de nombreuses éditions dans tous les formats, avec et sans commentaires.
En 1517 parut la première Bible polyglotte, en quatre volumes in-folio ; outre le texte et la traduction d'Onkelos, elle renfermait la Vulgate et la version des Septante avec une traduction latine. En 1 645 parut la polyglotte de Paris avec sept traductions différentes , et en 1657, celle de Londres ou de Walton, qui donne la Bible en neuf langues différentes,
4 septembre 1320, — Bulle du pape Jean XXII qui condamne au feu tous les exemplaires du Talmud.
Cette sentence portée contre le Talmud n'est pas la première en date. Déjà près d'un siècle auparavant la guerre avait commencé contre ce recueil de l'archéologie et de la législation des Juifs. En 1239, Grégoire IX, sur la dénonciation d'un juif converti, ordonna une enquête , et le résultat fut, que quelques mois après on brûla une grande quantité d'exemplaires du Talmud et d'autres ouvrages en hébreu. Cette guerre contre le Talmud fut continuée
par les successeurs de Grégoire IX : Innocent IV en 1244, Clément I en 1267, Honorius IV en 1285 et en 1286, et enfin Jean XXII en 1320 renouvelèrent la sentence de Grégoire IX, et firent brûler le Talmud.
Septembre 1206. — Par un établissement, en date de ce mois, Philippe- Auguste réglementa les obligations contractées par les Juifs et le prêt à usure. Cet établissement porte, entre autres dispositions, qu'aucun Juif rie pourra prendre un plus gros intérêt que deux deniers pour livre par chaque semaine (16 p. 100); qu'il ne pourra exiger le payement avant que l'année soit écoulée, et sera toujours forcé de le recevoir quand il plaira au débiteur de le payer; que toute obligation devra être scellée par le bailli du roi; que les Juifs ne pourront prendre en gage ni vases ni ornements sacrés, ni vêtements ensanglantés ou 7nouille's récemment ; que le sceau des Juifs sera gardé dans chaque ville par deux hommes de probité, qui feront ser ment sur l'Evangile de n'apposer ce sceau sur aucune promesse à moins d'avoir une connaissance certaine que la somme est réellement et légitimement due ; enfin qu'il n'y aura dans chaque ville qu'une seule personne qui pourra rédiger les obligations passées au profit des Juifs.
Septembre 1260. — Ordonnance de Louis IX par laquelle il attribue aux maires des villes* la connaissance des délits commis par les Juifs baptisés, domiciliés dans l'étendue de leur ressort.
Cette ordonnance de saint Louis fait partie de cette longue série de lois que le roi avait faites pour attirer les Juifs au christianisme et les détacher du judaïsme par les charges et les humiliations qu'il fait peser sur eux tant qu'ils sont Juifs, et par les avantages qu'il leur accorde s'ils se convertissent ; telles sont, par exemple, les ordonnances de 1257 par lesquelles il force les Juifs à restituer les usures et à vendre tous leurs immeubles à l'exception des synagogues et des cimetières ; celles de 1269 par lesquelles il leur impose l'injonction déporter sur leurs habits une marque particulière qui les distingue des chrétiens; enfin, son établissement de 1270, qui dénie aux Juifs la faculté de témoigner et d'être invoqués en justice.
7 septembre 1776. — Arrêt du parlement de Metz, qui ordonne aux religieux du couvent de la propagation de la foi, à Nancy, de remettre à Hayem Elias et à Cerf Isaïe Oulmann les enfants qui leur appartiennent ; fait défense expresse aux couvents, communautés religieuses, et8tous autres particuliers, d'attirer et de recevoir dans leurs maisons les enfants des Juifs sous prétexte de religion, avant que les enfants aient atteint l'âge de seize ans pour les garçons et de quatorze ans pour les filles, à peine d'être poursuivis et punis suivant l'exigence des cas.
Ce n'est pas le seul arrêt que les parlements français aient rendu dans ce sens ; un grand nombre d'autres sont conçus, sinon dans les mêmes termes, du moins dans le même esprit ; et. cela un siècle et plusieurs même avant que du haut du Vatican la voix de Pie IX, se faisant entendre au sujet d'un fait semblable, s'écria : Non possumus.
9 septembre 1236. — Lettre du pape Grégoire IX adressée à l'archevêque de Bordeaux, aux évêques de Saintes, d'Angoulême et de Poitiers, dans laquelle il déplore l'état pitoyable des Juifs injustement persécutés; il y blâme énergiquement les massacres faits par les croisés qui, au lieu de se préparer à la guerre sainte par les voies de la piété et de la justice, inventaient toutes sortes de maléfices contre les Juifs pour les perdre, et exerçaient contre eux des cruatés inouïes, ne prenant pas garde que les chrétiens sont redevables aux Juifs des véritables fondements de leur religion. Il ajoute qu'il ne faut contraindre personne à recevoir le baptême, parce que l'homme, étant tombé librement , doit aussi se relever par son libre arbitre, et sa propre volonté.
Belle et noble leçon donnée, il y a plus de six siècles, par un souverain pontife à ses successeurs ! Mais si elle a été souvent mise à profit, elle a été plus souvent encore dédaignée et rejetée.
11 septembre 506. — Dans le concile tenu à Agde, le 3 des ides de septembre, les évêques réunis adoptèrent la résolution suivante, qui devrait aujourd'hui encore être suivie par le clergé : c'est que les Juifs qui voudraient se faire chrétiens doivent rester huit mois parmi les catéchumènes; après cette épreuve seulement, s'ils persévèrent, ils doivent recevoir le baptême.
12 septe?nbre 1492. — Lettre de Ferdinand et d'Isabelle à Rodrigue del Mercado, commissaire envoyé dans le district de l'archevêché de Tolède pour y prendre possession des biens des Juifs expulsés de cette partie du royaume. Ils lui écrivent qu'ils ont été informés que quelques personnes ont fait transporter hors du royaume de l'or, de l'argent, de la monnaie et d'autres effets qui ont appartenu aux Juifs bannis d'Espagne, et que d'autres en retiennent encore pour la même destination ; ils lui ordonnent de ne négliger aucun moyen pour tout saisir et pour procéder contre les coupables.
L'empressement avec lequel Ferdinand et Isabelle cherchent à empêcher la fortune des Juifs de les suivre en exil montre assez quel fut le principal mobile et la cause première de l'expulsion des Juifs d'Espagne, qui avait eu lieu le 31 juillet précédent. Cette lettre prouve avec évidence que le désir seul de remplir leur trésor mis à sec fit prendre à Ferdinand et à Isabelle le
prétexte de la religion pour l'exécution de la mesure inouïe qui spoliait tous les Juifs et d'une patrie qui leur était chère malgré toutes les persécutions, et de tous les biens qu'ils possédaient.
Tischri, 536 avant J. G. — Cinquante deux ans après la destruction du temple, Cyrus qui était monté sur le trône de Perse vers l'an 560 ou 559 , publia un édit par lequel il autorisait les Hébreux en rentrer en Palestine et à reconstruire le temple. La teneur de cet édit, qui nous a été conservée par le livre d'Ezra, (i. 2 — 4.), était ainsi conçue :
» Ainsi, dit Cyrus, roi de Perse, Jehova, le Dieu du ciel, m'a donné tous » les royaumes de la Terre, et c'est lui qui m'a ordonné de lui bâtir un tem » pie à Jérusalem, qui est en Judée. Quiconque d'entre vous est de son peu » pie , que son Dieu soit avec lui, qu'il monte à Jérusalem, qui est en Ju- » dée et qu'il rebâtisse le temple de Jehova, Dieu d'Israël , c'est le Dieu qui » est à Jérusalem; et tous ceux qui (faute de moyens), resteront en arrière » dans les endroits où ils sont établis, les gens de l'endroit les aideront avec » de l'argent, de l'or, du bétail et d'autres biens , outre le don volontaire » pour le temple de Dieu , qui est à Jérusalem. » Les anciens habitants du royaume de Juda profitèrent seuls de cette autorisation ; et c'est à partir de ce moment, que le nom de Yehoudim (Judéens), que, par corruption, on a changé en celui de Juif*, désigna ceux qui professaient la religion de Moïse.
Des nombreuses familles des tribus de Juda et de Benjamin , des prêtres , des lévites, répondirent à l'appel de Cyrus et partirent pour la Judée, formant une caravane de prés de cinquante mille individus, y compris plus de sept mille esclaves des deux sexes.
Ils avaient à leur tête le prince Zorobabel , arriére petit fils du roi Joïachin, et Josué, fils de Josadak et petit -fils du grand prêtre Seraïa, qui, lors de la conquête de Jérusalem, avait été mis à mort par les Chaldéens.
Sur l'ordre du roi , Mithridate le trésorier rémit à Zorobabel les vases d'or et d'argent que Nabuchodonozor avait fait enlever du temple de Jérusalem. La caravane, parti probablement au commencement de la belle saison, se trouva, au mois d'Eloul, établie a>ns un certain nombre de villes. Une assemblée nationale fut aussitôt convoquée à Jérusalem pour le septième mois ; on établit un autel provisoire ; on commença à offrir les sacrifices prescrits par la loi ; et on célébra la fête des Tabernacles (Soukkoth) avec toutes les solennités d'usage, (Ezra ml. — 7.)
Tischri, 153 av. j. C. — Le trône de Syrie était disputé par Demetrius, fils de Seleucus et Alexandre Balas, se disant fils d'Antiochus Epiphanes : tous deux avaient à cœur d'avoir dans leur parti les patriotes juifs; ils comblèrent alternativement les Juifs de faveurs pour se les attacher. Demetrius
écrivit à Jonathan, frère et successeur de Juda Macchabée, pour lui conférer le commandement de la Judée, l'autorisant à lever des troupes et à faire provision d'armes ; il fit rendre les ôtages qui se trouvaient dans la citadelle de Jérusalem ; et les garnisons syriennes évacuèrent les places de la Judée, à l'exception de la citadelle de Bethsour et de celle de Jérusalem . Alexandre renchérit sur les offres de Demetrius et, appelant Jonathan son frère et ami du roi, il lui envoya une couronne d'or et une robe de pourpre et lui conféra la dignité de grand-prêtre. Jonathan qui avait accepté les concessions de Demetrius, sans prendre aucun engagement envers lui, accepta également les offres d'Alexandre et n'hésita pas à reconnaître ce prétendant, qui, par sa position même, lui offrait plus de garanties que toutes les promesses de Demetrius.
A la fête des Tabernacles de l'an 160 des Séleucides (153 av. J.-C), Jonathan se présenta pour la première fois au Temple, revêtu des ornements pontificaux, et ouvrit la série des grands-prêtres asmonéens. Douze ans plus tard, son frère Siméon y joignit encore, comme nous l'avons vu (V. p. 353), le titre et l'autorité de prince des Juifs; et en l'an 129, Jean Hyrcan se rendit tout à fait indépendant après la mort d'Antiochus Sidètes et la défaite de l'armée syrienne par Phraates, roi des Parthes.
16 septembre 1199. — Lettre du pape Innocent III en faveur des Juifs, dans laquelle il défend de les forcer à recevoir le baptême, de leur ôter leurs biens par violence, de les troubler dans la célébration de leurs fêtes, d'exiger d'eux des services qu'ils ne devaient pas, de prendre quoi que ce soit de leurs cimetières ou de déterrer leurs morts.
17 septembre \ 394. — Edit de Charles VI qui enjoint à tous les Juifs, tant de la langue d'Oïl que de la langue d'Oc, de sortir incessamment du royaume; et dix jours après, il donna commission au sénéchal de Beaucaire de conduire sûrement ceux de sa sénéchaussée hors de France. Le 3 novembre suivant il lui ordonna de saisir leurs biens au profit du trésor.
Ainsi, après un grand nombre de lois et ordonnances favorables aux Juifs, édictées par Charles VI depuis le commencement de son règne, un moment de gêne et de pénurie, où ses trésors se trouvèrent à sec, lui fit rendre cet édit par lequel il espérait remplir son trésor; il avait été, d'ailleurs, circonvenu depuis longtemps par des ennemis des Juifs, qui saisirent cette occasion avec joie.
18 septembre 1761. — Le maréchal de Richelieu, gouverneur de Guienne, rend une ordonnance portant qu'à l'exception des Juifs portugais, et en
exceptant aussi ceux qui, par des lettres-patentes particulières, ont obtenu la permission de s'établir à Bordeaux, il était défendu à tous les Juifs tudesques ou allemands et autres de s'y établir; et que, cependant, -au mépris des ordonnances, il y en avait un très - rand nombre d'établis (cent cinquante-deux environ); qu'en conséquence il ordonnait à ces Juifs de sortir, dans quinze jours pour tout délai, de la ville de Bordeaux, chargeant les syndics des Juifs portugais de l'exécution de la présente ordonnance.
Ces Juifs expulsés, qui habitaient les rues du Caire, Bouhant, Mingin, Porte des-Capucins,Fagnas, Sainte-Eulalie, d'Aquitaine, des Augustins, etc., ne durent leur malheureux sort qu'à l'envie et à la jalousie des Juifs portugais qui, en 1622 et en 1734, avaient déjà obtenu une pareille mesure contre leurs coreligionnaires.
Tischri, lZk av. J.-C. — Jean Hyrcan, après l'assassinat de Siméon, son père, par Ptolénée, fut assiégé dans Jérusalem par Antiochus Sidetès. Ce siège durait déjà depuis quelques mois, et les vivres commençaient à manquer, lorsqu'à l'approche des fêtes d'automne, Jean Hyrcan demanda une trêve pour la célébration des fêtes. Antiochus accorde cette demande et envoie des victimes pour les sacrifices et des coupes d'or et d'argent remplies d'aromates. Hyrcan, touché de ce procédé, demande aussitôt à traiter, et Antiochus y consent. Toutes les conditions du roi de Syrie sont acceptées par le prince des Juifs, excepté celle du rétablissement de la citadelle, à laquelle Hyrcan, en bon patriote, ne veut pas consentir. Antiochus accepte en sa place une somme de cinq cents talents d'argent et des ôtages, parmi lesquels se trouva un frère de Hyrcan.
C'est ainsi que le pays se trouva de nouveau sous la dépendance de la Syrie, mais pour quelque temps seulement; car, à la mort du roi de Syrie, qui fut tué dans un combat contre Phraates, roi des Parthes (129), Hyrcan se rendit entièrement indépendant. Démétrius Nicator avait alors une armée trop affaiblie pour qu'il put songer à une nouvelle expédition contre les Juifs, qui furent délivrés pour toujours du joug syrien,
Tischri, 95 av. J.-C. — Depuis que Jean Hyrcan avait quitté le pharisaïsme pour devenir Sadducéen, les Pharisiens portaient une haine mortelle à la famille des Maccabées, et ils n'attendaient qu'une occasion pour la faire éclater. Les guerres infructueuses d'Alexandre Jeannée la fournirent, et une révolte éclata au Temple même, le jour de la fête des Tabernacles (Soukkoth), au moment où Alexandre, fonctionnant comme grand-prêtre, offrait le sacrifice de la fête. Des hommes du parti des Pharisiens lancèrent contre lui les cédrats qu'ils tenaient dans leurs mains, selon l'usage prescrit pour la fête, et vociférèrent contre lui en l'appelant fils d'une captive et indigne du ponti-
. ficat. Le roi en fureur ordonna à sa garde étrangère de charger le peuple ; la mêlée devint générale, et six raille hommes du peuple tombèrent en ce jour.
22 septembre 1562. — A l'occasion de la naissance d'un fils de Guillaume, prince de Mantoue, la populace, excitée par des meneurs qui lui promettaient l'impunité, résolut de se jeter sur les Juifs et de piller leurs demeures. Les Juifs, ayant eu vent de l'affaire, font avertir le prince, qui leur envoya main forte, et ils se défendirent avec courage contre les émeutiers. Beaucoup des assaillants périrent, tandis que les Juifs n'eurent aucune mort à déplorer. A la suite de cette émeute, le prince fit faire une enquête minutieuse; on incarcéra un grand nombre de ceux qui y avaient pris part, et on les punit avec sévérité.
L'alarme qui avait troublé la fête de Simchath-Thora se dissipa, et ils célébrèrent cette fête en remerciant la Providence de les avoir sauvés.
24 septembre 1584. — Le pape Grégoire Xlil ordonna que dans toutes les villes du Saint-Siège où se trouverait un certain nombre de Juifs, un prêtre, docteur en théologie, leur ferait deux conférences par semaine, pour les amener au Christianisme.
Ces conférences n'atteignaient jamais le but que se proposaient ceux qui les instituaient ; elles demeuraient toujours stériles, mais c'était d'ordinaire un acheminement à des voies moins humaines. On voulait montrer au peuple l'entêtement des Juifs et l'amener à se jeter sur eux et à les forçer, par des massacres, à accepter le baptême; mais là encore le succès répondait rarement aux moyens qu'on employait : les Juifs préféraient la mort à l'apostasie.
25 septembre 1657. — Lettres patentes du roi Louis XIV, qui confirment toutes celles données précédémment en faveur des Juifs de Metz et leur accordent d'étendre leur commerce sur toutes sortes de marchandises. Le corps des marchands s'opposa à leur enregistrement; les Juifs, de leur côté, représentèrent, que devant leur établissement à Metz à la bonté du roi, il fallait qu'on leur laissât les moyens d'y subsister, que supportant les charges publiques, ils ne devaient pas être traités moins favorablement que les changeurs étrangers et non naturalisés ; qu'enfin ils n'entendaient faire le commerce des marchandises neuves que comme marchands forains, c'est-à-dire, en magasins, sans exposition, ni boutiques ouvertes.
Les marchands se pourvurent par requête civile contre cet arrêt, sous prétexte qu'il était contraire à celui de 1634. Mais un arrêt de juillet les débouta de leur requête.
27 septembre 1791. — Sur la proposition de M. Duport, appuyée par M. Regnanlt, il est décrété que les Juifs jouiront en France des droits de citoyen actif.
L'Assemblée nationale venait d'accomplir un grand acte de réparation qui, plus de deux ans auparavant, avait déjà été demandé pour la première fois par un ecclésiastique, par l'abbé Grégoire, qui, dans la séance du 3 août 1789, en annonçant le vœu des curés de son bailliage, fit le tableau des persécutions inouïes qu'on venait d'exercer en Alsace contre les Juifs ; il dit que, comme ministre d'une religion qui regarde tous les hommes comme frères, il devait réclamer dans cette circonstance l'intervention du pouvoir de l'Assemblée en faveur de ce peuple proscrit et malheureux.
28 septembre 1791. — Mais le lendemain de cette mémorable séance, où la proposition de M. Duport passa sans discussion, pour donner satisfaction aux représentants de l'Alsace, qui jusque-là avaient combattu toute mesure favorable aux Juifs avec une persistance digne d'une meilleure cause, l'Assemblée nationale rendit un décret humiliant et vexatoire contre les Juifs de l'Alsace. Le 13 novembre suivant, deux lois de Louis XVI sanctionnèrent ces décrets si différents par la pensée qui les avait dictés.
29 septembre 1010. — Al-Hakem , khalife d'Égypte, fait détruire de fond en comble l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. On accuse aussitôt les Juifs d'avoir été les instigateurs de cet acte de vandalisme; et dans toute l'Europe la populace, soulevée et ameutée contre eux, les persécute et les maltraite. Les uns sont massacrés par le fer, les autres noyés dans les rivières; peu cependant d'entre eux se convertissent. Plusieurs villes de France, particulièrement Orléans et Limoges, se signalent en cette occasion par leurs fureurs.
1er octobre 1846. — Conformément à un ukase de l'empereur de Russie, du mois de septembre 1845, tous les Juifs de Pologne devaient échanger le costume juif contre le costume polonais, russe ou français. Mais, chose extraordinaire, lorsque pendant le moyen- âge les Juifs étaient obligés de porter certaines marques distinctives, ils supportaient avec peine ces mesures ; et en 1846, il fallut user de violence pour forcer les Juifs de Pologne à quitter le costume qui les dibtinguait. Anomalie étrange ! mais qui fait comprendre jusqu'à quel point l'amour de la liberté est inné dans l'homme.
4 octobre 1281. — Lettre d'Edouard I au sénéchal de Gascogne et au connétable de Bordeaux.
Il leur marque qu'il est informé que la communauté des Juifs de Gasco-
gne, à l'instigation de certains de leurs envieux, se trouve surchargée d'impôts levés sous les prétextes les plus futiles, et qu'on sévit avec la plus grande rigueur contre les Juifs qui ne peuvent les payer; qu'il n'entend point que les Juifs soient persécutés de la sorte, et que lorsque la justice aura à s'occuper d'eux, elle le fasse avec la même impartialité et les mêmes formes que s'ils étaient chrétiens.
Ainsi, pendant que Philippe III, dit le Hardi, roi de France, suivait les traditions de Saint-Louis son prédécesseur, en ce qui concernait les vexations contre les Juifs et les entraves apportées à leur commerce, Edouard I roi d'Angleterre, cherchait à alléger par tous les moyens, les charges que l'on faisait peser sur eux dans cette partie de la France qui lui appartenait.
Déjà en 1275, à propos de la cherté des vivres qui se faisait sentir, il avait défendu à son connétable de Bordeaux d'opprimer les Juifs ou de les imposer sans son ordre.
8 octobre 1363. — Lettres du maréchal Daudeneham,' qui ordonnent que les Juifs seront payés de ce qui leur est dû par les chrétiens, nonobstant toutes lettres d'Etat. Le maréchal donne pouvoir aux Juifs de poursuivre leurs débiteurs ou leurs héritiers et de faire saisir leurs biens. Il mande à tous les sénéchaux, baillis, etc., etc. , des sénéchaussées de Toulouse , de Carcassonne et de Beaucaire, de leur prêter main forte an besoin.
10 octobre 1317. — Mandement de Philippe V, dit le Long , adressé au sénéchal de Beaucaire et au recteur de Montpellier.
Quelques habitants de ces villes se trouvant surchargés de dettes qu'ils avaient contractées envers des Juifs, ne trouvant d'autres moyens de s'alléger, portèrent plainte au roi et accusèrent les Juifs d'usure; et pour que le roi y ajoutât foi, ils ajoutèrent que , depuis un certain nombre d'années, les Juifs éludaient ou négligeaient entièrement la loi qui leur imposait de porter sur leurs habits des marques distinctives. Philippe V ne demanda pas mieux que de croire à ces accusations et il ordonna aussitôt, par un mandement, en date de ce jour , de réprimer les usures des Juifs et de les obliger de porter sur leurs habits la rouelle qui leur était imposée depuis le concile de Latran.
15 octobre 1167. — Raymond Trencavel, vicomte de Béziers , ayant été assassiné , on accusa aussitôt de ce crime les Juifs , dont on incarcéra les principaux et les plus riches. Mais bientôt, après une enquête minutieuse , on acquit la certitude et la preuve de leur innocence, et on les relâcha. Et au mois de février 1170, Roger II , ayant acquis la preuve que cet assassinat avait été commis par suite d'une conspiration des habitants de Bé-
ziers , en incarcéra une partie et fit pendre les autres à des potences. « On » ne fit quartier, dit Dom Vaissctte (dans son histoire du Languedoc), » qu'aux Juifs, qui apparemment n'avaient pas trempé leurs mains dans le » sang de Trencavel. »
Cette apparence d'innocence dont parle le bénédictin, doit être regardée comme une certitude ; car les Juifs à cette époque n'étaient pas assez aimés pour qu'on les épargnât sur une simple apparence.
15 octobre 1374. — Lettres de Charles V ou le Sage , qui prolongent le temps, pendant lequel il est permis aux Juifs de demeurer en France.
Son père Jean 11 avait déjà en mars 1360 permis aux Juifs de rentrer en France et d'y demeurer pendant vingt ans, moyennant une certaine somme en entrant et une redevance annuelle. Charles V lui - même , à peine monté snr le trône, avait confirmé les privilèges accordés par son père et prolongé de six ans leur permission de séjourner en France.
Enfin, en 1374, sur la supplique présentée par Manessier de Yezou, juif, procureur général des Juifs et Juives demeurant dans le royaume, et après mûre délibération en son conseil , il prolongea de dix ans le terme de vingtsix ans qui avait été fixé par lui : il leur accorda par ces lettres patentes les mêmes franchises , immunités et privilèges qu'auparavant et les soumit aussi aux mêmes redevances.
Ce n'est pas cependant sans bourse délier qu'ils obtinrent cette prolon gation ; Charles V reçut d'avance, comme il le dit lui-même dans ces lettres patentes, « une somme de trois mille francs d'or. »
18 octobre 615 . — Edit de Clotaire qui défend aux Juifs d'intenter des procès aux chrétiens.
C'était le renouvellement de la constitution que Valentinien III avait adressée au préfet des Gaules l'an 435.
Cet édit ne fut fait qu'à l'instigation des évêqnes qui, l'année précédente (614) réunis en concile à Paris, avaient déjà fait entrer cette mesure dans celles qu'ils avaient adoptées (Canon XV.)
48 octobre 1429. — Jeanne II ordonne à Louis d'Ange, duc de Calabre d'exiger de chaque Juif, homme ou femme, le tiers d'un écu comme impôt extraordinaire. La somme fut si grande, qu'elle compensa toutes les dépenses que la reine avait faites en Asie pour racheter le tombeau de J. C.
20 ou 21 octobre 1363. — Règlement sur les Juifs, les réformateurs généraux et particuliers, etc.
Par ce règlement, Jean II rappelle aux Juifs que tous ils sont obligés de
porter sur leurs habits une rouelle rouge et blanche, de la grandeur du grand sceau royal et qui sera placée en un lieu apparent. Ceux même, qui auraient obtenu des privilèges de ne pas en porter, seraient soumis à ce règlement. Il ajoute que tous les Juifs seront justiciables des juges ordinaires sous la juridiction desquels ils seront domiciliés, et qu'aucun chrétien ne pourra s'obliger par corps envers un Juif.
21 octobre 1486. — Le conseil municipal de la ville de Carpentras, pour se conformer aux ordres de l'autorité supérieure, accorde aux Juifs de cette ville la rue de la Muse, à la condition d'établir aux extrémités deux portes fermant à clef; et toutes ces maisons ne devaient avoir aucune vue ou perspective sur les rues deb chrétiens ; et cela, pàrce que Je fils de l'esclave ne doit pas être associe au même rang que le fils de la femme libre.
Ce langage est loin d'être celui qui conviendrait à un gouvernement paternel, comme s'intitule le Saint-Siège; et cependant c'est là le langage de l'administration de la ville de Carpentras, alors qu'elle était sous le pouvoir des papes et qu'Innocent VIII occupait le trône pontifical.
21 octobre 1721. — Déclaration de Léopold, duc de Lorraine, qui permet à cent quatre-vingts familles juives de continuer leur résidence dans les états de ce prince, d'y exercer leur religion sans bruit ni scandale et de faire le commerce en se conformant aux ordonnances, usages et règlements des lieux où ils seraient domiciliés.
C'est là le premier acte public qui légalise la position des Juifs en Lorraine et qui leur est tout à fait favorable. Cependant quinze ans après (1736), ce même duc de Lorraine apporta quelques restrictions à cette liberté dont jouissaient les Juifs, et les força à habiter des quartiers ou rues séparés.
22 octobre 1586. — Bulle du pape Sixte V, en vertu de laquelle il est permis aux Juifs de demeurer dans les Etats Romains,, de louer des maisons dans toutes les villes, de vivre en familiarité et de commercer avec les chrétiens ; de suivre leur religiou et leurs lois ; de lire leurs livres sacrés, après cependant qu'on les aurait purgés de tous blasphèmes.
Leurs synagogues et leurs cimetières leur furent rendus. [Ils avaient à payer un impôt modéré qui devait les garantir de tous péages et droits. Leurs causes étaient attribuées aux juges ordinaires, qui devaient les juger comme s'il se fût agi des chrétiens.
28 octobre 1790. — L'assemblée représentative du comtat d'Avignon décrète que, dorénavant les Juifs cesseraient d'être distingués , d'une manière humiliante pour l'humanité, par le chapeau jaune.
Cette obligation de porter un chapeau jaune était depuis un nombre d'années tombée en désuétude ; mais les lois qui l'imposaient n'avaient pas encore été abrogées; ce n'est qu'à la veille du jour où l'égalité complète des Juifs allait être proclamée par la révolution française que ce décret intervint et abolit toutes les lois vexatoires faites contre les Juifs.
Fin octobre (calendes de novembre 581). — Dans le concile tenu à Maçon, l'assemblée des évêques s'occupa spécialement des mœurs et de la manière de vivre pour tout le monde chrétien Elle ne pouvait pas oublier les relations des chrétiens avec les Juifs ; aussi trouvons-nous plusieurs canons qui établissent une barrière entre nos pères et les chrétiens.
Can. XIII. Les Juifs ne doivent êtres ni juges des chrétiens, ni percepteurs d'impôts; ils ne doivent, en un mot, occuper aucun office public.
Can. XIV. — Ils ne doivent pas être rencontrés dans les rues à partir du Vendredi saint jusqu'après le dimanche de Pâques. Ils doivent aussi tenir en grand honneur et en vénération tous les membres du clergé.
Can. XV. — Les chrétiens, clercs ou laïques, ne doivent pas prendre part aux repas des Juifs.
Can. XVI. — Les chrétiens ne doivent pas servir les Juifs ni comme domestiques, ni comme nourrices. Les esclaves chrétiens , qui actuellement encore appartiennent à des Juifs, doivent être rachetés douze sols. Si les Juifs ne veulent pas les vendre, il est permis aux esclaves de se retirer chez des chrétiens.
Novembre 1196. — Les croisés arrivés à Vorms y exercèrent le pillage et l'assassinat. Dans la maison du Rahbin Eléazar ben Jehouda, ils assassinent avec un raffinement de cruauté sa femme, son fils , ses filles, ses disciples, pillent la maison, et ne laissent à ce malheureux père que la triste vie, pour déplorer ces horribles calamnités.
Novembre 1223. — Etablissement touchant les Juifs, fait par le roi Louis VIII, de l'avis et du consentement des prélats , comtes, barons et autres vassaux du royaume possédant des Juifs.
I. — A partir de ce jour de Toussaint, ni le roi, ni les barons ne forceront au payement des intérêts de tout ce que l'on doit aux Juifs.
il. — Quant aux créances, elles sont payables en trois années, et trois termes par chaque année aux seigneurs, dont les Juifs sont serfs ou mainmortables.
III. — Aucun ne peut retenir sur ses terres les Juifs appartenant à un autre.