CONCLUSION
Éloignant toute critique d'archéologie ou de mythologie, nous avons surtout recherché le mécanisme des guérisons qui s’accomplissaient au sanctuaire d’Épidaure. Il n’était point possible de se limiter à l’Histoire médicale du pèlerinage de la vallée du Hiéron et nous avons dû recourir à tous les documents que nous avons trouvés sur les asclépieia pour rendre notre sujet particulier plus exact et plus précis.
a). — Les anciens attribuaient aux songes une origine surnaturelle. Les dieux se montraient en rêve aux mortels et leur révélaient leur volonté. Asclépios apparaissait pendant le sommeil et guérissait les malades par sa propre volonté, par des remèdes ou des procédés chirurgi- Caux.
b). — Les malades s’empressaient de provoquer l’apparition salutaire par les pratiques de l’incubation. En affaiblissant les forces physiques des pèlerins par des privations ét des jeûnes, les prêtres exaltaient en même temps leur imagination et fortifiaient leur foi. L’incuba-
tion n’est pas sans analogie avec la préparation que les
médecins hypnotiseurs font subir à leurs malades avant de provoquer le sommeil. Les prêtres d’Esculape sont des devanciers de nos médecins hypnotiseurs.
c). — Dès que les malades étaient couchés dans le dortoir sacré ou abaton, les rêves ne devaient point tarder à apparaître dans leur esprit exalté. Les prêtres les interprétaient et les traduisaient en ordonnances médicales. Mais le plus souvent les prêtres apparaïssaient eux-mêmes aux malades, le matin, de très bonne heure, et, pratiquaient les suggestions au moment où l'esprit est dans unétat mitoyen entre la veille et le sommeil. Les médecins hypnotiseurs n’agissent point autrement et font leurs suggestions sur l’esprit à l’état subconscient.
d).— La suggestion ne suffit point à expliquer toutes les guérisons, dites miraculeuses. Sous l’empire de la foi ou d’une émotion vive, par une impression profonde et soudaine, des guérisons subites pouvaient se produire à Épi- « daure comme dans tous les pèlerinages (1).
La divination était la forme de la foi mystique dans la religion païenne. Dans les asclépieia, les malades étaient convaincus que le dieu venait lui-même les guérir, et que les ordonnances étaient d’origine divine. La suggestion et l’émotion religieuses sont autrement efficaces que celles provoquées par le médecin ; ce ne sont point de ces absurdités dont on vient à bout avec un sourire. Dans l’avenir leur étude contribuera au progrès des méthodes psycho-
thérapiques.
1, Voirle « Démembrement de l’hystérie traditionnelle, pithia-
tisme», par Babinski, (Paris. Imprimerie dela Semaine médicale).
e). — Les prêtres ne guérissaient pas seulement par la divination, ils employaient encore tous les moyens dont disposaient la médecine et la chirurgie.
Suivant M. CG. Wescher, les temples d’Esculape furent les premiers hôpitaux de la Grèce et ses prêtres les premiers médecins. Son opinion n’est guère plus exacte que celle de Malgaigne qui considérait les prêtres comme des jongleurs et des charlatans insignes.
Les prêtres-médecins d’Esculape étaient à la fois devins,
médecins et chirurgiens.
Vu : le Président de la thèse
CHAUFFARD Vu:le Doyen,
LANDOUZY
Vu et permis d’imprimer Le Vice-Recteur de l'Académie