SÉNÈQUE, Lettres, XXI
4. Voici ce testament, conservé par Diogène Laerce (X, 16 et traduit par M. Ghaignet [Psychologie des Grecs, 11,210) :
« Par ces présentes je donne tous mes biens à Amynomachus,
Ce testament fait grand honneur à Épicure,
lils de Philocratès, du dême de Batè, et à Timocratès, fils de Démétrius, du dême de Potamos, conformément à la donation déjà faite en leur faveur à tous deux et transcrite au Métroon, à condition qu'ils mettront le jardin et ses dépendances à la disposition d'Hermarchus, fils d'Agémarchus, de Mitylène, et de ceux qui se sont associés à lui pour se livrer à la philosophie, et des successeurs auxquels Hermarchus laissera l'école, afin qu'ils vivent en philosophes (lvôtaTp(6stv xarà cpiXoaocp^av).
« Je recommande à tous ceux qui ont adopté notre philosophie (toîç çpiXo<jo«pouatv àito f)(j.a)v) d'aider de toutes leurs forces Amynomachus et Timocratès à conserver l'école du jardin, et à leurs héritiers de prendre toutes les mesures les plus sûres possibles pour conserver le jardin, comme devront le faire tous ceux auxquels nos disciples le transmettront.
« La maison de Mélité sera mise par Amynomachus et Timocratès à la disposition d'Hermarchus pour qu'il l'habite toute sa vie, lui et ceux qui se livreront à la science philosophique avec lui.
« Les revenus des donations faites par nous à Amynomachus et Timocratès seront partagés dans la mesure du possible avec Hermarchus et ils veilleront tous à ce que les offrandes mortuaires soient faites à mon père, à ma mère, à mes frères et à nous-même chaque année le 10« jour de Gamélion, où l'on célèbre habituellement le jour de ma naissance, et à ce qu'aient lieu chaque mois, le 20*^ jour de la lune, suivant l'ordre prescrit, les réunions de tous ceux qui ont adopté et pratiquent notre philosophie, instituées en souvenir de nous et de Métrodore.
« Ils célébreront, comme nous-même, en commun le jour natal de mes frères, dans le mois Poséidon, et celui de Polyœnus, au mois Métageitnion.
« Qu'en outre Amynomachus et Timocratès veillent sur Épicure, le fils de Métrodore, et sur le fils de Polyœnus, qui étudient la philosophie et vivent avec Hermarchus; qu'ils
VIE d'épicure. 31
car il est d'accord avec toute sa vie; nous ne
veillent aussi sur la fille de Métrodore et, si elle se conduit bien, si elle s'est montrée docile aux conseils d'Hermarchus, qu'ils la marient, lorsqu'elle sera en âge, au mari qu'aura choisi Hermarchus parmi nos philosophes.
« Pour l'éducation de ces jeunes gens qu'Amynomachus et Timocratès prennent sur nos revenus ce qu'il leur aura paru convenable d'employer chaque année pour cet objet et qu'ils s'entendent pour cela avec Hermarchus.
« Qu'ils s'adjoignent Hermarchus pour régler souverainenement l'emploi de nos revenus afin que l'homme qui a vieilli avec nous dans la philosophie et que je laisse comme chef de nos compagnons d'études participe à toutes les mesures à prendre.
« Quant à la dot de la jeune fille, lorsqu'elle sera en âge de se marier, qu'Amynomachus et Timocratès contribuent à la faire en prélevant, après l'avis d'Hermarchus, sur les revenus, ce qui sera possible.
« Qu'ils veillent aussi sur Nicanor, comme nous l'avons fait nous-même, afin que tous ceux de nos philosophes qui nous ont aidé de leur fortune propre, qui m'ont témoigné un dévouement absolu et ont pris la résolution de vieillir avec nous dans la philosophie ne manquent jamais du nécessaire, autant qu'il dépendra de nos ressources.
« Qu'on donne à Hermarchus tous les livres que nous possédons.
« Si quelqu'un des accidents auxquels est sujette l'humanité enlève Hermarchus avant que les enfants de Métrodore soient arrivés à leur majorité, qu'Amynomachus et Timocratès leur fournissent, s'ils se conduisent bien, tout le nécessaire, dans la mesure du possible, en le prélevant sur les revenus que nous laissons.
« Qu'ils veillent à l'exécution de ces dispositions et de toutes celles que nous avons prescrites, afin que chacune ait son effet, dans la mesure du possible.
pouvons y voir un morceau à effet, destiné à surprendre Tadmiration et à égarer le jugement de la postérité. Si Epicure a réuni autour de lui un grand nombre d'amis qui lui sont restés fidèles, c'est qu'il en était digne, c'est qu'il était vraiment un excellent homme et ses ennemis n'ont pu lui refuser ce témoignage : Quis illum negat et bonum virum et comem et humanum fuisse ' ?
En tête de l'édition des Animadversiones in lihrum Diogenis Laertii, de Gassendi, publiée à Lyon, chez Guill. Barbier, en 1649, nous trouvons un portrait d'Epicure d'après un original conservé dans la collection du Puy {ex cimelarchio clarissimi viri EricL Puteani), Usener, en tête de son volume, a reproduit d'après une photographie un buste en bronze d'Herculanum, publié aussi par Gomparetti et Petra. Dans l'une de ces images le philosophe est représenté de profil, dans l'autre de face. « La tête, dit M. Ghaignet^, est forte; les traits, le nez surtout, accentués; les lèvres épaisses; l'expression calme, bienveillante plutôt que sévère, sincère et, simple, mais
« De mes esclaves, j'affranchis Mus, Nicias et Lycon; je donne également la liberté à Phaedrion. »