‹ Epidémie de la Guadeloupe, 1863-1866Chapitre 26 sur 34 · LA DÉSIRADE · texte numérisé non relu

LA DÉSIRADE

Les communes de cette île sont, de l’Ouest à l’Est : La Baie-Mahault, les Petites-Anses, le Souffleur, le Bourg, les Gallets

La maladie a débuté le 17 novembre dans le quartier du Souffleur, à la suite de l’arrivée d’une barque venue de la Pointe-à-Pitre. Tous les habitants, pris de panique, à l’exception de trois ou quatre cultivateurs, abandonnèrent les malades sans secours, sur leurs grabats.

C’est ainsi que, le 24 novembre, on trouva quinze cadavres déjà putréfiés dans les cases et il fallut l’énergie du maire, M. Pain, celle du brigadier de gendarmerie Lejeune, le dévouement de la sœur Elise, venue de la Baie-Mahault, pour inhumer ces victimes.

Le manque de bras fit qu’on mit le feu à quatre cases pour éviter la contagion ; les restes calcinés de trois cadavres furent inhumés .

La maladie s’abattit ensuite sur les Petites-Anses, où trois jours après son apparition on comptait vingt-un décès sur vingt-sept habitants.

Des Petites-Anses, le fléau passa au Bourg, puis aux Gallets : Faisant alors un saut en arrière, il vint frapper la Baie- Mahault.

Malgré les soins vigilants de l’autorité municipale, pour intercepter toute communication entre les différentes parties

de l’île et la Guadeloupe, le fléau, dès le 26 novembre, y avait fait plus de cinquante victimes.

La Désirade possède un hospice de lépreux dont la création remonte à 1728. Le mode de gestion de cet établissement, souvent remanié, a été définitivement organisé par l’arrêté du 28 décembre 1858. La Martinique envoie ses lépreux dans cet hospice qui, en moyenne, compte une centaine de malades, traités par M. Crocquet. Sur quatre-vingt-huit lépreux présents, vingt-six sont morts de l’épidémie.

Les cadavres n’ont point été jetés à la mer, ainsi qu’on en avait répandu le bruit à la Guadeloupe. Cette fausse nouvelle, je l’ai dit, empêcha des marins de Saint-François de vendre leur poisson dans ce bourg.

Les vivres et les médicaments faisant défaut, le maire de la Désirade s’adressa au chef du service maritime de la Pointeà-Pitre pour avoir des secours. Ce fonctionnaire s’entendit à cet effet avec le maire, et sur leurs sollicitations, le commerce chargea aussitôt une goélette de provisions diverses, gratuitement offertes par les maisons les plus recommandables de la Pointe-à-Pitre. Les planches nécessaires à la confection des cercueils furent fournies par les chantiers de M. G. Salles et les médicaments de toute nature livrés par M. Napias, pharmacien civil, qui ne cessa, dès ce moment, d’assurer les besoins de l’hospice, avec son désintéressement ordinaire.

La Désirade fut tellement éprouvée au début de l’épidémie qu’on crut un moment à la nécessité d’une émigration en masse.

Le fléau continuant, le 19 décembre on expédia de nouveaux secours de la Pointe-à-Pitre.

Le 26 décembre, la maladie jusqu’alors localisée dans un

seul quartier, se répandit de proche en proche, envahissant bientôt l’île entière. — On apprit avec douleur la mort de1 M. Pain, maire de cette île et chevalier de la Légion d’honneur. La perle de ce magistrat dévoué, de cet homme de bien, causa un deuil général. Il était l’âme de cette malheureuse population, et avait su faire passer dans tous les cœurs son dévouement et son courage.

En 1866, le 6 janvier, la Désirade manquant encore de vivres, le chef du service maritime de la Pointe-à-Pitre, M. Morau, en expédia de nouveau. Les vins et les farines furent puisés cette fois dans les magasins de l’Etat.

Le 9, M. Richaud, médecin de la marine, fut envoyé dans cette dépendance pour parcourir les montagnes et donner les secours de son art à tous les malheureux qui jusqu’alors mouraient faute de soins, dans des cases très-éloignées du village principal.

Dès le 24 janvier, l’épidémie était à peu près terminée et la mortalité, du 17 novembre au 24 janvier, avait atteint 280 personnes. Le chiffre total des décès s’élevait à 298 au 1er avril 1866.

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