QUATRIÈME CONSTITUTION
Dès les premiers jours de novembre , il commença à régner un froid très-vif, qui se soutint jusqu’au mois de mars. De mémoire d’homme^ on n’avait vu un hiver aussi long. Dans cette constitution, le vent du Nord prédomina ; aussi fut-elle des plus rudes et des plus prolongées , et produisit-elle un grand nombre de maladies graves. Tous les malades eurent des douleurs de tête intolérables et des insomnies , ce qui n’est pas le propre de la saison d’hiver. Les bien portants, comme les malades, se plaignaient d’être privés de sommeil , ou de n’avoir qu’un sommeil agité par
des songes ^ tandis que c’est le propre de l’inver de produire un sommeil long et profond , et point ou peu d’apoplexies. Pourquoi en était-il autrement ? Le vent du Nord étant nuisible au cerveau , il n’était pas étonnant que les malades se plaignissent de la tête ; bien plus, les médecins prescrivirent les mêmes hypnotiques que dans les chaleurs de l’été. Il régnait des inflammations franches de la gorge , des difficultés à avaler , des angines ; cependant la langue n’était pas trop sèche ; des fièvres lentes, continues, avec douleurs dans les muscles du cou et du dos , mais superficielles , et parfois des tremblements convulsifs, surtout chez les malades qui étaient restés longtemps sans secours. Les forces étaient languissantes; chez un grand nombre, la rigueur du froid produisit comme une sorte de sphacélisme (<7cpax.e)a<7|xoç, que Gaza traduit par cruclor. — Aristote, in probl.) et de dessèchement , quelque chose d’analogue à l’ustion dont parle Virgile dans ses Géorgiques , quand il dit : Le froid pénétré et brûle. Il y eut un grand nombre de pleurésies qui firent périr beaucoup de monde ; des douleurs de dents très-intenses ; des ophthalmies sèches , ou humides , avec prurit et pustules ; des vertiges ; desotalgies; des tintements d’oreilles ; des douleurs dans les hypochondres , suite de constipation ; des toux que rien ne calmait. Le mois de mars ayant terminé l’hiver, presque toutes les pleurésies devinrent funestes et ne cédèrent à aucun remède. Elles étaient épidémiques et cacoéthes. Elles se déclaraient sans aucun mouvement violent. La douleur était fugace, et au moment où les malades , délivrés de la douleur, se croyaient hors de danger, ils mouraient. Elles étaient dues à une sérosité âcre , indomptable , qui se faisait voie par la plèvre ; elles tenaient de l’érysipèle, et non du phlegmon. La difficulté de respirer n’était pas grande , la douleur très-médiocre , ce qui trompait les médecins ; mais la soif était excessive , les lipothymies fré-
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quentes , la chute des forces au-delà de toute raison ; l’expectoration n’offrait rien de remarquable. On observa chez les enfants un foule d’éruptions herpétiques ; des aphtes , dont peu d’enlr’eux furent exempts ; des pustules au bout de la langue, pleines de sérosité. Les femmes regardaient ces éruptions comme un mal léger et ne méritant pas qu’on en parlât. Mais elles dégénérèrent en ulcères, et j’atteste qu’elles causèrent un très-grand nombre de morts. Dans une telle constitution , il faut prévenir les maladies par l’emploi fréquent des purgatifs et des sialalogues.
Un gentilhomme , atteint de la pleurésie dont il vient d’être question , était en grand danger, lorsqu’il fut pris de sueur au sixième jour de la maladie ; le septième , la nature n’opéra aucune excrétion ; nous avions mis tout notre art à hâter la crise : à vrai dire, le malade faillit périr dans la crise, et sans la vigueur de son jeune âge, nul doute qu’il n’eût succombé. Galien , dans son commentaire sur les Épidémies , compte beaucoup sur la force de l’âge. Je m’étonne que ce malade ait échappé , vu la funeste influence du sixième jour. Galien , dans son commentaire sur l’histoire de la jeune fille de Larisse , nie que le sixième jour soit mauvais d’une manière absolue , surtout alors qu’il n’y a ni inflammation ni malignité , que la crise s’accomplit les jours suivants, et que la maladie résulte seulement d’un état pléthorique. Mais dans dans le cas actuel , il y avait inflammation , et nous l’avions déjà combattue par plusieurs saignées.
Un jeune gentilhomme , récemment atteint de fièvre , ne renonça ni au vin , ni au grand air , ni à un exercice violent , comptant que la vigueur de sa constitution triompherait du mal sans le secours des remèdes, et sans qu’il fût tenu de garder le lit. Le sixième jour , vaincu enfin par la maladie, il s’alita , fut saigné , prit un cathartique et parut soulagé. Le dixième , tous les symptômes s’apaisent ; mais
ils s’aggravent le onzième. Le malade s’agite , délire , devient furieux , perd la raison ; la langue est sèche , la soif nulle. L’extérieur du corps conserve une chaleur assez douce , l’intérieur brûle : yeux ardents, petites sueurs, tremblements des membres ; mort. C’est ainsi que des maladies modérées et curables au début , ont une issue funeste par suite de l’incurie des malades et des erreurs de régime qu’ils commettent. C’est ici le lieu de rappeler l’histoire d’un malade qui , atteint de fièvre légère , mourut pour avoir fait un repas intempestif.
Au mois de juin , toutes les maladies annonçaient une grande corruption dans le corps ; car tous les malades étaient pris de continuels vomissements avec inquiétude , et rendaient presque tous des vers par le haut ou par le bas, tant les personnes âgées que les personnes jeunes. Le sang des saignées était complètement séreux et corrompu. Il y avait prédominance de ces humeurs ichoreuses et séreuses qui engendrent la phrénésie , le délire et les convulsions., alors que , se dépouillant de la nature du sang qui est leur source , elles s’imprègnent de la corruption générale du corps et de qualités malignes , et deviennent bilieuses et atrabilaires. (Voir Galien, Comment, sur le §38. sect. l.liv. o. des Épidémies). Beaucoup de malades eurent des démangeaisons insupportables , et des fièvres qui naissaient de la cause la plus légère^ et dont la plupart prenaient le caractère des lipyries (1), tout le feu du mal se concentrant à l’intérieur , et l’extérieur conservant une chaleur modérée , avec des frissonnements par intervalles ; et lorsque des humeurs d’un autre genre les faisaient dégénérer en phricodes (2) , elles s’accompagnaient de sécheresse de la
(1) Épithète donnée à une espèce de fièvre maligne et continue , accompagnée de l’inllamination des viscères, et pendant laquelle on ressent un grand froid à l’extérieur.
(2) Fièvre accompagnée de frissons , d’horripilations , même dans la période de chaleur.
langue , de frissons, de douleurs de ventre , avec déjections bilieuses non critiques chez les uns , avec constipation opiniâtre chez les autres , et de vomissement des substances ingérées ^ ou d’autres matières. La nature de ces symptômes et l’affaissement qui s’y joignait , donnaient à penser que les malades étaient empoisonnés. Ce n’était , en réalité, que le résultat de l’incendie intérieur. Chez le chirurgien Guenin , la bile étant brûlée au plus haut point , les extrémités se refroidirent le sixième jour. Le même phénomène se produisait chez d’autres malades à une époque différente. C’est ainsi que se consumaient et s’étiolaient les personnes atteintes de cette funeste maladie.
Des fièvres de mauvais caractère régnèrent pendant tout le mois de juin, de juillet et d’août. Les médecins les méconnaissaient, les prenant pour des intermittentes quotidiennes , à cause du redoublement que la fièvre offrait chaque nuit; c’étaient,, au contraire, des fièvres continues, etcependant les médecins ne savaient pas le distinguer ; car tous paraissaient aller au mieux pendant le jour. En effet, la fièvre, au début , cessait pendant le jour. Mais au bout d’un ou de deux paroxismes , elle devenait continue. Chez tous les malades, les nuits étaient affreuses. Dans le jour , leur esprit était calme ^ il y avait même presque absence de douleur ; mais il restait une sécheresse extrême de la langue , de l’amertume^ du dégoût pour les aliments , de la soif, de la jactation , et tout à coup , le soir , sans sentiment de froid ni de chaleur qui la précédât , ou sans inégalité dans la température du corps , la fièvre se rallumait peu à peu , apportant avec elle des angoisses extrêmes , des douleurs de tête atroces ,, du trouble dans les idées , une soif inextinguible, l’insomnie. L’intensité de la fièvre n’était pas en rapport avec ces symptômes. Après une nuit passée dans cet état j les malades tombaient , sur le matin , dans un degré de faiblesse tel qu’ils paraissaient près de rendre le dernier
soupir ; bien plus , un grand nombre anéantis , baignés d’une sueur froide , étaient sans pouls ou n’offraient qu’un pouls petit et inégal, et semblaient privés de chaleur. Les premières heures de la matinée étaient pleines de symptômes si terribles , même dans les quatres premiers jours de la maladie , qu’un grand nombre de malades reçurent l’extrême-onction : une heure après , ils paraissaient rendus à la santé. Les médecins avouaient n’avoir jamais observé de maladie qui offrit un pareil génie. D’après la connaissance acquise de la marche de cette maladie , on se garda d’administrer aucun purgatif le matin , mais seulement vers la onzième heure du jour ou l’après-midi, et après avoir permis au malade quelque nourriture avant de le purger. On ne se hasarda à pratiquer la saignée que lorsque la journée était déjà avancée. Nous pensâmes que la cause du retour de symptômes si graves vers le matin , tenait à ce que les esprits infectés pendant la nuit par les vapeurs malignes de la maladie , tombaient dans un état de faiblesse tel , qu’au retour de la lumière, moment où les humeurs, refoulées vers le centre , se reportent à la circonférence du corps , les esprits , dis-je, ne pouvaient plus ranimer l’organisme. Que si quelque sueur avait pu se produire sur le matin , elle eût mis obstacle à tout cet appareil de symptômes ; mais il ne s’en produisit que de symptomatique et de froide , en raison de la faiblesse extrême dont le cœur était frappé. En effet, chez la plupart des malades, comme je l’ai dit, on constata l’absence ou l’état fdiforme du pouls ; chez d’autres , il était formicant , et cela surtout les jours critiques , comme si la nature eût fait de vains efforts pour opérer une crise. Ceux chez qui la crise s’opéra vers le neuvième ou le onzième jour, furent en grand danger de perdre la vie. Chez les autres , on vit la fièvre se terminer et se résoudre presque sans crise, l’énergie du mal étant usée et comme domptée par la longueur de sa
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durée. Chez un grand nombre apparurent des parotides , qui, funestes chez les uns , ne l’étaient pas chez d’autres. Dans ce même temps , les enfants étaient attaqués par la rougeole. Or, nous observâmes que toutes les fièvres qui atteignaient les adultes , alors que l’épidémie de rougeole régnait chez les enfants , étaient de mauvais caractère , et mortelles, comme si elles eussent reçu quelque chose de la fièvre concomitante de la rougeole. La délicatesse de la peau chez les enfants permettant la libre éruption de l’exanthème , la pernicieuse énergie du mal se décharge sur cet organe , sans quoi aucun n’échapperait. Il était d’ailleurs évident que les fièvres dans lesquelles tombaient les adultes , portaient en elles le même génie que celles qui tourmentaient les enfants atteints d’exanthème; car au milieu d’une inquiétude extrême et d’un endolorissement général qui ne permettait pas aux malades de bouger, nous vîmes naître chez un grand nombre, des taches rougeâtres , qui devenaient bientôt livides, avec un brisement extrême des membres , taches que les Grecs appellent ecthyma (Celse traduit ce mot par papules), et que nous voyons, dans le livre des Épidémies , s’être produites chez beaucoup de malades à leur grand péril, ce qui fait dire à Galien (Comment, sur le 5° liv. des Prophétiques), que ces papules sont mauvaises , et comme signe et comme cause : comme cause , parce qu elles indiquent V inflammation des organes internes et la malignité des humeurs ; comme signe, parce quelles sont critiques , et quelles ne jugent pas , en raison de leur < impuissance à résoudre un mal si grand. Jamais peut-être de pareilles éruptions n’avaient apparu chez un aussi grand nombre de malades que dans celte constitution. Aussi n’est-il pas surprenant que , par suite d’un métastase sur le cerveau , beaucoup de malades aient offert des parotides pernicieuses, dans ce cas, pour deux raisons, et parce qu’elles ne sont pas assez puissan-
tes pour résoudre la maladie, et parce que tout transport du mal des parties inférieures vers les supérieures est pernicieux. Et , chose étonnante ! le pouls n’était pas en rapport avec l’incendie allumé à l’intérieur (A).
Si l’on nous demande de quel mode étaient ces fièvres , dont l’essence paraissait résider dans l’inflammation des viscères et dans la corruption de la bile et d’une sérosité ichoreuse , humeurs qui ne séjournent que momentanément dans le corps , et dans lesquelles le cœur ni le cerveau n’étaient altérés , nous répondrons qu’elles avaient pour cause deux humeurs , ou une seule humeur résultant du mélange de la bile avec la pituite , dont l’influence maligne ne pouvait que produire ces cruels symptômes. Ces fièvres se rapprochaient des hémitritées et des tritéophies , qui sont engendrées par l’inflammation et succèdent à la malignité (B).
Nous vîmes beaucoup de malades qui eurent des selles diarrhéiques avec excréments bilieux, et des borborygmes, selon l’expression d’Hippocrate (dans les Coacpies ) , et qui n’en retirèrent aucun avantage. Cependant, il valait encore mieux que le ventre fût relâché que resserré, car-c’était une issue ouverte à la matière morbifique. Si les matières évacuées eussent été retenues, l’état des malades se serait aggravé , tellement était grande la rapidité avec laquelle se corrompaient les aliments introduits dans le corps. Chez les uns, le flux de ventre ne dissipait pas les maux de cœur; chez d’autres, à des troubles de l’intelligence et à une disposition comateuse se joignait un flux de ventre spontané, et ils en réchappaient , tellement la nature était aidée par cette excrétion , bien qu’elle ne fut que symptomatique. Car dans les maladies épidémiques et dans les maladies de mauvais caractère , les excrétions , quelles qu’elles soient , sont utiles. Chez aucun malade les urines n’étaient rouges ; elles étaient , au contraire , de couleur
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naturelle , ce qui a la valeur d’un bon signe, ainsi que la suite le montre ; Galien en fait l’observation dans son commentaire sur les Épidémies (C).
Chez quelques malades , bien que leur fièvre fût continue, il arriva qu’elle cessa pendant un ou deux jours , ce qui n’est pas chose nouvelle. Car Hippocrate rapporte dans ses Épidémies (Histoire 12, à la fin du 1er livre), qu’un malade atteint de fièvre continue fut exempt de fièvre le huitième jour ; il dit encore dans le même ouvrage qu’une femme enceinte, tourmentée par une fièvre continue , en fut exempte durant trois jours ; le onzième jour, la fièvre reparut, et la maladie fut jugée. Ce sont-là des faits qu’il est bon de se rappeler, afin de ne pas regarder la maladie comme terminée , parce que la fièvre paraîtra manquer.
Nous avons dit que des exanthèmes régnaient épidémiquement chez les enfants. Nous n’avons fait qu’une remarque , c’est que des symptômes insolites précédaient leur éruption. Chez la jeune fille du sieur Mommort , une intolérable douleur occupait le bras droit ; elle ne céda pas aux remèdes qui lui furent opposés. L’éruption avait été peu abondante : si elle eût été plus abondante et si elle avait paru plus tôt, cette malade n’eût pas souffert ainsi. Cette douleur persista pendant trois mois , résistant aux remèdes les plus énergiques. Chez le fils de Beasalde , âgé de seize ans , ce fut une douleur insupportable à l’épine du dos : purgation , diète , saignée ; le quatrième jour , éruption rubéolique des plus abondantes qu’il fût possible de voir ; elle était restée longtemps cachée avant de faire irruption. Les deux filles du sieur Àmorée offraient une fièvre lente, des douleurs de tête affreuses ; des purgations et des lavements n’empêchèrent pas que l’exanthème ne sortît en abondance. Est-il avantageux de prescrire des purgatifs avant que l’éruption de la rougeole se soit faite ? Ces médicaments mettent-ils obstacle aux mouvements de la na-
ture ? loin de là ; nous avons, sans y penser, fait ouvrir la veine et administrer un purgatif à des malades sur lesquels, le lendemain ou le surlendemain , apparaissaient des boutons de petite vérole , et dont la maladie se comportait mieux que chez ceux à qui nous n’avions rien fait de semblable. Ainsi se trouverait démentie l’opinion qui affirme que l’éruption se fait moins amplement lorsque le corps a été purgé auparavant.
Un monsieur de Lille se plaignait d’une difficulté extrême de respirer (ce symptôme dépendait d’une rougeole latente que nous étions loin de soupçonner) , la fièvre était considérable. Nous rendîmes le ventre libre par des lavements ; nous ouvrîmes la veine dans la crainte d’une esquinancie. Le lendemain , l’exanthème apparaissait , et cependant le malade ne tardait pas à se remettre (D).
La même armée , après quelques jours d’un froid assez rigoureux , vers l’équinoxe d’hiver , il régna une multitude de fluxions, soit sur les yeux , soit sur les poumons et leurs dépendances; la plupart des malades souffrirent d’une rigidité du cou comme tétanique ; les bras étaient frappés de torpeur, d’élancements avec faiblesse torpide. Un grand nombre périrent apoplectiques ; beaucoup moururent subitement , couverts de sueur et anéantis comme si leur mal eût été une sorte de suette anglaise : les malades ne cessaient d’être inondés de sueur durant tout le cours de la fièvre. On disait qu’au mois de décembre , le soleil , prenant un nouveau cours , allait se trouver avec la lune dans les conditions d’une éclipse. Il se produisit chez les malades d’incroyables , de prodigieux , d’inouïs changements. Les gens bien portants étaient pris eux-mêmes d’une langueur subite, et sans cause appréciable: comme tourmentés par un démon caché , ils semblaient près de rendre l’âme. Et nous qui n’augurions rien de semblable de l’état du ciel , nous restions stupéfaits de la cause d’un
si grand et si soudain changement. Nous n’eussions jamais cru que ces dispositions du soleil , de la lune et du ciel , eussent pu produire de tels troubles et de si cruels changements. Des convulsions soudaines , des délires et des perturbations survenant dans les maladies sans raison et. tout à coup, témoignèrent assez des effets de cette nuit terrible. Ce n’est donc pas sans raison qu’Hippocrate a recommandé de bien tenir compte des grandes perturbations célestes.
Une dame noble , atteinte de cachexie, fut prise, à la suite de l’usage immodéré de fruits aqueux, de vomissements de matières bilieuses, roui liées, avec douleur à la région de l’estomac. Le médecin ne voulait pas que ce vomissement fût arrêté , mais il le fut contre son avis. La matière peccante se trouvant ainsi refoulée , il en résulta une douleur atroce avec tuméfaction des premières voies. Le retour de Chumeur vers la partie malade occasionna une fièvre avec anxiété , froid des extrémités, chaleur brûlante à l’intérieur. Au bout de douze heures , la malade succomba à cette lipyrie maligne. On voit parla combien il est dangereux d’arrêter certaines diarrhées et certains vomissements, surtout lorsqu’ils donnent issue à des matières qui doivent être évacuées (E).
Lorsque la toux est accompagnée d’une hémorrhagie pulmonaire, il est bon et on a coutume d’arrêter celle-ci par tous les moyens possibles. Cette loi est-elle absolue ? S’il y a fièvre, il est constant et hors de toute constestation que le sang ne doit pas être arrêté, à moins qu’il n’ait été rejeté en suffisante quantité qu’il ne soit appauvri ou diminué par une saignée révulsive devenue nécessaire , et cela , suivant Galien, dans son commentaire sur les Aphorismes, à cause des probabilités d’une inflammation. Et dans ce dernier cas , est-il mal que du sang soit rejeté hors des poumons? Un nommé Revesche m’a maintes fois déclaré que souvent il avait eu des hémorrhagies pulmonaires sans en
éprouver du dommage. Nous l’avons vu souvent atteint de fièvres, pendant lesquelles il crachait tantôt des caillots , tantôt du sang spumeux. Nous attribuions ce phénomène à la trop grande perméabilité des poumons , qui procurait par cette voie à ce malade une évacuation critique, comme l’eût été une épistaxis ou toute autre hémorrhagie. Lorsque les choses se passent ainsi ,, que l’on ne soupçonne pas une inflammation, et que la fièvre ne lire pas son origine d’un vice des poumons , mais de la corruption des humeurs dans le mésentère , cette irruption de sang par la bouche est moins formidable. Car le sang irait se faire jour jusque par les narines , n’était cette disposition trop lâche des vaisseaux pulmonaires, qui ne leur permet pas de résister à la pression du sang. Nous avons vu bien des malades , à la suite d’un bien moindre crachement de sang , tomber cependant dans une phthisie pulmonaire. Quelque difficulté qu’il y ait à distinguer les cas où cette expuitionde sang est funeste de ceux où elle ne l’est pas , il n’en est que plus important de distinguer ces deux cas l’un de l’autre.
Il existe à Paris une famille dont les nombreux enfants participent, les uns, du tempérament de leur père, les autres, de celui de leur mère. Le père est fortement évacué par le purgatif le plus doux , et il en est de même des enfants qui tiennent de lui. Lanière n’est purgée que par les médicaments les plus actifs , et les enfants qui tiennent d’elle réclament aussi des purgatifs d’une grande énergie. Combien donc il importe, pour établir les bases d’une médecine prudente , d’avoir une connaissance parfaite , non-seulement de la ville , non-seulement de la maison , mais encore de l’idiosyncrasie de chaque malade en particulier !
Lorsque la nature , au quatorzième jour d’une maladie , prépare une crise , et l’opère soit au dehors, soit ailleurs ,, par excrétion ou par fluxion, la matière qui constitue l’abcès critique n’est-elle pas , comme il convient dans une
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hypostase (l) , blanche, douce, homogène, adoucie, ayant les qualités normales? Si cela est vrai, pourquoi donc une parotide critique , ou tout autre abcès critique , ne suppurentils pas le jour même où ils s’ouvrent ? Cela devrait être : la matière des parotides n’est-elle pas chaude ?
On avait ouvert trois ou quatre fois la veine médiane à un malade atteint de pleurésie. Les médecins étaient d’avis qu’il fallait ouvrir la basilique ; mais comme elle était peu apparente et formée par un faible rameau , ils n’espéraient pas grand effet de sa piqûre , tandis qu’au contraire il pouvait y avoir plus d’avantage à ouvrir celle des veines d’où le sang pourrait couler largement et à flots: le choix importait peu, puisque c’étaient des rameaux d’un même tronc. Cependant , comme les saignées précédentes avaient produit peu de bien et avaient fourni un sang pur, il parut qu’il était préférable d’ouvrir le petit rameau, à cause de ses rapports en ligne directe avec la partie affectée. On l’ouvre; un sang impur s’en écoule ; et le malade est soulagé immédiatement : tant il faut tenir compte dans les saignées de la disposition en ligne droite des veines !
L’épilepsie tire des Comices son nom vulgaire de maladie comitiale. On prétend, en outre, qu’elle a reçu ce nom, parce que les Romains rompaient leurs assemblées, si par hasard quelqu’un y tombait du haut mal. Mais cette étymologie, bien qu’empruntée des comices , ne tire pas son origine de ce que les assemblées étaient dissoutes. Ce nom lui a été donné plutôt de ce que la violence du mal , pour un temps cachée et suspendue , jaillit du^ cerveau et éclate surtout dans les assemblées et les grandes réunions d’hommes. Car, puisque les maladies à périodes et à retours fixes sont provoquées et se multiplient dans un temps plutôt que dans un autre, et
(I) Pris dans un sens général , le mot hypostase signifie tout ce qui se dépose et reste au fond d’un liquide excrémentitiel ; dans un sens restreint , il se dit du sédiment qui se sépare des urines.
à telle occasion plutôt qu’à telle autre; ainsi, chez les épileptiques, le germe de leur funeste maladie se développe et se manisfeste, alors surtout que le cerveau est frappé et ébranlé par des pensées , des émotions ou une crainte inusitées ; et notamment s’il se produit une secousse et une agitation des esprits désordonnées que le cerveau délicat et faible ne peut supporter. Or, ceux qui se rendent à une assemblée pour y prendre la parole, ou pour y délibérer d’une affaire grave ^ sont agités de troubles et d’appréhensions dont la violence retentit facilement dans le cerveau. Si l’âme, partagée en mille pensées différentes , tantôt est entraînée dans un sens, tantôt refoulée sur elle-même, pour bientôt après s’épanouir et s’exalter, est-il surprenant qu’il en résulte la découverte et la manifestation d’une ancienne maladie? Alcibiade m’est une preuve palpable de ce que j’avance. Appelé à parler devant un peuple dont l’aspect aurait dû ne le troubler en rien, il ne pouvait cependant se défendre d’un frémissement qui agitait tout son être. Comme Socrate s’étonnait qu’un homme dont l’influence sur les Athéniens était si grande , éprouvât devant le peuple et dans une assemblée composée de plébéiens et de prolétaires une telle crainte, et la lui reprochait comme digne d’une femme, Alcibiade lui répondit qu’il devait cet effroi à la pensée du petit nombre d’hommes sages et faits pour comprendre les grandes affaires , qui se trouvait dans cette multitude. Il me revient encore à la mémoire que le célèbre Budée , n’ayant que quelques mots à dire devant François Ier, resta muet et incapable de trouver une idée, tant fut forte l’impression que fit sur lui la majesté du roi; et nul n’ignore les qualités, la richesse d’esprit, l’étendue de génie dont Budée était doué; mais ces qualités se produisaient chez lui dans le recueillement et non en public. Jodelle aussi , homme d’un esprit si fin et si éloquent , et doué d’une heureuse mémoire , chargé de parler à la Cour , à Paris ,
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devant le roi Henri , resta muet et frappé de stupeur, et déclara plus tard qu'à ce moment-là, il avait oublié tout ce que son esprit avait pu posséder de connaissances , et qu’il n’avait pu ressaisir aucune lueur d’intelligence. Si ces deux rois avaient jugé ces deux lumières de la France j plus par ces apparences d’ignorance que par la réputation déjà établie et confirmée de leur supériorité dans le domaine de l’intelligence et des lettres, Budée et Jodelle se fussent retirés de la Cour avec la réputation d’hommes ineptes et ignares. Maison ne les jugea pas comme des hommes chez lesquels les paroles abondent et les pensées manquent , mais comme privés , par leur difficulté à s’exprimer , de donner la mesure de leur inépuisable science. La sagesse qui n’a pas le talent de la parole n’est-elle pas préférable à la sottise bavarde? Rondelet a observé que les hommes doués d’un esprit pénétrant et élevé , lorsqu’ils se livrent à quelque grande contention d’esprit, deviennent épileptiques. Les hommes d’un vrai mérite se défient d’eux-mêmes , et n’osent proposer , discuter ou établir quelque chose qu’aprcs s’y être préparés avec soin. Par contre, les hommes sans pudeur légers et ignares , ont une confiance en eux qui leur fait tout oser , et il n’est si grande dignité ou autorité qui leur impose.
Dans les douleurs oculaires , dans l’ophthalmie , dans l’épiphora, il est des médecins qui, pour imiter les mouvements excréteurs de la nature , n’hésitent pas à prescrire les substances qui excitent la sécrétion des larmes , dans la pensée qu’un flux abondant d’humeur guérira le mal. Cette méthode ne me plaît pas , bien qu’elle ait eu l’approbation du savant Sylvius; car je sais qu’il en est résulté de grands inconvénients. Aétius a aussi recommandé les médicaments qui provoquent les larmes. Hippocrate ordonne quelque part d’humecter les yeux , et défend d’arrêter les larmes; il veut môme que l’on favorise leur écoulement par
tous les moyens. Mais ce qu’il dit s’applique seulement à l’extravasation du sang dans l’œil ; le flux lacrymal agit alors comme remède topique. Quand le mal vient du cerveau ou du péricrane, cette pratique n’est plus aussi sûre. N’est-il pas cependant des cas dans lesquels on pourrait l’essayer ?
Monsieur Saint Germain souffrait d’une douleur aux lobes du foie. Tous les remèdes de l’art avaient échoué contre elle, et l’on avait abandonné la guérison aux seules ressources de la nature. Un paysan fut appelé, qui assura avoir guéri une maladie semblable. Le malade se confie à lui. 11 en reçoit un ou deux gros de racine de lierre pulvérisée à boire dans de l’eau de chapon ou de poulet. Il en éprouve un prompt soulagement. C’est un de ces remèdes qu’employaient nos devanciers et que nous avons abandonnés ; les ignorants les recueillent et les emploient à notre confusion et à leur gloire. Aétius (Cap. 156 et 157. Serm. 3. Tetrab. 1) a écrit un chapitre sur les médicaments qui purgent les parties convexes et les parties concaves du foie.
Dans le traitement de la maladie vénérienne , on recommande la décoction de gaïac, à cause de ses vertus sudorifiques, comme le principal remède de cette affection virulente. Mais on ajoute à sa décoction du turbith , de la coloquinte, des follicules de séné et de l’agaric. Y a-t-il convenance à agir ainsi ? C’est une pratique pareille à celle qui veut (jue l’on prescrive des purgations pendant les chaleurs de la canicule. Il existe dans ce dernier cas deux mouvements en sens contraire, l’un qui pousse à l’extérieur en excitant la sueur, l’autre qui, par la purgation, s’établit vers l’intérieur (Voir le comment, de Galien sur l’aphor. 6 du livre 4). Il en est de même dans l’union des médicaments drastiques à la décoction de bois saint.
Si dans la toux et dans les fluxions catarrhales qui viennent de la tête , on prescrit quelquefois avec succès l’opium
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et les préparations dans lesquelles entre l’opium, à cause de la qualité froide de ce médicament , pourquoi ne réussiraiton pas de même à l’aide de l’eau qui est froide et possède une vertu répressive ? Aétius (Cap. 167 . Tétrab. I. Serm. 3) a écrit que l’eau de pluie procure des fluxions, si elle est bue froide ; d’où vient donc que l’opium qui est froid , a l’habitude et le pouvoir d’arrêter ces mêmes fluxions ?
Il faut faire grande attention à ce que Rondelet a écrit dans le Chapitre Sur la douleur de tête causée par la bile : <s à savoir que souvent les médecins s’effrayent en voyant les forces presque anéanties par des douleurs de tête, et n’osent recourir ni à de larges saignées ni à de puissants purgatifs , tandis que leur emploi peut seul triompher de ces grandes douleurs. » Gardons-nous de nous laisser effrayer par cette apparente faiblesse. Quelle est la cause, en effet , d’un tel affaissement du corps , d’une telle résolution des esprits? la douleur. Appliquons-nous donc à la calmer ; et puisque le sentiment est jeté dans une sorte de stupeur par une extrême souffrance , administrons d’énergiques purgatifs qui réveillent et éperonnent la nature , si nous ne voulons pas que notre œuvre soit vaine. Telle fut notre conduite auprès d’un domestique de l’évêque de Sisteron , qu’une douleur de tête avait rendu si faible qu’il paraissait près de rendre le dernier soupir. Nous lui ouvrîmes la veine du front et lui tirâmes une assez forte quantité de sang. Nous étions encouragé à en agir ainsi par cette sentence d’Hippocrate : Ceux qui ont un mal de tête et de cou, une certaine impuissance avec tremblement de tout le corps, une hémorrhagie les délivre. Quelquefois même ils sont délivrés par la seule influence du temps j dans ce cas , la vessie ne laisse pas échapper les urines (dans les Coaques , Trad. de Daremberg) . Pourquoi l’homme de l’art n’imiterait-il pas la nature, et ne tirerait-il pas du sang ?
Dans l’administration des purgatifs, il faut avoir grand soin
de tenir compte plusdes convenances du corps que de celles du médicament, et de faire une étude attentive de la nature particulière de l’un et de l’autre. Ce point est une source d’erreurs. Nous avons vu beaucoup de malades chez lesquels les purgatifs, promptement évacués, entraînaient bien avec eux quelques matières ,, mais non pas celles qu’il était urgent d’expulser. Cela arrive chez ceux dont l’intestin est d’une délicatesse et d’une sensibilité exquises. Vous les reconnaîtrez à ces signes : ils sont d’ordinaire pâles , supportent mal la diète , ou s’ils l’observent, ce n’est pas sans une grande perte de forces ; l’usage des salades, de l’eau froide et des substances trop humides et trop froides , leur est nuisible ; ils ont ce relâchement facile du ventre que nous avons désigné par le mot grec de cnctTiky , évacuation d’excréments liquides, et non par celui de Xeisv-epta , lienterie (1). Ils sont tourmentés par des coliques cœliaques ; leur soif est peu développée et une abondante salive remplit leur bouche; ils se trouvent à merveille du chaud à l’intérieur comme à l’extérieur. Ni la casse qui bouleverse leur ventre en le lubrifiant trop et par sa trop grande verdeur , ni la confection de catholicon , ni les préparations de scammonée ne leur conviennent. Car les préparations de scammonée , trop promptes à agir , à irriter et à solliciter le
( I > Selon Galien , dans son commentaire sur le §. 22 du livre 2 du Régime dans les maladies aiguës , nta-riM veut dire évacuation alvine liquide , comme cela arrive à ceux qui ont dîné ou soupé d’une façon peu convenable , lorsque la chaleur de l’estomac subit un dérangement par suite d’une faute qu’ils ont commise, soit dans l’heure et dans l’ordre de leurs repas , soit dans la qualité de leurs aliments. La chylification en est viciée, et les aliments sont rendus sans avoir subi une coction convenable. L’interprète d’Hippocrate traduit à tort tmciTÎxy) par lienterie : car la lienterie est une chose, et l’évacuation d’excréments liquides une autre chose , bien que ces deux états ne soient pas sans avoir entre eux quelque analogie. (Baillou , Definitionum medicarum liber , au mot <nt*T\ x»j}.
ET ÉPIIÉMÉRIDES.
pvlore et le fond des intestins, ne sont pas administrées depuis une heure , qu’elles évacuent le ventre d’une manière tumultueuse et produisent une perturbation et non une purgation. Un certain choix doit présidera toute purgation. Si donc l’estomac, trop délicat , trop mou et trop humide , ne possède pas à un degré suffisant la faculté rétentrice , et si quelque partie de cet organe est douée d’une sensibilité trop exquise , il n’est pas étonnant que le purgatif y passe sans s’y arrêter. En outre, ceux dont l’estomac souffre d’une disposition catarrhale habituelle, et dont l’intestin regorge d’humidités, supportent tout aussi mal les mêmes médicaments. Chez eux, la casse détermine des flatuosités, de grandes douleurs et des défaillances. Aux uns comme aux autres, l’usage des pilules est peu sûr; elles sont promptement rejetées au dehors sans produire d’effet. Si vous voulez donç obtenir chez eux quelque résultat notable, appliquez-vous à rendre préalablement leur corps plus sec , ou à donner des médicaments qui jouissent à la fois d’une action purgative et d’une action tonique sur les fibres de l’estomac. Sinon , vous perdrez votre peine (F).
Il est des médecins qui ne prescrivent jamais les préparations de scammonée sans y mêler quelque substance astringente. Rien n’est plus contradictoire ; car la force de l’une trouble l’action de l’autre. On a même vu ce mélange provoquer très-souvent la dyssenterie. C’est en arrêtant la scammonée dans les orifices des vaisseaux et entre les fibres , que les astringents donnent lieu à des dyssenteries. Si la scammonée séjourne trop loqgtemps dans l’intestin , elle y cause immanquablement des érosions. Mais, disent-ils, les astringents ne s’opposent-ils pas à ce que la scammonée exerce son action avec trop de rapidité ? non , ils en arrêtent plutôt les parcelles matérielles qu’ils n’en atténuent les propriétés. Pour en tempérer les qualités et l’énergie , il faudrait recourir aux agents qui répriment cette énergie. Te!
est l’office des dattes dans la confection du diaphœnix (1) , office que ne sauraient remplir les substances douées de propriétés astringentes, surtout à un haut degré.
Ne commet-on pas de graves erreurs dans la méthode vulgaire de traiter les hydropiques ? Bien qu’en général le foie soit, chez ces malades, altéré, privé de sucs et comme desséché par une sorte de marasme., cependant, souvent et à tout propos, on leur administre la scammonée, l’antimoine, le suc d’hièble , de sureau , de garou , de camelée , de tithymale. N’accroît-on pas ainsi les désordres du foie? n’ajoute-t-on pas un mal à un mal , de façon à le perpétuer indéfiniment ? Nous avons vu prodiguer ces médicaments sans le moindre profit. Nous les avons vus même occasionner la mort , en soustrayant une sérosité utile , et en augmentant la soif, la chaleur., la fièvre, la maigreur du corps ^ sans rien enlever de la matière morbifique. N’est-il pas de meilleure méthode et n’est-il pas préférable de recourir à la ponction plutôt qu’à des médicaments qui , loin d’être utiles, ne font qu’ajouter au principe du mal ?
Dans la constipation opiniâtre , il faut se garder de prescrire des lavements trop irritants. Poussés et circulant dans les intestins, ils en irritent la surface , ils en sollicitent la contractilité , et comme, d’autre part, la présence des excréments les obstrue et les empêche de se vider, souvent ils y déterminent un mouvement opposé à leur mouvement péristaltique, et donnent fréquemment heu à l’iléus.
Lorsque des douleurs de tête se déclarent, on ne saurait guère les attribuer à la présence d’une humeur mélancolique et froide. La sécheresse inhérente à l’humeur mélancolique est peu propre à exciter les douleurs; Le froid et l’humidité , qualités comme spécialement propres à la pituite , ont également peu d’influence sur la production des dou-
(I) Électuaire dont les dattes sont la base.
leurs. Carie froid, selon l’opinion de Galien (Comment. sur le §. 58 de la 2e sect. du liv. 6 des Épidémies ) , engendre plutôt l’affaissement et la stupeur. Lors donc que dans les fluxions éclatent des douleurs si aiguës , c’est que les humeurs qui les constituent consistent en une pituite salée ou acide (car il n’est pas question ici des fluxions bilieuses), ou en des flatuosités. Il est même probable que toute douleur dépend d’une matière flatulente et icboreuse , comme le pensaient les médecins Pneumatiques , dont Hippocrate parait avoir suivi la doctrine dans son livre de Flatibus. On pourrait les désigner par le terme de ventosités ou par celui de flatuosités vagues , légères, avortées , car les termes de àvép.ioç et de xaT<xTCovép.ioç dont se sert Hippocrate se prennent quelquefois dans le même sens. Or dans ce cas , la saignée enlève la douleur. Si donc les flatuosités sont dues à une sorte de résolution de l'humeur pituitaire , est-il prudent de prescrire les pilules purgatives , dont la chaleur pénétrante et âcre résout facilement la pituite en flatuosités,, et augmente ainsi la cause du mal ?
Dans les accidents hystériques et apoplectiques , où les mouvements respiratoires sont entièrement suspendus , ou tellement faibles qu’ils échappent à notre vue, peut-on sans danger appliquer des ventouses sur les muscles de l’abdomen ? nullement ; car la tension de ces muscles accroît la difficulté de la respiration, et par là le mal est augmenté.
Dans les affections léthargiques , dans le coma et l’apoplexie, la thériaque est d’un emploi vulgaire. Cela est-il sans danger? non, et pour deux motifs: le premier, c’est que l’opium a une vertu déprimante que le temps émousse à peine, et qui, même émoussée , agit , pour peu qu’il en reste, d’une manière très-marquée dans ces sortes d’affections ; le second , c’est qu’il entre dans la thériaque beaucoup de substances douées de propriétés astringentes. Par ces deux motifs , elle ne saurait y être administrée impunément.
Hippocrate a écrit dans ses Aphorismes (livr. 7 aplior. 37) : Vomir le sang, si on est sans fièvre , cest salutaire ; mais si on a cle la fièvre, c’est dangereux : on doit recourir aux rafraîchissants et aux styptiques (trad. de Daremberg). Il déduit ce conseil de l’indication que présente l’hémorrhagie considérée en elle-même. Mais est-ce impunément que l’on prescrit les astringents ? non , à moins que l’on n’en use avec les plus grands ménagements. Et si l’on n’a pas, par l’usage des boissons miellées et très-faiblement acidulées, débarrassé les poumons de ce sang qui pourrait y séjourner, il est à craindre qu’ils ne s’altèrent, et que la phthisie ne s’y développe. Bien plus , il n’est pas prudent de trop modérer les secousses de la toux : elles aident à ce que cet organe se dégage par une expuition critique. Que d’erreurs commises sur ce point !
La noble Dame de Chany souffrait de douleurs de tête implacables. On leur soupçonnait pour cause une humeur froide , rebelle , déjà dégénérée et de nature fïatulente. On la saigne au bras , on la purge, on lui applique des vessies remplies de lait. Nul amendement. Enfin , on lui pose de petits sacs pleins de semences de lin bouillies dans le vin et l’eau. Les douleurs cessent. Elles reparaissent peu après , et sont combattues par le même remède. Comme il restait cette fois sans effet avantageux , on éventre des coqs et on lui en fait plusieurs applications sur la tête. Elle guérit comme par miracle.
Dans les douleurs violentes des épaules et du rachis, dépendant d’une matière séreuse dépravée, on se trouve bien, après avoir purgé , de recourir aux frictions d’un mélange de graisse de poule et d’axonge avec le suc de la sauge infusée dans du vin blanc.
On peut se demander s’il est bon que la femme , a la veille de ses couches , use , pendant les huit ou neuf jours qui les précèdent , du vin appelé hypocras , afin de
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rendre par son action le cours des vaisseaux plus libre , et par là l'accouchement plus facile, et, après l’accouchement, les purgations dites cataméniales plus régulières? Nul doute que cette pratique ne puisse être conseillée. Cependant, il faut y mettre de la retenue ; car , si l’on faisait un usage trop large de l’hypocras, il pourrait enflammer le sang , et devenir, après l’accouchement , une occasion de fièvres. Peut-être même l’usage de cette boisson offre-t-il plus d’inconvénients que d’avantages. Je l’ai vue produire chez la femme du président de Paris Dolu , des convulsions épileptiques pendant l’accouchement. Elle en avait précédemment copieusement usé ; d ’où une accélération s’était produite dans le cours du sang et des humeurs.
Les aphtes , c’est-à-dire , de petits ulcères d’une chaleur brûlante et sous forme d’herpès miliaire, tourmentent les enfants, principalement pendant l’allaitement. Galien , dans son commentaire sur les Aphorismes (Comment, sur l’aph. 24. duliv. 5), les attribue à la mollesse des parties internes de la bouche , qui serait telle , qu’elles ne pourraient supporter le contact du lait sans s’altérer, pour peu que la sérosité y prédomine. Mais Aétius (Cap. 4. Tretrab. 1. Serm. 4) fait observer, et il faut bien noter cette remarque , que ces aphtes se produisent le plus souvent , lorsque le mamelon de la nourrice est plus court qu’il ne convient ; l’enfant ne peut le saisir avec ses lèvres , et se fatigue les mâchoires. En outre , le lait lancé , et non convenablement sucé , à cause de la brièveté du mamelon , frappe la pellicule qui lubréfie et tapisse la bouche et le pharynx , et y engendre des ulcérations aphteuses. Gardons-nous donc de blesser la bouche des enfants par d’imprudentes médications , lorsque toute la cure consiste dans le changement de nourrice.
Aux douleurs qui tourmentent les malades atteints de pleurésie , nous opposons la saignée. Redoublent-elles ?
nous saignons plus largement. Cela est-il bien ? nullement. Quand la suppuration s’établit, les douleurs se déclarent ; faut-il pour cela répéter si souvent la saignée ? Nous entravons la nature; il n’est donc pas surprenant que tant de malades en meurent.
Une humeur crue et séreuse, descendue des parties postérieures de la tête , cause d’indicibles douleurs dans les omoplates et dans le rachis. Les femmes surtout y sont sujettes. Chez madame Du Plessis, elles persistèrent durant vingt mois , ne cédant à aucun remède. En ouvrant le cadavre de Jean Bellicant, qui avait souvent souffert de pareilles douleurs, on trouva tous les nerfs et les ligaments des muscles des épaules remplis d’une sérosité épaisse. On a observé la même chose chez des malades en proie à de semblables douleurs que toutes les ressources de l’art avaient à peine soulagés. Quelle lumière tirer de ces faits ? quelle méthode de traitement ?
Une personne qui portait sur la main une verrue assez élevée et profonde, m’a raconté qu’elle l’avait mouillée et fortement frictionnée pendant quelques jours avec le suc extrait d’une tige de pourpier, déjà un peu grande et cotonneuse, et que la verrue avait disparu comme par enchantement.
Hippocrate enseigne dans ses ouvrages que les enfants nés le sixième mois lunaire, sont viables, d’après le calcul des jours. D’où vient donc que l’on exige sept mois pour la viabilité ? Cette question mérite qu’on l’examine. Souvent des testaments concernent un enfant à naître. Il naît le sixième mois, l’héritage lui peut-il être légitimement attribué? doit-il passer à d’autres? On peut dire que la fin du sixième mois solaire tombe dans le quatrième jour du mois lunaire et civil , qui porte déjà le nom de septième , et même dans le septième jour de clarté et de révolution diurnes, de telle sorte que si un fœtus naissait en ce
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moment , il ne serait déjà pins du sixième mois , et il pourrait être dit du septième mois et lunaire et civil* Or, le plus grand mois lunaire s’appelle mois civil et a vingt-neuf jours et treize heures ; et sept mois solaires civils renferment sept mois lunaires , moins trois jours seulement. On voit que la différence est peu de chose. Hippocrate dit au 2e livre des Épidémies : Les fœtus qui remuent au soixantedixième jour , sont parfaits au trois fois soixante-dixihne . Or, trois fois soixante-dix jours font deux cent dix jours , et deux cent dix jours font sept mois complets. Ceux qui remuent au quatre-vingt-dixième jour sont parfaits au bout de trois fois quatre-vingt-dix jours , c’est-à-dire,, de neuf mois ; car trois fois quatre-vingt-dix jours font deux cent soixante-dix jours,, et remuer le soixante-dixième jour, c’est remuer au deuxième mois et demi ; et remuer le quatre-vingt-dixième jour , c’est remuer au troisième mois. Une question plus importante est celle-ci : la lune influence-t-elle les maladies aiguës , le soleil les maladies chroniques, et de même qu’une maladie aiguë.se développe et se juge la première semaine du mois , laquelle se compose de sept jours , une maladie chronique se juge-t-elle le troisième mois? Et de même que si une maladie aiguë ne se juge pas la première semaine , sa crise est reportée à la fin de la seconde, c’est-à-dire au quatorzième jour , de même une maladie chronique qui ne se juge pas au troisième mois , ne voit-elle sa terminaison qu’à la fin du sixième , ou même du neuvième mois. La terminaison des maladies chroniques tient au cours du soleil ; celle des maladies aiguës, au contraire, aux révolutions de la lune. Ce qui se dit des mois s’applique aussi aux années. Il est des maladies qui se jugent à la septième année , enseigne Hippocrate. Si la lune est froide et humide , comment peut-elle régir les maladies aiguës? ce serait plutôt l’office du soleil (G).
Si le mâle était une femelle parfaite et la femelle un mâle imparfait, selon l’opinion émise par Galien dans son Traité de la semence et dans celui de V Usage des parties , quelles seraient donc les parties qui resteraient arrêtées et ne se développeraient que sous l’influence du temps et de la chaleur? et pourquoi ne faut-il à l’homme que 50 ou 55 jours pour arriver à un état parfait, tandis qu’il en faut 42 cà la femme, si l’on admet comme incontestable l’opinion de Galien ?
Les personnes sujettes à des migraines invétérées , surtout lorsque le mal est moins essentiel que sympathique , voient reparaître leurs anciennes douleurs sous l’influence d’un changement d’air, de manière de vivre ou du concours intempestif des choses extérieures. Est-il hon d’administrer d’énergiques purgatifs le jour même où ces douleurs se reproduisent? Il est des médecins qui prétendent qu’il est bon, au moment de l’orgasme des humeurs, de tenter quelque chose contre ces sortes de douleurs si opiniâtres , si invétérées , et qui assurent s’être délivrés , en agissant ainsi , d’hémicranies invétérées.
Grande est l’influence des astres sur les êtres terrestres : elle éclate surtout chez ceux à qui la maladie a occasionné une grande déperdition de forces. C’est pourquoi Hippocrate (Traité de l'Air , des Lieux et des Eaux) veut que l’on observe avec beaucoup de soin les grandes vicissitudes du temps. Il recommande même de ne pas troubler le corps par d’actifs médicaments au moment où elles s’opèrent. Je tiens de médecins dignes de foi , et les premiers de cette ville, le fait suivant, qui leur arriva alors qu’au moment d’une éclipse de soleil , ils donnaient leurs soins à l’illustre dame de Varades. Un peu avant l’éclipse, loin de s’attendre à ce qui allait arriver,, ils étaient occupés, au sommet de la maison, à observer dans un seau rempli d’eau l’obturation du disque solaire , quand , au moment qù l’éclipse se
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produisait, ils furent rappelés en tonte hâte auprès de la malade évanouie et près de rendre l’âme. Ils ne purent attribuer un changement si subit dans son état qu’à l’éclipse elle-même. A mesure que le soleil se dégagea de l’ombre et reprit graduellement sa clarté , la malade reprit les sens et les forces qu’elle avait perdus. N’a-t-on pas pareillement observé que l’on retirait de moins bons effets de la saignée, lorsque la lune ne se montre plus sur notre horizon ? Ce sont là des choses que le médecin ne doit pas ignorer , afin qu’il sache , au besoin, quitter les sentiers battus d’une médecine vulgaire , pour la voie que lui ouvrent le raisonnement et l’observation exacte de faits nouveaux.
ANNOTATIONS
(A) Galien , dans son commentaire sur le §. 2 de la section 1 du livre 1 des Épidémies, parle de parotides qui, en raison de l’absence de la fièvre , n’offraient aucun danger. Elles affectaient la forme d’une tumeur œdémateuse , qui , par suite de sa nature flatulente , se résout facilement. Celles , au contraire , qu’engendrent une surabondance de sues épais et crus, l’extrême acrimonie, et l’excès de la chaleur fébrile des humeurs que la nature pousse à la tête et dépose dans les glandes voisines des oreilles , celles-là ne sauraient., par ces raisons mêmes, exister sans danger.
(B) A ces cas se rapporte peut-être cet aphorisme des Coaques : Les fièvres tritéophies erratiques , quand elles se fixent aux jours pairs, sont rebelles ( Coaques n° 37. Trad. de Daremberg). Mais dans son commentaire sur le §. 25 de la sect. 2 du livre I des Épidémies, Galien dit: J’ai établi cette différence entre les fièvres tritéophies et les hémitritées , que les premières proviennent d’une humeur bilieuse, mois épaisse, les secondes d’une humeur bilieuse , ténue et
pituiteuse. Ces dernières sont redoutables entre toutes et presque toujours funestes.
(C) Dans les maladies malignes , une excrétion , quelle qu’elle soit , n’est pas toujours à redouter. Ainsi dans la peste , l’apparition subite du bubon est souvent d’un favorable augure. Ce qui fait dire à Galien dans son traité De l’Atrabile, que des déjections noires ont été avantageuses , en mettant obstacle à la formation de charbons.
(D) C’est ici le lieu de traiter une question delà plus haute importance pour les malades , et digne plus qu’aucune autre d’occuper un médecin véritablement ministre de la nature. Est-il à propos de tirer du sang avant l’éruption de la variole , et après , lorsque le malade , le corps tout hérissé de pustules , semblable à un éléphantiasique , est en proie à la fièvre et fermente , offrant une peau gonflée, labourée par cette gale, fermée à la transpiration, et enfin des chairs corrompues , que l’on dirait se transformer et se fondre en ce virus putride ? Or, la chaleur maligne et pestilentielle a la propriété de brûler , de corrompre et de dissoudre le corps. Elle brûle , en portant dans les chairs et dans les membranes la sensation d’un charbon ardent , elle absorbe et anéantit la chaleur naturelle , elle corrompt, elle infecte les humeurs et leur imprime je ne sais quelle puissance en vertu de laquelle desecthyma, des charbons et des pustules se produisent, et toute humeur douce se déprave, devient maligne et entre en dissolution. C’est ce que nous a trop appris l’expérience dans le temps où la fièvre pourprée ré gna épidémiquement. Ceux qui en réchappèrent tombèrent presque tous dans le marasme , offrant une dissolution générale, et des selles colliquatives, comme les malades privés de sentiment. Enfin toute humeur atteinte par cette chaleur maligne et pestilentielle , fut évacuée en entier , et la fièvre ne s’arrêta que lorsqu’il ne resta plus de leur corps épuisé, desséché et livide, qu’un simulacre, que le
squelette seul. Hippocrate, au 3° liv. des Epidémies, signale deux choses clans la peste cruelle et épidémique qui succéda à une consi i tu tion atmosphérique chaude et humide , privée de vents, sombre, c’est-à-dire nébuleuse : la première, c’est que l’affection putride fut différente , c’est-à-dire., qu’au lieu d’être ordinaire et accoutumée , elle fut exceptionnelle et donna lieu à des symptômes exceptionnels ; la seconde , c’est qu’un grand nombre de malades moururent dans le marasme. Galien attribue ce marasme à une humeur descendue de la tête, et moi à la colliquation du corps, due, partie à la fièvre pestilentielle , partie à une collection d’humeurs dépravées dans le poumon ^ comme aussi dans d’au très organes ; d’où dans les fièvres pestilentielles en raison de la fluidité des humeurs , de leur mauvaise qualité et de la lésion des facultés , et en raison aussi de l’altération de la chaleur naturelle, résulte une torpeur , une lenteur, une pesanteur , une faiblesse paralytique du corps entier , comme dans le charbon pour la partie sur laquelle il se déclare. Cette partie occupée par le charbon est le siège , en outre , de la sensation que produirait un charbon allumé , d’une pesanteur de plomb , ce qui est à remarquer ; et de même dans la fièvre pestilentielle, dans la rougeole , et dans les autres maladies de ce genre qui se touchent par une certaine affinité , la douleur est ostéocope , et il s’y joint un sentiment de pesanteur tel , que le corps ne peut se fléchir en aucun sens. Le commun des médecins attribue cette pesanteur à l’abondance des humeurs, tandis que c’est plutôt à leur dépravation qu’il faudrait la rapporter. Cela établi , voyons quels seraient les moyens d’empêcher que cette chaleur pestilentielle ne s’accroisse, ne corrompe, ne brûle, ne produise la dissolution et le marasme, et engendrant tant et desigravessymptômes, ne conduise finalement le malade à la mort. On y réussirait, si l’on pouvait soustraire la matière qui sert d’aliment à la fièvre, et juguler du coup la fièvre elle-
même. C’est ce résultat que peut produire la saignée pratiquée au début. Il faut, à tout prix, éteindre l’incendie, car peu de temps lui suffit pour se propager et s’accroître. Si donc on tire du sang aux enfants dès qu’on les soupçonne atteints de rougeole ou de variole , on coupe chemin à la fièvre dont la chaleur est si délétère , si desséchante. En dégorgeant les chairs , la saignée met obstacle à ce que le corps se tuméfie autant , et à ce qu’il soit maculé et souillé par cette rebutante éruption. Bien plus , même après l’éruption on peut tirer du sang : c’est ce que nous avons osé faire et répéter avec un plein succès. Nous avons soustrait par une seule, saignée plus de sang que la nature n’eût pu en pousser elle-même au-dehors. Cependant, avec le temps, la fièvre augmente et le corps se fond en quelque sorte en une sérosité putride. Il arrive que dans la rougeole, dans la variole et même dans la peste , il se produit des hémorrhagies spontanées ; des excrétions ont lieu par la bouche , par les urines , à cause de l’acrimonie et de la malignité que communique au sang le ferment morbide qui de proche en proche en envahit et en corrompt la masse entière. Nous diminuerons donc la maladie , si nous savons soustraire la matière qui lui sert d’aliment ; nous ferons ce que fait la maladie elle-même , et ce que la nature fait aussi , mais seulement lorsqu’elle y est contrainte. Car il s’établit un flux énorme d’urine, et des évacuations alvines qui vont croissant jusqu’à ce que le corps soit épuisé et réduit, comme nous l’avons dit, à un vain simulacre. La nature ne cesse de préparer et d’effectuer ces excrétions, quoiqu’elles ne soient souvent que symptomatiques (mais leur utilité exige qu’elles s’accomplissent), tant que quelque humeur subsiste. Il ne reste que les parties solides , dans lesquelles se réfugie la force de la nature, comme sur les débris d’un naufrage, comme sur une dernière planche de salut. Ainsi donc , en tenant toujours compte de l’état des forces, nous pouvons en toute
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sûreté tirer du sang dans la rougeole dans la variole et même dans la peste. Voilà ce que nous a appris une longue expérience acquise pendant les épidémies où apparaissaient ces exanthèmes. De fréquentes saignées , des purgations , des évacuations alvines fétides , provoquées par l’art ou produites par la nature , ou occasionnées même par la violence de la maladie , ont sauvé de la mort un grand nombre de malades. Je me borne à ce peu de mots sur un sujet qui demanderait un long commentaire.
(E) C’est là un point qui exige une grande attention car dans le traitement des coliques soit vraies, soit fausses, les médecins commettent une grande erreur , s’ils ne s’occupent que du symptôme, c’est-à-dire du vomissement. Ils ont recours alors aux styptiques appliqués extérieurement. Si cependant la matière ou l’obstruction qui provoque le vomissement, persiste , elle s’accroît par l’emploi de cette médication , et le principe du mal en devient plus difficile à guérir. C’est probablement ce qui arriva chez cette malade. Agir ainsi est une faute grave.
(F) La cause des promptes évacuations qui suivirent le purgatif ne doit pas être cherchée parmi les causes énumérées dans ce passage ; elle tient à ce que ces personnes ont le ventre facile à se déranger , en raison de la bile qui d’ordinaire remplit leurs premières voies, et des crudités qui forment la base de leur nourriture mal réglée. Cela a lieu surtout chez les personnes bilieuses sujettes à des vomituritions. Car la bile en mouvement relâche le ventre:
(G) Hippocrate dit en, effet , au livre de V Accouchement au huitième mois , que les enfants de sept mois naissent dans une demi-année , c’est-à-dire au cent quatre-vingtdeuxième jour ; ce qui forme bien sept mois, si l’on compose le mois de vingt-six jours.
CONSTITUTION DE L’AUTOMNE
Dans l’année quinze cent soixante et quatorze , les pluies et le vent du sud qui avaient régné en été, ayant continué en automne , on vit une foule de personnes atteintes de douleurs de dents , de coryza , d’ophthalmie , de toux , d’affections pulmonaires ^ suite d’une décharge du cerveau sur les parties placées au-dessous de lui , et quelques-unes même d’apoplexie. Il y avait du côté du cerveau une réplétion telle que le moindre dérangement suscitait tous ces désordres. On observait des douleurs fugaces dans les omoplates , dans la poitrine , et des douleurs simulant la pleurésie. On se trouva bien de ne pas trop fatiguer le corps par des purgations, mais de favoriser une coction qui adoucît une sérosité nuisible par son abondance comme par sa qualité.
Voici une question qui n’est pas oiseuse. Puisque la sciatique est une sorte de goutte , comment se fait-il qu’une personne en proie à une autre espèce de la goutte, telle que la gonagre ou la chiragre , puisse souffrir d’une autre partie? Selon Galien (Comment, sur l’apbor. 17 du 5e livre), il y aurait goutte lorsque la douleur occupe plusieurs articulations , tandis que dans la sciatique aucune autre partie ne ressent une douleur de même nature. Le contraire a été observé par moi chez quelques malades. Ce n’était sans doute qu’une exception.
On observe que les goutteux sont, en général, voluptueux
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et très-portés aux rapprochements sexuels, bien que la goutte et ses sœurs soient regardées comme la punition ordinaire des débauchés. Les enfants n’ont pas à en souffrir avant l’époque de l’acte vénérien. Je trouve à cette disposition des goutteux deux causes naturelles : l’excitation qui , durant la lutte , en dilatant et en remplissant de semence les vaisseaux et les testicules, fait que plus tard, au milieu de plus fortes douleurs, subsiste encore le souvenir des plus doux plaisirs , et la nécessité où se trouvent les goutteux de rester couchés sur le dos , ce qui échauffe la moelle épinière et produit la turgescence des testicules ; en troisième lieu, les goutteux, voyant que les ivrognes se débarrassent, comme par un remède souverain, par de nouvelles et copieuses libations de la pesanteur de tête que leur a laissée l’ivresse , et que les personnes piquées par un scorpion demandent au scorpion lui-même le remède à sa piqûre ; les goutteux, dis-je, pensent que Vénus, l’auteur de leurs maux , doit pouvoir de même les guérir ; quatrièmement , ces paroles d’Hippocrate (au 6e livre des Épidémies ) : Aux maladies [roules et qui s'accroissent , le coït est favorable ; cinquièmement , les douleurs des pieds et la sciatique appellent les humeurs vers le bas; sixièmement, il y a chez les goutteux prédominance d’une sérosité âcre.
Si , dans la goutte, l’inflammation des articulations met quarante jours à se résoudre (Galien , connu. sur l’aphor. 49 du livr. 6) , la nature des nerfs, des ligaments et des tendons étant telle qu’ils ne reçoivent qu’avec difficulté l’humeur morbifique, et une fois reçue, ne s’en débarrassent qu’avec peine, d’où vient que la pleurésie ,, maladie aiguë , prend naissance lorsqu’il s’opère une inflammation d’une partie nerveuse , membraneuse, froide et spermatique (1) (Aétius , Cap. 8. Serm. 4. Tétrab. 5) ? Car Galien (dans
(1 ) Spermatique : se disait, dans un sens général, de toutes les parties du corps que l’on croyait se former , à la suite de la conception ,
son commentaire sur Taph. 40 du liv. 5), en parlant des glandes mammaires, dit que les parties spermatiques élaborent un sang plus froid et plus cru. Le même Galien enseigne que si toute humeur peut engendrer la pneumonie et n’engendrer que beaucoup plus difficilement la pleurésie, cela tient à ce que la plèvre se laisse pénétrer par l’humeur morbifique plus difficilement que le poumon.
A l’aide des pilules de rhubarbe , de celles dites sine quibus[ 1) et du castoreum , je parvins à guérir des gonorrhées anciennes et presque incurables , les pâles couleurs et les fleurs blanches.
Une demoiselle noble avait prostitué sa virginité et était devenue grosse. Elle était parvenue au second ou au troisième mois de sa grossesse sans éveiller de soupçons. Un jour qu’elle se livrait à toutes sortes de jeux , elle fut jetée sur un lit voisin. Un jeune homme, ne pouvant retenir son élan , tomba sur elle , et l’écrasant de tout le poids de son corps, imprima une telle secousse à l’utérus qu’il causa la mort de l’enfant. Il s’ensuivit une violente hémorrhagie. Les assistants étaient loin de soupçonner la vérité. Un médecin appelé , n’osant pas mettre en doute la vertu de la demoiselle ^ attribua tout à la pression exercée sur elle. Prié de mettre tout en œuvre pour arrêter la perte de sang, il prescrivit les anti-hémorrhagiques, et fit une saignée à cette fille qui venait de prendre mal. Le lendemain, il la purgea avec la rhubarbe. Rien de fâcheux n’en résulta. Dans un cas pressant, pourquoi donc n’oserait-on pas recourir aux remèdes énergiques chez les nouvelles accouchées?
Lorsque vous traiterez des malades qui auront été sujets
des matériaux fournis par la liqueur séminale, et s’accroître , ensuite, au moyen des sucs nourriciers du chyle ; par opposition aux parties sanguines que l’on croyait formées directement par le sang.
(1) Pilulx sine quibus esse nolo: pilules composées d’aloës, de diagrède , d’agaric , de rhubarbe , de séné , etc. (Voir Lemery , Pharmacopée Universelle, page 447).
autrefois à des douleurs néphrétiques et qui ont encore les reins affectés ^ tenez vous en garde contre les signes fournis par les urines ; ils sont souvent trompeurs et induisent en erreur le médecin .
Dans le fort de l’hiver , il règne très-souvent des douleurs de poitrine et de côté. Les douleurs de côté sont même rangées dans le 5e aphorisme parmi les maladies de l’hiver. Souvent occasionnées par l’introduction d’un vent cru et froid dans les poumons et le thorax elles sont un symptôme trompeur. Les médecins se hâtent de leur opposer la saignée ; c’est une imprudence; les onctions et les diaphoniques sont préférables. C’est un point où la pratique commune ne saurait être approuvée.
Il est singulier que les fièvres d’hiver , à s’en rapporter au toucher seul ,, paraissent modérées et bénignes. Mais la soif qui. les accompagne et la sécheresse de la langue en font mieux juger. La chaleur ne se concentre-t-elle pas au dedans, accrue dans sa quantité et ses qualités? L’intérieur du corps est en feu. Il y a moins de jactation que dans les fièvres d’été , mais , il y a dans les viscères , par suite de l’excès de leur chaleur, plus d’inflammation et plus d’impuretés. Quant à l’opinion vulgaire, qui veut que l’on prescrive , en hiver , les purgatifs les plus énergiques , je la crois erronée. Car ces médicaments , par leur chaleur , augmentent cet incendie intérieur, et occasionnent une lienterie funeste aux malades. C’est bien plutôt le cas ou jamais d’attendre que la coction s’opère. À ne considérer que les humeurs , il y a certainement indication d’user des violents purgatifs. Mais la rétrocession de la chaleur à la surface des intestins doit faire craindre que la chaleur du médicament n’ajoute à l’incendie. Nulle part l’application du précepte de n’évacuer que les matières cuites , n’est plus convenable que dans les maladies d’hiver. Calicn , dans la raison qu’il donne de la longueur des maladies d’hiver
(Comm. sur le 2e aplior.) , dit que cette longueur dépend de la ténacité des humeurs , et de ce que rien n’est rejeté au dehors, mais tout demeure renfermé et caché dans l’intérieur du corps. Faudra-t-il donc user, en hiver, des purgatifs les plus chauds ? nullement.
CONSTITUTION DE L’HIVER
L’hiver de l’année quinze cent soixante et quatorze , dont la moitié se prolonge dans l’année quinze cent soixante et quinze, fut remarquable par la constance du vent du sud, par un temps serein et par l’absence des caractères propres à cette saison. Il en résulta une multitude de rougeoles, de petites véroles, d’affections pourprées, exanthématiques, rubéoliques. Il régna épidémiquement des taches rouges,, auxquelles leur ressemblance avec les morsures de puce a fait donner le nom de piqûres ; des ecthyma, que nous rangeons parmi les taches livides auxquelles le vulgaire donne le nom de pourpre; des variées , des rougeoles. Ces taches, nous les avons rencontrées dans les maladies qui étaient accompagnées d’un feu considérable des organes internes. Elles disparaissaient d’ordinaire promptement^ ou, si elles persistaient, ce n’était que pendant un temps très-court. Elles confinent à la rougeole. Seulement , dans celle-ci , l’éruption a une durée plus longue , un cours réglé , des symptômes pathognomoniques. Les unes sont superficielles, les autres
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plus saillantes. Parfois elles précèdent le mouvement fébrile ; d’autres fois elles l’accompagnent, c’est-à-dire, apparaissent le quatrième jour ou le cinquième, le sixième, ou même un autre jour de la fièvre. Dans ce dernier cas , elles sont plus graves, et même très-dangereuses, à moins que la fièvre ne s’apaise (A). Le conseiller Seguier ressentit, en sortant du conseil, une douleur et une chaleur inaccoutumées , et il vit son corps rougir subitement et se couvrir de taches de rougeole. Cette forme de la maladie est moins redoutable. Chez la femme de Bodin et chez celle de Lyssée , la fièvre précéda l’éruption, et par sa violence, détermina l’avortement. L’enfant de sept mois naquit couvert de la même éruption que sa mère. L’éruption parut chez celle-ci le neuvième jour de la maladie, c’est-à-dire le septième depuis l’exacerbation, le neuvième depuis l’invasion. Car la fièvre paraissait se suspendre, lorsque la grande abondance de sang occasionna l’expulsion du faux germe, comme Tondit, par l’effet de la maladie et de la nature, alors que cependant l’éruption avait perdu de sa vivacité. Voici les signes de la rougeole : une chaleur fébrile paraissant, au toucher, tantôt douce, tantôt des plus ardentes; jactation et agitation continuelles du corps ; brisement des membres , anxiété tantôt avec vomissement , tantôt avec nausées , soit par suite d’une affection de l’orifice gastrique , soit par suite delà malignité du mal ; yeux larmoyants ; tendance à l’assoupissement, et cependant impossibilité de dormir ; car , à peine commence-ton à s’endormir , que Ton est réveillé par la toux. On regarde donc comme des symptômes caractéristiques la toux , l’ardeur, et j’osdrais dire, l’embrasement des yeux , une toux rauque et la jactation. Les autres symptômes sont secondaires et communs. Le mal envahit de préférence les parties supérieures, et affecte surtout les poumons et la trachée artère; d’où résulte chez un grand nombre l’inflammation de la luette , de la difficulté dans la déglutition ,
l’angine qu’Hippocrate appelle sèche, par phlogose érysipélateuse, la suffocation. Très-souvent des parotides accompagnent , précèdent la maladie ou lui succèdent. Ces tumeurs sont moins à redouter, si elles ne sont pas dues à une métastase venue des parties inférieures , mais seulement à une décharge du cerveau lui-même. Ainsi, chez une des jeunes femmes dont j’ai parlé plus haut , la fièvre était extrême , l’écoulement dés larmes continuel ; il existait des douleurs dans les yeux , profondes; et de plus^ coryza et douleur dans les oreilles ; mais ces symptômes dérivaient de la tête ; il s’y joignait, en outre ^ une sécheresse extrême de langue, une soif inextinguible et de l’inappétence. Chez l’épouse de Lyssée , cjui portait un faux germe , les taches rubéoliques , outre la poitrine et le ventre , leur siège habituel , couvraient les aines , et épargnaient presque complètement la figure. 11 était à craindre que l’inflammation ne se propageât à la matrice , ce qui eût pu arriver d’autant plus facilement qu’il existait dans cet organe une forte congestion sanguine et je m’étonne que cela ne soit pas arrivé. Les selles étaient blanchâtres et indiquaient une suppression de la sécrétion biliaire. Toutes les fois qu’une femme enceinte est atteinte de la rougeole, l’avortement est à craindre. C’est ce que l’expérience a appris.
Les maîtres de notre art ont observé qu’à la suite de l’expulsion d’un faux germe , la quantité de sang que perd la femme est cinq fois plus forte que dans l’accouchement naturel, ou que dans l’expulsion d’un foetus véritable, mais non à terme. D’où vient cela ?
On a vu des femmes rendre une mole , et quatre mois plus tard, mettre au monde un vrai fœtus ; et d’autres, après un accouchement naturel , rendre ensuite beaucoup plus tard une mole. 11 en arriva ainsi à Mademoiselle de Bryac, qui , vingt jours à peine après ses couches , rendit un faux germe. On trouve quelque chose d’approchant dans Hippo-
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crate , au 5° livre des Épidémies. Après l’expulsion d’un faux germe , n’ayez de repos que vous ne soyez sûr qu’il n’en reste pas d’autre , car il y en a eu parfois jusqu’à trois de rendus. Cependant, par crainte de cela, les accoucheuses ne doivent pas recourir aux astringents , mais seulement à de l’eau chaude contenant en décoction du fenouil de Bourgogne , afin de reconnaître s’il ne reste rien qui puisse se corrompre.
Dans la rougeole, quelque ardente que soit la soif, on doit s’abstenir de boissons froides ; car le corps n’étant pas purgé , mais dans un état d’obstruction , le froid augmenterait cette obstruction , et mettrait obstacle à l’évacuation de la matière virulente.
La rougeole tient de la nature de l’érysipèle ; lesmorbilles^, telles que la variole , tiennent de celle de l’herpès miliaire.
D’où vient que les maladies traînent, le plus souvent en longueur chez des personnes dont presque tous les organes internes sont altérés et corrompus, tandis que, dès le début, elles en font périr d’autres chez lesquelles ces mêmes parties sont saines ?I1 en fut ainsi chez M. de Hodeville et chez l’épouse de M. Merlée ;chez l’un et l’autre, les organes internes et leurs parenchymes étaient en putrilage. La même chose était arrivée à l’épouse du notaire Putrin , et l’on ne concevait pas qu’elle fût si valétudinaire avec les apparences de la plus belle santé. Tout l’intérieur de son corps s’était pourri; c’étaitun vrai sépulcre blanchi. Chez ces personnes, la nutrition est devenue spiritueuse (1) , si je puis m’exprimer ainsi, et s’opère par une sorte de transsudation et de souffle, et elle continue tant que les esprits sont ranimés. Néanmoins, si le mal était violent, elles mouraient surle-champ ; mais elles languissent plus qu’ elles ne sont malades. 11 faudrait donner à leur état moins le nom de mala-
(I) Nous dirions aujourd’hui gazeuse.
die que celui de langueur, laquelle est due à une altération et à une décomposition des organes qui désertent leurs fonctions. Elles résistent longtemps , la maladie occasionnant moins leur mort que la diminution graduelle de la masse de leur corps et la ruine de leurs organes. Il ne leur reste , pour les soutenir, que la partie grossière de leurs esprits, qu’entretient et renouvelle une bonne alimentation. La facilité avec laquelle elles se trouvent mal en est la preuve ; car pour peu qu’elles se meuvent , elles ont des maux de cœur et des défaillances ; cependant elles ne tombent pas dans une vraie syncope , car s’il en était ainsi , elles expireraient à l’instant.
J’ai vu deux abbesses atteintes de cancer des seins, chez lesquelles le sang était déjà vicié, et donnait lieu, lorsqu’il se portait vers l’utérus, à des hémorrhagies difficiles à arrêter ; mais à ce moment , les seins se désenflaient et le cancer paraissait s’adoucir ; les règles arrêtées } les seins se tuméfiaient de nouveau.
J’ai vu une femme dont un sein était cancéreux. Elle était à son époque critique, les règles cessèrent. Mais à certaines périodes , la tumeur cancéreuse s’ouvrait, et laissait échapper une quantité de sang si grande que la malade en était inondée.
Un malade n’était pas encore entièrement débarrassé du principe de la vérole. Il avait extrêmement maigri. On craignait qu’il ne tombât dans le marasme. On se demandait s’il Aillait le soumettre au traitement ordinaire de la vérole. On ne jugea pas la chose opportune. On s’en tint à des frictions et à des fumigations de mercure modérées. Il guérit. La douceur de cette cure convenait seule à l’essence de ce mal. Assurément , l’emploi des hydragogues eût mis sa vie en péril.
Voici des vers qu’il est bon de retenir : ils expliquent dans quel ordre et dans quel nombre de jours la nature
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exerce son action sur le germe fécondé et déposé dans la matrice :
Pendant six jours , le germe est semblable à du lait ;
Pendant neuf jours , le sang l’imprègne et le colore ;
Pendant douze , la chair s'v montre seule encore ;
A dix-huit jours de là , chaque membre apparaît.
C’est-à-dire ,, le sixième jour depuis l’imprégnation , le germe contenu dans l’utérus n’a que l’apparence du lait ; au quinzième jour , si une fausse couche a lieu, on trouve le germe imprégné de sang , sans cependant qu’on puisse y reconnaître les caractères de la chair ; au vingt-cinquième jour , par l’effet de l’afflux , de la pénétration et de la coagulation du sang ,, la transformation en chair est évidente ; au quarantième, les linéaments de toutes les parties se dessinent ; la forme et les rapports des membres apparaissent. A ce dernier moment, le corps est devenu propre à recevoir l’âme que le ciel lui destine (B).
Un gentilhomme fut taillé , et trois pierres furent extraites de sa vessie. Voici les phénomènes remarquables qui s’étaient présentés chez lui : depuis l’âge de trente ou de quarante ans , il avait eu le ventre si paresseux qu’il n’avait pu aller à la garde-robe qu’à l’aide de lavements ou de tout autre moyen. On avait attribué cette constipation à une foule de causes. L’ouverture de son cadavre révéla une cause tout autre que celles que l’on avait supposées. On trouva l’intestin jéjunum étroit et cartilagineux à un tel point, que c’était à peine s’il pouvait donner passage au chyle, qui y restait longtemps arrêté, tant par suite de celte étroitesse que par suite de l’obstacle apporté au mouvement péristaltique. C’était un cas à signaler.
On demande si le corps , lorsqu’il est exempt d’impuretés , et que tous les canaux sont libres , reçoit et absorbe plus facilement les principes contagieux contenus dans l’air.