‹ EphesiacaChapitre 15 sur 23 · L.V COLOMS.VTION t)"ÉPHÈSË PAR LES ÎOMENS 2g · texte numérisé non relu

L.V COLOMS.VTION t)"ÉPHÈSË PAR LES ÎOMENS 2g

aux cérémonies prescrites'. La tentative éclioue. Instruit par le malheur, Doriée s'adresse alors à la Pythie, et cette fois, s'étant concilié Apollon, il réussit '.

Peut-être, au début, les explorateurs d'Éphèsc furent-ils, eux aussi, des aventuriers qui partirent sans les instructions des dieux. Peut-être négligèrent-ils de mettre à leur tète un eupatride de sang royal, seul qualifié pour emporter le feu sacré de la métropole et pratiquer les rites de la fondation 3. Mais ils éprouvèrent des ennuis graves, et leurs déceptions firent qu'ils eurent recours à la divinité. Après la victoire, on les voit édifier un temple en Thonneur d'Apollon pythien. 11 est permis d'en inférei- que c'est à l'oracle de Delphes qu'ils avaient fait appel dans leur embarras. On ajoutera donc Éphèse, avec Colophon sa voisine^, à la liste des colonies fondées sous les auspices du grand sanctuaire phocidien.

II. Pour se rendre maître d'Ephèse, Androclos eut à chasser, d'après Strabon,des Cariens et des Lélèges; suivant Pausanias, des Lélèges et des Lydiens. La mention qui est faite de ces derniers me semble avoir une valeur particulière. Les témoignages concordants des historiens grecs et des sources égyptiennes attestent le rôle prépondérant que joua dans la Méditerranée, aux temps préhelléniques, le peuple lydien ou méonien. Dès le règne de Séti I", quelques-unes des tribus qui le composaient, en particulier celle des Shardana {Shardanes=: gens de Sardes), tentent des incursions sur la côte d'Afrique^.

O'Lokv TWV VO!J.l^O[J.ÉVtl)V » (V, .'|2, 2).

2. Hérodote, \, Yi. Cf. I\', 109, où la Pythie excite à coloniser en f»Tand.

3. Dans cette hypothèse, l'omission du nom d'Androclos, que nous avons signalée ci-dessus (p. 20), se comprendrait pour la période de vingt ans qui précède la consullation de roracle.

4. Pausanias dit expressément des colons grecs dont s'accrut cette dernière : « îy.TtfjjL'î/avTo; ôi 'j;pà; È; diroiy.îav toô Oeo-j » (Vil, 3, 2).

5. G. Maspcro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, (j' cdit., 1904, p. aGi. Hall (The oldcst (Civilisation of Greece, p. 173 et 220) identifie également les .Shardana aux Sardiens et se refuse à voir en eux les lointains habitants de la Snrdaignc; mais, à l'inverse de Maspero, il doute que les Tnursha, ces compagnons d'exode des Shardanes, puissent être cherchi'-s dans la région du Tmole : il les place en Cilicic et fait d'eux, non des Tyrrhénieiis (Tyrsènes, Tyrrhèiies), mais des gens de Tarse (p. 173- 173), hypothèse fiui iw. me convainc pas (cf. plus loin, [). 3i). En revanche, dans les Maunna (?) que soumet Kamsès H, il incline à retrouver les Méonions (p. yO et 172).

3o EPHESîACA

On les voit reparaître sous Minephlah'. De tous les a peuples de la mer », il n'en est pas qui aient plus fait parler d'eux que ceux-ci. Hérodote leur attribue la colonisation de la partie de l'Italie située au nord du Tibre', et plus d'une découverte contemporaine tend effectivement à démontrer l'origine lydienne des Étrusques 3. Le rhodien Castor, dans son histoire des peuples qui avaient possédé l'empire de la mer, classait en tôle de liste, postérieurement à la guerre de Troie ^, la ihalassocratie lydienne s. Cette thalassocratie, que les annalistes ecclésiastiques faisaient commencer en l'an 8/18 d'Abraham (1169 avant Jésus-Christ)'', est suivie, chez eux, d'une thalassocratie pélasgique, dont le début se placerait en 1088'^ ou en io568. Or, c'est en io45 que, d'après les mêmes chronographes, Éphèse aurait été colonisée par Androclos 9, Pour eux, la migration ionienne succède aux deux grandes thalassocraties indigènes 'o. Ces données concordent avec celles de Pausanias, qui, lors de la venue d'Androclos, nous montre des Lydiens maîtres de la citadelle.

1. Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, Q' éd., igo^, p. 3oo-3oi.

2. I, ç^[^. Cf. Maspero, op. cit., p. 871, et Pottier, Calai, vases antiques, p. 297 sqq.

3. Cousin et Dûrrbach, BCH., t. X, 1886, p. 5 (inscription « pélasge » de Lemnos) ; S. Reinach, Revue des Études anciennes, t. VI, igo/i, p. 4 (type du lion androphage lydien sur les vases de bucchero étrusques); G. Karo, ibid., t. VII, 1906, p. 196 (l'Artémis de Sardes et les bracelets de Vetulonia). En sens opposé : Hall, The oldest Civilization of Greece, p. 102-108; mais la récente découverte, à Éphèse, par les explorateurs anglais, d'un trésor de bijoux archaïques apparentés à l'orfèvrerie étrusque semble devoir apporter à l'opinion traditionnelle une force singulière. — Sur la question si épineuse des origines étrusques, consulter : J. Martha, art. Etrusci, ap. Dict. Antiq. gr. et roin., t. II, p. 817-819; Pottier, Calai, vases antiques, p. 28^ sqq. (cf. p. 299 et 4i3); Modestov, Introd. à l'Hist. rom., p. 3ii sqq.

h. Sur les périodes que distinguait son livre, voir D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, p. i-3.

5. L' àvxYpayo 6aXa'7croxpaTï-|(7âvT(ov forme le fragment 28 des Castoris Reliquiae de l'Hérodote-Didot (p. 179-180).

6. Chronique d'Eusèbe, éd. Schoene, t. II, p. 5/i : « Primum Lidi mare oblinuerunt annis XCIl » (Versio Armenia). — c A'j5q\ ol xai Matovî; hioù.a.rsaov.^â.-.r^'yxv Ëtr, q[i' » (Le Syncelle, 82/i, 16).

7. Ibid., p. 58. Ann. Abr. 928 : c< Secundo Pelczgii mare oblinuerunt a. LXXXV » (Versio Armenia).

8. Ibid., p. Gi. Ann. Abr. 9G0 : « Pelasgi mare obtinucrunt » (saint Jérôme); p. 60 : « lleXaeryoi fi' ïÔaAaTao/.pàrriO-av ex/) ttî' (Le Syncelle, SSg, 18).

g. Ibid., p. 61. Ann. Abr. 972 : « Efesus condita ab Androclo» (saint Jérôme); p. 60 : « "EçîTo; èxTtdOri hi 'Affi'a » (Le Syncelle, 34o, 12).

10. Ibid., p. 61. Ann. Abr. 978 (io3g avant J.-C.) : « lonica migratio » (saint Jérôme); p. 60: « 'Itivwv aTToixia» (Le Syncelle, 33(3, 3).

11. Dans son résumé chronologique des révolutions de l'Asie Mineure après la guerre de Troie, Strabon (XII, 8, 7) adopte l'ordre suivant : i. Colonisation grecque; 2. Invasion cimmérienne; 3. "EçoSoi xat Auowv; h- Conquête perse; 5. Conquête

LA COLOMSATION H KPllKSE PAR LES iO?«iENS 3r

Les Lydiens dont il est ici question ne sont pas ceux que nous voyons, quatre siècles plus tard, en possession de Sardes. A l'époque des migrations ioniennes, la tribu qui règne sur le moyen Hermus est celle des Méoniens, la seule de la nation que mentionne Homère'. Pausanias me semble avoir puisé à une excellente source quand il place =, vers le milieu du xi" siècle, à l'embouchure du Caystre, « le gros des Lydiens », AjBojv t: tto/.j. Il me paraît de plus en plus sûr que l'habitat primitif de ces Lydiens proprement dits fut l'admirable enclos formé par la Mésogide et le Tmole. Peut-être y eurent-ils pour voisins les Tyrrhéniens, s'il faut établir un rapport entre eux et la ville de Tyrrha, ce fief de Gygès^, qu'on a les meilleures raisons d'assimiler à Thireh^', entre Éphèse et Sardes. L'occupation du magnifique amphithéâtre du Caystre, avec la faculté, qui en résultait, d'intervenir aussi bien dans le sillon de l'Hermus que dans la vallée de Méandre, est un des faits qui rendent le mieux compte du renversement des Héraclides par les Mermnades et de la collaboration de chefs cariens, tels qu'Arsélis de Mylasa^, à la révolution. Il n'est donc pas douteux pour moi que la thalassocratie lydienne, dont l'existence est signalée antérieurement à la venue d'Androclos, avait pour siège, comme l'indique Pausanias, le golfe du Caystre et pour capitale naturelle Éphèse c.

macédonienne; G. Ir.vasion galatc. Il est de toute évidence que les entreprises lydiennes mentionnées en troisième lieu s'appliquent à la conquête de la péninsule par les Mermnades et qu'on ne peut y voir, aveallall (The oUlest CiviUzation o/Greecc, p. 93-()/i), une invasion remontant à une date beaucoup plus reculée. L'expression (AETà là Tpdnzâ commande toute la sjérie et ne saurait être arbitrairement rapprochée du troisième terme de l'énumération. Je ne ferai donc pas intervenir le te\te de Strabon à côté de ceux de Pausanias et d'Eusèbe.

1. Iliade, 11, v. 8(i,'i-8GG; \, v. 43i ; cf. III, v. /401 et XVIII, v. 291. Sur la question, voir Radet, La Lydie et le Monde grec au temps des Mermnades, p. 58-Go.

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