‹ Epidémie de la Guadeloupe, 1863-1866Chapitre 14 sur 34 · LE CANAL · texte numérisé non relu

LE CANAL

Cette commune est la plus vaste de celles de la Grande- Terre.

Le bourg est petit, misérable, situé au milieu de marécages très-étendus. Malgré les fièvres paludéennes de ce village, caractérisées de fièvre du canal , malgré les privations et la misère de la population, la mortalité n’y a pas été plus grande que dans les autres communes ; mais il y a eu plus de malades que partout ailleurs. Sur 6000 âmes, la moyenne des décès des dix premiers mois de l’année 1865 avait été de 11,7 par mois.

D’après M. Lacascade, médecin de la marine, chargé de l’ambulance du bourg, la mortalité fut de 35 dans le mois de novembre et de 52 en décembre, plus 5 décès non déclarés. Cet excédant, dû au fléau, a donc été considérable pendant les deux derniers mois de l’année.

L’épidémie a été importée de la Pointe-à-Pitre au Canal, le 4 novembre, par un détenu de la geôle, Sylvestre Saint- Charles. Se trouvant malade en route à peu de distance du bourg, il fut.transporté dans une case de l’habitation Cornette, située sur le point le plus salubre de la commune; il mourut le môme jour.

Deux autres prisonniers, Narcisse et Saint-Eloi, égr eraent transportés à Cornette, succombèrcnt'au bout de deux jours.

Trois jours après, quatre personnes de l’habitation mouraient dans une case voisine de celle où l’on avait transporté les malades venus de la Pointe-à-Pitre.

Dix jours plus tard, le 17 novembre, un enfant nommé Lolo, employé à la forge de M. Sabattier, succomba. Cette forge était située à trois cents mètres de la case contaminée de l’habitation Cornette.

Le 22 novembre, l’épidémie apparaissait dans la partie basse et marécageuse du bourg, et dès le 29 on comptait de huit à dix décès par jour.

Du 3 au 10 décembre, il n’y eut que quatorze décès à l’ambulance et vingt dans le bourg.

Le 26, de nombreuses cholérines, fournirent encore quelques victimes.

Il résulte de ces faits :

Que la contagion a été la seule cause du mal;

Que le fléau cholérique n’est pas venu avec l’air, puisque, dans ce cas, il se serait produit partout à la fois et n’aurait pas choisi, pour ses débuts, la situation la plus saine delà commune ;

Que les marais n’arrêtent point la marche de l’affection cholériforme; qu’ils en activent au contraire l’éclosion, le développement, et qu’ils en hâtent probablement la funeste terminaison ;

Que l’épidémie n’a pas séjourné longtemps dans la partie la plus saine de la commune.

Du 4 novembre au 4 janvier, on a compté quatre-vingtdouze décès dont soixante-cinq au bourg; plus dix non déclarés.

MORNE-A-L’EAU , GRIPPON

La maladie a lait de nombreuses victimes au Morne-à-l’Eau, dont l’ambulance a été confiée à M. le docteur Arnaud, de la Martinique .

Cette commune, qui dès le 10 décembre fermait son ambulance, voyait moins d’un mois après apparaître de nouveaux cas. M. Arnaud étant déjà retourné à la Martinique, l’ambulance de Grippon fut confiée à un médecin de la marine.

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