‹ Epidémies et éphémérides. Traduites du latinChapitre 14 sur 24 · CONSTITUTION DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DU PRINTEMPS

Les maladies qui régnèrent au printemps furent , comme celles de l’hiver et de l’automne précédents , remarquables par leur longueur. On le conçoit. La fréquence des pluies et des vents du sud , les variations atmosphériques produisaient un amas d’humeurs excrémentitielles qui aggravaient les maladies. Au commencement du printemps et sur la fin de l’hiver un afflux de sérosité vers la tête et un amas de matières corrompues dans le ventre multiplièrent les affections de la tête , des yeux , de la poitrine et du bas-ventre , ainsi que l’abattement , les lassitudes , l’essouffle ment , les douleurs d’estomac et des articulations. Tel fut leur caractère , leur génie. Quelques malades éprouvèrent des douleurs que rien ne pouvait calmer. Les pleurésies firent périr beaucoup de monde. Leur début était brusque. Elles cédaient à une ou à plusieurs saignées. Presque toutes dépendaient d’une fluxion venant de la tête. Il y avait lieu de soupçonner une viciation de la sérosité. Ceux-là surtout souffraient le plus de douleurs de côté , qui avaient les poumons naturellement faibles, ou entachés de quelque vice. Un grand nombre de personnes éprouvèrent des douleurs de ventre que , seules , d’abondantes évacuations par haut et par bas faisaient cesser. Beaucoup de médecins

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les regardèrent comme néphrétiques. En réalité , elles ne l’étaient pas.

Nous enmes à soigner Nicolas Le Grand de Saint-Germain, d’une difficulté de respirer , avec pandiculation, besoin d’étirer ses membres et de se jeter de droite et de gauche. Nous le crûmes atteint d’hypochondriacie. Il alla beaucoup mieux à la suite de très-fréquents purgatifs , surtout donnés sous la forme pilulaire. Ici , il faut bien distinguer les cas. Le malade a-t-il le visage verdâtre, ce qu’Hippocrate désigne par les mots de yXwpacga Xag-pôv , mais sans éruption? une mauvaise disposition des organes internes n’est pas à redouter chez lui. Sa face est-elle au contraire souillée de taches , d’éphélides et de ce que les anciens maîtres de notre art appelaient bourgeons (I) , les organes précordiaux récèlent quelque vice. Chez quelques malades présentant cette physionomie , on a trouvé un abcès entre le poumon , l’estomac et le diaphragme.

D’où vient que les hommes supportent sans se trouver mal des hémorrhagies nasales abondantes et continues, bien que le sang qui coule du nez soit presque spiritueux, et par conséquent plus propre à produire la défaillance , que s’il était plus épais , moins épuré ; et que de même les femmes supportent à un degré incroyable des pertes utérines sans préjudice ni mal de cœur , tandis que les uns et les autres ne peuvent perdre par la saignée du bras une quantité bien moindre que par le nez ou la matrice , sans que de graves syncopes ou défaillances n’en soient la conséquence? Si l’on voulait donner la raison de cette différence en disant que le sang de la saignée du bras abat davantage les forces parce qu’il est fourni par une partie plus rapprochée de la source centrale de la chaleur , on objecterait que la saignée de la malléole cause une faiblesse encore plus grande, et que cependant elle s’opère dans un point bien plus éloigné.

(i) En latin barnnes , nepones , visage bourgeonné.

C’est un précepte vulgaire : que, toutes les fois que l’indication de deux remèdes majeurs se présente , il vaut mieux commencer par la saignée que par la purgation. Ce précepte est-il juste ? Il me paraît très-difficile d’établir dans quelles maladies , quand et comment cette règle doit être mise en pratique. Peut-être faudrait-il le demander au commentaire sur les §. 21 et 22 du livre 4 du Régime dans les maladies aiguës , où Galien traite ex-professo les cas où la saignée doit précéder la purgation ; et aussi au commentaire sur le §. 6 de la section 1 du 6e livre des Épidémies. Mais nulle part cet auteur n’est plus précis que dans le chapitre 4 de son traité Des Maladies des reins. La saignée, dit-il, a-t-elle produit dans le corps une déplétion ? le cathartique trouvera les veines, les artères et tous les organes vides et non engorgés. Il trouvera donc dans tout le corps la voie ouverte pour entraîner et évacuer les sucs dissous et atténués. Les vaisseaux , au contraire , sont-ils dans un état pléthorique ? le purgatif cheminera mal clans le corps engorgé. Il y séjournera , ou n’y produira aucun effet avantageux.

Lorsque vous prévoyez qu’il surviendra prochainement un flux de ventre , ou un vomissement , ou l’un et l’autre sous forme de choléra, gardez-vous d’administrer un purgatif ou tout autre agent perturbateur. Ils produiraient des effets dangereux , caries humeurs mises en mouvement excitent de nombreux et graves désordres, des syncopes et autres accidents analogues, que bien à tort l’on rapporte communément au purgatif innocent par lui-même. Je les ai vus se produire chez une jeune fille parfaitement honnête. Et il me paraît que c’est dans ce sens qu’il finit interpréter l’opinion d’IIippocrate , lorsqu’il dit que les personnes qui se nourrissent mal supportent mal la purgation. Les filles débauchées sont fortement dérangées par les purgatifs. Il faut donc ne les leur prescrire qu’avec circonspection.

Un homme atteint de fièvre continue n’avait encore op-

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posé à la chaleur qui le consumait que de la tisane , lorsqu’un médecin appelé près de lui , lui pratiqua une saignée intempestive, vers le neuvième jc-ur environ de la maladie. L’ouverture de la veine parut le soulager beaucoup, mais il mourut deux heures après , couvert d’une abondante sueur. Si la matière morbifique avait été convenablement préparée, et la purgation instituée en temps opportun , les forces du malade auraient suffi à supporter cette sueur critique. Le danger aussi aurait été écarté , si la nature n’eût pas rapproché autant cette crise de la phlébotomie. Cela doit nous instruire du danger de toute évacuation artificielle dans le cours ou dans l’imminence d’un jour critique , surtout lorsque les périodes de la maladie sont bien précisées. Une fréquente expérience nous a appris qu’un purgatif donné non dans le sixième jour plein , mais à la veille du septième , détermine de fortes et dangereuses superpurgations. La nature en reçoit une telle perturbation qu’il en résulte une évacuation purement symptomatique , et qu’elle évacue tout confusément, pôle et mêle et sans distinction.

Socrate était au troisième jour d’une fièvre continue , lorsque, le quatrième, il survint une pleurésie. Y avait-il sécurité à saigner le septième jour de la maladie entière, bien que ce ne fût que le troisième de la pleurésie ? Une crise ne pouvait-elle pas se déclarer à ce septième jour ,, et la saignée pratiquée dans cette conjoncture ne pouvait-elle pas produire un résultat funeste ? J’ai vu souvent la fièvre dite essentielle augmenter , lorsqu’à son quatrième jour se déclare une pleurésie, et participer de la fièvre essentielle et de la fièvre symptomatique ; car la saignée opérant alors une rémission de la pleurésie , il survient aussi une rémission dans la fièvre.

On demande si la folie est compatible avec un état complet de vacuité, de déplétion, puisque les médecins évacuent

largement les insensés, mais sans succès. Hippocrate enseigne dans ses Aphorismes (Aph. 9. Liv. G) , qu’un {lux de ventre excessif engendre la folie. Saignerez-vous dans ce cas ? abstenez-vous en, car vous jetteriez les malades dans un grand péril. Et dans ses Prorr hé tiques (voirie commentaire de Galien sur le §. 17 du liv. 1), il enseigne que le délire phrénétique dépend d’une qualité maligne, telle qu’une humeur bilieuse brûlée , ou d’une sécheresse extrême. C’est ce qu’il faut démêler avec soin , pour ne pas commettre de méprise. Ainsi nous vîmes une femme, qui avait peu de fièvre, mourir dans le coma, le neuvième jour, après avoir été tourmentée outre mesure par ceux qui l’assistèrent (A). Elle passait habituellement les nuits sans dormir, s’épuisant à gronder de petites filles dont elle était institutrice , se nourrissant chichement et grossièrement, mais n’étant pas aussi sobre à l’endroit du vin. Elle était d’un tempérament très-bilieux. Chez elle tous les symptômes tenaient à une altération primitive et à un dessèchement du cerveau, et à la présence d’une certaine quantité de hile brûlée. Des jeûnes trop prolongés engendrent aussi de semblables affections (1), et surtout chez les personnes bilieuses, si la bile, privée des matériaux que lui fournissent les aliments , acquiert des qualités délétères. On voit combien peu lui convenait la saignée ; car la fin du commentaire de l’histoire de Pythion (lrc du 3° livre des Épidémies ) nous apprend que le délire est moins produit par la quantité des humeurs que par leur qualité , et que leur abondance même ne provoque pas le délire , mais le coma. Chez un malade, il se déclara une douleur à l’iiypochondre droit. Je redoutais qu’il ne s’y formât un abcès. Je mis tout en œuvre pour le prévenir. Le malade ne périt pas. Il se fit

(1) On dit vulgairement: il est recru, c’est-à-dire , exténué par les veilles et la faim (Bâillon'.

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sur la cuisse et le tibia un transport de je ne sais quelle humeur, et la douleur de l’hypochondre s’amenda.

La majeure partie des douleurs de côté dérivent de la tête (1). Mais d’où vient que la majeure partie des fluxions étant froides, il en résulte si promptement une inflammation et un phlegmon ? Car la nature du phlegmon est chaude et humide. Et si cela est vrai , la saignée est-elle convenable? N’est-il pas mieux de recourir aux purgatifs , aux vomitifs et aux anodins? Hippocrate dit, dans divers passages, que les plus violentes douleurs naissent du mélange de la phlegme et de la bile avec le sang. Que si une humeur froide se portait sur les nerfs seuls , il ne faudrait pas tant se hâter de recourir à la saignée ; mais comme la fluxion se fait par les veines , il en résulte aisément un phlegmon. Dans l’exercice de notre art, nous avons distingué trois sortes de pleurésies et de douleurs de côté : les unes de nature phlegmoneuse , les autres , comme je l’ai dit dans mes Conseils , de nature érysipélateuse ; d’autres enfin, produites par une humeur pure et sans mélange , découlant de la tête. Dans ces dernières, il y a plutôt douleur de côté que pleurésie. La douleur est moins le résultat de l’inflammation que du transport et de la fixation de quelque humeur. J’ai même vu une infinité de douleurs de côté résulter de l’abondance dans les poumons des humeurs excrémentitielles , dont la portion la plus ténue et la plus séreuse se porte sur les membranes et y fait naître les douleurs. Mais ce à quoi il faut bien faire attention, c’est que la majeure partie des pleurésies et des douleurs de côté dérivent moins de la tête J et des organes supérieurs que de l’afllux sur les poumons et sur la poitrine d’une humeur cxcrémentitielle , ou de l’humeur la plus ténue que l’or-

(l) Fernel a très-clairement établi les différences existant entre les douleurs de côté. Cliap. U. Liv. 5 (Baillou;.

gasme du bas-ventre y fait refluer. C’est une distinction essentielle , puisque la plupart des médecins n’osent pas purger et relâcher le ventre , tandis que le plus souvent il conviendrait mieux d’agir de la sorte que de saigner. Les saignées mêmes ne sont pas indiquées dans ce cas , à moins que l’on ne se borne à une seule. C’est ce qui fit que chez l’épouse d’un conseiller qui souffrait d’une douleur de côté, on ouvrit jusqu’à cinq fois la veine sans bons effets. C’était en hiver. Le mal venait de la tête : ce qu’il faut bien remarquer ; car lorsqu’ Hippocrate dit, au 2e livre de ses Aphorismes (Aph. 25) , que les pleurésies régnent en hiver, il veut rappeler ce qu’il a dit dans le livre Des lieux affectés chez r homme, en traitant.de la pleurésie sans expectoration. La douleur de côté vient de la congélation, comme l’expliquent Hippocrate au lieu cité , et Galien dans son commentaire du 5e livre des Aphorismes. Dans de semblables douleurs de côté, la saignée est-elle sans danger? nullement. Gardons-nous donc de l’erreur grossière où tombent tant de médecins: c’est une chose incroyable cpie le nombre de ceux qu’ci fait périr la voie commune et battue , surtout dans la cure de la pleurésie ! Prononce-t-on le nom de pleurésie ? malheur à qui prescrit une médication autre que la saignée ! on lui jette l’anathème et on l’accuse d’ignorance. Pour traiter une douleur de côté, tout le monde aujourd’hui est médecin. Ce meurtre de tant de malades, eette vaine dépense d’un sang qui est la source de la vie , cette soustraction des esprits se commet à la honte de notre art, au point que, dans cette méthode unique de traiter les pleurésies , les portefaix , les bourreaux , les cordonniers et la tourbe des commères l’emportent sur le savoir des plus célèbres médecins et leur barrent le passage. Qu’un malade se plaigne du côté, quelle qu’en soit la cause, la saignée ne saurait être différée d’une minute. Une effrontée commère, un imprudent barbier , une femme évaporée peu-

ET ÈPIIÊMÉr.IDFS.

vent-ils savoir que les douleurs de côté tiennent à des causes nombreuses, et que de même qu’il serait funeste, dans certain cas, de ne pas ouvrir la veine, dans d’autres cas, l’ouvrir serait une chose cruelle, impie et pleine d’ignorance? Car, il ri y a si petite , si faible influence , qui ne puisse produire une douleur de côté. Est-il donc juste de mettre tous le pied dans la même chaussure , comme s’il ne s’agissait que d’une même cause , d’un même mal et d’un même remède ?

Il convient que nous examinions si l’on doit, quand le phlegmon et la douleur rendent urgente l’ouverture de la veine , y revenir quatre fois dans le même jour, plutôt que d’attendre ce qui se passera le lendemain. Lorsque la pleurésie tourne au phlegmon et que la douleur est violente, il faut tout mettre en œuvre pour empêcher que le phlegmon n’augmente. Or, est-il un remède plus souve- , rain que les saignées coup sur coup ?

Galien n’a-t-il pas écrit avec raison que l’ouverture d’une artère de la main guérit la douleur de côté et les souffrances hépatiques , en raison de la forte révulsion quelle produit ? La saignée de la cheville pourrait-elle aussi convenir dans la pleurésie ? Peut-être cette évacuation éloignée et graduelle débarrasserait-elle mieux la partie affectée qu’une large évacuation faite dans son voisinage. Car une soustraction brusque du sang opérée près du lieu malade, y attire le sang des autres parties, et il est à craindre qu’il ne s’y fasse un afflux nuisible du sang et des esprits. Mais lorsque nous soustrayons la matière conjointe qui est comme le foyer de la douleur et d’une sorte d’abcès, cette soustraction paraît plus sûre et plus convenable quand elle est opérée par une révulsion graduelle. C’est ainsi que l’on voit la succion des seins faite par une grande personne, les épuiser et les dessécher, en raison d’une action trop violente; tandis que les enfants, même nouveau-nés, par

un moindre effort et en léchant , font sortir de la profondeur des veines le lait qu’ils attirent et qu’ils tètent;. Une succion et un appel trop violents brisent le cercle de la sécrétion laiteuse, comme une traction trop forte, l’ordre et l’enchaînement d’une danse. Le fds de M. Noël, ne pouvant être saigné à la cheville d’une manière commode , le fut au poignet , dans une pleurésie ; et il s’en trouva fort bien, car à dater de ce moment, la douleur s’apaisa. N’estce pas là une pratique à propager (B) ?

La femme d’un chirurgien, atteinte d’une toux violente et invétérée, expectorait facilement. Sa toux devint sèche, et on craignit qu’il ne résultât quelque chose déplus fâcheux de la suppression de la matière morbifique (G). Mais les organes génitaux furent baignés d’eau , comme si la malade eût été tourmentée par des flueurs blanches. La matière » sembla s’être portée des poumons sur la vulve. Était-ce vraisemblable? certainement, et Hippocrate rapporte de pareils faits dans ses Épidémies : Chez un grand nombre , il y eut des toux sèches , des toux sans expectoration , et la voix devenait rauque. Chez les uns immédiatement , chez les autres après quelque temps , il survenait des phlegmasies douloureuses aux testicules , d’un côté seulement , ou des deux à la fois ( Épicl . Liv. 1. Sect. 1. §. 1. Trad. de Daremberg). Galien dit dans son commentaire: Cette partie de l’ humeur morbifique qui était dans les poumons, se porta sur les testicules , par l’effet du consensus existant entre les poumons et les testicules. Arrivée aux testicules , elle était de plus mauvaise qualité que dans les poumons, car elle s’était corrompue par suite de son ancienneté. Ce consensus des poumons et des voies gastriques supérieures avec le bas-ventre m’étonne. Car Galien (Connu, sur les §. 3 et 4 du liv. 3 Des Arlic.) , voulant expliquer pourquoi la gibbosité des vertèbres thoraciques ne se résout pas par la dyssenterie ou par un abcès dos

ET ÉPIIÉMÉRIDES.

jambes , comme le fait la gibbosité des lombes , prétexte la difficulté des voies, et dit qu’il n’y a pas de voie prompte et facile de la poitrine aux extrémités inférieures; il nie même qu’il existe aucune sorte de voie par où la matière morbifique puisse passer des parties supérieures aux inférieures. Si cela est vrai, pourquoi disons-nous que chez les phthisiques , il s’établit un émunctoire par les selles et par les urines (D) ?

J’ai ouï dire qu’Ambroise Paré raconte dans ses Histoires qu’une dame portait sur la cuisse une tumeur de la grosseur d’un pois , dont elle souffrait au point d’en tomber en convulsion, et qu’à la suite de sueurs provoquées par des diaphorétiques , elle restait à demi-morte. Quel était ce mal ? une humeur maligne dont une partie se manifestait au dehors par une petite tumeur, tandis que le reste, glissant comme un venin caché et circulant plus loin^ se portait enfin sympathiquement sur le cerveau, par ou sans l’intermédiaire d’une vapeur. Ceci me fournit l’occasion de faire remarquer trois choses des plus importantes dans les maladies produites par sympathie. Premièrement, est-il nécessaire que, dans toute maladie sympathique, une matière flatulente, ichoreuse, ou quelque autre humeur se porte sur l’organe qui souffre sympathiquement? Selon Galien ( Des Lieux aff. Chap. G. Liv. 1), les maladies par consensus se développent de trois manières : ou par insuffisance de faculté, ou par manque de matière, comme dans la respiration , ou par des vapeurs. Quand les vapeurs produisent la maladie , il arrive presque toujours , si elle dure , qu’après avoir reçu la première impulsion d’une autre maladie , elle devient protopalhique , c’est-à-dire , essentielle , indépendante. Àrculanus a mieux distingué ces deux espèces de sympathie (qu’il appelle communauté ), en disant que l’une est absolue, l’autre non absolue. L’absolue est celle dans laquelle l’organe communicateur ne transmet à la partie qui

entre en consensus rien autre chose que la souffrance ; rien en un mot de matériel , comme serait une humeur , une vapeur, un esprit, une flatuosité. Dans la non absolue, l’organe, foyer primitif de la maladie, transmet à la partie sympathiquement affectée quelque chose qui y engendre une maladie semblable (E). Sont des exemples de sympathie absolue , la douleur de tête qui naît du spasme de quelque partie du corps ou de tout le corps ; la douleur d’une piqûre ; la douleur de tête sympathique des affections articulaires; la fureur utérine en est aussi un exemple. Car Aétius (Cap. 74. Serm. 4. Tétrab. 4) distingue la fureur utérine de la suffocation de l’utérus , comme étant une simple souffrance qui retentit sur le cerveau , par sa seule qualité, sans l’intermédiaire d’aucune matière. C’est dans le même sens que l’on dit :

Quand la tète souffre, tous les membres souffrent.

Dans ce cas , y a-t-il de communiqué autre chose qu’une affection pure île toute matière? Il faut bien que la partie éprouve une souffrance réelle, puisque l’on définit la douleur une impression ayant lieu matériellement. Mais cela ne veut pas dire qu’une matière soit nécessaire dans toute douleur, dans celle surtout qui naît par consensus. Cette définition n’a pour but que de combattre l’opinion de ceux qui prétendent que la communication de la douleur est absolue, lorsque la douleur est imaginaire. Opinion erronée. Car l’image de la douleur se présente bien au centre commun des sensations; mais celui-ci n’est pas pour cela malade.

Le second pointa examiner est ce qu’a dit Galien (Comm. sur le §. 10 du liv. 5 Des Articulations). De toutes les maladies nées par consensus et communication , aucune ne résout les maladies qui l’ont précédée, à moins cependant (pie la matière elle-même ne soit portée ailleurs, et que , l’occasion do la disposition morbide cessant par l’absence

ET ÉPIIÉMÉIUDES.

de la matière, la maladie, par suite, ne cesse également. C’est ainsi que lorsque la matière est portée de la tête sur les pieds, la chute des cheveux s’arrête et il survient des varices.

Le troisième point consiste dans ce que Galien a écrit (Comm. sur l’aphor. 39 du liv. \) : Peu de maladies chroniques naissent par consensus et sans lieu affecté. Cependant il existe des hémicranies , par consensus , de longue durée. Mais autre chose est une maladie chronique, autre chose une disposition chronique, car la disposition est sans matière. Mais une maladie avec matière et de longue durée , a un siège spécial et une humeur épaisse qui l’entretient.

Un gentilhomme avait été infecté de mal vénérien ; et comme il arrive lorsque ce virus, semblable à toutes les humeurs virulentes, se porte, selon sa coutume, sur un organe ou sur un autre , il éprouva des douleurs intolérables dans la troisième et la quatrième vertèbre du dos. Tous les remèdes échouèrent ; il mourut dans les souffrances. On trouva ces deux vertèbres détruites par la carie et la suppuration. C’était la cause de ses douleurs ; ce fut la cause de sa mort. Avicenne (Fen. 22. Tract. 1. Cap. 12) appelle cetle suppuration de l’épine spina ventosci , cette suppuration étant produite par une humeur ichoreuse. L’ichor et les flatuosités malignes engendrent des affections presque semblables. J’ai dit que l’ichor et les flatuosités étaient les principales causes des douleurs (F).

Un gentilhomme, mais de mœurs basses et corrompues, et auquel on aurait pu 'appliquer ce que le poète dit de Mézence :

Mézence contempteur des dieux ,

souffrait d’une douleur intolérable dans le périoste du menton. La surface douloureuse ne dépassait pas en étendue la largeur d’un sextant. Ce mal était si étrange, si inouï, si nou-

veau, si implacable, qu’on le considérait comme une punition du ciel. Les remèdes ne faisaient qu’empirer le mal et lui donner une dangereuse violence. Presque tous les points de la face furent envahis par une humeur de nature identique , et il mourut bientôt. Quel était donc ce mal ?

Les péri pneumonies et les pleurésies sèches, c’est-à-dire, qui tiennent moins d’une humeur et d’une tumeur phlegmoneuse que d’une phlogose et d’une ustion vagabonde , erratique, tuent les malades à l’improviste , et au moment où les médecins s’y attendent le moins. Elles sont engendrées par une sérosité âcre , subtile , maligne , délétère , rebelle au travail d’expulsion et de coclion , et qui frappe les poumons d’une sydération prompte. Elles ont pour signes des rougeurs des joues fugaces , une toux aride, l’absence presque absolue de douleur , la jactation , la sécheresse de la langue , un affaiblissement inexplicable , des douleurs pongitives et fugaces. Faut-il les traiter par la saignée ? Voici l’opinion d’Hippocrate : II y a aussi une péripneumonie et une pleurésie sans expectoration , toutes deux par la même cause , par sécheresse. Or , les choses chaudes , quand elles échauffent en excès , et les froides , quand elles refroidissent en excès , dessèchent également. Le côté et les vésicules qui sont dans le côté sont frappés de coagulation, se contractent , et tout ce qui s’y trouve de pituite et de hile est durci par là sécheresse et cause de la douleur , et, par la douleur, de la fièvre. Dans ce cas, il convient d’inciser la veine du bras nommée splénitis ou l’hépatitis, suivant le côté oh est la maladie (Trad. de Littré. Livre 1er Des Maladies, n° 28. ton). VI. p. 197). Cependant dans un autre endroit ( Des Maladies, Liv. 3) , où il traite de la cure des pleurésies sèches et des péripneumonies sans expectoration, il insiste beaucoup sur les fomentations et se tait sur la saignée. Ce point exige donc toute l’attention et toute la sagacité des médecins. En rappelant les pleurésies sèches

ET ÉPHÉMÉltlDES.

produites par le froid et le durcissement delà plè\re , qui en est la suite , Hippocrate paraît désigner les pleurésies qui régnent pendant l’hiver , dont il est question dans ses Aphorismes (5e aphor.) , pleurésies dans lesquelles nous avons vu échouer la saignée , et dans lesquelles il conseille de recourir aux émollients et aux parégoriques (anodins). C’est sur ces principes que doivent régler leur conduite les médecins qui savent garder une sage réserve et ne tenir aucun compte des erreurs du vulgaire.

J’ai présenté plus haut quelques observations au sujet des drastiques. Examinons maintenant si les idées suivantes d’Hippocrate sont vraies : à savoir , que ce n’est pas le nombre des déjections qui fait leur utilité, et que, pour être avantageux, les purgatifs doivent agir convenablement et d'une manière critique , et qu’il faut, non leur subordonner le corps , mais les subordonner à l’état du corps. J’ajouterai seulement que l’électuaire de suc de carthame, qui se vend à l’enseigne du Mortier d’or , ou ne produit pas d’effet , ou produit des effets désordonnés. En évacuant certaines eaux superflues, les purgatifs produisent une perturbation , mais n’évacuent pas ce qui serait à évacuer. Nous les avons vus déterminer chez les uns de dangereuses superpurgations, et ne produire chez d’autres que peu ou point de selles. J’ai vu en conséquence les malades éprouver un grand regret d’avoir usé d’un remède dont les effets sont si peu sûrs , et qui provoque ou une évacuation inutile, ou un pénible échauffement. Bien plus ,

j’ai vu un simple et doux minoratif produire de meilleurs effets par la douceur dé* son action que ces drastiques par leur violence intempestive.

Puisque nous voyons tous les enfants atteints de fièvres continues et violentes , périr , faute peut-être d’avoir été saignés , et l’omission téméraire d’un remède aussi souverain contre les fièvres continues , donner lieu à un blâme

et à une accusation d’ignorance contre les médecins , y aurait-il donc quelque danger à ouvrir la veine dans ce cas? certainement non (G). D’abord parce que le cas réclame la saignée , et ensuite parce qu’elle satisfait le désir des parents qui la regardent comme la chance la plus certaine de salut, et trouvent dans le nombre même des victimes une invitation à y avoir recours. Car les Parisiens sont si partisans de la saignée pour leurs proches, que, même en cas de mort, la perte du malade leur cause moins de regret , s’il a été préalablement saigné. Je m’étonne que Galien (au liv. de la Saignée) mette tant d’insistance à interdire la saignée chez les enfants , voulant que l’on s’en abstienne , lors même qu’ils sont atteints de pleurésie ou de péripneumonie. Il dit en effet : Apres la quatorzième année, la pleurésie , ou la péripneumonie, ou toute autre maladie aiguë, oui’ angine, doit être résolument attaquée par la saignée , alors surtout que le sang domine , que Von est au printemps , dans un climat tempéré , et que V enfant est cl’une constitution sanguine. Que si ces maladies frappent les enfants plusjeunes, la saignée ne leur sera donc pas avantageuse, puisque, pour convenir aux jeunes gens, elle exigera toutes les circonstances qu’il énumère. Les modernes lui opposent l’expérience qu’ils ont faite des heureux effets de la saignée chez des enfants de deux ans , et même au-dessous. Mais peut-être auraient-ils guéri sans elle. Témoin le fds de Yaudole, chez lequel on regardait la saignée comme indispensable, et que les purgatifs délivrèrent d’une douleur de côté. Témoin la fdle deM. Rossée : la saignée fut ordonnée, puis différée, puis omise , et néanmoins la malade guérit.

Il est des médecins qui, pour couvrir leur ignorance, ne voulant rien faire auprès des malades, prétextent , pour légitimer leur expectation, la circonstance de tel ou de tel jour critique (H). Galien veul au contraire ( au Cliap. 2 du Traité de la Saignée) que Ton agisse. En conséquence, il dit :

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Bien que nous soyons appelés à entreprendre la cure d’une maladie , lorsqu’elle est arrivée au cinquième ou au sixième jour , il sera opportun de saigner , même lorsque la première occasion de le faire sera passée. Car à quelque jour que se présen te l’indication d’ouvrir la veine , n’hésitez pas à l’ouvrir , fussiez-vous éloigné de vingt jours du début de la maladie. Ces indications sont l’intensité de la maladie , l’intégrité des forces, les âges au-dessus de l’enfance la sécheresse extrême de l’atmosphère. Mais, dira-ton, les forces , après ce laps de temps, sont épuisées , et l’ancienneté de la maladie interdit toute déperdition de sang. Galien rejette cette objection du nombre des jours , qui veut que ce nombre soit absolument et par lui-même une cause d’affaiblissement des forces, tandis que la longueur de la maladie ne produit qu’éventuellement la chute des forces. On peut même voir les forces manquer dès le second jour d’une maladie. Si cependant, comme l’affirme Hippocrate (au 4e liv. des Maladies), il est dangereux d’administrer un purgatif les jours impairs et critiques , à cause de la superpurgation qu’il y produit , pourquoi y aurait-il moins de danger à ouvrir la veine ? Mais Galien adresse surtout ses reproches à ceux qui , en posant les règles de la saignée, n’ont pas su tenir une juste mesure ; car ils s’abstiennent de saigner passé le quatrième jour , pratique erronée que blâme tacitement le passage suivant des Épidémies : Je saignai Anaxion le huitième jour. Une autre de leurs erreurs, c’était de saigner quand les humeurs étaient encore errantes et vagabondes, et non fixées et stables, pour me servir des expressions de Cicéron (dans son traité De la Nature des dieux). Pour ce qui touche à la saignée , on peut mettre en avant, de part et d’autre, beaucoup de raisons pour la conseiller ou pour l’interdire. La plupart de ces raisons prouvent qu’il faut n’y procéder qu’avec la plus scrupuleuse prudence, mais non qu’il faille s’en abstenir.

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