‹ ÉpicureChapitre 91 sur 121 · DioGÈNE Laerce, X · texte numérisé non relu

DioGÈNE Laerce, X

2. Plvtarque, Non possesuaif. ptVi, VII, 8: «C'est la joie d'esclaves délivrés des fers et du cachot qui ressentent, après les coups et le fouet, la douceur de s'oindre et de se baigner, mais qui n'ont jamais connu ni goûté une joie libre, pure et sans mélange. Mais parmi les animaux eux-mêmes, les plus nobles et les plus délicatement organisés connaissent d'autres plaisirs que d'échapper à la douleur. Rassasiés et leurs besoins satisfaits, c'est alors qu'ils se plaisent à chanter, à nager, à voltiger, à se jouer entre eux. Le mal évité, ils cherchent encore le bien ; ou plutôt, s'ils ont éloigné d'eux ce qui leur était douloureux et étranger, c'est comme autant d'obstacles qui les empêchaient de poursuivre ce qui leur est le plus proche et la meilleure partie de leur nature ». — Cf. Adw. Coloten.

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tent encore la question de l'existence d'états neutres. Sans doute au point de vue théorique cela ne fait pas difficulté : si l'on admet que les plaisirs et les douleurs forment comme une échelle, en la remontant ou en la descendant nous devons nécessairement passer par le point zéro ; mais il ne sert de rien de raisonner dans l'abstrait; il s'agit de faits réels sur lesquels l'expérience ne donne point de réponse suffisamment claire et décisive. Selon l'heureuse expression de M. Guyau, le sage épicurien ne se réjouit pas, il jouit.

Notre philosophe se laisse même entraîner à des affirmations qui paraissent singulièrement paradoxales : « Si la douleur est violente, dit-il, elle dure peu; si elle se prolonge, elle produit l'engourdissement, l'insensibilité ou bien elle ne manque pas d'apporter certains plaisirs que nous ne connaîtrions pas sans elle; dans tous les cas, l'accoutumance nous la rend supportable » : Tuy-ca àTwyvi^wv sOîtaTacppovviTo;, v) yàp cuvtovov e^ouca to xovoGv (7uvT0(JL0v eyzi tov ^(^pdvov, v) Se ^(^povt^ouca 'irepl tviv capxa àêV/iypov £^£t TOV 7:ovov \ Il y a là une double antithèse évidemment recherchée, guvtovov et cuvTopv, )ç^povov et xovov. L'optimisme d'Épicure ne se laisse

1, H. UsENER et M. GoMPERZj Epikurisc/ie Spruchsammelung entdecket undmitgetheilt Yon D. K. Wotke (H. Weill, Journal des Savants, novembre 1888).

jamais déconcerter; il croit avoir déterminé la nature du souverain bien de telle manière que nous pouvons y parvenir et si certains faits paraissent lui infliger un démenti, il trouve plus simple de les nier que de les discuter. Mais, dirons-nous, si dans l'appréciation de la douleur nous tenons si grand compte de la durée, ne devons-nous pas juger de même du plaisir? Or Epicure a plusieurs fois soutenu le contraire : Non majorent voluptatem ex infinito tenipore setatis percipi posse quam ex hoc percipiatur quod videainus esse flnitum ^ , Puis, lorsqu'il s'agit du bonheur des dieux, le même maître dit qu'il l'emporte sur le bonheur des hommes parce qu'il est plus durable.

N'y a-t-il pas cependant des situations épouvantablement douloureuses qui ne comportent aucun soulagement et dont nous ne pouvons espérer la fin? Nous avons du moins une ressource, la mort : si la vie nous est devenue intolérable, il ne dépend que de nous d'en sortir comme d'une chambre remplie de fumée et dont l'air est irrespirable, ou d'un théâtre où nous ne pouvons entendre la pièce jusqu'à la fin : a. Si tolerahiles sint dolores, feranius; sin minus, sequo animo e vit a y cum ea non place at, tanquam e theatrOy

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