‹ Epidémies et éphémérides. Traduites du latinChapitre 19 sur 24 · CONSTITUTION DU PRINTEMPS ET DE L’ÉTÉ · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DU PRINTEMPS ET DE L’ÉTÉ

Cette saison n’offrit pas un grand nombre de maladies. Le vent du nord régna une partie des mois de mars et d’avril. Autant que nous pûmes en juger , les maladies tirèrent leur origine de deux régions principales : la tête et le bas-ventre. Ce dernier engendra d’innombrables douleurs des hypochondres , par le transport et la décharge de bas en haut d’une sérosité et d’un ichor dépravés ; ces douleurs simulaient les pleurésies fausses , bâtardes. Nous dûmes avoir recours moins à la saignée qu’aux purgatifs, bien que la phlébotomie y trouvât aussi sa place. Ces douleurs étaient violentes, et attaquaient, entre autres, les femmes, les gens colères et ceux qui éprouvaient déjà quelque trouble, quelque indisposition. Il se joignait à ces douleurs des fièvres assez mauvaises (A). Du côté delà tête, pendant tous les mois d’avril, de mai et de juin, il se fit un grand

nombre de fluxions sur les mâchoires, les dents, le gosier, les épaules et les bras. Nous vîmes beaucoup de personnes menacées d’hémiplégie ou de paralysie ; beaucoup présentèrent un certain relâchement des muscles masséters. Il découlait de la tète une sérosité dépravée , cacoetlie. La violence des douleurs nous mit dans la nécessité de recourir à la saignée. Beaucoup aussi présentèrent des parotides et une suppuration des mâchoires. Enfin, la tête fut le point de départ d’une foule de maux. Nous nous demandions cependant si ces affections des bras et des articulations provenaient exclusivement de la tête, et s’il ne s’y joignait pas quelque métastase par laquelle la nature se débarrassait de l’humeur morbifique et la transportait du système veineux sur l’appareil des nerfs. Chez quelques malades, en effet, le mal venait de la tête ; chez d’autres , une disposition cacochyme du corps concourait à le produire ; car nous vîmes des malades rester tout à fait paralysés , quoiqu’ils ne souffrissent pas de la tête, et n’éprouvassent rien d’anormal dans les parties supérieures. Ainsi s’observait un transport, une décharge de l’humeur morbifique du système veineux sur les nerfs.

En été , les enfants furent atteints d’affections morbilleuses , accompagnées de flux de ventre , tant était grande la corruption des humeurs! Les morbides dépendent-elles du quid divinum d’IIippocrate? Au fond, elles constituent en grande partie une décharge symptomatique et dérivent de la constitution du corps. Cependant la condition saisonnière leur ajoute je ne sais quelle force ; mais tout cela est en rapport avec l’état du corps. Si elles se rattachaient seulement à l’état atmosphérique, elles ne seraient produites que par des excrétions et des influences malignes , et nous ne devrions leur opposer que les médicaments alexitères. Mais l’abondance des évacuations alvines qui les accompagnent, et dont le défaut les rend plus dangereuses , montre

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bien que la cacochymie du malade prend la plus grande part à leur production. Elles réclament en conséquence l’emploi des remèdes ordinaires et énergiques des autres maladies. C’est cette cacochymie qui, à la vérité^ a quelque chose de plus que la cacochymie ordinaire , dont la partie virulente se traduit par les efflorescences à la peau.

On peut se demander si la saignée convient dans ces fluxions qui partent de la tête, lorsque l’humeur provoque la douleur ; car cette humeur est froide et semble réclamer plutôt les apophlegmatiques (1) et les errhins (2), si l’on considère quelle est la voie qu’elle prend pour s’évacuer , quand le cerveau se fond et se liquéfie en quelque sorte , selon l’expression d’Hippocrate, ïhzyyau;. Toutefois, comme on la voit exciter facilement des phlegmons , surtout dans les parties les plus chaudes et un peu charnues , peutêtre ne faut-il pas , lorsque cela arrive , trop différer de recourir à la saignée.

L’histoire de la maladie de Madame Catherine Grasteau nous montre assez ce qu’il faut entendre par cette sentence d’Hippocrate : Les bubons indiquent que les viscères contiennent des germes morbifiques y car lorsque la nature opère une décharge , soit par l’émonctoire du foie , soit par tout autre organe, c’est un signe qu’elle est irritée ou par la qualité ou par la quantité de l’humeur morbifique. Que\ déluge d’humeurs ne sort-il pas d’un corps aussi petit que celui qui constitue le bubon ! Toutes les fois donc qu’apparaîtront de pareilles tumeurs à l’aine , considérons ce dépôt comme l’œuvre de la nature , et n’hésitons pas à prescrire hardiment des purgations répétées.

L’histoire de la maladie de M. Dormoys , qui consista en un abcès du scrotum avec prolapsus de l’intestin (acci-

(1) Médicaments purgeant la pituite, masticatoires.

(2) Sternutatoires.

dent qui lui arrivait fréquemment à la suite de fortes coliques produites par une matière très-bilieuse) , nous enseigne assez tous les soins que nous devons apporter à donner issue au pus , même dans les parties où nous avons dit que la corruption était si facile. Mais je crois ces parties douées d’une chaleur naturelle qui empêche que la pourriture ne s’y forme aussi facilement qu’on le pense communément , à moins que la matière morbifique ne soit au plus haut point cacoèihe.

Chez la veuve Beasalde , il y a surabondance d’une humeur salée très-nitreuse ; et quoiqu’elle s’abstienne de boire du vin^ il lui semble qu’elle a du sel dans la bouche. Il semble même que tout le corps soit plein de cette humeur. Rien n’est étrange comme l’effet de cette humeur nitreuse.

La veuve de Jean Martin, bien qu’elle fût tombée, le septième jour de sa maladie , dans une faiblesse extrême et que sa respiration fût stertoreuse, déjoua la sentence de mort que nous avions portée sur elle , et en réchappa contre notre attente. Nous lui avions ouvert trois fois la veine , quoiqu’elle fût âgée de soixante ans. Si nous ne nous étions pas hâté de briser la violence du mal , je crois qu’elle en aurait bien difficilement réchappé.

Une femme, logée à l’enseigne du Cygne blanc , souffrait d’une douleur dans la région du foie. Elle était dans l’état que nous avons décrit un peu plus haut : elle ne pouvait respirer ; tout son corps ruisselait de sueur. Cependant , après quelque temps d’attente , nous la saignâmes au milieu de cette sueur, la chose étant urgente. À un jour critique , une hémorrhagie se fit par la narine du côté opposé au mal , car la douleur occupait l’hypochondre droit ; elle fut abondante; nous ne l’arrêtâmes pas. On lui faisait quelque remède de bonne femme. Elle guérit. Cette hémorrhagie ne fut- elle pas avantageuse? et cependant elle eut lieu par le côté opposé au mal (B).

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Des fièvres qui régnaient , les unes étaient de longue durée : c’était chez les personnes charnues ; les autres de courte durée. Elles étaient assez aiguës et fatiguaient beaucoup. Une chose étonnante, c’est que, chez beaucoup de malades, la majeure partie de la fièvre se passait en sueurs. Nous ne savions s'il était prudent de donner quelque remède, de tenter quelque médication. Nous attribuions cette sueur à l’abondance d’une sérosité dépravée dont la chaleur atmosphérique provoquait la sortie, avec l’aide de la chaleur qui existait à l’intérieur et qui l’atténuait. Si ce phénomène nous eût paru dépendre d’une fièvre diaphorétique, d’une sécrétion critique, ou d’un état de faiblesse , nous n’eussions pas osé tenter une médication énergique. Tout ceci est clairement démontré par l’histoire de la maladie d’un nommé Esprit, domestique de M. le conseiller Scarron , et par celle de la femme qui demeurait à l’enseigne du Cygne blanc.

Un gentilhomme est pris tout à coup d’une douleur siégeant un peu au-dessus de l’orbite de l’œil avec un certain degré de tuméfaction. Nous lui administrons des remèdes anodins; ils produisent quelque soulagement. La douleur durait de dix heures du matin à cinq heures du soir, sans fièvre. Elle se produit de la même manière les jours suivants ; seulement l’heure d’exacerbation de la douleur devançait ou retardait un peu. L’artériotomie fut pratiquée ; on appliqua l’emplâtre cum ranis (1) ; la douleur céda un peu. Ce malade avait été soumis, un an auparavant , aux frictions mercurielles. Je présumai qu’il restait quelque chose de l’ancien poison : Reliquiœ Danaurn. C’est un point que l’avenir éclairera. Ce retour périodique du mal vers le milieu du jour est extraordinaire , les restes de la vérole ne remuant communément que la nuit. Voyez plus haut.

(l) C’esl le même que l’emplâtre de Vixjo cum mercurio.

par une douleur qui occupait le côté gauche du sinciput. Les dents étaient le siège d’une fluxion douloureuse. L’humeur qui accompagnait la douleur était un peu chaude , et paraissait indiquer une sorte de siriasis (1). Le jour, la malade était assez bien ; le mal l’exaspérait le soir. Les yeux devenaient hagards, brillants, larmoyants, rouges ; il y avait de l’agitation , de la jactation , absence de sommeil. Essayait-elle de s’endormir, elle voyait une foule de fantômes. Nous soupçonnions quelque métastase venue des parties inférieures, quelque humeur mélancolique. Cependant le mal se fixait dans le cerveau. Les remèdes adoucissants et un peu réfrigérants ne diminuaient pas la douleur ; ils l’exaspéraient même, comme ils le font dans les maladies engendrées par l’atrabile. Quelle était donc la nature de ce mal?

Un conseiller royal éprouva la même affection, et la douleur ne lui laissait aucune place bonne. Mais le mal fut moins rebelle chez lui que chez la malade précédente.

Jean le Coq fut pris de quelques convulsions partielles produites par une fluxion humorale descendant de la tête ; sa bouche se remplit d’une grande quantité de pituite; ses convulsions ont le caractère épileptique (C). Il avait reçu autrefois une blessure à la tête , à ce que j’apprends. Il avait trop aimé la bonne chère et Vénus. Nous voulions que l’on s’appliquât surtout à purger la tête. Mais à l’occasion d’une petite fièvre après quelques jours perdus , un nouveau médecin le saigna ; le malade ne tarda pas à mourir. Faut-il donc s’abstenir de saigner dans l’épilepsie ? oui, à moins qu’il n’existe une suppression de quelque flux important , ou une surabondance de sang , ou une métastase maligne , et une obstruction extrême des parties inférieures. Rarement l’état du cerveau indique la saignée.

(1) Inflammation des membranes du cerveau.

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Dans le faubourg des Jardins , la femme d’un menuisier accoucha. Je ne sais s’il lui était arrivé quelque accident ; mais depuis ce temps-là ,, au retour de chaque époque menstruelle, elle est prise d’une fièvre qui dure quarante heures. Il survient ensuite une abondante sueur. Elle se rétablit. Que signifie cette fièvre menstruelle ? Ce fait est à noter. Tous les huit jours , m’a-t-on dit , une jeune fille, servante de M. Budé, est prise de fièvre, ce qui l’incommode beaucoup. Le fils d’Étienne Tarleron est aussi pris de fièvre tous les trois mois. Les périodes en sont bien marquées, ainsi que nous l’avons exposé dans le premier tome de nos Conseils (i).

La fille du président Turnebulle , de Rouen, porte sur les gencives une excroissance de chair, près d’une dent cariée. On ne sait si c’est une épulis ordinaire , et si elle peut être arrachée ou coupée sans danger. Un médecin clairvoyant et avisé déclara que ce n’était qu’avec la plus grande réserve que l’on pouvait toucher à ce mal, sans quoi la chose serait pleine de péril. Que si le mal consistait en une simple excroissance, il n’y avait rien à craindre, mais que , comme il y avait quelque disposition de famille , on devait agir avec plus de prudence. Son père avait un nez tellement long qu’il semblait avoir six fois la longueur et le volume ordinaires. C’était l’indice , ou qu’il existait une matière extrêmement exubérante , ou que la nature avait déposé sur cet organe une matière excrémentitielle maligne. Comme il voulait que l’on tentât de remédier au développement de son nez , on l’avertit de n’en rien faire , s’il ne voulait s’exposer à quelque affection carcinomateuse. Sa fille pouvait se trouver dans les mêmes conditions. L’excroissance gingivale était l’analogue de l’exubérance du nez de son père. C’était donc une affection spéciale. Des méde-

(1) Voir le 48e de nos Conseils.

cins étrangers , peu soucieux de ces considérations , voulurent en tenter la cure ; il en résulta les symptômes les plus graves, et le mal devint pire.

11 est de la dernière importance , dans la pratique de la médecine, de bien savoir quelle est la famille, afin de connaître les maladies qui lui sont propres et spéciales: sans cette connaissance, le médecin est exposé à de grandes erreurs.

Un procureur royal , atteint de fièvre avec jactation , mourut subitement, au septième jour , ictérique. Les urines étaient rouges comme le feu. Aucun signe de coction ne s’était précédemment manifesté. Les selles étaient blanchâtres. Il existait une inflammation à l’intérieur. 11 ne paraissait pas mal. Le sang de la saignée était verdâtre et de mauvaise nature. Le mal était mortel. Je crois bien qu’un purgatif, qui lui fut donné vers le septième jour, fut cause de la rapidité de sa mort. Cependant nous avons vu chez beaucoup d’autres [malades la mort arriver promptement, quoique le traitement eût été irréprochable ; et, chose étonnante, la mort coïncidait avec l’apparition de l’ictère. Pour moi ^ je regarde cet ictère comme le signe d’une excessive inflammation, devant nécessairement amener la mort , à moins qu’il n’existe des signes de coction ; car quel que soit cet ictère, il est symptomatique.

Madame Florence souffrait d’une douleur intolérable au front, surtout vers l’ethmoïde. On lui conseilla de se faire saigner. À la suite de la saignée , la douleur resta plus forte pendant presque un mois entier, comme si la nature eût travaillé à quelque crise , à quelque solution. Après cet effort critique , le mal diminua et la malade ne tarda pas à se trouver mieux.

Chez beaucoup de malades atteints de catarrhe , une fluxion humorale se porte sur des parties voisines ou sur des parties éloignées, qui donne lieu à des symptômes va-

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ries de maladie. Dans ce cas, beaucoup de médecins saignent hardiment. Au seul nom de la plus petite maladie , ils saisissent leur lancette ; mais il n’en résulte aucun bien , car le cerveau contient un amas d’humeurs , tantôt parce qu’il est chaud et qu’alors il les attire ; tantôt parce qu’il est froid, et qu’alors il les condense ; quelquefois parce que, de lui-même, il se fond et se liquéfie , ce qu’Hippocrate désigne par ces mots : Le cerveau se consume , au livre 6 des Épidémies , en parlant de la chute des cheveux , qu’il regarde comme la conséquence de la consomption du cerveau. Ainsi donc, si quelque fluxion part du cerveau , il faut bien examiner comment elle s’opère ; car il est téméraire de saigner sans réserve , lorsqu’il se fait une fluxion sur quelque partie. La tête est regardée vulgairement comme le siège de la pituite , c’est-à-dire , d’une mucosité abondante. Lorsque le mouvement fluxionnaire d’une humeur froide^ ou pituiteuse, ou muqueuse, produit ainsi une douleur ou une maladie , à quoi sert de saigner ? on ne doit le faire que si l’humeur se mêle au sang , l’altère , et produit des douleurs pongitives. Je crois même qu’alors il vaut mieux provoquer la sueur en administrant au préalable des anodins ; car les effets que nous signalons sont souvent l’œuvre de la sérosité. Après la sueur, il convient d’opérer une métasyncrise (1); et c’est en cela que le vulgaire réussit mieux que les médecins, en appliquant tout de suite aux malades un emplâtre de poix , ce que le médecin ne fait qu’ après y avoir mûrement réfléchi. Ainsi la prudente temporisation du médecin se trouve vaincue par la précipitation et l’imprudence d’une aveugle routine.

La concubine d’un certain Italien se plaignait d’une douleur au bas-ventre, occupant les deux aines. Elle avait eu ses règles peu auparavant, mais en plus petite quantité. La

(1) Changement dans les pores.

douleur avait débuté par le bas-ventre , et y était restée fixée. Nous conjecturâmes qu’il existait une inflammation de l’utérus ou des parties qui l’environnent. De fréquentes saignées la soulagèrent. Enfin on lui tira une grande quantité d’eau , et elle parut se rétablir.

Voici un cas remarquable observé à l’hospice de Sens. Un malade adonné à la boisson, très-cacochyme, et avant le foie très-sec, comme il était facile d’en juger, était atteint d’une fièvre continue. Il portait vers le sein gauche une ouverture fistuleuse , suite d’une blessure. Il s’en écoulait une eau sanieuse, et le malade s’en trouvait bien. Souvent il était pris de frissons , de sueurs : il était au plus mal et semblait près d’expirer. Mais la nature ne comprenant dans ses opérations que des matières cuites, ces phénomènes étaient critiques. L’hvpochondre droit s’était endurci, et le malade devenait comme ictérique. Cependant on donna issue à une collection d’eau considérable, et le malade guérit. Les crises, qui ont lieu dans les fièvres, soulagent quelquefois , mais elles occasionnent des rechutes. Ce malade en fut un exemple frappant.

On tira deux fois du sang,, environ six palettes, à Adrien Valée, presque septuagénaire. Le sang des six premières palettes était si fétide qu’à peine pouvait-on en supporter l’odeur ; et cependant il guérit. Cette fétidité ne tenait-elle pas à une sorte d’hypostase (1) du sang?

Dans le bourg de Garnier-sur-V eau , un malade , à la suite de la suppression d’un flux de ventre et d’excès de boissons., fut pris de douleur et de tuméfaction des deux hypochondres. Les excréments étaient liquides, et le médecin n’osait pas ouvrir la veine. Cependant nous ne trouvâmes pas de meilleur moyen de combattre l’inflammation

(1) Hypostase , dans l’acception ordinaire , se dit du sédiment contenu dans les urines.

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cachée , que de faire pratiquer au malade trois ou quatre saignées.

D’où vient qu’un grand nombre de personnes jouissent longtemps d’une santé parfaite , bien qu’elles ne se fassent jamais saigner ni qu’elles soient jamais purgées? D’autres, malgré des saignées et des purgations réitérées, voient leur santé toujours chancelante. Je crois que cela tient à ce que , chez les dernières , le corps prend une mauvaise habitude, et à ce que les purgations trop fréquentes l’empêchent de se nourrir , ainsi qu’en avertit Celse. Mais , direz-vous peut-être , était-ce sans nécessité ? Et combien n’en voyons-nous pas qui refusent obstinément les secours de la médecine, et qui , atteintes de flux dyssentériques, et de fièvres tierces ou quartes , guérissent de ces maladies sans l’aide d’aucun médicament. Chez elles, la saignée et la purgation eussent donc été inutiles. Je crois que les remèdes pharmaceutiques font violence à la nature et mettent en mouvement l’humeur cachée dans le mésentère , laquelle devient alors plus pernicieuse que si on l’avait laissée en repos. N’oublions jamais que la nature est l’agent curateur des maladies.

Il est une foule de personnes sujettes à des évacuations par les hémorrhoïdes , le nez , le ventre, etc. , etc... , et même à des évacuations spontanées très-remarquables, et qui n’en ont pas moins été vingt fois saignées. Une foule d’autres n’éprouvent jamais de tels accidents, mangent plus que d’autres , et n’en ont pas un meilleur teint. A quoi cela tient-il ? Est-ce à ce qu’il se produit chez les unes des mauvaises humeurs -qui manquent chez les autres , ou bien à ce que la meilleure médecine est de ne point faire de médecine ? Mais , direz-vous , lorsque les personnes qui ont longtemps joui d’une bonne santé tombent malades , elles le sont gravement. Qu’est-ce alors ?

Dans les maladies, le médecin a souvent beaucoup à

faire; car il a à tenir compte de l’état et du mésentère, et des poumons , et de la tête. Il en est des autres organes comme du ventre. Souvent le ventre , comme étant le réceptacle commun des boissons et des aliments , a des évacuations et des fluxions vers le bas. Il en est de même des autres organes. Après avoir accumulé longtemps les excréments, enfin, à la moindre occasion extérieure, leurs fibres se relâchant, ils veulent s’en exonérer. De là les toux longues et fatiguantes , les divers écoulements, les diarrhées, et, dans les fièvres prolongées, les rhumatismes , comme l’a remarqué l’auteur du livre des Types. C’est un point dont il faut bien tenir compte , pour se rendre raison des complications et des mélanges de maladies.

Dans la même maladie, on observe tantôt des douleurs de la poitrine ou de la tête , tantôt des fluxions sur les yeux , des enrouements , des coliques , des vers. Pourquoi cela? parce que tous les organes s’efforcent de se débarrasser de leurs impuretés. Il s’opère dans les humeurs une certaine fermentation et une certaine ébullition. Elles irritent tantôt parleur quantité , tantôt par leur qualité. De là la variété des symptômes et des maladies. Les fumées , la portion spiritueuse qui s’en dégage , engendrent les douleurs de tête , comme le prouvent les douleurs subites auxquelles les fièvres donnent naissance. Il existe une disposition tantôt chancreuse , tantôt strumeuse , suivant les propriétés de l’humeur ; et peut-être l’opinion des médecins pneumatiques n’était-elle pas si absurde. On est étonné de la violence des douleurs et des funestes symptômes que produisent les émanations du pus contenu dans un organe. Nous citerons comme exemple l’histoire de Cassin , la première du 2U livre de nos Conseils.

Les hommes de génie sont mélancoliques. Les hommes bilieux ont du génie , et les mélancoliques aussi. Les hommes de génie sont mélancoliques, en ce qu’ils méditent dans

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leur âme de nombreuses et de sublimes idées , d’où résultent souvent d’admirables œuvres. Et bien qu’ils ne fussent pas naturellement mélancoliques, l’assiduité de leurs veilles rend leurs esprits secs, leur sang noir et mélancolique en lui donnant plus de lenteur et de paresse. Les hommes bilieux ont du génie, c’est-à-dire ont la conception prompte, soudaine ; mais ils se fatiguent et ne peuvent pas s’occuper longtemps du même objet, comme les autres. Quelqu’un a retourné la proposition suivante : Les mélancoliques ont du génie : ils ont du génie, dit-il, mais ils deviennent mélancoliques.

Les maladies de l’automne , surtout les fièvres , sont les plus mauvaises. La fièvre revient à la moindre occasion , à cause de l’ustion des humeurs et de leur putrescence plus profonde (À). Les humeurs brûlées par l’été et les organes desséchés jusqu’à un certain degré , produisent la plus grande aptitude à la fièvre. Ces maladies sont d’autant plus difficiles à guérir qu’elles sont devenues habituelles. Un beau sujet d’études, ce serait de rechercher quelles sont les propriétés des humeurs et des maladies de l’automne ; car ces maladies ne me paraissent pas tenir aux vicissitudes atmosphériques , comme le veulent les anciens ; elles ont une cause plus cachée et plus secrète. Serait-ce parce que la sérosité domine dans cette saison , comme le prétend Hippocrate , ou bien parce que là où existe de la faiblesse , la maladie est plus facile et plus fréquente ? Or, l’automne engendre dans l’homme une faiblesse particulière : la force n’y brille pas, ne s’y manifeste pas comme dans les autres saisons. Les arbres en sont la preuve : tous perdent leurs feuilles , tous vieillissent. Ce que nous voyons sur les chênes , pourquoi ne se produirait-il pas chez les hommes, bien plus faibles ?

Jeanne le Prévost fut atteinte, en automne, d’une fièvre des plus véhémentes, d’une douleur très-aiguë dans tous les

membres, qu’elle pouvait à peine remuer. Il y avait fluxion sur les articulations , lassitude et sentiment d’ulcération. Si la matière morbifique se fût portée sur les organes intérieurs, elle eût occasionné une mort prompte. L’ouverture répétée de la veine fut utile et fournit un sang très-impur ; il s’y était mêlé une humeur étrangère. Je fus étonné qu’elle guérît sans avoir sué.

Pierre Rebière , par suite d’un catarrhe férin , et d’un afflux d’humeurs, non-seulement de la tête, mais des autres parties, eut la poitrine tellement opprimée qu’il pouvait à peine exécuter les mouvements d’inspiration. Le mal était extérieur et très-douloureux ; la matière était crue et maligne (B) , et de la même espèce que celle qui produit les catarrhes suffocants. La fièvre ne fut que symptomatique ; il dut son salut à un flux de ventre abondant. Ce fut une maladie remarquable et plus grave que ne le pensèrent les médecins. La faculté animale ne fut pas affaiblie , ni la vitale , ni la naturelle. Chose surprenante, une petite sueur fut avantageuse ; mais elle dépendit moins de la faiblesse de la nature que d’une surabondance particulière de l’humeur qui contrariait la nature. Vers le trentième ou le trente-cinquième jour, le corps entier se couvrit d’une sueur un peu froide, fétide et virulente, car elle infecta la garde, dont les mains étaient en contact fréquent avec le corps tout suant du malade.

Le procureur Jossery, quelques jours après avoir éprouvé une grande frayeur , ressentit une douleur dans l’hypochondre gauche. La sérosité , rendue putride par une ancienne cacochymie , s’était portée sur cette région ; il y avait aussi prédominance de l’humeur atrabilaire. Il fut immédiatement saigné. Il ne pouvait se coucher ni sur un côté ni sur l’autre ; il était presque apyrétique. Le vin , lorsqu’il en buvait, réveillait la douleur, avec une certaine sensation d’acrimonie. Il fut purgé trois fois, et guérit, grâce à l’évacuation complète de matières semblables à de la lie.

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Le nommé Charles, logé au Cimetière de St-Jean, souffrait d’une rétention d’urine. Il est présumable qu’elle dépendait d’une obstruction pituiteuse, ou de quelque tumeur de l’orifice de la vessie (C). Il n’existait pas de douleur, partant pas d’inflammation. On s’étonnait qu’une tumeur eût pu se former tout à coup. On s’efforcait de la résoudre. Ces tentatives faites sur un organisme impur précipitèrent la matière morbifique sur la vessie. On recourut aux diurétiques ; le mal s’en accrut ; la vessie se remplissait d’urine , mais il existait un obstacle à sa sortie. L’usage des diurétiques occasionna comme un transport d’humeurs sur la vessie ; les urines en fournissaient la preuve , car elles contenaient un sédiment très-abondant ; ou pour mieux dire , ce n’était pas un vrai sédiment, mais un amas d’humeurs. Enfin , en introduisant le doigt dans l’anus , oïl put saisir la tumeur de l’orifice vésical. On employa un grand nombre de résolutifs ; le malade guérit ; mais avant , il ne pouvait rendre ses urines d’aucune manière , si ce n’est à l’aide de la sonde. Au déclin de la maladie , il se fit une énorme tuméfaction du scrotum. D’où venait cela ?

Jean Lescot était atteint d’une fièvre dont les accès se répétaient régulièrement tous les quinze jours. Il était ictérique et d’un tempérament mélancolique. Il est naturellement hypochondriaque ; il en porte tous les caractères. La fièvre prit ensuite un autre type ; puis elle n’en conserva aucun , et devint tout à fait erratique. Il était terrifié par la chose la plus innocente. Au début des paroxysmes , il éclatait de rire; il disait éprouver un chatouillement. Nous conjecturions qu’une humeur âcre irritait et titillait le centre du diaphragme. Il guérit plus vite que nous ne le supposions. Il se trouva très-bien de l’emploi de doux purgatifs répétés par intervalles. Quand il y a moins véritable diathèse qu’amas d’humeurs, la solution de la maladie est bien plus facile. 22

Judith Memnée fut atteinte de rougeole ; les signes en étaient des plus manifestes. La maladie paraissait d’abord bénigne ; mais dans cette affection, les meilleures apparences ne doivent pas bannir toute crainte. Pendant trois jours, elle fut sans fièvre et put prendre des aliments. Le sixième jour, la fièvre devint très-violente. Les crachats se supprimèrent. Au plus fort de la fièvre, une douleur se déclare à la clavicule gauche. Alors le pouls est presque vibrant et inflammatoire, mais il se déprime facilement. On songeait à la saignée. La fièvre, qui avait duré quatorze heures, commence à tomber avec l’apparition d’une très-légère moiteur, en manière d *éphidrose< Les uns la considéraient comme une diminution et une solution de l’accès , comme une crise due à un effort de la nature , pour mener à bonne fin une maladie maligne ; les autres la regardaient comme le signe de l’oppression de la nature et de ses inutiles efforts ; d’autres comme un phénomène procatarctique (1) : car on avait entouré le malade de vessies de porc , qui , par leur chaleur , provoquent la moiteur. L’événement démontra que cette moiteur était la cause de la rémission de la fièvre ; car le matin, il y eut le même redoublement fébrile, et à quatre heures du soir , il se déclara une sueur ou une moiteur un peu onctueuse (D). Dans de tels cas , on aurait tort d’agir avec précipitation , et , se réglant sur le vulgaire , d’établir , d’après son opinion, les bases d’un traitement téméraire plutôt que de tenir un compte légitime des différentes indications du mal. Nous avons démontré plus haut combien il convient quelquefois de saigner, nonobstant la présence des sueurs. C’est un point dont il faut tenir compte pour ne pas pécher par excès ou par défaut d’action.

(I) Dans l’histoire de Vandole, au 2' livre de nos Conseils , nous avons expliqué les différences des sueurs. Conseil 12. (Baillou.)

ET ÉPÜÈMÈRIDES.

ANNOTATIONS

(A) En effet, dans ces sortes de fluxions, les sudorifiques, donnés avec mesure , sont de la plus grande utilité. Témoin la domestique de M. de Royssy , qui guérit rapidement , alors qu’elle paraissait menacée de paralysie.

(B) On ne saurait agir avec trop de prudence quand il s’agit d’arrêter l’écoulement du sang par le nez ; car s’il dépend d’un effort de la nature et qu’on le supprime brusquement , il en résulte un mal plus grand. Hippocrate remarque , dans ses Prorrhétiques , que la suppression violente des hémorrhagies occasionne des convulsions. Dans son commentaire , Galien veut que les convulsions dépendent moins de cette suppression elle-même que de l’emploi des répercussifs froids que l’on dirige et que l’on applique sur le lieu de l’hémorrhagie.

(G) Cette affection,, qui se manifestait seulement alors que les paupières étaient prises de mouvements convulsifs , est nommée par les Arabes alven , c’est-à-dire, palpitation. Voyez à ce sujet Manard.

(D) Il y a péril extrême à entreprendre , vers les jours critiques^ quelque énergique médication ; car, à la moindre occasion, la nature est troublée et prépare la crise; et quelque faible que soit cette crise , c’est sur elle qu’il faut s’appuyer. D’où nous avons fait souvent remarquer, d’après Hippocrate, la réserve dont ce grand homme ne se départ jamais; au point que , même en parlant des blessures, il veut que , le troisième, jour aussi , on ait recours aux moyens les plus doux , et que même on s’abstienne de tout traitement. Si la cure des blessures et des affections externes exige cette prudence., que sera-ce de celle des affections internes? C’est d’après ces principes qu’on peut expliquer comment le repos d’esprit guérit la manie.

(A) En effet, il existe en automne une putridité qui , par ses propriétés, diffère de celle des autres saisons; et à la moindre occasion , la fièvre s’exaspère ; cela tient à la viciation des esprits.

(B) Cette maladie dépendait en effet d’un certain état de dissolution , de liquéfaction des humeurs , surtout à la surface extérieure du corps, à laquelle les personnes bien portantes elles-mêmes sont quelquefois sujettes , mais qui se produit surtout dans les parties affaiblies, débilitées et dans les nerfs ; dissolution due à la sérosité qui découlait du cerveau, et qui s’accumulait dans les organes eux-mêmes : ce qui fait qu’il y a témérité à saigner , à moins d’une absolue nécessité ; car il y a diminution de la chaleur naturelle et souffrance des propriétés spéciales des organes euxmêmes ; ce qui occasionna chez ce malade une sorte de coryza. Il arrive, dans ce cas, la même chose qu’à ceux que gagne le sommeil : l’organe et ses facultés s’appesantissent.

(C) N. de Palayseau éprouva quelque chose de semblable ; il souffrit longtemps de dysurie ; il rendait avec beaucoup de douleurs des matières glaireuses. Il avait fait abus du vin blanc et de l’équitation. Il urinait quelquefois du sang. On le croyait atteint de la pierre. Un long usage des boissons miellées le guérit.

(D) Il est extraordinaire qu’une hémorrhagie se produisît à la moindre occasion chez cette jeune fille. C’est chose nouvelle dans un âge si jeune ; car, Aristote en a fait la remarque , il est contre l’ordre habituel que les jeunes filles aient des varices, ou des règles, ou des bémorrboïdes.

CONSTITUTION DE L’AUTOMNE

Nous avons exposé un peu plus haut l’idée que l’on doit se faire des maladies de l’automne et du caractère climatérique de l’automne lui-même (A). Les chirurgiens ont fait la remarque que c’est dans cette saison surtout que tous les ulcères se cicatrisent difficilement ; ce qui dénote l’inclémence et l’insalubrité de l’air à cette époque de l’année. Cependant l’automne actuel ne fut pas très-fécond en maladies. Il y régna beaucoup de fièvres quartes et de fièvres erratiques. Nous eûmes surtout lieu de vérifier cette observation d’Hippocrate , dans les aphorismes: V automne dispose aux maladies de la rate; car c’était principalement de l’hypochondre gauche que se plaignaient les malades. Autant que je puis en juger , la malignité des maladies de l’automne dépend d’une ustion, et l’irrégularité, le désordre des paroxysmes dépendent d’une sorte de fumées vénéneuses ; le traitement même les fait plutôt empirer ; il ne convient même pas de s’obstiner à attaquer , à juguler ces maladies. Une observation fort importante encore, c’est que la règle à suivre dans la nourriture et le régime de vie , est tout autre dans les maladies de l’automne que dans les maladies des autres saisons (B) ; car la malignité des maladies de l’automne est corrigée par un surcroît du suc nutritif. 11 y

existe une ustion et un dessèchement des humeurs et des esprits qui doivent être adoucis et apaisés par l’excellence de l’aliment. Hippocrate , et Galien après lui (Comment, sur l’aph. 17 dulerlivr. des Aphor.), en ont fait la remarque. Galien s’exprime ainsi : JJ automne doit être assimilé aux maladies qu engendre la corruption. C’est pourquoi ceux qui ont la fièvre dans cette saison, ont besoin de recevoir continuellement un meilleur aliment. Les forces sont-elles en bon état? il faut donner beaucoup et souvent y si elles sont chancelantes, il faut donner peu et plus souvent encore. 11 avait dit peu avant : La faiblesse réclame par elle-même un surcroît d'aliment ; la corruption réclame ïépicrase , c'est-à-dire, C évacuation. Et ce qui vient d’être dit de l’augmentation de la nourriture „ peut aussi se dire de la soustraction du sang. Si la corruption est grande en automne, si les forces sont chancelantes,, pourquoi dans celte saison tirer du sang d’une main si libérale? C’est commettre une faute grave que d’agir ainsi. Et nous avons vu souvent ces saignées répétées fatiguer beaucoup le malade et ne le soulager que peu ou point. Il faut donc s’appliquer bien plus à corriger cette qualité cacoèthe (à moins qu’il n’existe des signes manifestes de cacochymie avec pléthore) , que de provoquer des évacuations abondantes , ou de soustraire quelque chose du suc alimentaire. C’est une faute que beaucoup de médecins commettent. Rien n’est au reste plus évident que ce principe délétère que je soupçonne exister dans presque toutes les maladies de l’automne. Les malades maigrissent facilement, se fondent et tombent dans le marasme , tout en ayant l’air d’aller assez bien , et en avouant qu’ils ne ressentent que peu ou pas de douleurs. Les fièvres sont lentes, continues, symptomatiques ; car elles dépendent d’une diathèse, d’une obstruction opiniâtre, et d’une altération des organes, comme l’attestent les douleurs qui accompagnent le retour des paroxysmes et

ET ÉPI1ÉMÉRIDES.

des exacerbations. Ainsi, cliez les uns., une douleur se fait sentir dans l’hypochondre gauche , tantôt bornée à ce point, tantôt se propageant jusqu’à la clavicule et simulant la pleurésie , comme celle qui, tout l’automne^ tourmenta l’épouse de M. Gabriel ; chez d’autres, c’est une douleur vers la région du foie , comme chez une jeune fille qui demeurait près de l’église de Sainte-Croix ; chez d’autres , au mollet et à la jambe comme chez le garde Mabire et le président Doursée ; chez d’autres , à la bouche de l’estomac ou du ventricule s’étendant peu à peu au sternum , même sans chaleur manifeste , comme chez un Bourguignon, domestique de M. Chalmèse. On ne saurait s’imaginer combien est grand le nombre de ces symptômes accompagnant les maladies de l’automne , à l’égard desquels le médecin doit se conduire en spectateur et en ministre ^ et non en acteur ; et si l’expérience ne me l’avait appris, je ne l’aurais jamais cru moi-même (1). Que de fois dans le traitement des maladies de l’automne , n’ai-je pas perdu mon temps et mes peines ! j’en fais l’aveu avec franchise. Les maladies de l’automne semblent avoir le même génie que les affections cancéreuses. Il n’y a rien donc d’étonnant que toute médication les fasse empirer. J’ai voulu consigner ici ces remarques , afin que, mieux instruits de la nature et du caractère de ces maladies, nous leur opposions des moyens diététiques et pharmaceutiques différents de ceux des autres maladies. Je puis affirmer que parmi les malades atteints de ces fièvres quartes qui régnèrent par milliers dans l’automne de 1571 , ceux qui furent tourmentés par des saignées et des évacuants, périrent presque tous ; et que ceux qui restèrent sans traitement, furent presque tous guéris vers le mois de mars par les seuls efforts de la nature. Voyez à ce sujet nos annotations du 1er livre.

(1) Voyez au l*r livre de ces Épidémies. (Baillou.)

Dans le premier livre de ces Épidémies , nous avons signalé, d’après Théophraste et Galien, les fâcheux effets de la saignée du bras trop souvent répétée. Nous n’ajouterons qu’un mot : beaucoup de malades atteints de fluxions articulaires se soumettent facilement , en raison de la douleur, aux émissions sanguines. N’ont-ils pas tort? certainement ; car le corps se refroidit, les nerfs sont débilités, et , ce qui est plus grave , la faculté assimilatrice est affaiblie. Bien plus , la nature est obligée d’opérer deux fois la coction , car elle supplée par un sang nouveau le sang qui avait déjà subi' la coction et que Ton soustrait. Par suite de cette débilitation, les humeurs déplacées et altérées dans leurs qualités, et celles qui doivent être fixes, n’étant plus régies par la nature, se jettent plus facilement sur les organes. C’est un point digne d’attention.

Une dame noble se croit enceinte , son ventre grossit durant neuf mois ; elle offre tous les signes de la grossesse : du lait et de vives douleurs dans les seins. Au bout de neuf mois, les règles coulent en abondance; ni les seins ni le ventre ne s’affaissent complètement (C). Nous croyons qu’il existe une mole. Cependant elle assure avoir senti dans le ventre des mouvements pareils à ceux de l’enfant. Nous attendons quelle sera la terminaison de ce développement du ventre.

Un malade se plaint d’une affection étrange ; il accuse une douleur presque intolérable dans l’estomac (D) ; celte douleur s’exaspère, surtout lorsqu’il boit du vin , qu’il est obligé de vomir quelques heures après l’avoir pris (E). Les autres aliments ne produisent rien de pareil. D’où vient cela? d’une affection hypochondriaque, à notre avis; d’une phlogose , et d’une disposition inexplicable de cet organe. Une femme, malade de la rate et mélancolique, éprouvait la même chose. Buvait-elle du vin blanc , elle ressentait dans l’bypocbondre gauche une douleur insupportable ; même

chose arrivait au procureur Jossery. Voyez ce que j'ai déjà écrit à ce sujet.

Jean Chalumeau , âgé de cinquante ans ou même plus , sec de corps et sec d’organes , fut pris d’accidents néphrétiques : douleur fixe ; par intervalles , expulsion de quelques pierres. Le rein gauche contient une pierre à angles mousses ; on la trouva , à l’autopsie , implantée au commencement de l’urétère. Il existait une fièvre plus intérieure qu’extérieure, de l’ardeur et de la sécheresse. Les extrémités étaient froides ; la langue était sèche et hérissée. Chaleur et soif. Il urinait en trop grande quantité ; l’urine était entièrement aqueuse. Il tomba peu à peu dans le marasme. Il mourut du diabète. Le rein droit ne contenait pas de calcul ; il était plus petit et presque atrophié. On trouva dans l’autre, ainsi que nous l’avons dit , un calcul. On ne put découvrir aucune autre altération digne d’être notée. Cette maladie est souvent due à un état général , et la soif dépend de l’excitation de la faculté attractive des reins j et même la discrasie (1) du foie et des veines , à laquelle se joint une disposition nitreuse et salée des humeurs , se communique facilement aux reins. Ajoutez que la sérosité excrémentilielle afflue et se jette principalement sur les organes souffrants. On peut se demander comment un rein si altéré sépare encore le sérum d’avec le sang , comment il ne finit pas par laisser échapper un sang sanieux et séreux, ou une sérosité sanguinolente. Cette question exigerait une foule d’explications. Car, comme chaque organe possède quatre facultés dépendantes des éléments , l’une d’elles peut être altérée, une autre restant intacte , suivant que la qualité qui aide et entretient cette faculté , sera elle-même altérée plutôt qu’une autre. Il arrivera que

(l) L’inégal mélange des parties qui constituent le sang ou le sue nerveux.

le rein, comme organe officiel, péchera en altérant plus qu’il ne devrait ; et que, comme organe privé, il ne cessera pas de se nourrir, et n’en continuera pas moins à séparer bel et bien le sérum du sang. Que si le sang contient beaucoup de sérosité, et de sérosité nitreuse et mauvaise et peu de suc louable, il ne sera pas surprenant que le mal s’ajoute au mal. Bien plus, souvent le rein est plus fort et plus volumineux , mais ce n’est pas à l’avantage des malades. Il se produit alors ce qui arrive aux personnes qui ont la rate plus développée. Or Hippocrate dit : Le corps maigrit chez ceux dont la rate acquiert un surcroit de volume. Voyez plus haut l’histoire de la veuve de Barnabé Panthou.

Un gentilhomme fit une chute de cheval. Il resta assez longtemps étourdi. Il se fit un abondant écoulement de sang par l’oreille gauche. On redoutait une fraction du crâne. J’apprends cependant qu’il a été délivré de cet écoulement de sang.

Une question qui n’est pas sans importance est celle de l’emploi des bouillons comme analeptiques et incrassants. 11 est des personnes qui font un fréquent usage des bouillons, soit pour se donner plus d’embonpoint, soit pour rémédier à leur constipation. D’autres blâment cette manière d’agir, prétendant que l’abus des bouillons et des aliments liquides peut engendrer la corruption des intestins (F). Car, disenS-ils, les fèces deviennent plus liquides, et leur dissolution dans l’eau les rend plus fétides (G). De plus, la sérosité étant la cause la plus fréquente des maladies, si les intestins sont gorgés de liquides, si le foie reçoit beaucoup d’eau , le sang sera rendu trop séreux , et il se produira même une sorte de dissolution, d’énervement dans la sgstase ou constitution du foie, et dans la masse du sang ellemême. Or, le principe du ton, du bon état, de la fermeté des organes est ailleurs : l’eau et les choses liquides les

relâchent, au contraire; car elles manquent du visqueux, du gluant qui donne la force aux organes.

L’histoire de Nicolas Rassi est curieuse. Il était atteint d’une fièvre continue ayant quelque rapport avec la tritœophie et l’hémitritée. La nature de son mal était fort obscure. Son pouls fut continuellement fréquent et déprimé , comme il l’est d’ordinaire chez les personnes les plus débiles ; et cependant sa constitution était assez bonne et en apparence athlétique. Les médecins ne parvenaient pas à découvrir la cause de cette fréquence du pouls : les lins y voyaient un indice de faiblesse, les autres de cacochymie, les autres de plénitude et d’oppression des organes de la circulation (H). Or, comme son pouls était naturellement déprimé et petit, cette petitesse avait persisté, et la fréquence seule était contre nature.

J’ai déjà appelé l’attention sur la dissolution des humeurs que l’on voit se produire, et qu’Hippocrate désigne par ces mots tûv yuyüv <5V/yucriç ; car dans certains temps, dans certaines maladies, à certains âges, cette dissolution s’opère, non-seulement dans la tête et par la tête seule , mais aussi dans d’autres parties du corps (d’où toute fluxion provenant de la tête est regardée comme mauvaise ^ parce qu’elle se fait d’un organe sur un autre organe). Elle dépend d’une certaine faiblesse des parties, surtout de l’affaiblissement de la faculté de rétention : et plus un organe est sec , plus on voit y affluer de ces humidités. Dans tout le corps et dans chacune de ses parties , il existe une certaine tonicité, c’est-à-dire , une bonne cohésion des organes, de leur substance et de leurs facultés, dont la persistance assure le libre jeu. Je n’entends pas ici cette disposition catarrhale par faiblesse que l’on rencontre chez beaucoup de personnes ; car c’est de deux manières que cette fluxion affaiblit les extrémités inférieures; tantôt l’humeur quille un autre point pour se jeter sur elles , et c’est là un

exemple delà force d’impulsion de la nature; tantôt l’humeur afflue sur ces extrémités par suite du relâchement de leurs fibres. Ce dernier état est le plus mauvais ; car il s’accompagne de l’ébranlement et de la perte de la tonicité soit des parties sur lesquelles se porte l’humeur, soit de celles d’où elle découle. Les médecins ne sauraient trop s’appliquer à corroborer ces parties , autant que possible, à leur rendre le ton qu’elles ont perdu. Les termes de colliquation , d’étisie , conviendraient parfaitement à cette disposition ; elle produit dans le corps les plus surprenants effets. Elle est quelquefois portée à ce point qu’elle détermine une désorganisation des parties , si je puis ainsi dire. Il résulte de ce relâchement des fibres une grande abondance d’humeurs excrémentitielles , une profusion de pituite , le tintement des oreilles, des flatuosités; et tout cela à cause de l’appauvrissement de la chaleur naturelle qui ne rayonne pas assez. Nous avons vu souvent la nature succomber à un pareil état, surtout chez Claude Pelot, après de longues veilles. Cet état peut dépendre aussi de l’extrême développement de la chaleur. Ainsi apparaissent dans les fièvres quartes prolongées ces flux surabondants de pituite et d’humeurs catarrhales et rhumatiques, dus à l’excès d’une chaleur dissolvante et à l’affaiblissement des parties.

Il est surprenant de voir combien le foie, le cerveau, le cœur , la rate, les parties les plus nobles du corps, renferment de suc dépravé , alors qu’elles paraissent entretenues et nourries par le sang le plus pur. Car si ces organes exercent dans le corps une action principale, il faut qu’ils aient un bon tempérament et qu’ils soient nourris d’un meilleur suc. Pendant toute la vie, les organes internes se dégorgent sur les extérieurs, et tout ce qu’ils renferment de lie et d’impuretés vient à la peau. Ce qui indique ou la force de ces organes, ou l’excellence des parties externes. De même que dans l’épuration et le repurgement de l’or , si je puis

ET ÉPIIÊMÊIllDES. 349

me servir de cette comparaison la dernière mutation est la plus parfaite; de même, lorsque les parties internes, dans le dernier acte de l’assimilation, de la coction et de l’incorporation , travaillent à rendre quelque chose meilleur et plus parfait que cette chose n’était avant , elles ne peuvent supporter aucune souillure. Ainsi donc, les efflorescences de pustules ou de gale qui se font à la peau , loin d’être nécessairement un indice du mauvais état des organes internes, tiennent, au contraire, à ce que., dans l’élaboration la plus parfaite (comme est celle qui se fait à la surface du corps) ^ il est nécessaire que la séparation de ce qui est hétérogène et superflu soit portée aussi loin que possible.

Dans le premier livre^ nous avons signalé les dangers de saigner du bras où siège la douleur ou la faiblesse ; il est des médecins qui émettent des doutes sur ce point.

Jean le Prévost et une foule d’autres, atteints de douleurs des mains ou de bras , furent , il est vrai , saignés du côté malade et ne s’en trouvèrent pas plus mal. Dans les fièvres graves , on tire avec grand avantage du sang des parties malades mêmes. Cependant le médecin n’en doit pas agir avec moins de circonspection. Si le bras est faible par luimême ou par accident ; s’il est dans la torpeur , ou si le sentiment ne s’y révèle que par un fourmillement, c’est avec plus de prudence et d’hésitation encore que l’on doit y pratiquer la saignée ; car il est des cas où cette formication tient à la faiblesse et à une fluxion partie de la tête ; la saignée produit alors une parésie (1), ou quelque résultat analogue. Il est d’autres cas où la fluxion a son point de départ, non dans la tête ^ mais dans tout le corps, toutefois avec le concours d’une sérosité ténue découlant de la tête , y compris les fièvres graves dans lesquelles les malades ne peuvent supporter le moindre attouchement ni le plus léger frottement. Et alors , on peut sans

(1) Sorte de paralysie.

danger ouvrir la veine des bras mêmes où siège la douleur ; mais ces cas exigent le plus grand discernement , afin de ne pas prendre un cas pour l’autre.

D’où vient que le vent qui passe à travers une fente ou un passage étroit , et que l’on nomme vent coulis , exerce sur les organes une action plus dangereuse que celui qui souffle à travers une grande ouverture ? On dirait même quelquefois qu’il porte avec lui une influence sphacélisante et vénéneuse.

Le lait d’ânesse guérit l’éléphantiasis , la chair de l’âne y prédispose et l’engendre. D’où vient cela ? Est-ce parce que la chair engendre des sucs épais, le lait des sucs séreux et ténus? Cette explication paraît une absurdité ; car Hippocrate a dit au 2e livre De la Diète clans les maladies aiguës : Les animaux dont le lait et le sang sont légers , ont aussi la chair légère.

ANNOTATIONS

(A) Au commencement de l’automne , on s’attendait à une grande quantité de fièvres quartes. Il ne s’en rencontra cependant qu’un petit nombre, et il était surprenant que le nombre en fût si petit , le temps paraissant assez insalubre. Par contre, nous avons dit dans le premier livre comment , un autre automne , elles avaient été innombrables.

(B) Nous avons même vu , dans les paroxysmes des fièvres et des maladies d’automne , l’usage des bouillons et des aliments de facile cochon diminuer immédiatement et abattre la violence de la chaleur.

(C) Hippocrate fait observer, dans son Traité de l'Air , des Lieux et des Eauoo, qu’il arrive souvent aux femmes qui font usage d’eaux mauvaises et marécageuses, de se croire enceintes ; le développement de leur ventre persiste jusqu’à l’époque ordinaire de l’accouchement; puis enfin cette grossesse s’évanouit.

ET ÉPIIÉMÉR1DES.

(D) La même personne raconte qu’encouragée par les conseils de certaines gens qui lui recommandaient de mâcher tous les matins de la sauge, elle avait vu , sous l’influence de ce remède , son mal diminuer. Elle rejetait une grande quantité de pituite , et il est à croire que ces douleurs provenaient d’une pituite extrêmement froide , jointe à une certaine chaleur et phlogose internes. Elle avait aussi fait macérer des excréments de cheval dans du vin blanc, et elle assurait avoir retiré de très-bons effets de l’usage de cette macération.

(E) Aétius explique cette affection dans le chapitre où il dit que ceux dont l’estomac se décompose , ont le ventre resserré.

(F) Et dans l’aphorisme 69 du 7e livre des Aphorismes , Hippocrate enseigne qu’il ne faut pas donner trop de tisane lorsque les urines contiennent des raclures (je dis les urines, bien qu’il se serve de l’expression û-oyyopyfp.aToç , excrétions) et avec raison , comme il ressort de ce qui précède et du sens qu’il convient de donner au passage de Galien sur les urines.

(G) Si dans les blessures et les ulcères , le sec est la condition la plus voisine de l’état sain ; s’il est si avantageux de provoquer des sueurs , si la diète et l’assèchement ont de si bons effets , pourquoi sommes-nous si empressés de prescrire des bouillons ? D’où nous voyons Galien , au dernier chapitre des Lieux affectés , prescrire contre l’affection du poumon avec corruption (ce que nous avons rencontré souvent chez nos malades) tout ce qui peut dessécher, employer les aromates et le mithridate. Mais ,, direzvous , le corps est exténué. Que faire alors? corriger la putridité , car ce n’est pas sans quelque raison que le vulgaire dit que tel ou tel avait les poumons pourris, par le trop grand usage des choses liquides et des boissons. Gependant, dans l’orthopnée et la difficulté de respirer, lorsque

surtout elles s’accompagnent d’obstruction, il nie semble que l’on peut être moins réservé dans l’usage des boissons et des choses liquides ; et dans ce cas, peut-être a-t-on tort de prescrire les médicaments qui dessèchent les poumons. C’est un point qui ne manque pas de difficultés. Mais ce qu’il ne faut jamais perdre de vue , c’est que l’usage des choses liquides affaiblit les forces de l’estomac et détruit sa faculté de rétention. Le libre exercice des facultés de rétention et d’attraction demande un degré modéré de sécheresse. Or , l’abus des bouillons dispose à l’hydropisie des poumons. Et de même que les choses sèches arrêtent l’expectoration, les humides, données sans mesure, fluidifient les crachats et en affaiblissant le poumon, le rendent moins apte à excréter les matières qui Pobstruent.

(H) Cet état engendre une grande quantité d’humeurs bilieuses et d’humeurs crues, comme on peut s’en assurer ; ce qui rend la maladie fort dangereuse ; car Galien , dans son commentaire sur l’histoire de Silène, a écrit : Les maladies sont tres-graves , qui s’ accompagnent d’une grande quantité d’humeurs bilieuses et de sucs crus.

(I) Peut-être pourrait-on donner à cette tonicité le nom de tension. Ce que l’on dit d’un oiseau qui vole à l’aide de ses ailes rapides, qu’il est en tension, et que, lorsqu’il tombe percé par une flèche , cette tension cesse , pourrait s’appliquer à notre corps. Ainsi l’éruption d’une sueur critique s’opère par tension ; et lorsqu’elle n’est que symptomatique, par résolution et par dissolution , par la résolution de quelque partie de la nature jusque-là en contraction. Ainsi le paroxysme épileptique consiste en une certaine contraction , la paralysie en une résolution. C’est ce qu’enseigne Hippocrate , et ce que nous venons de démontrer dans l’histoire de Vandole.

(J) Ici revient la question du lait d’ânesse comme guérissant l’éléphantiasis, et de la chair de l’âne comme produisant la

ET ÈPIllhlÉIUDES. 553

même maladie. Car puisque le foie , et non tout le corps , fournit les matériaux du lait d’ânesse, et que la nutrition de la surface du corps est plus parfaite que celle des organes internes, il paraîtrait plus naturel que ce fût le lait d’ânesse., et non la chair de l’âne, qui engendrât l’éléphantiasis.

CONSTITUTION DE L’HIVER

On vit se manifester dans cette constitution tout ce qu’exercent d’influence l’air et la température. Le vent du midi souffla presque continuellement , et il en résulta un grand affaiblissement des nerfs et de l’économie du cerveau. Ce vent porte en effet avec lui quelque chose de surnaturel ; car il engendre bien moins des humeurs qu’une disposition particulière dans les organes eux-mêmes. Tantôt il leur donne plus de force, tantôt plus de faiblesse. D’où, par le vent du midi , des duretés de l’ouïe, des torpeurs (À). Pourquoi? parce qu’il affecte et affaiblit le ton des nerfs mêmes, dispose le corps aux catarrhes, et y développe des affections idiomatiques , tantôt à l’intérieur , tantôt à l’extérieur. Si c’est dans l’intérieur , dans le ventre lui-même, il en résulte de la diarrhée et d’abondantes évacuations ; si c’est dans le poumon , des douleurs de côté , et une pituite diflluente et comme spiritueuse ; et de même pour les autres parties. Les affections catarrhales se portent-

*fV’ f

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elles à l’extérieur, ou de la tête aux organes sous-jacents, on voit naître des paraplégies et des hémiplégies , ou des paralysies spéciales dans les organes eux-mêmes. Mais si la tête est affectée ou opprimée , il s’ensuivra une foule de maladies , surtout une foule de paralysies , d’hémiplégies , de flux, de flux dephlegmes. La tête est affectée par suite de l’influence qu’elle subit de l’inclémence du ciel. Ainsi la plupart sortent de chez eux le matin sains et secs , qui , respirant une atmosphère brumeuse, ou frappés par un vent trop froid , toussent tout à coup, et ont la voix rauque et éteinte. La tête est opprimée par suite de la suppression de ses excrétions habituelles (B). Or, il est des personnes dont la tête excrète plus que chez d’autres. Ceux-là surtout subissent l’action des orages et des changements de temps, qui ont les organes plus délicats, et les esprits aussi plus délicats et plus subtils. Or , durant tout l’hiver et au commencement du printemps, il y eut une quantité innombrable de paralysies , et elles ne dépendaient pas seulement d’une fluxion froide partie de la tête, mais aussi du concours d’une cacochymie particulière de tout le corps ; on rapportait celle-ci à l’état du ciel. Dans ces paralysies et dans ces flux eux-mêmes, la saignée eut le plus souvent de bons effets.

Une observation étrange et dont il faut bien tenir compte, est celle faite par les plus célèbres lithotomistes de Paris , que la casse est , assurent-ils , un médicament très-dangereux pour ceux que l’on a opérés de la pierre. C’est pourquoi Laurent l’aîné, opérateur prudent et habile , défendait par-dessus tout aux médecins de prescrire la casse à ceux qui allaient être ou qui avaient été taillés ; il affirmait que ce médicament avait fait courir des dangers à une foule d’opérés , et que chez eux tout avait été de mal en pis. Cela tiendrait-il à ce que la casse est diurétique, et que cette pro-

ET ÈPHÈMÊRIDES. 355

du mauvais état , d’un état nauséeux de l’estomac ? car elle possède une qualité vireuse et excite des tranchées : d’où il est difficile qu’elle ne cause pas dans tout le corps quelque perturbation qui retentisse jusque dans la vessie.

Le médecin Cordée éprouvait des douleurs implacables à l’ischion. L’application d’un vésicatoire de cantharides produisit une ardeur de vessie intolérable. L’usage des cantharides est-il sans danger? non; on doit veiller à ce qu’il n’en résulte pas d’ardeur de la vessie.

La fille de Dumée, âgée de 17 ans , fut prise de fièvre. Elle ressentait quelque douleur aux clavicules et aux bras , presque jusqu’à l’olécrane. On était loin de soupçonner la malignité de la fluxion et le travail souterrain que faisait la mine. On commença à attaquer le mal par certains remèdes, à appliquer des anodins , à purger, à ouvrir la veine du côté opposé. Le septième jour elle tomba dans un état comateux et comme paralytique. Les parties où siégeait la douleur commencèrent à être insensibles. Rien ne se montrait à la surface. Elle mourut (C). Il y avait comme une sidération des parties profondes du bras jusqu’au périoste; il était devenu noir peu avant la mort. On trouva autour du périoste lui-même le sérum et le virus qui avaient attaqué et corrompu le membre ; la corruption avait même déjà gagné l’intérieur du thorax , comme s’il s’y fût développé une pleurésie sourde , si je puis m’exprimer ainsi. La sérosité virulente produit d’étranges effets (1) !

Les châtrés sont à demi-pourris (on dit en français poüastres) et comme atteints d’un éléphantiasis blanc. Comment se fait-il que l’on dise que* f ablation des testicules met à l’abri de l’ éléphantiasis et le guérit lorsqu’il existe ; et que les castrats, à qui l’on a retranché ces organes, par suite même de cette opération, tombent dans une sorte d’éléphantiasis?

(t) Voir Hippocrate, Sect. 3 du livre 3 Des Épidémies; à lire eu entier. (Baillou.)

Mademoiselle Thiésalde fut un exemple de ce que renferment ces paroles d’Hippocrate : V emportement contracte le cœur et le poumon sur eux-mêmes , et appelle à la tête la chaleur et les liquides. (Hipp. §. 0. Sect. 5. Liv. 6. des Épidém. Trad. de Littré). Comme elle avait les viscères chauds et la tête chaude, à la suite de diverses émotions et mouvements de colère ,, elle tomba dans un état complet d’oppression. La chaleur et l’aliment se portant et s’accumulant à la région précordiale , elle fut saisie en conséquence de douleurs de côté simulant la pleurésie 3 et qui dépendaient moins de la tête et du poumon même que du reflux , du mouvement de bas en haut des humeurs; car il se fait une intumescence et une expansion du foie. Il y a ici deux choses à remarquer. Premièrement , elle fut en grande partie soulagée par une sueur et une moiteur critiques; or, la sueur était diaphonique , et se bornait à de la moiteur ; les forces étaient languissantes; et si la cacochymie n’avait pas été amoindrie, si la crise ne s’était pas faite régulièrement , c’est-à-dire avait consisté en un changement subit, sa mort eut été soudaine; mais ce changement se fit peu à peu., graduellement; et cette sueur, telle quelle, fut avantageuse. Secondement, la colère et les émotions, extrêmement nuisibles aux constitutions chaudes , sont par contre avantageuses aux constitutions froides et pituiteuses. Hippocrate a dit : If faut s’appliquer à exciter la colère , afin de ranimer la coloration du corps et ses sucs nourriciers (1). Il émet cette opinion au livre 2. des Épid. et la développe au §. 9. Sect. 5. Livre 6. des Epidémies.

(I) Voici le texte exact : Pour rétablir la bonne couleur et les sucs , on s'efforcera d'exciter des vivacités , des allégresses , des craintes , et autres sentiments semblables. (Hipp. Épid. Liv. 2. Sect. 4. §.4. Trad. de Littré.)

ET ÉPUÉMÉ1UDKS.

Nous nous sommes déjà expliqué sur le jugement à porter de la bonne ou de la mauvaise qualité du sang, qui est une occasion de fautes graves, et dont les médecins se servent pour déguiser leur ignorance. Chez beaucoup de personnes , le sang tiré de la veine paraît des plus impurs, et ne s’est même jamais offert dans un état de pureté , chez lesquelles on a trouvé après leur mort , à l’autopsie , tous les organes dans un état d’intégrité complète. Chez d’autres, il a paru presque toujours pur, bien que l’on ait trouvé leurs viscères , et surtout les poumons en pourriture. Que conclure de ces faits ? Chez beaucoup de personnes , parce que leur sang se sera montré toujours impur , prendrez-vous prétexte de cette impureté pour leur ouvrir de nouveau la veine ? vous détruiriez leurs forces. Et peut-être le sang impur ne surnage qu’à la surface du corps. Ce sont souvent les femmes les plus belles et les plus blanches qui fournissent un sang impur. Qu’en conclure ? Chez beaucoup de personnes, à mon avis, la nutrition se fait très-bien avec un pareil sang. Leur corps vit dans un tel sang comme le porc dans la boue. On voit parvenir à un âge avancé des personnes qui ont offert un sang impur, tout aussi bien que celles dont la saignée a toujours fourni un sang pur. Souvent aussi il a les apparences de la pureté, et il est altéré dans sa masse entière. Par contre, il a d’autres fois les apparences de l’impureté, sans être altéré dans sa masse. Souvent cette apparence d’altération et d’impureté tient seulement à la constitution délicate du corps et au mélange de la sérosité avec le sang. La preuve , c’est que ces personnes ne sont cacochymes que dans leurs organes inférieurs. A de tels malades la purgation convient mieux que les saignées répétées. C’est une remarque importante, parce (pie beaucoup de personnes ont une bonne mine et un teint fleuri ^ qui souvent sont plus valétudinaires que d’autres dont le sang est moins pur et la figure pâle. Ce sont des choses

qu’il ne faut jamais perdre de vue , si l’on ne veut pas faire d’un art utile le fléau de l’humanité.

Lorsque quelqu’un est sujet aux catarrhes, on en accuse le foie , ou la trop grande chaleur des viscères. Lorsque cette disposition existe , il s’élève des vapeurs vers le cerveau , qui les refroidit , et qui est , à son tour , refroidi par elles. Il se fait ainsi de la tête un départ perpétuel de fluxions. Mais ne serait-ce pas plutôt chez ceux dont les organes sont doués d’une chaleur modérée et attiédie, qu’il se ferait un plus grand dégagement de vapeurs ? car lorsque la chaleur est en petite quantité et à un moindre degré dans les autres organes, c’est-à-dire avec équilibre des humeurs , elle développe une plus grande quantité de vapeurs, tandis qu’elle les dissipe et les anéantit, lorsqu’elle est trop intense (1). Il arrive dans ce cas ce qui se passe dans la combustion du bois vert. Rappelons aussi ce qu’a fait observer Fernel (au Chapitre des Consultations pour les personnes sujettes aux catarrhes ) , savoir qu’il ne faut peut-être pas demander seulement aux parties inférieures la cause de la production d’une si grande quantité de vapeurs , mais aussi et plutôt au cerveau, qui, s’il est trop chaud, se liquéfie et se fond ; s’il est trop faible et délicat , laisse toujours échapper et distiller quelque chose , ou s’accumuler en lui les humeurs excrémentitielles ; car le ton et l’harmonie du cerveau sont rompus. C’est ce que les Français désignent par les mots : Le cerveau est débandé. Cela peut dépendre aussi d’un excès de force dans le cerveau, qui, se déchargeant avec énergie sur les parties inférieures, les inonde d’humeurs rhumatiques (catarrhales). Cette décharge est en grande partie salutaire ; ce qui fait dire que les catarrhes forts et fréquents sont salutaires. Cela dépend encore de ce que les pores sont bouchés et la peau du péricrâne trop épaisse ; et de même que nous voyons les individus qui transpirent dif—

(1) Voir Iiipp. Livr. 2 Des Maladies ; au commencement. (Baillou)

ET ÉPUÉMÉRWES.

licilement, être valétudinaires par défaut de sécrétion, ainsi, lorsque les excrétions se font mal du côté de la tête , cet organe se congestionne et devient une source abondante de fluxions. Toutes ces circonstances doivent être appréciées exactement, si l’on veut faire delà bonne médecine. Les uns s’abstiennent entièrement de saigner dans les catarrhes, d’autres y prodiguent la saignée : c’est tomber de part et d’autre dans l’excès ; car il se fait continuellement dans le cerveau un mouvement tumultueux et un orgasme que la saignée apaise parfaitement.

Dans la maison du notaire J. Trouvé l’aîné , un clerc fut pris de frisson et de fièvre. Nuit agitée, vomissements continuels de diverses matières , puis de matières comme cendrées et noirâtres ; douleur implacable dans tout le ventre ; sensibilité et distension des hypochondres ; impossibilité de se tenir couché sur un côté ou sur l’autre. Fièvre continuelle. Jactation. Il supporta bien plusieurs saignées , mais il n’en éprouva pas de soulagement. Le ventre, toujours sec , ne rendait aucune matière. Il y avait grandement lieu de craindre un volvulus. Le cinquième jour , il mourut tout à coup. Il n’avait pas cessé de vomir. Il s’était allumé dans l’intérieur de son corps un grand incendie. A peine fut-il mort que la malignité du mal le fit rapidement enfler. L’autopsie montra le colon comme noirci, l’épiploon en putrilage. Une sanie purulente existait vers la région du foie. Tout était tellement fétide . que ce fut une horrible opération que d’extraire les viscères. J’apprends que l’haleine du malade avait aussi été fétide.

Il se déclara chez Jean Picquet une fluxion arthritique et très-douloureuse. Il avait souffert de la même maladie cinq ans auparavant. Interrogé sur la cause première de cette affection , la seule chose qu’il nous répondit, c’est qu’il s’était récemment marié, quand il en fut attaqué. Il est incroyable avec quelle rage les humeurs se portaient tantôt

sut* un point , tantôt sur un autre ; cela tient à ce que les nerfs , les artères et les veines se remplissent d’une sorte de sanie. Il ne se trouva soulagé qu’à la suite de cinq saignées. C’est à la prudence du médecin de juger lorsqu’on peut saigner sans danger dans ces maladies, ou lorsque le cas exige que l’on s’en abstienne. Si la faculté de rétention est chancelante, il faut s’en abstenir; si la cacochymie , ou même la virulence des humeurs, est l’auteur d’une scène si tragique , on peut saigner avec plus de hardiesse.

La fille du vénérable Colette souffrit d’une fluxion sur le côté. La pleurésie ne fut pas franche ; elle dépendait de la collection d’une humeur dépravée. Elle parut se dissiper. Au bout de quelque temps, le sein gauche se tuméfia , avec douleur profonde et pulsations (0). On diagnostiqua un anévrisme. Tandis que , dans la vue de combattre un anévrisme, on appliquait sur la tumeur des cataplasmes de farine et de jaune d’œuf , tout à coup la matière corrompue se fit jour par le poumon. La tumeur disparut. N’aurait-on pas dû songer à un abcès de cette partie ?

Puisque les femmes ont les veines d’un plus petit calibre et remplies de beaucoup de crudités, pourquoi ne sont-elles pas atteintes plus souvent de la pierre et des maladies par obstruction ? Pourquoi ne rendent-elles pas des urines aqueuses et ténues , plutôt que des urines denses , épaisses et jumenteuses? C’est un point qui n’est peut-être pas indigne d’examen. Il faudrait aussi rechercher pour quelle raison elles sont plus sujettes au mal de tête. Et celles d’entre elles dont les viscères sont plus chauds et qui ont les joues hautes en couleur, le doivent-elles à ce que cette chaleur accumule vers le haut une grande quantité de vapeurs qu’elle ne peut dissiper ou bien , à ce qu’ayant le crâne et le péricrâne épais, la perspiration y est plus difficile ? Ajoutez à cela qu’elles travaillent moins de la tête.

La femme du conseiller Augustin est sujette à des con-

ET ÉPHÉMÉP.IDES.

vulsions et à délirer sans fièvre , du moins apparente. Pendant une attaque, il se déclara chez elle une hémorrhagie fort abondante et que l’on ne pouvait arrêter. On peut croire que cette grande perte de sang tempérera la bile et l’humeur mélancolique. Cette femme est d’un tempérament mélancolique. Hippocrate ( Épidérn . livr. 7.) raconte qu’un habitant d’Halicarnasse , à qui l’on avait ouvert la veine par une douleur de tête , devint phrénétique par suite de l’évacuation et du refroidissement opérés du côté de la tête (1).

La femme de M. Bée portait au front une tumeur saillante qui nous fut suspecte ; son aspect trahissait une origine vénérienne. On la couvrit de l’emplâtre de remis curn mercurio. Elle se ramollit. On l’attaqua enfin par le feu. La sanie et l’ichor coulèrent par la voie qui leur avait été ainsi ouverte. On trouva l’os sous-jacent altéré. 11 s’exfolia. L’ulcère guérit et tout alla bien.

On ne saurait interroger le pouls avec trop d’attention , car il est de la plus grande importance pour la thérapeutique et pour les autres parties de la médecine (E) ; mais surtout pour le diagnostic et le pronostic. Il faut aussi connaître les caractères du pouls durant la santé , si l’on ne veut pas tomber dans l’erreur. D’abord on doit toucher le pouls de l’un et de l’autre côté , car souvent il y offre des différences ; et vous rencontrerez beaucoup de personnes chez lesquelles c’est tantôt l’artère droite qui est la plus profonde , tantôt la gauche. Le toucher pourrait donc facilement induire en erreur. Ainsi, dans les fièvres continues, il nous est arrivé de trouver le pouls de l’artère droite fré-

quent et déprimé , celui de l’artère gauche fréquent , mais élevé dans toute son étendue; l’un défend, l’autre commande d’agir avec vigueur. Le problème est d’une grande importance. Car si c’est un vice de conformation de l’artère qui est cause que le pouls est plus plein et plus fort , ou

(1) Voir, au 1er livre de ees lipidémies , l’histoire d’un femme atteinte de plirénésie (Baillou.)

plus petit et plus vide , que ferez-vous ? à quelle détermination vous arrêterez-vous ? L’histoire de M. de Cervenay va nous en fournir un exemple. Le pouls d’un côté était , chez lui, tout à fait différent de celui de l’autre côté ; ce que l’un conseillait et ordonnait, l’autre le condamnait. Ici trouve aussi sa place l’histoire racontée par Joseph Struthius, dans son Traité sur l’art sphygmique. Il raconte que chez un certain Starchonio de Venise, atteint de fièvre continue, le pouls manquait. Le médecin portait un fâcheux augure , dans l’ignorance où il était de l’appareil du pouls. L’artère était située si profondément et recouverte d’une telle couche de chair et de graisse , que la main qui la cherchait ne pouvait la sentir. Et cependant le malade guérit.

Il rapporte encore que chez un soldat de Hongrie , le pouls manquait totalement et ne donnait aucune pulsation. C’était la conséquence de ses blessures. Les artères avaient été coupées dans l’une et dans l’autre main, ainsi que l’on pouvait en juger par les cicatrices qu’il portait vers le milieu du cubitus. Il rapporte aussi que chez le comédien Spliasio, d’un naturel capricieux, le pouls, au milieu de la santé la plus parfaite , présentait tous les genres d’irrégularité. Le médecin qui interrogeait le pouls et à qui l’on demandait ce qu’il en pensait , répondit assez spirituellement : Que le pouls de ce comédien était comme son caractère. Il rapporte aussi qu’un moine eut toute sa vie des intermittences dans le pouls (1). Rappelons encore l’histoire de ce jeune homme qui , au sortir de maladie , effraya ses médecins parles intermittences de son pouls, qu’ils ignoraient être congénitales. Chez Pierre Conar, une tumeur tophacée s’était formée sur le cubitus au-dessous de l’artère ; elle faisait tendre le vaisseau et faisait trouver ses pulsations plus tendues. De même, chez un soldat turc , dans le cours d’une

(1) Voir aussi Galien , au livre Des Prévisions , adressé a Posthumus. (Baillou.)

fièvre continue , le pouls était dicrotc. La fièvre terminée , il conserva ce caractère, car il était ainsi naturellement. Le fait le plus extraordinaire est celui d’un comte polonais, qui resta sans poids pendant les quatorze jours qui précédèrent sa mort. Son fils présenta le même phénomène , mais pendant un jour seulement. N’est-il pas étrange qu’il soit resté si longtemps sans pouls?

Beaucoup de malades ont des fièvres lentes symptomatiques. Le vulgaire des médecins ne les regarde pas comme des fièvres ; ne s’en rapportant qu’aux témoignages des sens, ils ne reconnaissent l’existence de la fièvre qu’aux frissons , au froid, aux horripilations, à un certain état de malaise et d’angoisse. Aussi, sans prévision et sans jugement, ils alimentent les malades, et ne se doutent pas de l’approche des premiers indices ( épisémasie ) , encore latents , de la maladie. La pourriture latente et l’humeur enfermée, n’affectant pas encore les parties sensibles (dans lesquelles se manifeste la sensation du froid), rendent Y épisémasie cachée et obscure. Dans de telles épisémasies, les malades périssent victimes de l’imprévoyance des médecins. Cela arrive surtout lorsqu’une fièvre périodique se mêle à une fièvre lente, et beaucoup trop souvent , au grand dommage des malades. Or il faut corriger l’interprète de Galien, qui, lisant dans le livre premier Des Différences des fièvres , au chapitre 7 , le mot GXtyswç, pris dans le sens de compression, lorsqu’il s’agit du pouls, traduit, par une licence grammaticale, l’épisémasie que l’on rencontre dans les fièvres hectiques, après un repas, et dans quelques fièvres putrides, parle motaO^iuTov , indice non, comprimé , ce qui est absurde : les mots de èjucYiaairia a'ftutr oç doivent s’entendre du commencement de certains accès fébriles , dépourvus du malaise et de l’angoisse qui paraissent d’ordinaire dans d’autres fièvres où le frisson et le froid sont manifestes, il faut bien faire atten-

tion à ce que Galien , au eliap. 9. du liv. 1. Des différences des fièvres, fait observer, à savoir que cette absence du malaise et de l’angoisse (rô aôXncrov) ne se rencontre pas dans les fièvres hectiques seulement ; mais aussi dans les putrides, cardans les continues , il existe certains paroxysmes excités parle mouvement d’une matière nouvelle et non encore répandue dans les organes (bien que je ne regarde comme possible que le mouvement et le transport de la partie la plus ténue et du sérum, et non de la totalité de cette matière). De tels paroxysmes se dérobent souvent à notre connaissance ; et dans ce cas , une alimentation intempestive prolonge la durée des maladies. Nous avons démontré d’après Arculanus, dans le premier livre de nos Conseils, comment il n’est pas nécessaire que les paroxysmes des fièvres s’accompagnent de frissons et d’horripilations.

Jean Puthonnier, atteint d’ictère, était tombé dans une sorte de fièvre lente. Les urines étaient abondantes et claires. On craignait un diabète. La saignée et de douces purgations produisirent les meilleurs effets. Cela ne tint-il pas à ce que le foyer était au dedans , de telle sorte que , pour éteindre la soif du foie et des organes précordiaux , le foie et les reins ne cessèrent d’attirer la sérosité?

L’histoire de cette nourrice qui , après avoir longtemps joui d’une bonne santé, présenta, au début de sa maladie, de si effrayants symptômes, montre au médecin que, loin de se laisser intimider, il doit redoubler de hardiesse , tant que les forces le permettent, dans l’emploi des purgatifs, au heu de se borner à celui des cordiaux (F).

Dans une fièvre continue , le domestique de Gaillard Jullian était oppressé à un haut degré. La nature dévoila la cause de cette oppression par l’expectoration qu’elle provoqua. Dans les fièvres mêmes essentielles , le médecin doit avoir l’œil sur les poumons et les autres organes qui peuvent devenir le foyer d’une maladie nouvelle pire que l’an-

cienne. En cela consiste la succession des maladies et la variété des crises selon le siège des diverses affections.

Ce qui arriva à Mademoiselle de La Mothe est presque incroyable. Elle se portait assez bien, lorsqu’à la suite d’un seul lavement, elle devint ictérique. L’ictère était extrêmement intense et étendu. On croyait que le lavement contenait du poison. Il est extraordinaire qu’une jaunisse si forte ait éclaté tout à coup. La cavité hépatique renfermaitelle toute cette matière ? sinon , où se trouvait-elle ? Les selles étaient blanchâtres , les urines troubles.

Un Espagnol , Nicole Honorée , Nicolas Dubuisson , la petite fille de la femme de Gilbert, périrent d’une maladie presque la même chez chacun d’eux ; elle fit le désespoir des médecins; j’oserai même dire qu’ils ne la connurent pas. (G) Ces malades présentèrent jusqu’à la mort une grande difficulté de respirer , une respiration faible et fréquente comme si les poumons étaient à sec., sans toux ni crachats : il fut impossible de la ralentir même un moment. Ils respiraient ainsi le corps un peu élevé. La fièvre était modérée et nullement en rapport avec cette gêne. Les médecins regardaient le poumon comme le siège du mal que les uns traitaient de catarrhe, les autres d’inflammation ou de phlogose (H) , suppositions que démentait le peu d’intensité de la fièvre. On ne retira aucun profit de la saignée et des laxatifs. C’était à la suite d’une fièvre lente et après un bon souper, que Nicole Honorée avait vu sa respiration devenir courte et fréquente ; elle resta ainsi jusqu’à sa mort. Nous plaçâmes le siège du mal dans le ventre, et non dans le poumon ; d’autres étaient d’un avis contraire. A l’autopsie , on trouva le rein droit en suppuration , ce qui porterait à croire que cette orthopnée sèche fut produite par une vapeur maligne; caron ne saurait s’imaginer les symptômes auxquels peut donner heu l’aura vénéneuse qui se dégage du pus. L’histoire de Jean Tassin en fait foi (I). Il est encore une conjec-

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