SIC ÉPIDÉMIES
une chaleur hétérogène et comme fébrile, agissant de concert avec l’humeur bilieuse ? Les fluxions qui se portent de la tête sur les poumons sont dangereuses chez de tels malades.
Nous avons déjà recherché , dans le premier livre de ces Epidémies , comment il se fait que des personnes au teint blafard, ont cependant un sang louable et qui n’est point altéré , si ce n’est dans de grandes maladies et lorsqu’il existe de la putridité dans le système veineux. Jean Périer en est un exemple. Il supporte mal la saignée ; il est plein d’humeurs dépravées ; il est sujet à des excrétions sous forme de choléra-morbus ; et cependant son sang est louable. Cela tient, je crois, au petit calibre des veines. Du reste, le foie chez lui remplit assez bien ses fonctions hématosiques. La petitesse des veines fait que le sang n’est pas facilement envahi par le sérum, qüi se sépare des humeurs contenues dans le mésentère et que les veines sèches attirent. C’est un fait d’expérience (Q). Car les veines des organes contiennent un sang pur, soit parce qu’il est bien élaboré , soit parce que leur exiguïté n’admet pas facilement une matière étrangère , propre à altérer le sang. En conséquence , la veine a été ouverte à plus de six cents personnes, qui avaient une petite fièvre et un teint plombé et blafard , propre à faire croire que le sang des veines était analogue, et dont le sang a été louable, la nature conservant intacte la masse du sang , bien qu’un vice existe dans d’autres parties, notamment à la peau et que le corps contienne des humeurs dépravées. Si la masse de leur sang était altérée, c’en serait fait d’eux. Mais lorsque le système veineux est d’un fort calibre , il admet facilement une matière étrangère. En conséquence, aux premiers , c’est-à-dire , à ceux qui ont des veines de petit calibre , quoique leur figure soit blafarde , la saignée ne convient pas ; elle convient aux derniers.
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Tirant de ces considérations quelques conclusions , nous dirons que, dans le traitement de certains malades atteints de fièvre , il vaut mieux purger six fois que de saigner une seule fois , parce que chez eux la matière de la fièvre est renfermée dans le mésentère et non pas répandue dans le système veineux. Mais chez ceux dont le corps est chaud, humide , exposé à la putrescence , surtout suant peu , et dont les veines sont développées , il est plus sûr de saigner. En vérité, on ne saurait apporter trop de prudence pour connaître les malades auxquels la saignée convient mieux, et ceux auxquels convient mieux la purgation , afin ne pas commettre d’erreur dans le traitement à instituer.
Il est hors de doute qu’il n’y ait des personnes chez lesquelles il faut beaucoup de temps pour que le sang se refasse : telles sont les personnes dont nous venons de parler, et surtout les jeunes filles chlorotiques (R). Chez d’autres, en peu de temps, il se fait une grande quantité de sang : phlébotomisez ces dernières hardiment. Ce sont là des considérations qu’il ne faut jamais oublier ; car alors que le sang ne se refait qu’après de nombreuses et difficiles mutations , ce serait être bourreau et non médecin que d’ouvrir la veine largement et pour la moindre cause , le sang étant le trésorier et l’ami de la nature.
ANNOTATIONS
(A) Sur ce que la maladie frappait plutôt sur les femmes esclaves que sur les hommes , voyez à la section 7 du 6e livre des Ëpidéinies et à la section 3 du 2e livre.
(B) Galien nie, dans son commentaire sur l’aph. 16 du livre 3 , que dans les grandes sécheresses il s’engendre des douleurs des articulations , à moins que cela ne soit dû à des humeurs un peu âcres ; mais il nie que cela s’opère sous forme de fluxion.
(C) Nous voyons une pareille constitution expliquée par Hippocrate à la section 2 du livr. 1 des Épidémies , ou il enseigne comment l’hiver qui succède à une constitution très-sèche , engendre des hémiplégies et autres affections semblables.
(D) Douleurs dans les angles des yeux extrêmement aiguës et que rien n’apaisait. Angines sèches, et comme une brûlure de la gorge telle, que la salive était impuissante à l’humecter : ce que je constatai chez la servante de M. Scarron et chez une foule d’autres.
(E) Au premier livre de ces Épidémies , j’ai averti que l’on devait regarder comme suspecte toute disparition de la douleur de côté , surtout lorsque persistent et la fièvre et la dyspnée ; car c’est un signe que la douleur était accidentelle et provenait de la transsudation du sérum.
(F) Cette gonorrhée nous en détourna ; et ce ne fut pas sans raison , quoique les indications urgentes d’une maladie plus grave eussent dû nous persuader le contraire. Le chirurgien qui fut chargé de l’ouverture du cadavre , rapporta avoir trouvé des ulcères à l’orifice de la vessie et à ses alentours; et cependant le malade ne s’était plaint d’aucune souffrance de ce côté.
(G) Le malade , dans une jactation continuelle était plein de trouble et sans espérance. Et nous , soupçonnant un incendie dans le poumon et voyant une telle prostration des forces , nous disions que la fièvre était maligne. C’est ainsi que Galien , dans son commentaire sur le 3e liv. des Épidémies , dit avec beaucoup de justesse que les fièvres symptomatiques de l’inflammation du cerveau , du poumon et des membranes du cerveau , sont malignes , parce qu’elles ont de la malignité dans leur marche, et qu’elles revêtent les symptômes des affections malignes.
(Il) Elle avait les cheveux roux. Nous avons expliqué le caractère des maladies qui attaquent les hommes roux. Ses
yeux restèrent longtemps clignotants, puis ouverts comme si elle eut été atteinte de catalepsie. Nous étions loin de nous attendre à ce qu’elle mourût si facilement et avec tant de promptitude. Enfin , en peu de jours , immobile , étendue, sans souffle , elle offrit l’image de la mort.
(I) De là vient que les fausses pleurésies se développent facilement chez ceux dont l’abdomen se tuméfie, dont les selles se suppriment et chez lesquels il existe de la fièvre. La saignée leur convient, et le sang qu’elle fournit est corrompu. Témoins une foule de malades et ce conseiller qui fut saigné trois fois , chez lequel le ventre était gonflé, et l’un et l’autre hypochondre très-douloureux. Or, toute douleur de côté fugace est maligne, de nature érysipélateuse, et presque toujours mortelle. C’est pourquoi j’invite les médecins à se tenir sur leurs gardes. C’est un point important à noter. Ce qui porte quelques auteurs à attribuer à Hippocrate cet aphorisme : Les douleurs de côté sont mauvaises, lorsquelles ne se font pas sentir continuellement . Voyez à ce sujet le §. 22 du livre 2 des Prorr hé tiques.
(J) Un médecin de grand renom a dit qu’il n’est pas surprenant qu’à l’ouverture du cadavre , le poumon apparaisse ainsi corrompu; mais qu’il ne faut pas croire pour cela que le poumon soit avant la mort tel que l’autopsie le montre. Cela peut être ; mais pour que j’accorde que le poumon se corrompe après la mort , surtout lorsque le corps est longtemps conservé sans être ouvert, il faut que cette corruption ne porte pas uniquement sur le poumon. Ceux dont tout le poumon est vicié, comme il l’était chez le roi Charles IX, l’ont rempli de la sanie qui protluit les fausses pleurésies, comme il a été dit plus haut , et n’expectorent pas de sang. Estil bon de gorger ces malades de boisson? nullement.
(K) Voyez au commencement de ce livre l’endroit où nous donnons une idée de ces douleurs et où nous en expliquons la cause. Nous vîmes une multitude de ces malades presque sans
fièvre : la femme du président Grossetère ; l’épouse de M. de Brézé; un brodeur demeurant à l’escalier du Temple , et une foule d’autres, comme la fille aînée de Madame Tassin. Fernel a dit quelque chose à ce sujet, au chapitre 1 du livre 5 de son Traité des sijmptômes et des maladies des parties.
(L) Les bains d’eau douce pouvaient convenir à ce malade et à tous ceux chez qui des douleurs de tête se joignaient à une petite fièvre. Voyez au commencement de ce livre et au livre 2 de nos Conseils.
(M) Deux hommes , haut placés, le questeur le Veau et M. Morlet, conseiller royal, moururent d’une suppression d’urine. Le chirurgien chargé de l’ouverture de leur corps, affirma n’avoir rien trouvé de notable, et qui eût pu causer cette suppression (si ce n’est une caroncule chez M. le Veau) ; et cependant les médecins avaient prodigué à ces malades les diurétiques les plus puissants. On avait été jusqu’à administrer à M. Morlet des cantharides. Il s’en était suivi les plus graves et les plus terribles symptômes : on ne saurait donc apporter trop de prudence dans l’emploi de ce remède. Cette suppression, à mon avis, dépend d’un certain état de nécrose des reins , soit parce que le sérum se porte ailleurs, soit parce qu’il existe une chute et une faiblesse de la faculté naturelle de ces organes. Et , avec, la permission des savants, j’ose dire que ces suppressions ne réclament pas les saignées , ou n’en admettent que de bien faibles. Mais, dira-t-on , il y a de la fièvre : ce qui fait supposer qu’une disposition inflammatoire est la cause de cette suppression. C’est là une erreur; car , la suppression du sérum et son reflux dans le système veineux allument facilement la fièvre ; et jusqu’à un certain point, la saignée pourrait être supportée. Hippocrate, dans le 3e livre des Aphorismes , range la dysurie et la stranguricdans les maladies propres aux vieillards : ce qu’il faut
attribuer à la faiblesse de la vessie et à la facilité que les obstructions ont à se produire chez eux , en raison de la faiblesse et de l’occlusion de leurs vaisseaux. Si nous voyons quelquefois même les jeunes gens , au début des maladies , tomber tout à coup dans un état de faiblesse et de torpeur , que sera-ce des vieillards , chez lesquels les fièvres sont peu intenses, en raison du défaut de chaleur, mais chez lesquels le froid et la sécheresse sont grands ; ce qui frappe d’inertie leurs appareils organiques. Ï1 peut même arriver au commencement des maladies, que, sans qu’il existe de calcul ni de vice particulier des reins , il se fasse une rétention d’urine, par suite de l’oppression seule des forces naturelles ; et comme il y a beaucoup de matières crues, dans les efforts quelles font pour s’éliminer, elles jettent partout le trouble et la confusion. Une rétention d’urine se déclara chez le domestique de Jean Patrouillard ; dès qu’il fut purgé, il urina facilement.
(N) Il était d’un tempérament bilieux et sec. Il est à croire que c’est une circonstance dont le barbier ne tint pas compte.
(O) Qui empêche d’admettre que la durée du mal engendre dans le rein une diathèse dont le marasme soit la conséquence ?
(P) Chez les malades âgés et chez la plupart de ceux qui souffrent de douleurs de côté , le sang de la saignée offre à sa surface une bouillie blanche. Cela ne vient-il pas de la crudité ? Dans ce cas , pourquoi en prendre occasion de tirer hardiment du sang? Toutes les fois que , pendant l’année 1575 , ou tira du sang au vicaire deSaint- Gervais , ce sang fut corrompu et présenta à sa surface comme une couche pultacée. En 1576, il fut repris de la même maladie; mais le sang de la saignée fut très-vermeil. N’était-ce pas que le sang , autrefois pituiteux , adouci par la coction, avait acquis les qualités d’un sang louable?
(Q) Chez ces personnes au teint blafard, la saignée fournit un sang louable,, qui, par suite de qualités qui lui sont étrangères, est un peu âcre et trop bilieux, ce qui l’empêche de se corrompre. Au contraire,, le sang trop doux s’altère et se corrompt facilement. Les personnes chez lesquelles un tel sang prédomine , sont facilement attaqués de fièvre putride. D’où, dans le 6e livre des Épidémies, Hippocrate enseigne que les personnes blondes sont peut-être les plus sujettes à la fièvre; car., chez elles, le sang se corrompt facilement , à moins qu’il ne contienne beaucoup de pituite. Chez les personnes brunes et bilieuses , surtout lorsqu’elles n’ont pas le système veineux très-développé , le sang se corrompt moins facilement , et elles ne tombent pas aussi facilement dans des fièvres putrides. Chez les phthisiques , rien de plus commun que des mouvements fébriles. Pour conclure, disons que c’est un fait d’expérience que le sang bilieux paraît rarement corrompu. La bile, qui est abondante chez les personnes bilieuses, met obstacle à ce que leur sang se corrompe. Cela n’empêche pas leur sang d’être vicié et malade relativement à ses autres qualités intrinsèques ; mais il n’a pas dans ses qualités premières la même tendance à se corrompre.
(R) . Chez les personnes qui ont le foie chaud, le calibre des veines est large, à la condition toutefois que cet organe sera assez humide et d’une texture un peu lâche. Leur foie est-il chaud et sec , elles ne supportent plus aussi bien les évacuations sanguines. Car à ceux qui ont les veines petites, la saignée enlève en grande partie, même dans les maladies , un sang louable , et il ne se corrompt ou n’admet des principes étrangers que dans des circonstances majeures ; et comme les veines sont presque capillaires, le sang est plus pur et plus bilieux. Ainsi épuré à travers les veines capillaires de tout le corps, le sang est louable même chez les cacochymes , du moins en apparence; car il
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peut avoir d’autres qualités occultes. Ceci s’applique, selon d’autres auteurs , au sang bilieux , âcre et salé ; car un tel sang ne revêt pas facilement les caractères de la putridité , bien que souvent il ait subi d’autre part une altération quelconque.