‹ EphesiacaChapitre 20 sur 23 · Etymol. Magnum, même article · texte numérisé non relu

Etymol. Magnum, même article

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aubergiste lydien qui traitait les étrangers à l'embouchure du Caystre' : non seulement le nom de l'hôtelier Éphésos se serait étendu de sa personne à la ville, mais le mot Repas {i^xrJ.:), qui se rapportait à sa profession, désigna dès lors le lieu où il l'avait exercée^.Le même terme servit, d'autre part, à qualifier une des cérémonies du culte de la Grande Déesse 3.

Il est curieux de trouver ici une application du fameux mot d'Hérodote: « Les Lydiens sont les premiers qui aient fait le métier de vâ-t^koi.^. » L'aubergiste Éphésos, qui donne son nom à Éphèse, est un précurseur du cabaretier Thyessos,qui prit part à la restauration de l'héraclide Ardys et laissa, lui aussi, son nom à la ville oii se trouvait son caravansérail 5. Éphésos, comme Thyessos, a été travesti par la légende en un pauvre hère réduit à tenir une guinguette. En réalité, ces personnages, dont l'imagination populaire fit des patrons de tavernes, étaient des chefs puissants, vassaux du roi qui régnait à Sardes, détenteurs de riches fiefs et maîtres de solides acropoles*^. Les bénéfices qu'ils tiraient des marchés installés au pied de leurs citadelles, les revenus que leur procuraient les péages et les douanes, voilà ce qui permit à des contes romanesques de les peindre, eux et leur suzerain '7, comme des cabaretiers. On les affubla du rôle de kx-t^ko'. pour des raisons identiques à celles qui valurent plus tard à Darius, après sa réorganisation fiscale de l'empire perse, ce même sobriquet de trafiquant^.

1. « 'ÂTtb 'Eçlffo'j £/.£Î(7î xauïjAe-jovTo: xa\ cpi),o5cvo0v7o; xoù; Ttapiôvxac » (Etyniol. Magnum, même article; cf. la note suivante).

2. Etymol. Magnum, s. v. Aai-ct; (p. 262, 1. 26-28): « t| oltzo toO Auôôv Tiva xaTtrjXov a-jxôôt xaTotxvÎTavTa Tiapl^siv xtx. ttoo; xriv SaTTa toî; ETtcSevoufAÉvoi;. ~Hv oï lo x-jpiov aOtoù ovoaa "Eçeco?, à;p' ou xat r\ tzôIi-. » — Cf. la carte de la planche I.

3. Voir, à ce sujet, la récente étude de M. Rudolf Heberdey, Aatti';, ein Beitrag zum ephesischen Artemiscult, ap. Jahresh. arch. Jnstit., Wien, t. VII, 190/1, p. 210- 21 5, où le site de Daitis est cherché dans la baie de Panormos.

i. I, 94. Sur le vrai sens du mot v.inr^/.o:, voir Radet, La Lydie et le Monde grec au temps des Mermnades, p. 98 sqq.

5. Nicolas de Damas, FHG., t. 111, fragment 49, p. 38i, I. 47 sqq : « èx toO xaur,- ).£ij£iv £TiXo-jTr,iT£v " xoi à.v.0 TO'jTO'j àyopàv Tz\-i\(sio'i ayïovi xai 'Epfxatov EtcaTO, 0'j£(7croO a£y6ix£vov »; Etienne de Byzance, s. v. 0-j£iTaô; : « iiôXtc Auot'aç, «Tto 0y£j(7oO xa~r|)vO'j- » Cf. Gelzer, Das Zeitalter des Gyges, ap. Rhein. Muséum, t. XXXV, 1880, p. Sig, et Radet, La Lydie et le Monde grec, p. 108.

6. Cf. Gelzer, loc. cit., p. 519 sqq., et Radet, op. cit., p. 107 sqq.

7. Ardys l'héraclide représenté comme Tiavooxrjwv dans Nicolas de Damas, FHG., l. 111, fragment ig, p. 080, 1. 28.

8. Hérodote, III, 8g, 3 : « 8tà oï xa-jt/iy r)iv ÈTiira^iv toO çôpo-j xa\ TiapaTiXTjiTta Ta-^Tï) a/./.a, '/.iyo-jci IlÉpffai (i; AapEÎo; [xkv yjv xotTf^Xo;. »

LA COLONISATION d'ÉPHÈSE PAR LES IONIENS 35

De toute manière, on aurait tort de se figurer le point de la côte oii abordèrent les Ioniens, vers le milieu dû xi^ siècle, comme livré à la solitude et à la barbarie. Éphèse, avant que la colonisation grecque ne vînt la transformer, avait déjà un long passé derrière elle. C'était, dès ce temps-là, une très vieille ville cosmopolite. Elle possédait une population nombreuse et bigarrée. Chaque quartier gardait, à l'orientale, sa catégorie dhommes. Il y avait les anciens maîtres du sol, Cariens et Lélèges, qui, sans doute, avec les meilleures terres dans la plaine i, détenaient les meilleures places au bazar. Il y avait la classe dirigeante, les Lydiens, en possession de la forteresse, d'où ils surveillaient le marché, le sanctuaire, le port, les routes, le va-et-vient des caravanes et des navires. Il y avait les métèques, de toute extraction et de toute origine, foule grouillante, livrée aux métiers inférieurs, composée, pour une bonne part, d'aventuriers et de vagabonds, de bannis, de criminels, de tous les clients ordinaires du droit d'asile et, comme telle, parquée aux alentours du temple, sous la protection d'Oupis, comme en un ghetto. C'est là, dans ce milieu de mercantis hâbleurs, que se fabriquaient les fables destinées à caricaturer les potentats lydiens de l'acropole. On se vengeait des taxes exigées par les hauts feudataircs de l'aristocratie marchande en répandant sur leur compte d'invraisemblables histoires, analogues à celles dont les Levantins des échelles turques gratifient de nos jours leur kaïmakam ou leur vali. Voilà sans doute comment le héros éponyme Ephésos, que Pausanias, conformément à la version ofTicielle, revêt d'une grandeur mythique en le donnant pour un fils du fleuve Caystre, s'est pittoresquemcnt transformé en mastroquet.

Ville de thalassocrates, l'Éphèsc préhellénique était donc riche et vivante. Il faut nous la représenter à la mycénienne % avec une civilisation originale et fastueuse, des édifices dans le genre de ceux de Phaestos et de Cnosse, l'amour du lucre Icinpéré par un génie accueillant. C'est bien là, d'ailleurs, ce

I. «()': v£|j.ôu.ïvoi -r^-i /(ôpav » (Pausanias, VII, 2, 8). Le sens de "/'"^P* (= la campagne) csl déterminé par l'opposition avec nôïi;.

1. Telle est la physionomie qui semble se dégager des premiers résultais obtenus par les Anglais dans leurs fouilles nouvelles do l'Artémision.

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qui attira les Grecs. Delphes, où les pèlerins accouraient de toutes parts, était un merveilleux centre d'informations. Grâce aux attaches de son dieu avec la Crète et la côte d'Asie Mineure, elle joua le rôle d'une sorte d'office colonial. Apollon pythien agissait à bon escient quand il dirigeait les bandes d'émigrants vers les riants estuaires aux terres grasses où le trafic continental se soudait au négoce maritime.

Partout, les Phéniciens avaient montré la voie. On le sait pour Milet. Pour Éphèse, le nom de Syrie, donné à l'îlot qui barrait le goulet, nous est un indice que les Tyriens ou les Sidoniens y avaient halé leurs barques et mis en sûreté leurs pacotilles. Le site est de ceux qu'affectionnaient ces caboteurs prudents. On y retrouve tous les traits distinctifs de leurs factoreries ï : d'abord, l'îlot parasitaire à portée du continent, avec sa plage, qui sert d'entrepôt, et son tertre, « nombril de la mer, » qui sert d'observatoire aux vigies; puis, en face, sur l'autre rive du chenal, l'échelle avec son agora où se rencontrent pour le troc étrangers et indigènes, marins et caravaniers ; tout près du bazar, le sanctuaire de la Grande Déesse en qui chacun, malgré la diversité des appellations et des langues, salue la commune et universelle protectrice; plus loin, en arrière, la silhouette de la Haute Ville, x'-h -TiMîOpsv, où régnent les dynastes marchands.

A Colophon, de même qu'à Érythrées et à Milet, une immigration Cretoise avait servi d'amorce à la colonisation grecque 2. On ne nous apprend rien de semblable pour Éphèse. Gela ne veut pas dire que les navires du pays de Minos ignorèrent les havres du Caystre : la seule mention des Cariens suffirait à indiquer le contraire. Mais cela prouve que, dans la ville qui fut l'échelle immémoriale de Sardes, l'élément anatolien était demeuré très fort 3.

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