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IV. Les Juifs ne peuvent pas apposer eux mêmes leur sceau

V. — Les Juifs devront faire enregistrer les sommes qui leur sont dues avant la fête de la Purification de la Vierge.

Toutes celles qui n'auront pas été enregistrées ne leur seront pas payées.

VI. Toutes les créances remontant au-delà de cinq ans , ne seront pas reconnues comme valables et ne devront pas être payées.

C'est là un des premiers actes de Louis VIII : à peine monté sur le trône, il croyait de son devoir de payer au peuple et aux barons sa bienvenue et il le fit aux dépens des Juifs.

1er novembre 1478. — Bulle du pape Sixte IV , autorisant Ferdinand et Isabelle à établir un tribunal de l'Inquisition dans le royaume de Castille.

« Il est facile, dit Llorente , de se convaincre que le Judaïsme ne fut que le prétexte de l'établissement de l'Inquisition par Ferdinand V et que le véritable motif de cette mesure , fut de mettre en vigueur contre les Juifs un système de confiscation qui devait faire passer toutes les richesses des Juifs entre les mains du gouvernement, tandis que Sixte IV , de son côté, n'avait d'autre but que de réaliser le projet, si cher à la cour de Rome, d'étendre sa domination. »

2 novembre 1781. — Ordonnance de l'empereur Joseph II, qui enjoint aux autorités et aux prêtres d'instruire le peuple, pour qu'il ait à regarder dorénavant les Juifs comme égaux à leurs coreligionnaires , comme des concitoyens.

Le dix-huitième siècle, avec sa philosophie et la propagande des idées révolutionnaires, avait sapé dans ses bases les principes d'inégalité et d'intolérance. Joseph IL, pour se mettre au niveau de son temps, fit cette ordonnance, qui eut jusqu'à ce jour peu de succès, puisque en ce moment on attend encore la loi qui donne aux Juifs l'égalité civile. Mais on peut espérer que prochainement la chambre des représentants de Vienne rendra enfin justice aux efforts que les Juifs ont faits pour mériter leur complète émancipation. La commision des cultes de la Chambre , dans son travail sur YEdit de la Religion qni doit être soumis à la délibération , établit l'égalité la plus absolue des divers cultes entre eux et leur complète indépendance ; la religion du citoyen ne peut, en aucun cas, être une cause de restriction dans la jouissance des droits civils et politiques , ni d'exclusion des dignités, fonctions et emplois publics.

5 novembre 1855. — Par lettres patentes, datées de Lisbonne, un juif, M. Denis Samuel esq., est créé baron dans le royaume de Portugal, dont les Juifs étaient bannis depuis des siècles. L'impératrice douairière du Brésil résolut de payer sur sa cassette particulière les frais attachés à cette nomination, afin de témoigner par là son estime et son affection toutes spéciales pour le nouveau dignitaire.

Le temps efface peu à peu la ligne de séparation, que le moyen-âge, avec sa barbarie et son ignorance, avait établie entre les hommes. Et si jusqu'à ce jour il est resté des pays où nos frères souffrent encore, Dieu ne les abandonne pas ; et le jour se prépare où tous les hommes se reconnaîtron; comme frères , n'importe à quelle croyance ils appartiennent.

8 novembre 535. — Dans le concile de Clermont en d'Auvergne, on s'occupa des Juifs et nous en avons pour preuve le canon IV, qui défend de placer des Juifs à la tête des populations comme juges ou comme employés civils ou militaires.

Cette défense fut renouvelée les années suivantes par le troisième concile d'Orléans.

4 Kislew, 522 av. J. G. Prophétie de Zacharie touchant les jeûnes.

» Dans la quatrième année du règne de Darius, dit M. Munk, (dans sa » Palestine), il fut question, parmi les Juifs, d'abolir les jeûnes publics qui » avaient été établis en commémoration des désastres de la Judée. Depuis la » destruction de Jérusalem, quatre jours de l'année avaient été consacrés au » deuil et au jeûne : le 9 du quatrième mois (Tamouz), jour de la prise de » Jérusalem par les Chaldéens : le 10 du cinquième mois (Ab) (1), jour de » l'incendie du temple et de la ville de Jérusalem ; un jour du septième mois, » en commémoration du meurtre de Guôdaliah (2) ; le 10 du dixième mois, » jour auquel avait commencé le siège de Jérusalem.

» Quelques Juifs s'adressèrent au prophète Zacharie, pour lui demander » s'il fallait encore continuer à célébrer ces jeûnes ; le prophète ne fit pas » de réponse décisive, mais il profita de cette occasion pour faire compren- » dre à ceux qui l'interrogeaient, combien peu les cérémonies extérieures » sont agréables à Dieu , lorsqu'on néglige les devoirs de la justice et de la » charité 11 leur montra que le mépris des devoirs moraux avait été la prin- » cipale cause des malheurs qui avaient frappé leurs pères , et que la prati- » que de la vertu pouvait seule leur assurer un heureux avenir. Les jours du » jeûne, dit-il, seront convertis en jours de joie et de fête; mais vous, aimez )> la vérité et la paix. »

(1) Voir nos éphémérides, 11 juillet.

(2) Voir nos éphémérides, 29 août.

Novembre 1464. — Lettres patentes de Louis XI confirmant celles données par Charles VII, le 15 mai 1315, pour tout ce qui concerne la ville de Nîmes (1).

On voit, d'après ces lettres, que de nombreuses plaintes étaient parvenues au roi au sujet de la fortune des Juifs ; on les accusait d'exactions et d'usure. Le roi, voulant faire droit à ces plaintes, nomma des commissaires pour juger l'affaire et rendre exacte justice. L'avis des commissaires n'ayant par été défavorable aux Juifs, on les accusa eux-mêmes d'entente avec les Juifs et on porta plainte contre eux. Le roi renvoya les commissaires.

9 novembre 1846. — Frédéric-François, grand duc de Schwérin, abolit le tribut de l'octroi que les Juifs payaient jusqu'à ce jour.

Ce tribut de l'octroi était un impôt de capitatien que les Juifs devaient ac^ quitter à l'entrée des villes, comme on le faisait des marchandises et des animaux. Dans les tristes et malheureux jours du moyen âge, cet impôt était facile à percevoir sur les Juifs; parce qu'alors on les reconnaissait soit à la rouelle écarlate ou jaune, soit à la forme et à la couleur du chapeau. Mais ces distinctions de vêtements étant tombées en désuétude, le tribut se percevait difficilement. D'ailleurs le progrès des idées imposait au grand duc d'abolir cet impôt qui, depuis de longues années, aurait dû ne plus exister pour l'honneur de l'humanité.

11 novembre 1574. — Plusieurs lettres patentes du roi Henry III en faveur des Juifs (2).

Rappelant les lettres favorables aux Juifs portugais que les rois ses prédécesseurs lui avaient léguées comme modèle, il déclara renouveler toutes celles de Henry II, en ce qui concerne leur état et leur commerce en France. Les adressant au parlement de Bordeaux, il lui enjoint de les protéger et de les secourir quand besoin sera. Il défend surtout de poursuivre les Juifs par des injures.

15 novembre 1794. — Circulaire adressée l'an n de la république aux républicains et philosophes de la ci-devant religion juive, par M. Bigerot, officier municipal de la ville de Nancy.

Cette circulaire, écrite le 23 brumaire, était ainsi conçue :

« Le conseil-général de la commune me charge, citoyens, de vous envoyer l'extrait de sa délibération d'hier, que vous trouverez ci-inclus. Plein de confiance en votre civisme et vos lumières, il espère que vous vous em-

(1) Lois et ordonnances des rois de France, t. xvi, p. 104.

(2) Recueil des lettres patentes en faveur des Juifs portugais, n° m, iv.

presserez à venir abjurer sur l'autel de la patrie les erreurs antiques de la superstition avec les ministres des autres cultes.

» En conséquence, décadi prochain, troisième décade du courant, le peuple, assemblé dans le temple national, recevra, en présence des corps administratifs, l'offrande que vous viendrez lui faire, au nom de la patrie, de vos chartes mystiques, ainsi que de tous effets d'or ou d'argent, meubles, ornements, emblèmes qui servaient à l'usage de votre culte.

» Beaulieu, Darly, Prieur etBlachier, officiers municipaux, sont commissaires pour recevoir tous ces effets. Vous voudrez bien en dresser un inventaire double, au bas d'un desquels vous en recevrez la décharge, et ils vous indiqueront où vous devrez les déposer.

» Salut et fraternité. Bigerot, officier municipal. »

Kîslew 605 avant J.-C— -Joïakim fait jeter au. feu le livre que Baruch avait écrit sous la dictée de Jérémie.

« Dans le neuvième mois (décembre) de la cinquième année de Joïakim, » on proclama à Jérusalem un jeûne public, pour implorer le secours de Jé- » hova contre les Chaldé^ns. Jérémie profita de cette occasion pour faire lire » publiquement, dans le parvis du temple, par son secrétaire Baruch, fils de » Néria, ses. discours qu'il avait fait mettre par écrit l'année précédente. » Cette lecture fit une si profonde sensation, qu'on en apporta la nouvelle » au palais, dans le cabinet d'Elisama, secrétaire du roi, où plusieurs grands » dignitaires se trouvaient alors assemblés. Baruch fut aussitôt mandé chez » le secrétaire, et sur la demande des dignitaires il donna lecture du livre » qu'il déclara avoir écrit sous la dictée de Jérémie. Les courtisans furent » eux-mêmes profondément émus ; espérant que le livre ferait quelque îm- » pression sur le roi, ils demandèrent à Baruch de le leur laisser, et lui » conseillèrent en même temps de se cacher ainsi que Jérémie. Ensuite ils » allèrent raconter au roi ce qui s'était passé dans le temple. Joïakim averti » que le rouleau de Jérémie était dans le cabinet du secrétaire, l'envoya » chercher par un certain Jehudi, qui lui en fit la lecture. Le roi se tron- » vait alors dans un appartement d'hiver, où un réchaud était allumé devant » lui : à mesure que Jehudi avait lu trois ou quatre colonnes, Joïakim lui » ordonnait de les couper et de les jeter au feu, en sorte que peu à peu tout » le rouleau fut consumé, malgré les instances de quelques -uns des assis- » tants, qui le priaient d'épargner ce livre. Le roi ordonna ensuite l'arresta- » tion de Jérémie et de Baruch, mais on ne put les découvrir. Jérémie. dans » sa retraite, fit écrire de nouveau les discours qui avaient été brûlés, et aux »> quels il en ajouta quelques autres, notamment un oracle fulminant contre s> Joïakim dont le cadavre, disait il, serait jeté ponr être exposé à la chaleur » pendant le jour et au froid pendant la nuit. Il ne paraît pas que le pro^

» phôtc se soit de nouveau présenté au public avant la mort de Joïakim (1).»

Novembre 1223. — Lettres de Philippe- Auguste touchant les prêts des Juifs.

Voulant faire peser plus fort encore sur les Juifs le poids de leur sujétion il règle avec plus d'arbitraire encore qu'en 1218, les relations des Juifs et des chrétiens ; il soumet les actes de créance à des formes particulières et renouvelle l'obligation d'un sceau particulier. Ce sceau, ce ne sont pas les Juifs eux-mêmes qui doivent l'apposer, mais des hommes nommés ad hoc : et pour cela il délègue le pouvoir aux autorités de choisir deux hommes qui seront gardiens du sceau et qui ne devront l'apposer que lorsqu'il leur sera avéré que la dette est réelle et qu'elle n'est pas augmentée par la somme des intérêts. (V. Lois et ordonnances des rois de France, t. xi, p. 315.)

18 novembre 1285. — Bulle d'Honorius IV donnée le 1U des calendes de décembre.

Il se plaint, dans le préambule, de la puissance laissée encore aux Juifs de pouvoir entraîner les chrétiens à des actes contraires à leur foi. Il craint de voir les chrétiens fréquenter les synagogues et les maisons particulières des Juifs ; les rapports intimes des Juifs et des chrétiens pourraient avoir les suites les plus fâcheuses et les plus funestes. Car déjà les chrétiens ne se font aucun scrupule de prendre part aux repas des Juifs et de manger'des mets préparés selon le rite usité chez les hérétiques ; déjà aussi les chrétiens se mettent aux gages des Juifs soit comme domestiques, soit comme nourrices et font les dimanches et jours de fête des œu\res serviles; il arrive souvent aussi que, par suite de cette intimité, des personnes de religions différentes ont ensemble un mauvais commerce ; enfin, les Juifs dans leurs prières journalières maudissent les chrétiens, commettent d'autres abus et étudient un livre, nommé Talmud, rempli de faussetés et d'abominations qu'ils font étudier également à leurs enfants. En conséquence de tous ces motifs ïïonorius IV, pour obéir aux bulles des papes ses prédécesseurs et aux canons des conciles, condamne le Talmud, défend aux chrétiens ou chrétiennes de se mettre aux gages des Juifs, leur défend de prendre des repas en commun avec eux et ordonne aux ecclésiastiques d'y pourvoir par défenses et peines spirituelles et temporelles et autres moyens convenables qu'ils devront exprimer dans leurs sermons. (Voyez Reynald, annales ecclésiastiques, vol. 15, p. 28 et 29.)

19 novembre 1380. — Charles VI, par lettres patentes en date de ce jour, charge Guillaume du Bois et Jehannin Gandorien sergents d'armes, d'aller à Manthes s'informer secrètement de ceux qui avaiant pris les biens des Juifs,

(1) V. Jérémie, ch. 36 ; Munk Palestine, 344 345 a.

dans une sédition qui eut lieu contre eux, de faire l'inventaire de leurs biens, de les mettre en sûreté pour la conservation des droits de ceux à qui ils appartiennent. (Voyez Sauvai, antiquités de Paris, t. n, livre x.)

Charles VI était à peine monté sur le trône qu'on crut que le règne de ce prince serait plus défavorable aux Juifs que ne l'avait été celui de son prédécesseur Charles V. On crut donc le moment opportun de se jeter sur les maisons des Juifs, de les piller et surtout de brûler les titres des créances. C'était un moyen expéditif d'acquitter ses dettes. Mais Charles VI ne voulut pas tolérer cela, et nous voyons, par cette commission qu'il confia à deux de ses ommes d'armes, qu'il entendait continuer sa protection aux Juifs comme l'avait fait Charles V.

20 novembre 1684. — Arrêt (1) du Conseil d'Etat qui chasse du royaume quatre vingt-treize familles de Portugais établies dans les villes de Bordeaux, Bayonne, Bidache, Dax et Peyrehourade.

Cet arrêt n'étant qu'une mesure correctionnelle pour punir les Juifs de ce que plusieurs d'entre eux étaient allés s'établir dans la Hollande et y avaient porté leur industrie et leurs richesses, fut annulé quelques mois après (11 janvier 1686) par un nouvel arrêt qui permit à tous les étrangers quelle que fût leur condition, qualité ou religion, d'entrer dans le royaume et d'en sortir sans être tenus à d'autres formalités que de faire leur déclaration devant les juges des lieux où leurs affaires les appellent.

25 Khlew. — Fête de Hanoucah ou inauguration de l'autel par Juda

Maccabée.

Ce jour qui (en 167 av. J. C.) avait vu la profanation du temple de Dieu y^i l'introduction du culte de Jupiter Olympien, en vit aussi trois ans après a purification (1G4) par Juda Maccabée.

Antiochus Epiphanes , revenant en 167 de sa quatrième campagne d'Egypte, vaincu et plein de confusion, rejeta sa colère sur les Juifs, soit qu'ils eussent manifesté leur joie de la déconvenue du roi, soit qu 'Antiochus cherchât un prétexte pour se dédommager des frais de la guerre sur les trésors qu'il espérait trouver à Jérusalem. Il envoya en Judée Apollonius avec un corps d'armée de vingt-deux mille hommes : ce général, feignant la paix, entra à Jérusalem sans coup férir; mais au premier jour de Sabbat, il lâcha ses bandes dans la ville, avec ordre de massacrer tous les hommes et de prendre les femmes et les enfants pour les vendre comme esclaves. Des flots de sang coulèrent dans les rues de Jérusalem, qui fut elle-même livrée au

(Ij Voyez Detschevvery,hist. des Israélites de Bordeaux, p. 64 et 65.

feu et au pillage. Tous ceux qui avaient pu échapper au massacre prirent la fuite , et Jérusalem devint déserte.

Le roi ordonna d'introduire dans toutes les provinces la religion des Grecs : la circoncision fut défendue aux Juifs, les livres de la loi furent déchirés et les réunions religieuses interdites. Un prêtre grec fut envoyé à Jérusalem pour profaner le temple de Dieu et pour y établir le culte de Jupiter Olympien ; il fit construire, sur le grand autel des parvis, un petit autel, pour y offrir les sacrifices païens, qui commencèrent le 25 Kislew. On contraignit les Juifs à prendre part à ces sacrifices et aux processions en l'honneur de Bacchus. Il n'était plus permis de s'avouer Juif, et on punissait de mort ceux qui se livraient aux pratiques de la religion mosaïque. Des cruautés inouies et sans nombre furent commises dans toute la Judée : les mères accusées d'avoir fait circoncire leurs enfants étaient précipités du haut des murailles dans un profond ravin, avec leurs enfants suspendus à leur cou.

Mais l'excès des cruautés d'Antiochus réveilla dans le* cœur des Juifs le sentiment de nationalité et d'indépendance, qui n'y était qu'assoupi ; et le dévouement héroïque d'une famille de prêtres fit éclater ce qu'il y avait encore d'attachement pour le culte national. Beaucoup souffraient en silence, n'osant élever la voix contre la force imposante du tyran. Mathatias, petitfils d'Hasmon, (d'où Hasmonéen), prêtre de la division sacerdotale de Joïa-' ribe, vivait dans un petit bourg, appelé Modaïm ; lui et sa famille pleuraient dans leur retraite les malheurs de leur peuple, lorsqu'un jour un officier syrien vint forcer les habitants à sacrifier aux divinités grecques. Mathathias résista courageusement à toutes les menaces et à toutes les promesses, et il déclara à haute voix que lui, ses fils et ses frères resteraient fidèles à la religion de leurs pères. Un Juif s'étant avancé pour sacrifier sur l'autel, Mathatias se jeta sur lui et le tua. On tua aussi l'officier et ses soldats et on détruisit l'autel. Après ce premier acte de vengeance , Mathatias et sa famille ainsi que tous ceux qui étaient restés fidèles à la loi de Moise , se retirèrent dans les montagnes de Juda, où un grand nombre de pieux patriotes vinrent les rejoindre. A la nouvelle de leur révolte , le gouverneur Philippe quitta Jérusalem et se mit en marche contre les rebelles. Il en rencontra une troupe cachée dans une caverne et l'ayant attaquée un jour de Sabbat, les malheureux, pour ne pas violer le repos de ce jour sacré, se laissèrent tous égorger sans se défendre. Mathatias et les siens, à la nouvelle de ce massacre , résolurent de prendre les armes les jours de Sabbat, toutes les fois qu'ils seraient attaqués.

La troupe de Mathatias s'augmenta considérablement de tous les vrais amis de la religion et de la nationalité. Ils reçurent le nom de Hassidéens (pieux) par opposition aux impies. Mathatias, à la tête de son parti, prit

l'offensive, pénétra dans plusieurs villes, renversa les autels païens, fit circoncire les enfants et arracha des mains des ennemis des exemplaires de la loi. Au bout de quelques mois, ce vieillard se sentant près de mourir, con féra le commandement à son troisième fils Juda surnommé Maccabée ou Makkabi (Martel) et lui adjoignit comme conseiller son second fils Simon.

Après la mort deMathatias (166), Juda, à la tête de six mille hommes, continua, à l'exemple de son père, à attaquer les Syriens et les Juifs infidèles. Il battit successivement Apollonius, Séron, Lysias, Nicanor et Gorgias. Enfin, après de nombreuses pertes, l'armée syrienne fut obligée de quitter la Judée et de retourner en Syrie pour se réorganiser et se préparer à envahir de nouveau la Judée (165).

Après le départ de Lysias, Juda, maître pour le moment de la Palestine, s'empara de Jérusalem à l'exclusion de ta citadelle qui avait une garnison syrienne. Il purifia le temple, remplaça tous les objets sacrés qui avaient été enlevés par les Syriens, fit abattre l'autel profané par les sacrifices païens et en reconstruisit un autre. L'inauguration du nouvel autel eut lieu le 25 kis- Lew de l'an 14-8 des Séleucides (164), le même jour où trois ans auparavant on avait profané pour la première fois l'autel de Dieu.

La fête de l'inauguration (Hanucca), fut célébrée avec beaucoup de solennité pendant huit jours. On convint qu'une fête pareille aurait lieu chaque .année, en commémoration de la victoire des Maccabées ; et aujourd'hui encore nous célébrons ces jours de réjouissance par des illuminations dans le temple et dans nos demeures.

28 novembre 1180. — Maïmonide termine son Yad hach'azakah ou résumé du Talmud (1).

Cet ouvrage colossal, que la synagogue reconnaît encore aujourd'hui comme autorité, avait été entrepris depuis de longues années par son auteur avant même qu'il lut parvenu à quitter l'Espagne pour se rendre en Egypte où il le termina.

Déjà il existait à cette époque un autre résumé du Talmud, celui du rabbin Isaac al Phazi (de Fez), que Maïmonide lui-même estimait beaucoup. Mais ce travail fait sans système et sans méthode, suivant pas à pas le Talmud dans Tordre de ses sections et de ses chapitres, ne satisfaisait pas l'esprit méthodique de Maïmonide, qui voulait épargner à la postérité l'étude du Talmud et laisser à la jeunesse juive le loisir de s'occuper d'autres études, profanes et sacrées. Cette intention du célèbre docteur paraît évidente parce qu'il écrit à son disciple Joseph : a Mon opinion est, dit-il dans une de ses » lettres, que tu mettes tous tes soins au commerce et à l'étude de la méde-

(1) V. Munk, préface de Tanchoum, bible Cahen, t. xn.

» cine, en t'ocçupant aussi de la Thorah, selon la vraie méthode. Tu n'étu- » dieras que les halachoth du feu Rabbi (I), et tu les confronteras avec notre » ouvrage. Si tu trouves quelque divergence, tu sauras que c'est l'examen » du Talmud qui amène à cela et tu tâcheras de découvrir les endroits ; mais » si tu passes ton temps avec les commentaires et avec l'explication des j> obscurités de la Gnemara..., ce sont là des choses dont nous n'avons retiré » qu'une perte de temps et peu de profit (2). »

Ne voulant donc pas que ses disciples et la jeunesse juive eussent à faire cette étude, dont il reconnaît lui-même n'avoir retiré qu'une peinte de temps et peu de profit, il composa cet ouvrage en se traçant un ordre de matière et un système auxquels il se soumet toujours.

Tout son travail est divisé en quatorze livres, et c'est par allusion à cette division qu'il l'a intitulé Yad (V'i) hachazakah. Puis viennent les grandes subdivisions en halachoth, et enfin en chapitres et en paragraphes. Cet' ouvrage est d'autant plus important que c'est le seul que Maïmonide ait écrit en hébreu. Aussi croyons-nous devoir donner le résumé très- succinct des quatorze livres dont il se compose :

I. Le livre de la science, traitant des principes du judaïsme, de l'étude de la loi, de l'idolâtrie et du repentir.

II. Le livre d'amour, c'est à-dire de tout ce qui doit être fait par amour de Dieu : prière, tsphilin, tsitsithet milah (circoncision).

III. Le livre des solennités, sabbat, néonémie, fêtes et jeûnes, avec ce qu'il est permis de faire en ces jours et ce qui est défendu.

IV. Le livre des femmes, fiançailles, actes de mariage, de répudiation, de lévirat, etc.

V. Le livre de sainteté, qui traite des mariages prohibés et des nourritures permises et défendues.

VI. Le livre de la distinction, ou des serments, vœux, naziréat et impositions volontaires.

VII. Le livre des plantes qui traite de la manière de planter, de récolter, de prélever la dîme et les dons obligatoires et enfin comment on doit observer le repos des années sabbatiques et du Jubilé.

(1) Ce sont celles du.rabbin Isaac Al-Phazi dont nous avons parlé.

(2) La traduction que nous donnons est celle que M. Munk, le savant orientaliste, a donnée d'après l'original arabe. V. Journal asiatique, 1842, p. 28 et 29. V. aussi Yggaroth ha Rambam (éd. Amst, 17 a.) où le texte n'est pas fidèlement reproduit en hébreu.

VIII. Le livre du culte, qui traite du temple, du choix des victimes pour les sacrifices publics.

IX. Le livre des sacrifices: sacrifice pascal et sacrifice des particuliers.

X. Le livre de pureté, ce qui rend impur et moyens de purifier les personnes et les choses.

XI. Le livre des dommages: vol, trouvailles, assassinat, préservation personnelle, coups et blessures.

XII. Lelivrede l'acquisition, achat et don, voisinage et associations, esclavage et domestic'té.

XIII. Le livre des jugements, location, dépôt, prêt, contestations, héritages.

XIV. Le livre des juges, formation des tribunaux, causes à juger, témoignage. Ce livre traite en outre de tout ce qui concerne le deuil, les rois et leurs guerres.

Fin novembre 1226. — Mort de Joseph ben-Jehouda Ibn Aknin, disciple de Maïmonide.

C'est pour ce disciple que Maimonide a composé son More névochim, comme nous le voyons par la correspondance du maître avec le disciple. Le savant orientaliste, M. Munk a consacré à Joseph une notice très-savante, insérée dans le Journal asiatique 1842.

Joseph ben-Jehouda, surnommé par quelques auteurs Ibn Aknin, était appelé chez les Arabes Aboul'hajudj Yousouf ben-Yah'hya ben-Is'hak al- Sabti al-Maghrebi et connu sous le nom de famille d'Ibn-Schim'oun. Il naquit dans le Maghreb, à Sobta (Ceuta), où son père était obligé, comme tous les autres Juifs, de se livrer aux pratiques extérieures de la religion musulmane. Joseph grandit en visitant les mosquées et en lisant le Koran ; mais son père trouva moyen de le faire élever en secret dans la pratique de la religion mosaïque et de lui faire étudier l'hébreu et les livres sacrés des Juifs.

Très-jeune, Joseph composa des poésies hébraïques d'une haute portée. En même temps il fit de rapides progrès en mathématique, en médecine et en philosophie. Vers 1185, il quitta le Maghreb et se rendit en Egypte pour continuer ses études auprès du célèbre Maimonide, qui reconnaissant en lui un esprit pénétrant, une conception facile et un grand amour pour la science, le chérissait plus que ses autres disciples. Il lui donna des leçons d'astronomie, en lui faisant expliquer YAlmageste et en s'occupant avec lui de la correction d'un ouvrage d'Ibn Afla'h. Puis ils abordèrent ensemble l'étude de la

théologie et de la philosophie. L'âme ardente de Joseph ne pouvait trouver de repos ; plus il avançait, plus le trouble s'emparait de son esprit et il était impatient de pénétrer dans tous les mystères de la science. Son illustre maître tâcha de modérer cette ardeur et l'engagea à procéder avec plus d'ordre et de méthode pour avancer d'un pas plus sûr. Des affaires ayant obligé Joseph à quitter l'Egypte pour se rendre en Syrie , Maimonide voulut continuer par écrit ses couférences avec son disciple et il composa pour lui cette série de dissertations qui forment le célèbre ouvrage intitulé le Guide des Egarés.

Joseph se livra au commeree, et ses entreprises ayant été couronnées de succès, il s'établit aux environs d'Àlep, quitta son commerce, se livra exclusivement à la science et professa lui-même en présence de nombreux auditeurs, plus tard, il fut attaché comme médecin à l'émir Faris-EddinMaimoun al-Kosri ; il devint aussi un des médecins privés du roi Al Dhaher-Ghâzi, fils de Salah'-Eddin. Le vizir Djemmal-Eddin alKifti fut son intime ami. Le célèbre poète juif Al-Harizi, visitant Alep en 1217, trouva Joseph au faîte de la gloire.

Si Joseph était le disciple chéri de Maimonide, il avait aussi pour son maître une vénération que rien ne pouvait troubler, et il le défendit contre les attaques qui surgirent à propos du Moré. Un certain Daniel , de Bagdad , ayant attaqué les écrits de Maimonide d'une manière inconvenante, Joseph fit des démarches auprès de David, chef de l'Académie de Bagdad; et celui ci prononça l'excommunication contre Daniel, qui se rétracta.

Joseph mourut, selon la notice d'Al-Kifti, à la fin de novembre J226. Il pouvait alors avoir entre soixante et soixante-dix ans. Outre ses poésies et ses Makâmâl, dont parlent Maimonide et al-Harizi, nous n'avons que quelques citations de ses ouvrages d'exégèsp, de philosophie et de médecine. Il existe cependant un petit traité philosophique manuscrit, découvert par M. Munk, à la Bibliothèque impériale. L'auteur y développe trois thèses : 1° De l'être nécessaire ou absolu ; 2° des principes selon lesquels les choses dérivent de lui ; 3° de la création de la matière.

Fin novejnbre 1384. — Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ayant besoin d'argent pour continuer la guerre contre les Flamands, accepte l'offre que lui font les Juifs de lui en fournir moyennant un nouvel établissement de cinquante-deux familles juives dans ses terres.

Il accorde une charte où il dit que cinquante deux ménages juifs ou chefs d'hôtel avec leurs femmes, enfants et familles, tenant feux et lieux, pourront s'établir pendant douze ans dans le duché et comté de Bourgogne et de Nevers et dans la seigneurie de Donzy, où bon leur semblera, à condition qu'ils payeront au duc, à leur entrée et après chaque année, les sommes que les autres juifs et juives ont coutume de lui payer. Pour les mettre à l'abri de la

mauvaise volonté qu'on pourrait avoir contre eux, il les prend sous sa sauvegarde particulière, les décharge de porter telle marque que ce soit propre à les distinguer des chrétiens, leur accorde de ne pouvoir être arrêtés que pour crime, ordonne qu'on leur fournisse du pain, du vin et autres denrées pour leur argent, et enfin leur donne un protecteur, nommant à cet effet Guy de la Trémouille, seigneur de Lully, son chambellan.

2 décembre 17 '12. — Le chevalier Dominique de Barberie, seigneur de Saint Contest, intendant de justice de la généralité de Metz, ordonne, en vertu des ordres reçus de Sa Majesté, à tous les Juifs qui étaient dans les villes de Thionville et de Sierck et dans le plat pays de son département, à l'exception de ceux qui étaient établis daus la ville de Metz, de se retirer avec leurs familles et domestiques hors du royaume dans les derniers jours du mois de juin suivant, avec défense à l'avenir, à eux et à tout autre juif, d'y rentrer sous peine de prison et de confiscation de leurs biens.

5 décembre 1850. — Un israélite romain, M. Tagliacozzo, membre du Consistoire de Rome, voit sa maison envahie par des agents de police, accusé d'avoir accueilli chez lui une pauvre femme chrétienne, âgée de cinquante ans et qu'il employait par charité à ravauder le linge ; il subit, à cause de cela, l'humiliation de la prison et les souffrances du cachot Toutefois sur l'intervention de la commune israélite, le cardinal vicaire réduisit à six jours l'emprisonnement, et M. Tagliacozzo fut mis en liberté le 41 décembre.

C'était une leçon donnée à la charité israélite de cet honorable juif sous les yeux même de notre armée française qui ne devait guère être édifiée de cette nouvelle manière de prêcher la charité universelle.

Décembre 1436. — Nostradamus, dans son histoire de Provence (p. 599), rapporte « qu'un Juif natif de Provence, du nom d'Estruge Léon, ayant mal- » parlé de la vierge Marie et l'ayant traitée « d'une femme de peu » fut con- » damné à cent florins d'amende envers le roi. Cette condamnation éveilla » contre les Juifs d'Aix un tel tumulte parmi la populace, qui ne désirait » que piller et saccager, que le gouvernement fut obligé d'appeler en toute » hâte des gens d'armes du Dar.phiné et du comté Venaissin pour protéger » les villes d'Aix et de Pertuis, qui étaient les plus menacées.' »

30 décembre 1728. — Edit de Léopold, duc de Lorraine, qui déclare nuls tous les billets et actes sous seing privé qui seraient faits au profit des Juifs, tant pour argent prêté que pour vente de marchandises ou autres engagements. Les lettres de change et autres effets usités dans le commerce sont exceptés de la prohibition. Il est en outre ordonné que les Juifs recon

nus coupables d'usure ou de vol envers quelques sujets catholiques seraient punis de la perte de leurs créances, tenus d'en payer le double à leurs débiteurs et obligés en outre à une amende de cinq cents livres envers le prince, sans que ces peines puissent être remises ou modérées par les juges.

Ces dernières clauses devaient être une véritable appât pour [multiplier les dénonciations ; tout le monde gagnait à ruiner les Juifs : et en présence de si grands avantages les fausses accusations ne devaient pas manquer.

Janvier 1369. — « Un Juif nommé Bendich Abin arriva à Arles. Très- » instruit en mathématiques et en langues arabe, grecque et latine, il mérita » par son savoir d'entrer dans la maison de la reine Jeanne. Et après avoir » été reconnu vertueux, loyal, honnête et très-expérimenté en médecine, il » fut nommé médecin ordinaire de la reine, et, à cette occasion, il fut, par » lettres-patentes, exempté, lui, sa famille et toute sa postérité, de toute » charge et imposition qui concerneraient les Juifs. » (Voir Nostradamus, Histoire de Provence, page 427.)

Janvier 1784. — Edit du roi portant exemption des droits connus sous le nom de péages corporels, travers et coutumes que la ville de Strasbourg percevait sur les Juifs. Enregistré au conseil souverain d'Alsace le 17 janvier

Ce ne fut pas sans peine que cet impôt fut aboli. Strasbourg, cette ville si libérale aujourd'hui et à peu près centre du Judaïsme français, 'n'avait alors presque aucun habitant Juif; car le séjour de la ville était défendu à nos coreligionnaires. En 1790, encore, nous trouvons une protestation des maire et officiers municipaux de cette ville, adressée au président de l'assemblée nationale contre l'établissement des Juifs à Strasbourg.

Aussi fallut-il au roi indemniser la ville pour la perte de ces droits, et nous trouvons, au mois de janvier 1786, des lettres-patentes du roi sur arrêt portant fixation de cette indemnité.

2 janvier 1604. — Ordonnance du maréchal d'Ornano qui défend à tous les habitants de la ville de Bordeaux de médire ni méfaire aux marchands portugais et autres étrangers qui voudraient se retirer dans ladite ville pour y vivre et commercer, parce que l'intention du roi était qu'ils fussent favorablement reçus et traités comme les originaires du royaume.

Depuis plus de trente ans déjà, les habitants de Bordeaux ne cessaient de tourmenter les Juifs portugais et de répandre sur eux les bruits les plus calomnieux, malgré les lettres-patentes du roi et les arrêts du parlement. En 1603; ces bruits s'étant de nouveau répandus contre les Juifs portugais, le

maréchal d'Ornano promulgua alors cette ordonnance. (Voir Detscheverry, Histoire des Juifs de Bordeaux, page 51.)

% janvier 1745. — Edit de Marie-Thérèse qui ordonne aux Juifs de Moravie de chercher, à partir de ce jour jusqu'à la fin de juin, une nouvelle patrie.

Mais Dieu préserva nos frères de ce malheur, car sur l'intervention et les sollicitations de la Suisse, de la Pologne et du Danemark, la reine de Hongrie et de Bohême annula cet édit quelques mois après, et les Juifs purent continuer à habiter ce pays.

4- janvier 1461. — Bref du pape Pie II adressé au recteur du Comtat- Venaissin et daté de Mantoue, dans lequel, après avoir autorisé les Juifs à pouvoir affermer les différentes branches du fisc apostolique, le législateur ajoute : « Nous voulons cependant que les Juifs ne puissent avoir aucune action sur les personnes des chrétiens, ni prendre hypothèque sur leurs biens. Nous voulons enfin qu'ils soient tenus de porter un cercle (l'ancienne rouelle) ou un signe quelconque de couleur jaune cousu sur un endroit apparent de leurs habits et assez large pour former deux plis extérieurs de leurs vêtements (t).

Ainsi, tout à la fois franchise et restriction; mais qu'on ne s'y trompe, ces franchises accordées ne l'étaient pas, parce qu'on voulait du bien aux Juifs ; elles n'avaient d'autre but que de faire rentrer plus facilement les impôts dans le Trésor, toujours en pénurie, du Saint-Siège.

Quand le gouvernement pontifical était aux abois par la détresse des finances, il avait recours aux Juifs qu'il regardait comme les ennemis des chrétiens , il les imposait fortement et leur vendait des franchises à denier comptant; ou bien il les chargeait du recouvrement des impôts, parce qu'alors il avait la ressource de percevoir d'avance les sommes imposées qui, bien souvent, n'étaient pas payées ; et les Juifs en étaient alors pour les sommes avancées.

6 janvier 1299. — Sentence d'Albert Ier, empereur d'Occident, par laquelle il attribue à Gérard, archevêque de Mayence, les biens des Juifs qui ont été tués et qui n'auraient pas laissé d'héritiers (2).

Albert le<-, en montant sur le trône (1298), sentit le besoin de s'attacher les grands dignitaires de l'église, parmi lesquels figurait en première ligne l'archevêque de Mayence. Il ne crut pas pouvoir mieux se l'attacher qu'en le

(1) V. André, Recteurs du Comtat-Venaissin, Carpentras, 1847.

(2) V. Pertz, Monumenta germanka legorum, t. ii.

comblant de richesses, sans pourtant bourse délier. Un grand nombre de Juifs ayant été tués dans cette province, par suite de différentes persécutions qui eurent lieu dans les dernières années, Albert confisqua leurs biens et les attribua à l'évêque de Mayence.

8 janvier 1215. — A l'occasion du concile convoqué à Montpellier, toutes les communautés juives du midi de la France y envoyèrent deux députés à la tète desquels se trouvait don Isaac de Bénévent.On craignait que la réunion des évèques ne soulevât contre les Juifs quelque nouvelle tempête, et ce fut pour conjurer l'orage qui grondait sur leurs tètes qu'ils envoyèrent leurs députés à Montpellier. Ils réussirent en effet et aucun canon de ce concile ne porte de mesure hostile aux Juifs (V.

9 janvier 1598. — Ordonnance par laquelle les Juifs sont chassés du territoire de la république de Gênes.

C'était là un funeste usage de la liberté: En Italie, où les Juifs furent toujours assez bien traités et dans une république comme s'intitulait le gouvernement de Gênes, c'était un étrange abus d'une autorité tyrannique ! Cette défense faite aux Juifs de séjourner sur le territoire de Gênes fut maintenue pendant un siècle, à peu prés.

10 janvier 1665. — Arrêt du Parlement du Dauphiné,fqui ne permet aux Juifs de séjourner dans cette centrée que trois jours seulement, sous peine du fouet et de confiscation de leurs marchandises, argent et meubles. (Y. Billion, Dictionnaire des arrêts, t. III, art. Juif.)

Depuis la déclaration du roi-dauphin, Charles VI (1394) qui bannit à perpétuité tous les Juifs de cette contrée, il ne leur fut plus permis non-seulement d'y établir leur demeure, mais encore d'y faire un séjour de quelques jours. Seulement en 1557 le Parlement permit aux Juifs d'Avignon de passer et de repasser dans la principauté d'Orange pour leur commerce et d'y séjourner pendant trois jours seulement. C'est cet arrêt que le Parlement remit en vigueur en 1665,

Schtbat 135 ai*. C. — Siméon, usant avec justice et modération d'un pouvoir presque absolu, avait fait jouir la Judée de quelques années de paix et de bonheur. Une noire trahison vint interrompre ce bonheur et jeter de nouveau la Judée dans le trouble et la consternation. Ptolémée, fils d'Aboab, gendre de Siméon, gouverneur du district de Jéricho, homme riche et ambi tieux, forma le projet de se mettre à la place de son beau-père, d'accord probablement avec Antiochus Sidetés, auquel il promit de placer de nouveau

(1) Y. Graetz. Geschichte der Judtn, t. iv, note 1.

la Judée sous la souveraineté des rois de Syrie. Siméon étant allé faire une tournée dans le pays et visiter les principales villes pour s'enquérir de leurs besoins et mettre ordre à leur administration, vint à Jéricho avec sa femme et deux de ses fils, Mathatias et Juda, au mois de Schebat de la huitième année de son régne (j an v.-févr. 135). Ptolémée les invita à se rendre à son château de Dôch, situé au nord de Jéricho, et leur donna un grand festin. Au milieu du repas, Ptolémée et ses gens se jetèrent sur Siméon et l'assassinèrent; sa femme et ses fils furent jetés en prison. Ptolémée avertit immédiatement Antiochus et lui demanda un secours de troupes; puis il envoya des sicaires à Gazara pour assassiner son beau-frère Jean Hyrcan ; mais celui-ci, averti à temps, les fit arrêter et vint assiéger Ptolémée dans son château de Dôch.

Schebat 5451 [Junvier 1691). — Règlement de l'administration de la communauté de Metz au sujet du débit de la viande de boucherie (l).

De nombreuses plaintes étant parvenues aux syndics de la communauté, ils firent un règlement sévère au sujet du débit de la viande : une commission fut nommée qui devait prendre note exacte de la quantité de viande abattue chaque jour ; elle devait en prélever d'abord une certaine quantité pour les rabbins, les chefs de la communauté, les malades et les femmes en couches ; le reste devait être distribué ensuite en parts égales aux membres de la communauté, selon l'importance des familles et telle quantité par tête ; les personnes qui avaient plus d'un domestique ne pouvaient néanmoins recevoir plus d'une seule part pour tous ; nul ne pouvait, sous peine d'amende, céder sa part à un autre ; on devait la refuser à la commission, et, dans ce cas, on n'était plus compris dans la répartition pendant un mois ; les bou chers eux-mêmes ne devaient recevoir qu'une part égale à celle des autres et ne pouvaient la céder; et si les bouchers ne se soumettaient pas au présent règlement, ils auraient leur étal fermé pendant tout le temps que fixerait la commission.

Ce règlement, 'fait par extraordinaire, ne devait être que temporaire, tant que durerait la pénurie des bêtes à abattre, et serait abrogé aussitôt qu'une variation notable le permettrait. Mais il faut bien comprendre que ce règlement n'était pas un acte arbitraire et tyrannique. C'était une mesure

(1) Extrait des archives de l'ancienne communauté de Metz, dont nous avons pu prendre connaissance grâce à la bienveillante obligeance de M. le président du Consistoire. Qu'il en reçoive ici nos sincères remercîments.

Ces archives, sans contredit les plus intéressantes de nos villes de France, renferment des documents précieux sur l'histoire des Juifs de notre pays. Rangées par ordre de date, cataloguées avec soin et livrées à la publicité, elles jetteraient une vive lumière sur l'état du Judaïsme en France pendant les trois derniers siècles.

d'humanité ; car dans ce temps de disette il était arrivé que des malades est des infirmes n'avaient pu se procurer de viande pendant plusieurs semaines, comme le dit le préambule du règlement. C'était pour obvier à cette situation malheureuse et pleine de dangers que l'administration fit cet arrêté.

14 janvier 1711. — Un incendie effroyable dévora toute la rue des Juifs à Francfort. On établit un jeûne public dans cette ville pour rappeler l'anniversaire de cette catastrophe, et l'on composa une Selicha que l'on récitait autrefois le 24 Tébet, date juive de ce jeûne.

11 et 15 janvier 1372. — Arrêt du parlement de Paris au sujet d'une contestation soulevée entre le lieutenant de l'Inquisition et le procureurgénéral du roi à propos d'un Juif relaps. Cet arrêt, rapporté par Corbin, Suite de Patronage, ch. Uï, était ainsi conçu :

« Plaidoierie faite le mardi 11 janvier 1373 entre le lieutenant de l'Inquisiteur et Mathieu Fusée, pour tant qu'à chacun touche d'une part, et M. le procureur général du roi et Mouce, de Senlis, Juif, pour tant comme à chacun touche d'autre part ; sur ce que l'inquisiteur dit qu'il est snffisamment informé que Mouce a été christianisé et néanmoins se porte comme Juif, partant requiert, qu'il lui soit baillé et délivré ès prisons de l'église, pour en faire ce qu'il appartiendra. M. le procureur général soutient que Mouce est lay (laïque) et en cas de forfait avec ses biens, ils appartiendraient au roi, et en tout cas, que le roi doit le premier connaître s'il est Juif, auparavant que le rendre : l'Inquisiteur réplique, que si le roi connaissait si Mouce est Juif ou Chrétien, ce serait juger la question, laquelle lui appartient, et n'y aurait plus qu'à punir Mouce de son hérésie : à quoi M. le procureur général répond : que la controverse étant sur la juridiction, il appartient à la cour d'en décider. La cour ordonne qu'il verra ses pièces et fera droit sur le tout. Ce qu'ayant été exécuté, et le tout vu, lettres et informations, a conseiller l'arrêt : étaient M. le chancelier, M. le premier président Messire Guillaume de Seris, M. Philibert Paillas, second président, les évêquesde Meaux, de Soissons, de Lizieux et d'Angers, les abbés de St-Vaart et de St-Maixant et vingtdeux conseillers, et porte ces mots : Il sera dit que la cour délivrera et délivre le dit Mouce à l'évêque de Paris et à l'inquisiteur, assemblement (ensemble) pour en faire ce qu'il appartiendra, et pour ce, leur ont été les lettres et les informations rendues et baillées. Par arrêt du samedi 15 , du dit mois de janvier, an 1372. Aux registres des plaidories et conseil. »

16 Janvier 1205. — Bulle du pape Innocent III, adressée à Philippe, roi de France (1).

(1) V. Raynald, annales écclésiastiques, 1. 13.

Rappelant tous les conciles qui avaient frappé les Juifs de certaines mesures particulières, que l'on ne peut qualifier que d'iniques et inhumaines, il les remet toutes en vigueur ; il adresse de violents reproches au roi de France, au sujet de la protection accordée aux Juifs ; il est surtout irrité de ce que le témoignage des Juifs est reçu en justice et il demande leur expulsion.

Bel exemple de charité chrétienne donnée par un souverain pontife !

\ 8 Schebat. — Ce jour était célébré, jadis, comme jour de fête en Sicile : on l'appelait Pourim ; et à la fin du xvie siècle il était encore célébré dans toute la Sicile.

22 Schebat. — Pendant la Révolution, une émeute eut lieu à Metz à propos des assignats, et on parlait de se jeter sur les maisons des Juifs et de les piller Mais l'intervention de l'autorité calma cette effervescence de la populace et les Juifs en furent pour la peur. Aussi, pour remercier Dieu de cette délivrance et pour en perpétuer le souvenir, on institua un anniversaire, où chaque habitant devait donner une aumône que l'on appelle Kopher Nephesch. Aujourd'hui encore cet anniversaire est annoncé au temple et un tronc de bienfaisance circule pour recueillir l'aumône volontaire des habitants.

19 janvier 1180. — A peine son père mort, Philippe Auguste fait incarcérer tous les Juifs. Il comptait recevoir d'eux une forte somme comme rachat de leurs personnes ; et pour qu'aucun d'eux ne s'échappât, il avait donné ordre de les arrêter le jour du Sabbat. Ils se rachetèrent, en effet , au prix de quinze mille marcs d'or.

Ce fut le prélude de ce règne si malheureux pour les Juifs. L'année n'était pas écoulée, qu'il déclara nulles toutes les dettes de chrétiens envers les Juifs, à la condition que le cinquième de ces dettes serait payé au roi. C'est à l'instigation d'un ermite de Vincennes qu'il agit ainsi : cet ermite lui démontra que ce serait là une œuvre agréable à Dieu. Mais là ne se borna pas Philippe Auguste : il fit plus que réduire les Juifs à la plus grande pauvreté, il donna un édit (1181) par lequel les Juifs devaient quitter le royaume avant la Saint-Jean. Par cette mesure, il put donc s'emparer de leur maisons, champs et vignes et de tout ce que les malheureux Juifs possédaient encore; et il fit transformer les synagogues en églises, (t).

21 janvier 1734. — Arrêt du conseil, qui ordonne que tous les Juifs avignonnais, tudesques ou allemands, établis à Bordeaux et autres lieux de la Guienne, seraient tenus d'en sortir, eux et leurs familles, avec défense d'y séjourner et y rentrer. M. Boucher, intendant de la province de Guienne, fut chargé de tenir la main à l'exécution de cet arrêt. (2)

(1) V. Duchesne. Historié francorum scriptores, v. 6 ; dom Bonquet, recueil des historiens des Gaules, xvn 6.

(2) V. Detschewery, histoire des Israélites de Bordeaux.

La jalousie des Juifs portugais, habitant Bordeaux, fut la cause de cet arrêt, qui atteignit, entr'autres familles, celles des Dalpuget d'Avignon, Natan, Solon, Astruc, Moïse Lange, Lyon et David Petit, toutes fort honorables et bien estimées par les négociants de la ville.

23 janvier 1167 (1er Adar4927). — Mort d'Abraham Tbn Ezra (3).

Selon toute probabilité, Abraham ben Meir Ibn Ezra est né à Tolède en 1087 ou 1088. Chose remarquable, on ne connait rien des faits de sa vie, durant tout le temps qu'il habita l'Espagne, sa patrie. Quelques poésies et des ouvrages d'astronomie et de mathématique signalent seulement sa jeunesse et son âge mur. Vers 1138 ou 39 il se résigna à quitter sa patrie et entreprit de longs voyages, accompagné de son fils Isaac. Il visita successivement l'Afrique, l'Egypte, la Palestine, laBabylonie. On dit même qu'il fut conduit en captivité jusque dans les Indes. La première date certaine que nous trouvions c'est son séjour à Piome (1140) où il commença à se signaler comme exégète par un commentaire sur l'Ecclésiaste et les cinq meguiloth. Làil composa également son premier ouvrage de grammaire, son 3fosnaïm, et il traduisit celui de d'Iehouda Hajoudj, sepher ha otïoth. Plus tard, nous le trouvons successivement à Salerne, où il composa sa célèbre satire -von thj ■jjltf ; à Mantoue, 1145, ou il termina son çachoth; dans une ville d'Italie dont il ne cite pas le nom (1 148), où il composa différents ouvrages d'astronomie et d'astrologie ; à Lucques (1152-53) où il composa son commentaire sur la Genèse et l'Exode, différents ouvrages de grammaire et des tables astronomiques ; à Béziers (1155). il termina son sefer ha schem ; à Pihodez, (1156-57) il composa son commentaire sur les Psaumes, Daniel et les petits prophètes ; en 1158, il était à Londres où il composa son Jesod moréh et son Iggereth haschàbbath. Il revint en France et fit à Narbonne (1160) d'autres tables astronomiques, à Rhodez (1166) il refit à nouveau son commentaire sur le Pentateuque et son Safa beroura; enfin la dernière étape de sa vie errante fut Calahorre, où il mourut.

S'il faut en croire certaines légendes rabbiniques, il aurait été le gendre ou le neveu du célèbre Jéhouda Halévy, auteur du cozari, et on raconte à ce sujet certaines histoires fort belles, il est vrai, mais romanesques et tout à fait dénuées de fondement.

Toujours est-il que si sa vie ne nous est connue que par ses pérégrinations, il n'en est pas ainsi de ses ouvrages, qui sont fort nombreux; car, outre ses commentaires sur toute la Bible, Carmoly cite, comme de lui, plus de cinquante ouvrages différents, de grammaire, de poésie, d'astronomie et d'astrologie.

Son esprit droit et logique ne pouvait se soumettre à l'habitude assez ré-

(3) V. Graetz Geschichte der îuden, t, vi, 200-211 et note 8, 440454.

pandu chez les Rabbins, de commenter et d'expliquer la Bible allégoriquement et en suivant l'interprétation midraschique. Il rejeta donc entièrement cette méthode d'interprétation et, prenant le texte pour unique guide, il commenta la Bible, suivant la grammaire et la raison. Aussi, trouve-t on dans ses travaux bien des passages, qu'une méticuleuse orthodoxie ne saurait admettre ; ce qui ne l'empêcha pas d'être surnommé le sr/ge, l'admirable, et ses commentaires d'être les plus estimés. La concision cependant rend parfois sa pensée énigmatique, surtout lorsqu'il parle un langage rationnel et contraire aux traditions. C'ett ce qui a sauvé, lui de l'excommunication, et ses œuvres de 1 auto-da-fé ; car, sans cela, il aurait certes eu le sort de Maïmonides et de ses œuvres, que des Raschba et autres ont plus tard excommunié et mis à l'index.

28 Schebat. — En 1757, un chrétien ayant disparu de la ville d'Avignon, on en accusa les Juifs qui furent sur le point d'être massacrés. Mais, heureusement,pour la communauté d'Avignon que ce chrétien, qui avait disparu pendant quelques jours, fut retrouvé vivant ; et l'effervescence qui s'était élevée contre les Juifs se calma. Aussi, la communauté, pour rappeler cet anniversaire, institua un jeune en ce jour, et l'on y récitait des prières spéciales et le soir on disait □îosn h'j>

26 janvier 1753. — Arrêt du conseil du roi Stanislas au sujet des Juifs de Lorraine, enregistré au parlement de Lorraine, le 5 avril 1755.

Dans cette ordonnance, le roi disait que le nombre des Juifs qui seraient admis à demeurer en Lorraine resterait fixé à cent quatre-vingts familles, qu'ils formeraient une seule cité dont le roi nommait syndics Salomon Alcan, ïsaac Berr et Michel Gondchaux, demeurant tous à Nancy. Par cette ordonnance, le roi abrogeait encore celle du 30 décembre 1728, en ce qui concerne les actes qui se passent entre les Juifs et les chrétiens.

28 janvier 1790. — Décret de l'Assemblée nationale qui déclare citoyens actifs tous ceux d'entre les Juifs qui avaient obtenu des lettres de moralité. « Tous les Juifs, y est-il dit, connus sous le nom de Juifs portugais, espa- » gnols et avignonais continueront à jouir des droits dont ils ont joui jus- » qu'à présent et qui leur avaient été accordés par des lettres-patentes. En » conséquence, ils jouiront des droits de citoyens actifs, lorsqu'ils réuni- » ront d'ailleurs les conditions requises par les décrets de l'Assemblée na- » tionale.»

Ce décret fut ratifié par le roi et enregistré au parlement de Bordeaux, en vacation, le 9 février. Ce qui est à remarquer surtout dans cet enregistrement c'est qu'il fut visé qar l'archevêque de Bordeaux.

Ce fut là le début de l'émancipation totale des Juifs de France. Mais ce ne fut que dix-huit mois plus tard que le décret de l'égalité de tous les Français devant la loi, chrétiens ou juifs, fut reconnu, et, là encore, ce fut sur la proposition et l'instance d'un membre du clergé français.

30 janvier 1419. — Bulle du pape Martin V, datée du 2 des calendes de février. (1).

Par cette bulle, Martin déclare prendre sous sa protection spéciale tons Jes membres de la nation juive; il défend de les molester, de les forçer au baptême; il leur permet de célébrer leurs fêtes tranquillement dans leurs demeures, mais non en public, pour éviter la colère du peuple ; il leur recommande, pour le même motif, d'éviter les promenades publiques pendant les ours de fête ; il les dispense enfin de porter des marques distinctives, à moins que les lois du pays ne le demandent; car ceci n'est pas en son pouvoir, il ne peut qu'engager les gouvernements à abolir ces lois vexatoires. »

Certes cette bulle n'a pas besoin de commentaire ; elle montre combien Martin V était animé de bons sentiments et d'un vrai libéralisme ; et si nous avons souvent à enregistrer des actes intolérants de la cour de Rome, il est consolant pour l'humanité, qu'on en trouve quelques-uns qui se signalent par leur tolérance, tels que Grégoire le Grand et Martin Y.

30 janvier 1759. — Arrêt de la cour du parlement de Metz, qui fait défense aux Rabbins des Juifs de cette ville de prononçer la peine de l'excommunication, et aux Juifs, de la stipuler dans leurs compromis et aux autres actes, sous peine de fortes amendes (2).

Un juif, condamné par le tribunal des Rabbins de Metz, avait été excommunié pour avoir manqué à ses engagements envers un autre Juif. Car il faut savoir que , jusqu'à la révolution , les sentences des Rabbins dans des affaires de Juif à Juif, avaient force de loi ; mais on pouvait en appeler au parlement, c'est ce que fit le Juif excommunié, et l'excommunication hérem fut abolie à Metz.

Fin janvier 1355. — Nostradamus, dans son histoire de Provence (p. hit rapporte que « les Juifs de Reilhanc se trouvèrent tellement molestés et har- » celés parles Chrétiens que, s'abandonnant à leur indignation, ils en vinrent » aux mains avec les Chrétiens. Mais ils furent, immédiatement après, con- » damnés pour cela à une amende de deux mille florins d'or. La plupart des » habitants de Reilhanc étaient Juifs. »

(1) Raynold. Annales ecclésiastiques, t. 18.

(2) Bibliothèque de Metz, Msc. 169, numéro 145.

2 Adar. — Une terrible persécution eut lieu à Prague en 1611. La populace s'était soulevée contre les Juifs, comme elle l'a fait souvent dans cette ville et comme elle le fit récemment encore. Une fois le calme rétabli, on arrêta dans une assemblée de la communauté que le jour anniversaire de cette pereécution serait célébré chaque année par un jeûne public. C'est à partir de l'année 1613 qu'on célébra ce jeûne et on composa pour la circonsfince des prières (selichoth) qu'on récitait dans le temple.

Février 1218. — Constitution sur les Juifs du domaine du roi et sur l'usure (1).

I. Aucun Juif, à compter des octaves de la Purification, ne pourra prêter à aucun chrétien qui n'aura aucuns fonds ni aucuns meubles et qui ne pourra vivre que du travail de ses mains.

II. La somme qu'un Juif aura prêtée ne produira plus d'intérêt après l'an; et la livre ne produira que deux deniers par semaine.

III. Aucun Juif ne pourra prêter, ni à moine, ni à chanoine régulier, sans le consentement de l'abbé ou du chapitre, qui le donneront par leurs lettres patentes.

IV. Aucun Juif ne pourra prendre en gage aucun ornement d'église, aucun vêtement ensanglanté ou mouillé, des fers de charrue, ni des animaux qui servent au labour; ni du blé non vanné.

V. Quand un Juif auia prêté de l'argent h quelque chevalier, bourgeois ou marchand, le débiteur, après avoir pris le consentement du seigneur dont i relève, assignera au Juif son payement sur quelque fonds ou revenu, et partir de ce moment la dette ne produira plus d'intérêt; mais si le débiteur fait violence au Juif, en l'empêchant de jouir de son assignat, les intérêts de la dette courront tant que la violence durera, à compter du jour où le Juif en aura porté plainte, et celui qui aura fait violence paiera l'amende au roi.

VI. Les Juifs de Normandie feront registrer les sommes qui leur sont dues et les assignats qui leur en auraient été faits dans les assises où il y aura record, ou pardevant le bailli en présence de dix chevaliers. Et si après l'assignat fait en l'absence du bailli, le débiteur refuse le record en l'assise e* présence du bailli et des dix chevaliers, ce refus étant prouvé par des témoins légitimes et chrétiens, le bailli contraindra le débiteur et ses cautions à faire le record et l'enregistrement dans la forme qui vient d'être présentée.

VIL Si un chevalier ou telle autre personne que ce soit met en gage son cheval, ses bardes ou autres meubles, le Juif les pourra prendre et le roi ou ses officiers n'en prendront pas connaissance.

(i) Recueil des ordonnances des rois de France, 1. 1, p. 35.

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