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LA COLOMSATION D EPHESE PAR LES IONIENS S

préhellénique nous expliquent la peine qu'on eut à les déposséder. Ici, comme ailleurs, la conquête ionienne ne se fit pas en une fois. Elle débuta par une série de reconnaissances. A l'exemple des Phéniciens, dont ils suivaient habilement les traces, les émigrants de l'Atlique relâchèrent d'abord dans l'îlot de Syrie. Ils y demeurèrent vingt ans. Ce fut le poste d'avant-garde et de guet où ils se fortifièrent en attendant que les intrigues nouées avec les mécontents de la côte d'en face leur permissent de prendre pied sur le bord sud du golfe'.

Nous avons observé qu'Androclos n'était pas mentionné dans le récit de Créophyle. L'annaliste ne pouvait cependant ignorer la geste du héros. Cette omission, si elle remonte au manuscrit où puisait Athénée, tient sans doute à ce que l'auteur distinguait deux périodes dans l'histoire des origines de l'Éphèse grecque : l'une, celle de l'installation provisoire, à laquelle Androclos n'aurait pas été mêlé; l'autre, celle de l'établissement définitif, à laquelle le chef codride attacha son nom.

Un fait semblable s'est produit pour Phocée. Des Athéniens avaient présidé à la colonisation de la ville. Mais, comme ces fondateurs n'appartenaient pas à la race de Nélée, les Ioniens, avant de recevoir la cité nouvelle dans le sanctuaire commun de la confédération, exigèrent qu'elle prît des rois d'origine codride ^ Ainsi, une colonie n'existait vraiment que du jour où la présence d'un eupatride gardien du feu sacré sanctionnait les efforts de l'initiative individuelle \

Cette double phase, l'une d'exploration, l'autre de fondation, nous aide à comprendre une particularité bien connue : les divergences de la chronologie coloniale. Si, pour l'établissement des colonies même les plus récentes et les plus illustres, Marseille par exemple, nous sommes en présence de plusieurs dates, la raison en est bien souvent qu'il y eut des entreprises distinctes et des migrations successives.

I. Se rappeler le r<jlc que joua lîlc de Plaléc dans les préliminaires de la fondalion de Cyrènc (Hérodote, IV, i5i sqq.).

3. « 'Ifôviov Ô£ oO ôr/oalvfov Tsi; i; llavK.Vnov, Ttpiv r, toj yi/ov; [iaat).£a; toO Kooptow/ /acêwiTiv »(Pausanias, VII, 3, lo).

■i. Cf. Fuslcl de Coiilanges, La Cité nntique, p. 2Ô2.

IV. Voilà vingt ans que les Ioniens habitent l'îlot de Syrie. L'heure est venue de se saisir d'une plus riche proie. Des renforts sont arrivés de la métropole. Non seulement le nombre des conquistadors a grossi, mais encore et surtout ils ont maintenant à leur tête un chef issu d'une famille sainte, un roi de la glorieuse maison achéenne des Néléides. Le prestige s'ajoute à la force. Des traités, avec échange de serments, assurent aux Grecs le concours de cette multitude confuse et remuante qui se tasse là-bas, dans le fond du golfe, au pied du château lydien. Ces clients de la déesse Oupis sont des irréguliers, des sans-patrie, pour qui l'ennemi c'est le maître du sol'. La perspective d'un changement plaît à leurs instincts cupides, et le signal de la lutte sera pour eux l'occasion du butin. Tout est donc mûr pour l'invasion. L'oracle a parlé. On n'attend plus que l'incident merveilleux qui, en frappant les imaginations, décuplera les courages. Il se produit : c'est celui du poisson et du sangliers. Les galères d'Androclos franchissent le détroit. Assiégée, l'acropole succombe. Lydiens, Cariens et Lélèges sont expulsés du pays.

Suivant Pausanias, les gens du hiéron seraient demeurés neutres^. Que le personnel religieux du temple se soit tenu à l'écart de la mêlée, il n'y a là rien que de très naturel, et c'est au clergé d'Oupis, je suppose, qu'il faut rapporter le renseignement de l'écrivain. Quant aux « suppliants », — entendons réfugiés et bannis, — parmi lesquels Androclos avait recruté

1. Noter, dans le récit de Pausanias (VII, 2, 8), l'opposition de ceux qui ont la terre, " 0'. vîixoijLevo'. TYiv -/(ôpav, » et de ceux qui, autour du temple, habitent « î/.saîa; sl'vs/.a ». Ces derniers mots nous prouvent qu'il ne faut pas voir dans les gens de la ville basse l'équivalent de cet essaim homogène de pionniers crétois qui, à Colophon (Pausanias, VII, 3, I sqq.), accueillit les Ioniens et se fondit avec eux. Les Cretois de Colophon sont considérés comme l'avant-garde du contingent grec (T:ptÔTO-j; toO 'Eaayîviv.oj KpTja:), comme de véritables Hellènes (tq-jç h Ko/oswvi "E>.),r|Va;). C'est pourquoi les anciens et les nouveaux arrivants, non contents de conclure un pacte (op/.ou; i:otr,iïâ|jiîvoi) et de chasser les Cariens, s'associent en une communauté unique (ffyvoîxoy:, (t-jvî-o).ite-jovto). A Éphèse, les termes dont se sert Pausanias excluent l'idée d'une parenté de race entre les coalisés.

2. L'image d'Androclos tuant le sanglier était naturellement populaire à Éphèse; comme nous l'apprend un texte épigraphique découvert par M. Heberdey, elle avait donné son nom à une place : le I-jxypo;, et on la trouve reproduite sur les monnaies (O. Benndorf, Forschungen in Ephesos, t. I, p. 54-56). Nous en donnons un spécimen en cul-de-lampe à la fin de cet article.

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