RÉSUMÉ
Hommes de tous âges, enfants compris^ . . 715 Femmes de tous âges, enfants compris. . . 849
Total général 1564
On le voit, le chiffre dés femmes dépasse celui des hommes de 134. Il est mort 307 enfants des deux sexes. Los hommes qui ont été frappés sont principalement les ivrognes, puis ceux qui se nourrissaient mal, ceux qui vivaient dans des cases insalubres.
Sur les 25 immigrants, on compte: llindiens, 2Indiennes, 6 Africains, 2 Anglais, 1 Chinois.
Un autre fait digne de remarque , c’ost que les coolies indiens ne figurent que pour 16 dans le tableau. — Ces immigrants ont coutume, depuis Noél jusqu’au 1" janvier, do célébrer unefête nommée Pongol, qui durehuil jours. Pendant ce temps ils se travestissent , dansent , boivent et mangent plus que de coutume. Malgré ces excès, les pluies, la grande humidité et le froid de cette saison , il n’y a pas eu chez eux ‘ de mortalité.
Les Indiens ont dû leur santé aux condiments si excitants dont ils font usage : aux semonces de coriandre, au poivre, an gingembre, au cumin, au fenugrec, au curcuma, au piment, à l’ail, dont ils assaisonnent toujours leurs aliments. Je les ai vus faire un mélartge à’ail et assa-foetida , l’avaler et dire : « Si les noirs de ce pays mangeaient de ça, ils ne mourraient » pas du choléra ! »
Les Européens ont-ils dû l’immunité dont ils ont joui à la Pointe-à-Pilrc, à leur régime tonique, à Yeau de jarres qu’üs boivent, à leurs vêlements chauds, h leurs habitudes spéciales, ’ à leur observation rigoureuse des règles de l’hygiène? Subis-
senl-ils, au bout d’un ccrlain temps, une inloxiciilioii [)uludéciine sp(!’ciale qui, à l’égal de l’inoculation de la vaccine , devient pour leur race presque un préservatif? Ce sont-là des questions qu’il ne m’appartient pas de discuter...
Depuis le 15 décembre , il est constamment arrivé des navires de France à la Pointe-à-Pitre ; on en comptait une vingtaine sur rade au mois de février 1866. Pas un matelot de ces nombreux équipages n’est entré à l’hôpital de la marine, atteint de la maladie régnante. '
La garnison d’infanterie et d’artillerie de la marine a payé, son tribut annuel aux fièvres intermittentes, souvent compliquées de vomissements bilieux et de diarrhée. J’ai dit qu’il en avait été de môme pour les soldats disciplinaires employés à l’hospice. Mais nous n’avons eu à enregistrer aucune victime. ,
Dans notre salle épidémique de l’hôpital de la marine, dont M. Senelle, médecin de fre clpsse, et plus tard son collègue, M. Aze , avaient la direction , il est entré environ cinquante malades dont ; un matelot anglais , un français et quarantehuit noirs appartenant soit aux directions du port, soit à celle de la douane, aux goélettes locales ou aux infirmiers de l’établissement.
Sur ces cinquante cas on compte environ seize morts; on eût perdu bien moins de malades si, comme toujours, on ne les avait apportés trop tard et déjà mourant!?.
L’avant-dernier décès date du 28 mars, c’était un matelot venant du Mexique, de race noire, et malade depuis deux jours. Arrivé froid et sans pouls de la Goyave à rhôpital de la Pointeà-Pitre, il y est mort le jour môme. Le dernier, du 21 mai , fut celui d’une femme du Lamcntin, entrée à l’hospice Saint- Jules; elle y mourut en quelques heures.
Je manquerais à mon devoir de narrateur fidèle à la vérité, à la justice, si j’omettais de signaler les services rendus par Mme piron (sœur Benjamin), supérieure de l’hospice Saint- Jules, et par M">e Dervin (sœur Marie), chargée de la salle épidémique de l’hôpital d(; la marine.
Que la sœur Marie, du dévouement et de l’abnégation de laquelle j’ai été plus particulièrement le témoin, me pardonne cet éloge public si peu en rapport, je le sais, avec sa modestie et son caractère.
Femme de cœur et d’une rare’énergie, elle a prouvé qu’elle était capable d’un de ces courages qu’on ne peut laisser passer inaperçus et qui honorent une vie tout entière. — Mmes p). ron et Dervin, sœurs de Saint-Paul de Chartres, n’ont reçu qu’une simple médaille : elles méritaient certainement davantage.
En résumé , les inhumations étaient mal faites à la Pointe-à-Pitre bien avant l’épidémie, et les cadavres, trop superficiellement enfouis, répandaient des miasmes qui, en ‘ peu d’heures, donnèrent la mort à la fin du mois d’octobre.
Les eaux pluviales, si abondantes pendant l’hivernage, enlevaient aux cadavres des matières putrides qui ont pu rendre dangereux l’abord de la source du bas du morne du cimetière, et saturer de gaz meurtriers l’eau des lavoirs adjacents qu’elle'alimente.
Cette eau n’a-t-elle pas fait périr des blancbisscuses qui, jusqu’alors, passaient impunément leurs journées la\ant dans ces bassins?
Je ne puis reproduire ici toutes les observations météorologiques que je taisais chaque jour pendant l’épidémie ; je ne ferai que résumer les plus intéressants phénomènes de cette mémorable période.
Les vents de Sud et de Sud-Est ont été les moins favorables à la salubrité. Les ciels lourds , chauds , gris et sombres , chargés d’électricité , sans tonnerre ni éclairs , ont surtout entretenu un malaise général pendant les mois de novembre et de décembre.
Les créoles eux-mèmes en subissaient l’intluence , et tous s’accordaient à dire qu’on n’àvait jamais vu à la Guadeloupe d’années aussi bizarres que celles de 1863, 1864 et 1865, tant sous le rapport de la sécheresse que sous celui de la perturbation des saisons.
Ce n’est qu’à l’arrivée des brises d’Est , de celles de Nord , de Nord-Est, c’est-à-dire vers le milieu de décembre , que l’atmosphère plus rafraîchie devint aussi plus clémente; le chiffre des décès baissa alors d’une manière sensible.
Le tonnerre ne s’est tait entendre au loin qu’à la fin du mois de décembre. Jusqu’alors on n’avait eu à enregistrer que de forts grains, de nombreux arcs-en-ciel , souvent doubles , des brouillards et de chaudes nuits humides.
Les froids ont eu lieu à Noèl, mais encore accompagnés de pluies. Cette époque est très-redoutée de la population, puisque d’ordinaire elle amène les affections des voies respiratoires: bronchites, pneumonies, etc., etc.
En général , les recrudescences épidémiques ont coïncidé avec les temps humides, pluvieux, avec les ciels orageux et les journées chaudes. Celles qui ont été constatées pendant le mois de mai , au Lamentin et à la Baie-Mahault , ont été attribuées aux émanations des cimetières de ces communes.
Chacun reconnaît et apprécie la sollicitude avec laquelle l’édilité delà Pointe-à-Pitre s’occupe de l’assainissement de la ville, et de la persévérance qu’elle met à faire disparaître ses nombreuses causes d insalubrité. — Sous l’inspiration des citoyens honorables qui occupent les sommités municipales, de ces liommes éclairés dont le mobile est le sentiment du bien public, une active transformation se poursuit.
Comparant la Pointe-à-Pitre à Rochefort, il y a déjà 22 ans, M. Dupuy signalait à l’attention publique et au gouvernement, les moyens de rendre la Pointe-à-Pitre aussi salubre que Rochefort, sa ville natale.
Rochefort a, en effet, vu disparaître ses quartiers malsains ainsi que l’eau saumâtre qui imprégnait ses environs. De nombreux canaux ont permis de dessécher de vastes terrains servant aujourd’hui à l’élève et à l’engraissement du bétail. - Les mares infectes, qui pendant les chaleurs caniculaires laisaient de Rochefort un séjour redouté , n’existent plus. — L’eau affectée au nettoyage des ruisseaux , puisée dans la Charente et portée dans un vaste réservoir au moyen d’une pompe à feu, coule à flots dans les rues. Comme on le voit, Rochefort ne peut plus être comparable à la Pointe-à-Pitre, que sous le seul rapport de son sol uni , sur lequel des rues tracées au cordeau sont symétriquement dessinées.
Echauffées par un soleil de feu, les rues de la Pointe-à-Pitre ne sont point abritées. De grands arbres ne protègent pas de leur ombre, comme à Rochefort, les personnes auxquelles les affaires font une nécessité de sortir dans le milieu du jour. Pour tempérer l’excessive chaleur de l’hivernage , la ville ne possède que trois tonneaux pour l’arrosage que les contribuables paient chaque année à raison de3 fr. et de 80 centimes le mètre , suivant les quartiers. Yu leur petit nombre , ces ton-
MOIS
1865 ; Octobre.
‘ RELEVÉJOURNALIER
^ Des Décès attribués à V Epidémie yendant la période du S4 Octobre 1865 jour de son apparition à la Pointe-à-Pitre au P' Mai 1866
DATES
NOMBRE
de
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Novem.
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MOIS
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NO.MBRE ' de
DÉCÈS
Février.
1er
Mars.
1er
Avril.
^er
■1 li
neaux ne répandent dans la ville qu’une insuffisante quantité d’eau et souvent de mauvaise qualité. — C’est donc à l’eau courante que Rochefort doit actuellement la fraîcheur et ta propreté de ses rues, c’est-à-dire sa grande salubrité.
Cette eau courante faisant défaut à la Pointe-à-Pitre, il en résulte que les ruisseaux, privés d’une pente suffisante et sans moyens d’écoulement , se transforment en bourbiers.
Or, ainsi que je le disais dès 1864, on peut assainir la Pointeà-Pitre et en rendre les environs salubres ;
‘ 1° En donnant de la pente aux ruisseaux ;
S'i En construisant un vaste réservoir sur la partie la plus élevée de la ville ou sur le morne le plus voisin. L’eau reposée et suffisamment aérée, se répandrait de là dans chaque rue à l’aide de bornes-fontaines. Incontestablement préférable au système d’arrosage actuel, ce moyen serait moins onéreux et rendrait de plus grands services à la population.
Les tonneaux de voirie s’approvisionnent à la fontaine de la rue Sainte-Lucie, située à la droije du corps de garde. Or, ce puits, sans doute mal clos, reçoit les égouts chargés des principes solubles des détritus du marché. Répandue en cet état sur le sol, dans le moment le plus chaud de la journée, elle laisse après son évaporation rapide , une grande quantité de matières organiques qui viennent s’ajouter à celles que l’air embrasé possédait déjà. Ce n’est pas là le but qu’on recherche, et si cette eau doit servir à l’arrosage, le puits dont je parle mérite un entretien tout particulier.
3° On assainira surtout la Pointe-à-Pitre en favorisant l’écoulement du Canal-Vatable à la mer, en le purgeant de ses immondices, soit au moyen d’écluses que des prisonniers pourraient chaque jour ouvrir à marée basse, soit au moyen de pompes à feu ; avec ces deux moyens combinés, peut-être.
4° En pratiquant de larges saignées aux terrains noyés des faubourgs, on en déverserait les eaux croupies à la mer et l’on transformerait ainsi ces marécages , actuellement couverts de palétuviers, en terres culvitables et d’excellente qualité. On ferait disparaître cette production permanente de miasmes fétides dont les brouillards malsains anémient et décolorent la jeune génération des faubourgs, étiolée par les fièvres.
5° On chercherait en vain de l’eau potable proprementidite, à la Pointe-à -Pître, c’est-à-dire, une eau ne contenant pas plus de 60 centigrammes de sels par litre et plus de 0,01 centigramme de matières organiques.
En traitant de l’eau potable, j’ai démontré, dans ma brochure sur Y IlydTologic de la ville, que les puits de la Pointe-à- Pitre n’en possédaient pas, à proprement parler. J’ai dit que quelques-uns en contiennent de buvable, que d autres en fournissent de saumâtre qu’on recherche malgré cela dans la saison sèche du mois de mars ; que 1 eau de mei n a pas d’accès dans les puits pendant la marée haute, malgié le ‘ voisinage de ces derniers de la rade.
En thèse générale, on ne saurait exiger d’un puits, quelque bon qu’il soit, une eau potable et complètement salubre; c est
une exception en tous pays.
Dans la saison sèche, on pourra donc boire les eaux de la ville, en ayant soin de consommer de préférence celles qui contiennent le moins de sels terreux; on se basera pour cela sur la carte hydrologique dont j’ai tracé les divisions.
Quippe ialcs sunt aquæ, qualis terra per quam fluant.
6° Si pour certaines localités les fontaines jaillissantes sont un llixe et non un besoin, il n’en est pas de même pour la
Pointe-à-Pitre dont les habitants verraient avec la plus vive satisfaction ce genre de fontaine réussir sur la Grande-Terre.
Le puits artésien actuellement en voie d’exécution, dotera la ville d’une immense source de richesse. L’apparition de l’eau jaillisante sur d’autres points de la Grande-Terre, cette partie la plus cultivée de la Guadeloupe, changerait complètement l’avenirdupays en lui assurant une permanente fertilité.
On ne verrait plus de récoltes frappées et anéanties par la sécheresse ; plus de mares taries, autrement dit, plus d’animaux mourant de soif sur les habitations. Pourvus d’une suffisante quantité d’eau salubre, les immigrants ne seraient plus atteints par les maladies qu’engendrent presque toujours ces eaux stagnantes. Car, bien qu’elles ne contiennent parfois que de minimes quantités de substances organiques en putréfaction, elles ne sont jamais saines et leur effet nuisible se manifeste à la longue.
Je l’ai déjà dit, un moyen simple de remédier à l’épuisement des mares, serait de distiller de l’eau dans les usines. Les alambics, fonctionnant seulement un jour par semaine, pourraient fournir une quantité d’eau suffisante pour l’approvisionnement du personnel. Cette eau, conservée dans des jarres ou dans des chaudières, en plein air, deviendrait légère, digestive et salubre..
Pourquoi' l’habitant, qui a sans cesse sous les yeux les conséquences si funestes de ce manque d’eau potable, n’imiteraitil pas le navigateur qui fait le tour du monde, n’ayant souvent pour toute ressource que la cuisine distillatoire du bâtiment?... Plus heureux que le marin, l’habitant n’a-t-ilpas toujours à sa disposition le bois qui lui serait nécessaire, ainsi que les moyens de réparer sur le champ les avaries qui pour-
raient survenir dans ces appareils? J’appelle donc toute la sollicitude des propriétaires ruraux sur cette idée.
7° Les sources pourraient être mieux utilisées , si l’on en creusait plus profondément les bassins. Actuellement employées au blanchiment du linge, elles détrempent de leurs eaux savonneuses des terrains plats qu’elles transforment en bourbiers délétères. Recueillir ces eaux stagnantes dans des rigoles et les diriger vers la mer serait facile.
8® Peu éloignée de la ville, la Rivière-Bongoût déverse sans interruption dans la Rivière-Salée, une grande quantité d’eau potable qui se perd. Ne pourrait-on amener ce superflu de liquide à’ la Pointe-à-Pitre ?
Utilisée en toute saison comme eau potable, on la ferait aussi couler dans les rues à certaines heures de la journée, et cette distribution, réglée au moyen de bornes-fontaines fermant à clé, laisserait un excédant dont la vente deviendrait pour la ville l’objet d’un nouveau revenu.
En 1795, Hugues fit arriver l’eau du Canal-Lajaille jusqu’au passage de la Gabare. Coulant en une forte nappe, elle venait tomber et se perdre dans la Rivière-Salée. Aussi, cette aiguade provisoire servait-elle à approvisionner d’eau potable les navires de la rade, qui y envoyaient leurs chaloupes. Mais en 1802, à l’arrivée de Richepanse, les noirs révoltés, sous la conduite d’Ignace, détruisirent cet aqueduc primitif, simplement fait de planches enduites de goudron.
Ce travail serait aujourd’hui d’une exécution plus facile et l’on pourrait, à peu de frais, amener l’eau deLajaille dans un bassin qu’on créerait au bas du Morne-Micquel.
De ce premier bassin de repos, on la ferait monter, à l’aide d’une pompe à feu, dans un réservoir établi sur le morne.
Munie alors d’une suffisante pression, elle pourraitarriver à fous les étages des maisons de la ville, dans les bornes-fontaines des coins de rues, dans des aiguades disposées sur les quais, et dont deux seraient spécialement réservées pour les besoins de la rade.
Plus abondante que l’eau de la Rivière-Bongoût et ne séjournant pas comme elle au milieu des palétuviers, l’eau du Canal-Lajaille, qui alimente la digue de D’Estrelan, serait pour la Pointe-à-Pitre une intarrissable source d’eau potable.