‹ ÉpicureChapitre 2 sur 121 · Sénèque, De vita beata, XIII · texte numérisé non relu

Sénèque, De vita beata, XIII

2. Séances de l'Académie des Sciences morales, t. GII, p. 535.

Il EPICURE.

de plus près * ; ne devons-nous pas faire une place parmi les philosophes à ce chef d'école qui réunit autour de lui un tel nombre de disciples, dont la tradition se conserva toujours aussi florissante jusqu'aux derniers jours de la civilisation païenne, puisque TEpicurisme durait encore au iv° siècle de l'ère chrétienne", survivant aux autres systèmes de la philosophie grecque, et dont l'influence n'a pas cessé de se faire sentir sur beaucoup de grands esprits dans les temps modernes ? « Aucune des idées que l'antiquité nous a transmises n'a eu, dit Gournot, une plus grande ni une pareille fortune. » Ne serait-ce pas faire œuvre utile que de tâcher de dégager l'âme de vérité que renferme un système dont on parle tant et que l'on connaît si mal?

On a été jusqu'à dire qu'Epicure est un Socrate doublé d'un Voltaire. Pour nous, ce mot que d'au-

1. « TheEpicureans are condemned in their names... Difficult is it to shake off the influence of association with respect to them ; although historians are now pretty well agreed in believing Epicurus to hâve been a man of pure and virtuous life and one whose doctrines were moderate and really inculcating absteniousness. » G. H. Lewes, Hist. of pJdlosophy. Eigth epoch, ch. II.

2. Diogène Laërce écrivait vers la première moitié du ni® s. après J.-G. : tj ôioa/^rj ;iaawv <syiùw ixXijio'jaoiVTÔiv àXXtov tzoLÛ Btajxévouffa xa\ vr)p{6[xouç àp/^àç àjcoXuouaa dcXXrjV f.\ âXXr^ç twv Yvwpfjjiiov. X, 9.

Clins ont jugé spirituel, ce rapprochement manque totalement de justesse : nous ne trouvons chez Epicure l'étoffe ni d'un Socrate ni d'un Voltaire. Nous ne pouvons évidemment accepter comme satisfaisante l'explication que donne Bayle : «On s'étonnera peut-être qu'Epicure ayant pratiqué une si belle morale soit tombé dans une infamie qui a rendu odieuses et sa secte et sa mémoire pendant plusieurs siècles partout où il était connu... J'observe premièrement qu'il faut reconnaître ici comme en plusieurs autres choses l'empire de la fatalité : il y a des gens heureux comme il y a des gens malheureux; c'est la meilleure raison qu'on puisse donner de leur diverse fortune \ »

Les renseignements qui nous ont été transmis sont en très grand nombre ; mais ils émanent les uns de disciples enthousiastes, les autres d'adversaires passionnés; l'impartialité leur manque aux uns comme aux autres. Toutes sortes de légendes se sont formées sur le système et sur son fondateur ; il ne nous est guère possible de démêler ce qu'elles valent, ce qu'elles nous apprennent et ce qu'elles dissimulent. Ne nous faisons donc pas d'illusions sur la valeur des affirmations que nous nous croyons en mesure de formuler; c'est le cas

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