‹ ÉpicureChapitre 52 sur 121 · Mabilleau · texte numérisé non relu

Mabilleau

moyen d'échapper au fatalisme, ne peut être acceptée comme une preuve valable. La déclinaison paraît en contradiction avec tout lé système, car ce serait un phénomène sans cause et sans loi, qui se produirait en dehors de toute détermination de temps et de lieu, nec regione loci certa nec tempore certo. Enfin, ce mouvement qui n'est pas produit par une cause extérieure, si petit qu'il soit, manifeste une certaine énergie interne, une spontanéité essentielle des atomes; or la théorie d'Epicure est mécaniste, les atomes sont partout ailleurs représentés comme des corpuscules inertes et tous les phénomènes expliqués comme déterminés par des mouvements qui se transmettent passivement de proche en proche. Quoi qu'il en soit, il nous semble que la théorie de la déclinaison a une immense portée, qu'Epicure élargit singulièrement le problème de la liberté et qu'il manifeste une des qualités les plus éminentes de l'esprit philosophique. Ne l'oublions pas, il a toujours en vue la morale et la morale seule ; il ne s'occupe des questions de physique que parce que la curiosité de l'esprit ne s'en laisse pas détourner et qu'il faut lui donner satisfaction. Or, le fondement de la morale, c'est la liberté de la volonté humaine; le fatalisme ne lui laisse aucune place et du coup toute la morale est emportée. Com-

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ment donc sauver la liberté ' ? Epicure a posé ce principe : « Rien ne peut naître de rien », et sur ce point tous les autres savants sont d'accord avec lui; rhomme ne peut donc être seul libre; la liberté ne peut éclater en lui tout à coup, naître de rien; elle doit être l'épanouissement suprême d'une puissance qui existe en germe dans tous les éléments. Ainsi tous les atomes possèdent un certain pouvoir de déviation, grâce auquel ils sont soustraits à l'empire de la nécessité; ce pouvoir se réduit à fort peu de chose, ily.-/iazQw, à/.ap£ç - [perpaucum, nec plus quant minimum, dit Lucrèce); il est déjà plus grand chez les êtres vivants, plantes et bêtes, chez lesquels se montre une spontanéité graduellement croissante; il se manifeste d'une manière éclatante chez les animaux supérieurs; il atteint enfin son plus haut degré chez l'homme dont il constitue et explique la volonté, c'est-à-dire la faculté que nous possédons de nous soustraire à la domination des causes

1. GicÉRO.N, De falo, X, 22. — De Nat. /)., I, xxv, 69 : « Epicurus quum videret, si atomi ferrentur in locum inferiorem suopte pondère, nihil fore in nostra potestate, quod esset earuni motus certus et necessarius, invenit quomodo necessitatem effugeret, quod videlicet Democritum fugerat : ait atomum... declinare paululum. » — Plutaiîque, De soient, anim., VII, 2, 8-w; ib io' ^atv p-rj kr.à'kr^za.K.

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