‹ Épidémie de Rougeole à Clans (Alpes-Maritimes): Considérations sur la Contagion, les Complications intestinales et la Prophylaxie de la RougeoleChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

2 1. — Topographie et état sanitaire de Clans

Clans est une commune du département des Alpes-Maritimes, située sur la partie la plus élevée d'une colline qui se détache de la chaîne des Alpes, bordant à l’est la vallée de la Tinée, affluent du Var. | ‘Son altitude est de 650 mét., au-dessus du niveau de la mer.

Le chiffre officiel de la population est de 731 habitants.

La population vit agglomérée ; c’est à peine si une quinzaine de personnes sont domiciliées au Pont de Clans, qui se trouve au pied de cette même colline, au fond de la vallée à 350 mêt. d'altitude, au-dessus du niveau de la mer, et à 6 kilom. du village.

Un chemin d'intérêt commun descend en serpentant la côte et aboutit au Pont de Clans, sur la route Nationale, No 205. Par

ce moyen les habitants peuvent se mettre en communication

RARE RIX re avec les communes situées dans la partie la plus reculée de la vallée de la Tinée et avec Nice, dont ils se trouvent séparés par une distance de 46 kilom.

Les maisons sont bâties en partie sur la crête, et le plus grand nombre s'étendent sur la partie supérieure du versant Sud de la colline. Cette situation rend les habitations bien aérées, permet aux rayons du soleil de pénétrer dans presque tous les appartements et facilite le libre écoulement des eaux pluviales et ménagères. Pour empêcher, aussi, les filtrations de ces dernières, les rues sont pavées et le village se trouve toujours sur un s0l sec.

Les deux versants de cette colline sont exposés l’un au Nord, l'autre au Sud, cultivés et boisés ; la presque totalité de ces terrains est arrosée, ce qui rend la végétation très activé en été, végétation qui ne doit pas contribuer pour peu à la purification de l'air. |

La température suit avec un écartement de ? degrés les oscillations de la courbe thermique observée à Nice.

Cependant avec un climat et une situation présentant les meilleures conditions extérieures d'hygiène, la maladie ne semble pas faire moins de victimes qu'ailleurs, et le chiffre de la mortalité moyenne annuelle, 23 sur une population de 731 habitants, nous parait encore trop élevé pour une population rurale.

L'hospitalité aux mäladies contagieuses a toujours été accordée toutes les fois que l’occasion s’est présentée, et l'allure épidémique ne semble pas rencontrer d'obstacles. Ainsi, l’histoire rapporte qu’en 1347 la population de ce village, plus dense alors qu'à présent, fut fortement décimée par la peste, et Jeanne d'Anjou, pour réparer le grand désastre, empêcher l’'émigration, faciliter la centralisation ,accorda aux habitants tous les privilèges qui pouvaient donner de l'essor à leur commerce et à l’agricul-, ture et y établit des entrepôts de sel où devaient venir s'approvisionner les communes environnantes.

Il y a environ quarante ans, les cas de fièvre intermittente

seit

étaient très nombreux. La maladie était contractée à Saint-Martin du Var, lorsqu'une nécessité quelconque forçait ces habitants à se déplacer, à entreprendre un voyage dans la direction de Nice. En ce point, distant de Clans de 26 kilom., la vallée du Var s'élargit tout d’un coup et la rivière qui lui donne son nom avait alors jusqu’à son embouchure plus d'un kilomètre et demi de largeur. Celte surface certainement trop grande pour un cours d’eau si peu important, jointe à sa déclivité très peu accentuée, rendait les eaux stagnantes et la vallée malsaine.

Depuis que les travaux exécutés pour la construction de la route Nationale N° 205, ont obligé les eaux de cette rivière à marcher plus unies, la partie marécageuse a été cullivée et la fièvre paludéenne n'a plus envoyé à Clans des représentants.

En 1875, une épidémie de variole vint atteindre, éprouver cette population, et on nota environ 15 à 18, décès dus à cette maladie. Le chiffre de la mortalité fut encore forcé, cette année là, . au nombre de 43. | ,

Si donc nous devions établir un parallèle de gravité entre la rougeole et la variole, en ne tenant compte que des rensei- - gnements pris à Clans, durant les deux épidémies constatées, l’une : en 1875 et l’autre en 1893, nous serions hésitant pour dire quelle est celle des deux maladies qui serait la plus à craindre; puisque toutes les deux ont contribué pour une part à peu près égale, successivement en 1875 et 1893, à porter les inscriptions sur le registre de l’état-civil au nombre de 43. La variole, d’après

le rapport qui en a été fait, fut importée d’une commune de É l'arrondissement de Grasse, où elle exerçait son influence avec une allure épidémique.

Depuis cette époque on n’en a signalé aucun cas.

Au mois de mai de l’année 1882, la rougeole, maladie qui nous occupe, vint rendre visite à ce village, et, cette année-là, la majorité de la population fut alteinte. Les personnes qui avaient moins de 25 ans furent presque toutes contaminées,

d’après les renseignements que nous avons pu recueillir auprès de chacune d'elles. |

L'épidémie de 1893 est: venue nous confirmer, justifier les aveux qui nous ont été faits, et nous voyons, en effet, dans les familles, dans toutes celles où la rougeole entre, respecter ceux qui ont plus de 13 ans. Notons, en passant, qu’elle a été très bénigne ; puisque nous trouvons que le registre des décès ne donne que le chiffre 29, pour toute l'année; et encore la rou- .geole ne paraît responsable que de trois décès tout au plus, si nous mettons pour son compte les trois enfants qui sont enregistrés au mois de juillet, époque durant laquelle elle faisait sa tournée dans un milieu que- depuis longtemps elle n'avait plus visité. |

La fièvre typhoide semble y être endémique, et toutes les années nous avons occasion d'en noter 6 à 7 cas. Comme partout ailleurs, elle choisit son époque, et la fin septembre et le mois d'octobre lui semblent la saison la plus favorable. Nous n'avons jamais recueilli d'observations à d'autres dates. Nous n'avons pas voulu, au commencement de ce chapitre, parler de la question

* des eaux potables, parce que nous avons pensé qu’elle trouvait

mieux sa place ici à côté de la fièvre typhoïde. Ces eaux, disons-le tout de suite, nous paraissent très défectueuses. Les fontaines sont alimentées par l’eau d’un canal dont le point de départ se trouve dans un vallon, ayant son origine aux pieds des grandes montagnes comprises sur le territoire de la commune et son embouchure dans la Tinée, au pont de Clans. Les eaux de ce canal sont abondantes, elles servent à l’arrosage de la plus | grande partie des terrains cultivés et viennent à découvert sur 5 kilom. de longueur, et presque sur une aussi grande étendue dans le vallon.

Dans le pays, on procède à à l'élevage des bestiaux, cet élevage constitue leur principal revenu. En été, des troupeaux de bœufs, de vaches et de moutons paissent, restent jour et nuit sur les

one hauteurs des montagnes, déposent sur la surface de. ce sol le produit de leurs déjections. Malheureusement, ce fumier n’est pas donné pour réparer ce que le sol a perdu, etservir d'engrais à un terrain dénudé, il n'attend que les premières pluies pour être conduit dans le grand vallon collecteur. Or, ces dernières viennent d'ordinaire en automne, inutile de dire pourquoi, eten entraînant ces matières organiques elles doivent nécessairement corrompre, souiller les eaux que les habitants puisent aux fontaines publiques. Elles nous semblent donc, à cette époque de l’année, moins qu’en toute autre saison, remplir les conditions nécessaires pour étre utilisées et livrées à l’alimentation.

Aïcsi, se trouveraient justifiées les paroles du savant hygiéniste français Brouardel, qui disait dans une communication du 19 septembre 1894, à l’Académie de médecine : « £t une ville. paie au choléra et à la fièvre typhoïide le tribut que lui impose son eau d'alimentation. »

Nous croyons voir là la raison favorisant, d’une manière invariable, la fièvre typhoïde à la fin de septembre et au mois d'octobre. |

La théorie de Petenkoffer ne saurait, à Clans, prendre place pour expliquer un moyen de transmission du germe typhique, parce que, comme nous l'avons déjà dit, la déclivité du terrain sur lequel le village est construit rend impossible toute élévation de la nappe d’eau souterraine; du reste, aucun puits n’est creusé pour collecter des eaux pour un usage domestique quelconque, et celles qui sont livrées à l'alimentation viennent du canal dont nous venons de parler, qui se trouve à 40 mèt. d'altitude plus haut que Clans, et sont conduites à partir de ce point dans des tuyaux en fonte, par conséquent imperméables, et distribuées par ce moyen à toutes les fontaines.

Le contage direct, nous n'avons jamais pu l’invoquer aussi, puisque les observations ont été prises sur des personnes qui n'avaient entre elles aucun rapport,

am AE —

Telle est rapidement décrite la topographie de ce village et telles ont été les maladies épidémiques auxquelles il a été soumis. Nous reliendrons simplement ce fait important, en exceptant la fièvre typhoïde, que les agents des fièvres éruplives y ont toujours été importés.

L'état sanitaire nous paraissait excellent, au mois de mai de l’année 1893, lorsqu'une famille vint de Nice habiter le quartier du pont de Clans, dont nous avons relaté plus haut la situation, et importa avec elle l'agent pathogène de la fièvre morbilleuse. |

Ce quartier a été le foyer bien net de contagion et de propagation de la maladie ; l'épidémie rentre en lice et chacun peut se rendre compte de l'allure qu’elle prend en lisant les observa- . tions. que nous donnons résumées dans les pagès qui suivent.

? 2. — Observations des Familles contaminées.

PREMIÈRE OBSERVATION (Résumée) '.

F..., Louis arrive de Nice, et vient habiter le quartier du Pont de Clans, le 5 mai 1893, avec sa femme et ses enfants, qui sont ägés l'aîné de 10 ans, le second de 8 ans, le troisième à 6 ans, et le quatrième est âgé de 5 ans, le cinquième de 2 ans. :

Quatre jours après leur arrivée, c'est-à dire le 9 mai, lé troisième, âgé de 5 ans, présente éruption rubéolique, et sa sœur âgée de 2 ans a éruption le 11 du même mois. La guérison est rapide ; ils sortent à partir du 15 mai.

Les trois enfants aînés n'ont pas eu la rougeole, parce qu'ils ont acquis l’immunité, à Nice, durant les années précédentes.

{ Chaque observation correspond à une famille contaminée

, OBSERVATION 11 (Résumée).

. M Audol, âgée de 25 ans, habite le quartier du Pont de Clans, est contagionnée pendant que les derniers malades étaient à la période d’efflorescence. L’éruption se montre chez elle le 26 du même mois. La guérison se fait vite, sans complications.

OBSERVATION 111 (Résumée).

R... Félix a deux enfants, âgés de moins de 10 ans. Ange est âgé de 7 ans et sa sœur de 5 aus, habitent aussi le quartier du Pont de Clans. Contagion probable pendant que les malades de la première observation étaient au commencement de la convalescence ou à la fin de la période éruptive. Le début de l’éruption se montre chez tous les deux le 30 mai. Guérissent vite.

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