KM ÉPIDÉMIES
Car l’air entre plus facilement dans le corps ainsi disposé que dans un corps plein d’obstructions. Mais comment l’air pénètre-t-il dans le corps par les artères ? Les artères absorbent-elles l’air et les principes vénéneux en se contractant ou en se dilatant ? ni d’une manière ni de l’autre; car, en se contractant, elles le chasseraient plutôt. Ce n’est pas non plus quand elles se dilatent , car alors on voit le cœur se contracter. Donc , les artères en se dilatant n’absorbent pas l’air.
Comment s’opère la paralysie ? par obstruction , répondon. Mais les corps creux peuvent seuls s’obstruer , et les nerfs ne le sont pas. Les affections froides ne naissent donc pas de leur obstruction. La paralysie s’opérerait-elle par obturation ? Les bouches des vaisseaux seules peuvent se fermer. Mais l’occlusion des vaisseaux ne saurait y empêcher l’afflux des liquides , et surtout des esprits. Quel est donc le mode de sa production ?
Fernel avait coutume , après l’administration des purgatifs , notamment de la rhubarbe et de ceux qui produisent une constipation consécutive , de donner en assez grande quantité de sirop de violette étendu d’eau. C’est une méthode excellente.
Un marchand d’Orléans , à peine débarrassé d’un catarrhe violent , fut pris d’une très-forte douleur aux clavicules. Il s’y forma un abcès. Il paraissait en voie de guérison , lorsqu’il se forma un empyèine. Le pus se fraya de nombreux trajets à travers la poitrine et le ventre, et se lit jour par six à sept issues. Néanmoins le malade guérit miraculeusement.
L’usage de l’aloès est-il sans danger chez ceux qui ont le foie chaud ? L’aloès ne parvient au foie et ne le traverse que lorsqu’il est donné en grande quantité, dit Galien (Au chap. 2 du Traité de la composition des médicaments selon les lievœ). Il ne saurait donc avoir de grands inconvénients. Mais
ET Él'llÉMÉUlDES.
Galien ajoute , dans le même endroit : Lorsque le foie est chaud et sec , à moins qu’il n existe déjà beaucoup d’obstructions sur lesquelles l’aloés porte son action , remploi de cette substance produira des effets désastreux.
Les anciens avaient déjà tait cette importante remarque : lorsque des frissons se produisent sans cause et sans résultat, ils annoncent un transport vers le cerveau. J’en ai vérifié la justesse sur M. de Grosbois. Des frissons périodiques dont il était atteint , ayant été supprimés par l’art ou fortuitement , il fut jeté dans un état comateux du cerveau. Pareille chose arriva chez un soldat royal de Montpellier, qui était saisi d’une douleur avec chaleur extrême au début des paroxysmes, lorsque les frissons, qui d’ordinaire précédaient l’accès , manquaient. Rien de semblable n’avait lieu lorsque l’accès débutait par des frissons. Ce que je viens de dire des frissons s’applique également aux sueurs. Car si , lorsque le corps n’est pas encore débarrassé du mal , l’art ou un accident supprime la sueur qu’une action salutaire poussait au dehors,, et la rend par là vaine et sans effet il peut en résulter un transport vers la tête. L’expérience l’a souvent prouvé.
La plupart des médecins administrent la rhubarbe, ou des médicaments de la même nature, au début des maladies, alors que l’obstruction est portée au plus haut point. Cela est-il avantageux? nullement. Le mal en est augmenté. Cependant quelques médecins de ce pays ont trouvé le moyen de se servir de la rhubarbe sans inconvénient et sans qu’elle accroisse l’obstruction. Hs font macérer des fragments de rhubarbe dans une livre d’eau avec addition de canelle et de raisins secs. Cette liqueur passe facilement à travers les canaux, issues et replis du mésentère , sans les obstruer, en raison des faibles doses du remède qu’elle contient. Elle produit surtout de bons effets , lorsque le mésentère est obstrué et plein d’humidités. Cette méthode convient sur-
tout pour purger les enfants. On laisse macérer dans une
grande quantité d’eau , soit le séné , soit la rhubarbe ; on
préparé ensuite avec cette eau de la tisane ou tout autre
genre de boisson. On s’en sert avec un étonnant succès.
Jean Formagée avait la fièvre quarte. Fatigué de sa durée, il prit , pour la couper , par le conseil d’empiriques , du vinaigre distillé à l’alambic, dans lequel on avait fait infuser de la mie de pain seulement. L’ingestion de cette liqueur provoqua le vomissement. La fièvre cessa ; mais le malade paya, par une foule de maux, cette guérison apparente. Son corps se couvrit de pustules , bientôt suivies de douleurs à la hanche , de douleurs dans les autres articulations, d’une véritable goutte enfin. 11 connut , par cette série de souffrances , combien il est dangereux de rompre la marche d’une maladie longue et opiniâtre (C).
Pourquoi la goutte et la fièvre quarte passent-elles pour être la honte des médecins ? Pourquoi les gens atrabilaires sont-ils de gros appétit? Galien l’attribue, quelque part , à ce que la rate verse dans l’estomac , par l’intermédiaire du canal veineux, l’atrabile , dont l’acidité est très-propre à aiguiser l’appétit. On pourrait aussi en trouver la raison dans un état chancreux de la rate , comme cela se rencontre chez ceux qui ont cet organe dégénéré et corrompu. Leur appétit , leur voracité tient donc à deux causes : à ce que la rate , malade et affaiblie , ne débarrasse pas le corps des sucs atrabilaires , et à ce que l’aliment est dévoré comme par un chancre. Mais si cette explication est juste , comment se fait-il que ceux dont un ulcère ronge le poumon , n’ont pas pour le boire et le manger cette appétence que l’on observe chez les atrabilaires qui souffrent d’une affection de la rate analogue ? Grave objection. Charles d’IIcrvillc, de Palaiseau, et Jean Formagée, qui avaient l’un et l’autre la rate gâtée et un grand appétit, étaient un exemple de celte coexistence d’une rate dégénérée et
corrompue avec une extrême voracité. Il en était à peu près de même du président Doursée , qui , outre plusieurs signes d’une maladie de la rate , portait une loupe sur la région de cet organe. Les gens atrabilaires , malades de la rate , se trouvent bien de l’usage des câpres , de la mie de pain trempée de vin et des substances oléagineuses.
Ce Jean Formagée , dont il vient d’être question , eut un funeste sort : il mourut subitement de la rupture d’un anévrisme. Il en sera plus longuement question dans nos Histoires de maladies.
Le chanteur Ruzée fut atteint d’une étrange maladie. Le pouce de l’un de ses pieds devint douloureux , enflammé et bientôt livide. On y fit d’abord peu d’attention , ne soupçonnant pas que cela eût tant de gravité. Bientôt , sans que la peau fût altérée et sans qu’il apparût aucun changement à l’extérieur , le mal s’étendit , et fit de tels progrès au-dessous qu’il détermina la corruption de presque tous les tendons et de toutes les parties nerveuses(l), en grand nombre sur ce point. Alors les médecins , pour remédier à cette matière septique , à cette humeur maligne incisèrent profondément la peau afin de lui donner une issue au dehors. Et ce qu’il y eut de remarquable, c’est que la même affection se déclara à la poitrine et contraignit les médecins à ouvrir de même la peau qui recouvre les côtes. Le malade mourut de sphacèle (D). Les anciens avaient observé des faits pareils, surtout Hippocrate, qui rapporte dans ses Épidémies (Hist. 5. Sect. 3. Liv. 3) l’histoire d’un homme chez lequel le pouce du pied devint douloureux et des pustules noires apparurent, et qui, le second jour de la maladie, mourut dans le délire ; et celle d’un homme chauve (Hist. 9. Sect. 3. Liv. 1 ) qui fut pris tout à coup d’une douleur de la cuisse droite, et qui , lorsque celte
0) A ponévro tiques.