I.A TOPOGHAPIIIR n EPHESE II
toutes les mesures préparatoires étant prises, la période des travaux définitifs commença. Ils furent confiés à l'active et habile direction de M. Rudolf Heberdey, qu'assistèrent successivement divers architectes, en particulier M. AN ilhelm Wilberg, bien connu pour sa participation aux recherches de Dôrpfeld à Troie. Le capitaine Anton Schindler exécuta les levés topographiques.
Je ne me propose pas de donner ici le récit des fouilles autrichiennes. On le trouvera dans les rapports préliminaires qu'insèrent chaque année les Jahreshefle de l'Institut archéologique de Vienne". Mon but est simplement d'indiquer les points sur lesquels ces campagnes ont renouvelé notre connaissance de la topographie d'Ephèse. Sans attendre l'achèvement de l'entreprise, M. Benndorf, avec une diligence fuite pour servir d'exemple, a inauguré la publication générale par un volume où il retrace ce qui doit nécessairement servir de préambule au reste, c'est-à-dire l'évolution territoriale de la cité. Les discussions qui remplissent cette magistrale préface ont eu pour moi un attrait d'autant plus vif que j'y étais préparé par une visite du terrain. En septembre 1903, j'eus la bonne fortune de revoir Éphèse. MM. Heberdey et Wilberg étaient présents. Celui ci voulut bien, sur une carte à grande échelle, m'initier aux résultats acquis. Celui-là se fit un plaisir de me guider en personne à travers les chantiers de Boudroumia Qu'il me soit permis de les remercier cordialement ici.
Déblaiement, au cœur du champ de fouilles, d'une vaste place entourée de portiques, dans laquelle on reconnut une agora des premiers temps de l'Empire romain; déblaiement du théâtre, et, en avant du théâtre, de la voie sacrée que suivaient les processions de la Grande Déesse; déblaiement d'une rue monumentale, l'.Vrcadiané, menant do l'angle nord du théâtre au centre du port, non loin de l'édifice qu'on appelait jadis
I. I (ca m parques de iSfj'j cl iScjfi): O. Hcrimlorf, liciblall du t. I, 1898, col. 53-72; II-VII (campagnes de i8<j7 à ujoi): II. Ilclierdcy, ibid., t. I, i8()8, col. 71-82; t II: 1899, col. ^--')o; t. III, 1900, col 83-9G; t. V, 1902, col. 53-00; t. VII, njoi, col. 37-50; t. VIII, 1905, col. O1-80. Ces rapports ont également paru dans \'.in:ciger der jihilos.hislor. Classe der k. Akad. H'issenscli. in M'ù-n de 1897 à igoâ.
EIMIESIACV
le Grand Gymnase et auquel une dédicace latine a restitué son nom de Thermes Constantiniens; déblaiement, près de l'angle sud du théâtre, de l'agora hellénistique, avec sa magnifique annexe de la Bibliothèque Celsienne'; dégagement, sur le Panayir-Dagh, d'une rotonde à colonnes qui fut vraisemblablement érigée pour commémorer une victoire 2; exhumation de la statue en bronze d'un athlète, œuvre de style attique remontant au iv^ siècle avant Jésus-Christ : telles sont les découvertes essentielles de ces dix premières campagnes.
Aux monuments sortis des profondeurs du sol, avec la moisson de textes épigraphiques qui permet d'en retrouver la date et aide à en fixer la destination, il faut joindre les témoignages fournis par une exploration plus attentive des ruines déjà connues. C'est ainsi que sur la paroi sud de la tour carrée à laquelle une tradition plusieurs fois séculaire applique la dénomination fantaisiste de Prison de saint Paul, M. Julius Banko, en 1895, remarqua une inscription dont le contenu a singulièrement éclairé la topographie de la région. Elle nous apprend en effet trois choses : l'une, que le ballon haut de 45 mètres par lequel se termine à l'ouest le chaînon du Bulbul-Dagh, s'appelait anciennement l'Hermaion, to 'Epy.a-.ov, sans doute à cause de l'existence d'un sanctuaire d'Hermès dont il ne reste plus trace^; l'autre que le piton de 96 mètres situé un peu plus près de la ville s'appelait la colline d'Âstyage, 5 'kz-'A^^o-j -â-'cç; la troisième, qu'aux environs de l'année 287 avant Jésus-Christ, la mer baignait encore le pied de cette partie du Mont des Rossignols^.
La première question qui se dresse au seuil de toute étude sur la topographie d'Éphèse est celle du Pion et du Coressus.
1. Tr,v K£AC7iavT,v BigXtof)v/r,v , ainsi nommée de son fondateur Tib. Julius Celsus Polemaeanus, d'abord consul suCfectus en 92 après Jésus-Christ, puis gouverneur de la province d'Asie (Jahresh., t. VIII, igo5, Beibl., col. 61-G8 et fig. i5-i7).
2. Sur ce Iropaion, cf. Jahresh., t. VI, igoS, p. aGS, fig. i3G.
3. Faut-il ideiililier cet Ilermaion à la colline dont parle Hésychius, s. v. Knp-jy.io'i : opo: T?,; 'EilTO'j, âcp' oO [i-JivJo-j'ji tov 'Epu-ôv /.r,p'jEa'. -rà; yovà; 'ApTÉijL'.oo;? Il existait de même près de Tanagré un opo: Kripûxiov intimement lié à la légende d'Hermès (Pausanias, 1\, 20, 3; cf. Pcrdrizet, Bull, de Corr. hellên., t. XX, 1896, p. 2^3).
.'1. A la ligue 3 (Forschungen in Efjhesos, t. I, p. 17), il est question d'un chemin bordant la mer le long du rempart : itapà Oi/.aaaav oôôv.
l.V TOPOGRAPHIE D EPHESE Jô
Quelle était la position respective de ces deux montagnes? A quelles dénominations modernes correspondent-ellesi' Les sources littéraires induisent à penser que c'est IcPanayir-Dagh qui doit être assimilé au Pion et le Bulbul-Dagh au Goressus. Plus d'un érudit Pavait soupçonné. M. Benndorf, à son tour, le démontre avec une vigueur et une rigueur qui emportent la conviction. Mais Wood, en versant au débat l'inscription de Vibiiis Salutaris, s'est cru l'onde à intervertir les résultats. Son argumentation était la suivante. En vertu des règles établies pour l'itinéraire des processions, les éphèbes s'en allaient chercher les saintes images à la porte de Magnésie et les accompagnaient jusqu'à la porte Coressique. En route, le cortège faisait halte au théâtre; puis, la ville traversée d'une porte à l'autre, il retournait à PArtémision. La porte de Magnésie ayant été retrouvée au pied sud-est du Panayir-Dagh, il semblait évident qu'une seconde porte, dégagée à la base nord -ouest du même massif, en un point symétrique de l'enceinte, était la porte Coressique, d'autant plus qu'une voie sacrée reliant les deux portes contournait la colline en desservant le théâtre et le stade. Si la porte Coressique était la porte voisine du stade, il en résultait que le nom de Coressus s'appliquait à la montagxie attenante, le Panayir-Dagh, et non au Bulbul Dagh, qui s'élevait à l'autre extrémité de la ville.
Cette théorie, si simple et si lumineuse en apparence, n'en bouleversait pas moins toutes les données des textes". M. Benndorf lui en a donc opposé une autre. Parlant de cette observation que les pompes religieuses ne recherchent pas les routes les plus courtes, mais aiment au contraire à se faire admirer sur un long parcours, il a montré qu'au sortir du théâtre les processions ne pouvaient tourner brusquement le dos à la plus belle partie de la ville, aux grandes avenues du quartier aristocratique, et qu'elles se dirigeaient, par une de ces artères monumentales dont la plus longue et la plus large prit sous le Bas-Empire le nom d'Arcadiané, vers la région du
I. Cf. G. Webur, Élude sur la chorogmiihic d'Éplièse, dans le Mo'jdEîov y.a'i lUo),toOT|/.r, T/,; eJayyî/.i/.r,; l/oÀrj;, li' pdriodo, Sinyrnc, i88'i, p. 9-11 = Guide du voyageur à Éphèse, p. 47-'i9, cl llicks, Ancicnl greek Inscr. Brit. Afus., t. III, p. i.V>, n. i.
ill EPHESIAC.V
port. Il y a précisément de ce côté, au pied de la colline d'Astyage, une troisième porte de la ville : elle faisait communiquer la (( marine » d'Éphèse avec sa banlieue. C'est à celle-là que M. Benndorf assimile la porte Coressique.
Une difïiculté se présente ici. Gomment faut- il entendre l'expression KcpejT'./.v; -S/.r,^ Le mot Goressus ne désignait pas seulement une montagne, mais aussi la bourgade à laquelle se substitua la Nouvelle Éphèse. Doit- on traduire porte du Goressus ou porte de Goressos'.»* Je ne sais trop. Il est possible que, malgré son incorporation à la cité hellénistique, l'ancien havre de Goressos se soit cependant maintenu à l'état de quartier distinct. Dans le passage où Pausanias compare la situation des Ghersonnésiens de Guide, qui habitaient une île communiquant par un pont avec le continent, à celle des Goressiens vis-à-vis de la communauté d'Éphèse, M. Benndorf estime que les mots cl ïyzm- tov ôvo;j.a^;;j.svcv Kîsyjtcv écartent l'idée d'une villes Pourtant, le rapprochement du périégète, inspiré, semble -t- il, par une connaissance personnelle des lieux, ne convient guère à la chaîne entière du Mont des Rossignols, tandis que cette évocation si saisissante d'un pédoncule étroit rattaché à une vaste agglomération se justifie à merveille dès qu'on l'applique à la mince langue de terre projetée le long des pentes du Bulbul-Dagh, entre le quadrilatère de Boudroumia et le ballon d'Hermès. Je laisserais donc volontiers à ce faubourg le même nom qu'à la montagne et c'est là que je fixerais l'antique échelle de Goressos mentionnée par Hérodote et par Xénophon^.
De toute manière, le Goressus est le Bulbul-Dagh et le Panayir-Dagh est le Pion. Le Pion, auquel nous conserverons la désignation qui prévalut^*, s'est appelé tantôt llpr/ov^, la
1. Pour la clarlc de l'exposition, je dirai Goressus lorsqu'il s'agira de la montagne et Goressos quand il sera question du bourg.
2. Pausanias, V, 2/1, 7; Forschungen in Ephcsos, t. I, p. 5(j.