‹ Epidaure: Les Prêtres - Les GuérisonsChapitre 7 sur 35 · LEUR PACE · texte numérisé non relu

LEUR PACE

ressembler à ceux qui, de nos jours, vont implorer la vierge à la grotte miraculeuse de Lourdes. Vingt-quatre siècles nous séparent !

On a beaucoup écrit sur les prêtres d’Esculape et les auteurs ne s’entendent point à leur sujet, Les uns les considèrent comme d’insignes charlatans, les autres sont enclins à les traiter en médecins véritables.

Il ne semble pas douteux que les prêtres attendaient d’un miracle la guérison qu’ils procuraient par une habile suggestion. Qu’en certaines circonstances ils aient été fallacieux, on ne saurait Le nier ! Mais n’est-il pas admissible de penser aussi qu'à force de soigner des malades, ils aient acquis une réelle expérience de la médecine. Quelques-unes de leurs prescriptions, heureusement conservées, le prouvent avec évidence.

Au cours de notre développement, nous nous efforcerons de montrer ce que fut l’Asclépieion d’'Épidaure, avec ses pèlerinages, ses fêtes et ses miracles. Nous tâcherons . de mettre en lumière la méthode curative que suivaient les prêtres d’Esculape ; ils guérissaient les malades que les médecins d’alors décrétaient incurables ; c’est une raison suffisante pour qu’ils nous intéressent encore. En traitant les pèlerins suivant Les songes qu'ils avaient eus, ils suivaient une méthode qui n’est pas sans analogie avec celle que pratiquent les médecins hypnotiseurs de notre temps. Ils usaient de certains traitements actifs qui ne sont point de la pure fantasmagorie et qui ont encore droit de cité dans la médecine moderne,

Nous éviterons toute critique d’archéologie ou de mythologie, acceptant sans discussion le résultat des décou-

vertes que M. Cawadias a exposées dans son beau livre des Fouilles d'Épidaure. Nous ne nous attacherons qu’au côté médical interprété d’après les observations qu’on trouve dans les textes anciens et dans les deux stèles que M. Cawadias eut l’heureuse fortune de découvrir au cours des fouilles qu’il entreprit dans la vallée de Hiéron. Nous aurons fréquemment recours à l’admirable restauration que MM. À. Defrasse et H. Lechat firent du sanctuaire d’Épidaure. tb

Aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire de la médecine, on découvre toujours une médecine laïque à côté d’une médecine religieuse ; celle-là subsiste encore à notre époque avec le même succès que jadis. Si la religion décline, les pèlerins se pressent toujours aussi nombreux autour des saints et des vierges qui guérissent. Il est des âmes qui ont besoin de surnaturel comme d’autres exigent de toutes choses une explication rationnelle. :

Souvent des médecins m'ont dit que le savoir-faire valait quelquefois mieux qu’une science véritable et nos maîtres ne manquent pas de nous recommander d’être bons psychologues. Sans chercher le paradoxe on peut dire que le médecin peut encore quelque chose alors que la médecine reste impuissante. N'est-ce pas qu’il existe une science des maladies et un art de guérir ? On peut connaître la première et ignorer Le second.

Les prêtres d’Esculape, si leur science était petite, pos-

sédaient à fond l’art de guérir !

FiG. 1. — Une clinique Athénienne au v° siècle avant notre ère (Pottier. Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 1908).

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