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LA TOPOGRAPHIE D EPHESE

vraiment critiques. Néanmoins, si attentive qu'elle soit, une reconnaissance qui se limite aux aspects extérieurs du terrain n'apporte encore, le plus souvent, que des solutions aléatoires, comme le prouve la comparaison des hypothèses d'autrefois avec la réalité présente. Seule, une mise à nu des couches profondes a des chances de renouveler nos sources d'information et c'est, en effet, des tranchées de fouilles qu'est sorti, qu'a rayonné le flamheau des éclatantes découvertes.

Le premier fia t lux nous est venu de l'Anglais AAood. Avant lui, on plaçait, au jugé, le temple d'Artémis, cette pierre angulaire de la topographie éphésienne, dans les directions les plus différentes. Wood lui-même, en i863, le chercha d'abord, faute de données précises, à l'ouest de la plaine, c'est à-dire juste dans la région opposée à celle qui le recelait. Après plusieurs années de tâtonnements, une inscription déblayée au théâtre, celle de C. Yibius Salutaris', fournit enfin le fil conducteur qui manquait. Dans le cinquième paragraphe de ce document, paragraphe relatif à l'ordre que devaient observer les processions partant de l'Vrtémision, il était prescrit aux éphèbes d'accompagner les images sacrées à l'intérieur de la ville, depuis la porte de Magnésie jusqu'à la porte Coressique. La porte de Magnésie ne pouvant avoir été édifiée ailleurs qu'au point où la route de la vallée du Méandre atteignait l'enceinte d'Éphèse, Wood envoya de ce côté quelquesunes de ses équipes, exhuma la porte et releva de plus une dédicace qui rendait le nom présumé absolument certain. 11 en résulta qu'un portique bordant la route, immédiatement à l'extérieur, était la Stoa du sophiste Damianos, mentionnée par l'hilostrale % et comme ce dernier nous apprenait que la voie terminée à l'une de ses extrémités par cette colonnade aboutissait de l'autre à l'Artémision, il suffisait de suivre le tracé indiqué pour arriver au sanctuaire. C'est ce qu'on fit. Wood, en mai 18G9, rencontra l'un des angles du péribole, puis, fin décembre, les premiers marbres du temple.

Aux fouilles anglaises, qui furciil closes le .>7 mars 187^1,

I. Ancient greek Inscr. in Ihe Brilish Musriim, l. IIF, n" cccct.xxxi, p. 117-1^2 (Hicks). 3. \ ic des Sophistes, II, aS, 2.

y EPHESl.VCA

ont succédé, après vingt et un ans d'intervalle, les fouilles autrichiennes. Sous les auspices de l'Institut archéologique de Vienne et grâce à l'initiative de son directeur, M. Otto Benndorfi, dont il n'est pas besoin de rappeler les magnifiques travaux sur l'Asie Mineure, Éphèse a vu se rouvrir les chantiers de recherches, cette fois avec toutes les garanties des méthodes savantes et toutes les ressources d'un outillage perfectionné. Divers sondages, opérés au printemps de iSgS, convainquirent le sagace explorateur que les découvertes promettaient d'être surtout fructueuses au lieu dit Boudroumia. Ce fut donc vers la partie ouest de la plaine qu'il résolut de porter son effort. A l'est d'ailleurs, où se trouve l'Artémision, le British Muséum, qui avait subventionné les campagnes de Wood, possédait, non seulement un droit de priorité, mais encore le terrain même du temples. Avec une courtoisie, dont on peut dire que l'empereur Auguste et le roi Alexandre de Macédoine lui offraient l'exemple, M. Benndorf respecta scrupuleusement ce nouveau téménos de la Grande Déesse.

La plaine inférieure du Caystre, dont nous avons à reconnaître les ruines, forme, sur une longueur de huit à dix kilomètres et une largeur moindre de moitié, un couloir aux bords sinueux dont l'axe court exactement d'ouest en est. Deux passages mettent en communication ce vestibule du fleuve avec l'arrière-pays. C'est^ à l'angle nord-est, la trouée de Ketchi-Kaieh, oii bifurquaient dans l'Antiquité les routes d'Ephèse à Sardes et d'Éphèse à Smyrne; ce sont, à l'angle sud-est, les gorges du Dervend- Déré, qui donnent accès à la vallée du Méandre. Trois masses rocheuses, d'une importance inégale, se détachent à l'extrémilé du couloir, entre les deux passages, qu'elles barrent intérieurement de leur triple verrou : l'une, à l'est; l'autre, au nord; la dernière, au sud.

De ces bastions naturels, le plus petit, mais aussi le mieux situé, est l'éminence d'Ayasolouk, dont le nom turc rappelle,

1. Depuis que cet article a c-lé rûdigc, rilliistrc savant est mort à Vienne, le 2 janvier 1907, à l'àgc de G8 ans.

î. 11 y a repris, en i(jo4, des fouilles, dont la direction a été conliée à M. Hogarth, Elles nous renseignent déjà curieusement sur répoijue archaïque.

i.v TOPOGRAPiiii: i)'Éi'iiÈ;ii: 9

en l'altérant, celui de l'église que Justinien avait fait construire au sommet en l'honneur de saint Jean l'Évangéliste (Ayios Theologos, d'où Alto Luogo, dans les portulans). Isolée de toutes parts, couronnée par une enceinte qui épouse les rebords de son plateau, cette colline évoque l'image de l'Acropole d'Athènes, avec cette différence qu'elle s'étend du nord au sud et non de l'ouest à l'est, que son ovale est plus régulier, qu'elle est moins escarpée et moins haute (87 mètres d'altitude, à son point culminant, contre i56), qu'en revanche le rapport entre sa longueur et sa largeur offrant un écart beaucoup plus fort (5oo sur 120 au lieu de 3io sur i/^o), elle est d'un tiers environ plus grande. Quand toute cette plaine était un golfe, l'acropole d'Ayasolouk jouissait d'une condition privilégiée : d'un côté, elle dominait la mer, qui amenait les vaisseaux jusqu'au pied de ses pentes occidentales' ; de l'autre, par delà un seuil facile où se croisaient les caravanes allant et venant entre les sillons de l'IIermus et du Méandre, elle regardait la montagne, qui lui servait de barrière contre les périls du continent.

Kourou-Tépé, le mamelon qui s'étale à l'entrée du passage du nord-est, a joué lui aussi son rôle dans la vie du district, mais à une époque très reculée, quand il était une île cadenassant le fond du goulet. Les boues du Caystre, en le réunissant à la terre ferme, ont du même coup enlizé sa valeur économique et stratégique.

Le groupe le plus important des hauteurs entre lesquelles oscilla le destin d'Éphèse est celui du sud. 11 comprend deux systèmes distincts : le Mont du Pèlerinage (Panayir-Dagh), ainsi nommé d'une chapelle où les Arméniens de Sinyrne viennent célébrer chaque année, en mai, la fête de saint Jean le Théologien; et le Bnlhul-Dagh ou Mont des Rossignols. Le Panayir-Dagh est un rcnllcmcnt circulaire dont le diamètre atteint ou dépasse un kilomètre. Coiffé d'une double calotte, avec les cotes i.'^ 1 et i.").") aux pointes de cime, il présente sur son pourtour oriental une série d'anfractuosités qui le découpent comme les lobes d'une rosace. Le Bulbul-Dagh forme avec le

I. Furscliungen in Eiihesos, l. I, p. iC, d'iiprès Pline, llist. nat., Il, uoi (cil. .Sillig).

lO EPHESIACV

Panayir-Dagh un contraste complet. C'est une haute échine raide qui file obliquement de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, sur une ligne d'à peu près 4 kilomètres. Sa partie culminante fait face au Panayir-Dagh. Là, sa crête s'élève jusqu'à 358 mètres. Elle s'abaisse ensuite, d'un mouvement continu, dans la direction de la mer, pour se terminer, à son extrémité occidentale, par deux ballons, dont l'altitude est respectivement de 96 et de 45 mètres. Entre le Mont des Rossignols et le Mont du Pèlerinage se creuse une dépression qui les relie par ses talus. Cette sorte de gouttière s'incline, au couchant, vers une plaine dont l'aire rectangulaire, d'un demi-kilomètre de côté, est comme le palier de jonction des deux massifs qui la dominent. Le lieu s'appelle aujourd'hui Boudroumia. Sa bande ouest délimitait jadis un port. Elle ne confine plus, depuis des siècles, qu'à des marécages, des champs de roseaux, des eaux pestilentielles et vaseuses dont la nappe glisse léthargiquement vers la plus prochaine boucle du (Jaystre, linsidieux fossoyeur du canton.

Il suffisait de parcourir le quartier de Boudroumia pour se convaincre que la vie antique avait dû y être particulièrement intense. Les ruines énormes qui s'y accumulent de tous côtés, notamment, au pied du Panayir-Dagh, celles du théâtre et du stade, ne laissent à cet égard aucun doute. Pour qui essaie de se représenter le rôle et la valeur réciproques des composantes du site, à l'époque où la mer arrivait là, il apparaît que la masse ronde de la Butte du Pèlerinage, placée, vis-à-vis de la longue arête du Mont des Rossignols, comme un tourniquet en avant d'une barrière, obligeait tout ce qui circulait dans Ephèse pour l'administration, le négoce, les cultes ou le plaisir, à confluer vers l'esplanade du port. Interroger ce quadrilatère, c'était donc obéir aux prescriptions de la logique topologique.

Tel est le carrefour où M. Benndorf, en mars 1896, acquit en partie un vaste tchiflik. En y comprenant le théâtre, la superficie du domaine autrichien couvre 34 hectares. On creusa, pour abaisser le niveau des eaux, un canal de 2 kilomètres. On installa une voie ferrée avec i4 wagons. Puis,

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