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neaux ne répandent dans la ville qu’une insuffisante quantité d’eau et souvent de mauvaise qualité. — C’est donc à l’eau courante que Rocliefort doit actuellement la fraîcheur et la propreté de ses rues, c’est-à-dire sa grande salubrité.
Cette eau courante faisant défaut à la Pointe-à-Pitre, il en résulte que les ruisseaux, privés d’une pente suffisante et sans moyens d’écoulement , se transforment en bourbiers.
Or, ainsi que je le disais dès 1864, on peut assainir la Pointeà-Pitre et en rendre les environs salubres :
1° En donnant de la pente aux ruisseaux ;
2° En construisant un vaste réservoir sur la partie la plus élevée de la ville ou sur le morne le plus voisin. L’eau reposée et suffisamment aérée, se répandrait de là dans chaque rue à l’aide de bornes-fontaines. Incontestablement préférable au système d’arrosage actuel, ce moyen serait moins onéreux et rendrait de plus grands services à la population.
Les tonneaux de voirie s’approvisionnent à la fontaine de la rue Sainte-Lucie, située à la droite du corps de garde. Or, ce puits , sans doute mal clos, reçoit les égouts chargés des principes solubles des détritus du marché. Répandue en cet état sur le sol, dans le moment le plus chaud de la journée, elle laisse après son évaporation rapide , une grande quantité de matières organiques qui viennent s’ajouter à celles que l’air embrasé possédait déjà. Ce n’est pas là le but qu’on recherche, et si cette eau doit servir à l’arrosage, le puits dont je parle mérite un entretien tout particulier.
3° On assainira surtout la Pointe-à-Pitre en favorisant l’écoulement du Canal-Vatable à la mer, en le purgeant de ses immondices, soit au moyen d’écluses que des prisonniers pourraient chaque jour ouvrir à marée basse, soit au moyen de pompes à feu ; avec ces deux moyens combinés, peut-être.
4° En pratiquant de larges saignées aux terrains noyés des faubourgs, on en déverserait les eaux croupies à la mer et l’on transformerait ainsi ces marécages , actuellement couverts de palétuviers, en terres culvitables et d’excellente qualité. On ferait disparaître cette production permanente de miasmes fétides dont les brouillards malsains anémient et décolorent la jeune génération des faubourgs, étiolée par les fièvres.
5° On chercherait en vain de l’eau potable proprementjdite, à la Pointe-à -Pitre, c’est-à-dire, une eau ne contenant pas plus de 60 centigrammes de sels par litre et plus de 0,01 centigramme de matières organiques.
En traitant de l’eau potable, j’ai démontré, dans ma brochure sur Y Hydrologie de la ville, que les puits de la Pointe-à- Pitre n’en possédaient pas, à proprement parler. J’ai dit que quelques-uns en contiennent de buvable, que d’autres en fournissent de saumâtre qu’on recherche malgré cela dans la saison sèche du mois de mars ; que l’eau de mer n’a pas d’accès dans les puits pendant la marée haute, malgré le voisinage de ces derniers de la rade.
En thèse générale, on ne saurait exiger d’un puits, quelque bon qu’il soit, une eau potable et complètement salubre; c’est une exception en tous pays.
Dans la saison sèche, on pourra donc boire les eaux de la ville, en ayant soin de consommer de préférence celles qui contiennent le moins de sels terreux ; on se basera pour cela sur la carte hydrologique dont j’ai tracé les divisions.
Quippe taies sunt aquæ, qualis terra per quant fluant.
6° Si pour certaines localités les fontaines jaillissantes sont un luxe et non un besoin, il n’en est pas de même pour la
Pointe-à-Pitre dont les habitants verraient avec la plus vive satisfaction ce genre de fontaine réussir sur la Grande-Terre.
Le puits artésien actuellement en voie d’exécution, dotera la ville d’une immense source de richesse. L’apparition de l’eau jaillisante sur d’autres points de la Grande-Terre, cette partie la plus cultivée de la Guadeloupe, changerait complètement l’avenirdu pays en lui assurant une permanente fertilité.
On ne verrait plus de récoltes frappées et anéanties par la sécheresse ; plus de mares taries, autrement dit, plus d’animaux mourant de soif sur les habitations. Pourvus d’une suffisante quantité d’eau salubre, les immigrants ne seraient plus atteints par les maladies qu’engendrent presque toujours ces eaux stagnantes. Car, bien qu’elles ne contiennent parfois que de minimes quantités de substances organiques en putréfaction, elles ne sont jamais saines et leur effet nuisible se manifeste à la longue.
Je l’ai déjà dit, un moyen simple de remédier à l’épuisement des mares, serait de distiller de l’eau dans les usines. Les alambics, fonctionnant seulement un jour par semaine, pourraient fournir une quantité d’eau suffisante pour l’approvisionnement du personnel. Cette eau, conservée dans des jarres ou dans des chaudières, en plein air, deviendrait légère, digestive et salubre.
Pourquoi l’habitant, qui a sans cesse sous les yeux les conséquences si funestes de ce manque d’eau potable, n’imiteraitil pas le navigateur qui fait le tour du monde, n’ayant souvent pour toute ressource que la cuisine distillatoire du bâtiment?... Plus heureux que le marin, l’habitant n’a-t-il pas toujours à sa disposition le bois qui lui serait nécessaire, ainsi que les moyens de réparer sur le champ les avaries qui pour-
raient survenir dans ces appareils? J’appelle donc toute la sollicitude des propriétaires ruraux sur cette idée.
7° Les sources pourraient être mieux utilisées , si l’on en creusait plus profondément les bassins. Actuellement employées au blanchiment du linge, elles détrempent de leurs eaux savonneuses des terrains plats qu’elles transforment en bourbiers délétères. Recueillir ces eaux stagnantes dans des rigoles et les diriger vers la mer serait facile.
8° Peu éloignée de la ville, la Rivière-Bongoût déverse sans interruption dans la Rivière-Salée, une grande quantité d’eau potable qui se perd. Ne pourrait-on amener ce superflu de liquide à la Pointe-à-Pitre ?
Utilisée en toute saison comme eau potable, on la ferait aussi couler dans les rues à certaines heures de la journée, et cette distribution, réglée au moyen de bornes-fontaines fermant à clé, laisserait un excédant dont la vente deviendrait
pour la ville l’objet d’un nouveau revenu.
En 4795, Hugues fit arriver l’eau du Canal-Laj aille jusqu’au passage de la Gabare. Coulant en une forte nappe, elle venait tomber et se perdre dans la Rivière-Salée. Aussi, cette aiguade provisoire servait-elle à approvisionner d’eau potable les navires de la rade, qui y envoyaient leurs chaloupes. Mais en 4802, à l’arrivée de Richepanse, les noirs révoltés, sous la conduite d’Ignace, détruisirent cet aqueduc primitif, simplement fait de planches enduites de goudron.
Ce travail serait aujourd’hui d’une exécution plus facile et l’on pourrait, à peu de frais, amener l’eau deLajaille dans un bassin qu’on créerait au bas du Morne-Micquel.
De ce premier bassin de repos, on la ferait monter, à laide d’une pompe à feu, dans un réservoir établi sur le morne.
Munie alors d’une suffisante pression, elle pourrait arriver à tous les étages des maisons de la ville, dans les bornes-fontaines des coins de rues, dans des aiguades disposées sur les quais, et dont deux seraient spécialement réservées pour les besoins de la rade.
Plus abondante que l’eau de la Rivière-Bongoût et ne séjournant pas comme elle au milieu des palétuviers, l’eau du Canal-Lajaille, qui alimente la digue de D’Estrelan, serait pour la Pointe-à-Pitre une intarrissable source d’eau potable.