‹ Épidémiologie à Ivry-sur-Seine de 1877 à 1899Chapitre 1 sur 23 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Sous ce titre : 'Épidémiologie à Ivnj, notre intention n’a pas été de faire une monographie complète du choléra, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la rougeole, de la scarlatine, de la coqueluche, de la diphtérie, ni d’étudier les formes diverses de ces maladies à chacune de leur apparition, ni d’en donner les détails, les parti-

cularités, la manière d’être dans le milieu spécial d’Ivry.

htudier la question sous cette forme eut été possible, mais notre but a été plus modeste.

îsous avons voulu faire une étude démographique et établir la statistique exacte de la mortalité des maladies épidémiques pendant une période de vingt-deux

ans, de 1877 inclusivement à 18î)8 inclusivement, en tirer les conclusions qu’elle comporte, et faire sur ces

données des remarques générales concises concernant 1 âge et le sexe des décédés, la durée de l’incubation et celle de la maladie, la marche générale des épidémies, l’influence (les désinfections et des découvertes de la science, le rôle de l’hygiène, de l’isolement, de la distribution des eaux, etc., pendant cette période.

La période envisagée est, sous bien des rapports, favorable à ces observations. C’est, en effet, pendant sa durée que le régime des eaux a été amélioré à Ivry ; c’est à partir de 1801 que les désinfections ont commencé à être sérieusement faites, et c’est surtout depuis vingt-cinq ans (pie l’hygiène générale (l’hygiène de l’habitation surtout), que les découvertes scientifiques ont amené, par leurs applications médicales en thérapeutique et en chirurgie, une diminution notable des maladies et de la mortalité.

Comment avons-nous pu atteindre notre but et rassembler les documents nécessaires ?

Et d’abord, depuis vingt-deux ans que nous pratiquons la médecine à Ivry, nous avons constamment etc préoccupé delà question des maladies épidémiques. — Notre clientèle et nos relations avec nos confrères nous ont permis de recueillir des documents à ce sujet.— Nous avons toujours fourni les rapports demandés par la Préfecture sur la variole, et les rapports demandés parfois sur diverses épidémies. — Ce plus, comme médecin inspecteur des écoles par intérim pendant plusieurs années, comme délégué cantonal, comme médecin du Bureau de bienfaisance et de Sociétés diverses de secours mutuels, comme médecin de l’état-civil pendant presque toute la période examinée — ce qui nous a mis à même de faire des enquêtes sérieuses et nous a fourni .le» donnée» plu» certaines au point de vue delà marclre des épidémies et des causes des décès , comme membre de la Commission de salubrité, comme délégué par la municipalité pour surveiller les voya-

geurs munis de passeports sanitaires venant d’Espagne en 1890, d’Allemagne et de Belgique en 1892, etc., nous avons pu amasser des matériaux importants.

Après avoir fait les relevés dans les archives de l’état-civil à la mairie d’Ivry, après avoir consulté le registre des désinfections et tous les documents municipaux se rapportant à notre travail, il nous manquait encore des documents difficiles et longs à se procurer, c’est-à-dire les relevés des hôpitaux de Paris concernant les habitants d’Ivry décédés de maladie contagieuse dans ces hôpitaux.

Nous remercions bien sincèrement M. Napias, directeur général de l’Assistance publique, qui, nous ayant d’abord répondu que nous demandions à son administration un travail considérable, i\ bien voulu ensuite être assez obligeant pour nous fournir d’une façon très complète les documents que nous lui demandions.

Nous avons aussi à remercier 31. Jacques Bertillon, chef des travaux statistiques de la ville de Paris, et M. l’Ingénieur chargé des filtres et du laboratoire de la Compagnie générale des eaux, des documents qu’ils nous ont obligeamment fournis.

Notre grande préoccupation a été de nous entourer de tous les renseignements exacts, puisés à toutes les sources, nécessaires à notre travail.

Nous avons voulu avoir les chiffres certains, précis, indiscutables, sans lesquels on ne peut établir de statistique sérieuse, ni en tirer de conclusions probantes, et nous pensons avoir atteint ce but.

Nos documents — nous n’hésitons pas à le dire — sont sûrs et presque complets.

Nous n’avons jamais songé, bien entendu, à faire violence aux chiffres pour leur faire avouer des faits appuyant des idées préconçues. Plusieurs fois, au contraire, ces chiffres ont rectifié chez nous des idées erronées que, malgré la connaissance de la ville où nous exerçons, nous avions, à première vue, sur certains points (l’épidémiologie.

C’est à cause de l’exactitude de nos documents, de la précision pour ainsi dire mathématique que nous avons apportée dans notre travail, que nous espérons lui voir offrir quelque intérêt.

Nos courbes, pour chaque maladie épidémique, sont établies d’après la mortalité annuelle.

Comme la population d’Ivry va sans cesse en augmentant, nous avons donné, sur le diagramme, le chiffre de la population à chaque recensement quinquennal. On pourra ainsi rectifier la courbe et la mettre au point facilement. Et comme dans certaines maladies, cette courbe baisse malgré l’augmentation de la population, elle n’en est que plus probante.

D’ailleurs, une première impression agréable et consolante que nous avons eue en dépouillant les volumineux dossier* de l’état-civil, a été de voir les dossiers diminuer de volume à partir de la désinfection et de la découverte du vaccin antidiphtérique.

Nous avons laissé de côté dans nos statistiques, (excepté pour le choléra), l’hospice des vieillards d’Ivry, dont la population nombreuse (2,000 ù 2,200) est com-

plètement on dehors dos habitudes, des conditions ordinaires et do la vie de la population normale d’Ivry. Nous avons de même laissé de côté la population très variable du fort d’Ivry (480 en 1898). — (les éléments étrangers auraient apporté le trouble dans nos observations.

Tous les chiffres donnés se rapportent donc h la population totale d’Ivry, défalcation faite de la population de l’hospice et du fort.

Aperçu général sur la topographie

ET LA POPULATION D’IvRY-SUR-SeINE

La ville d’Ivry-sur-Seine est située aux portes de Paris, sur la Seine, en amont, entre les fortifications, la Seine, le confluent de la Marne et de la Seine, Vitry, Villejuif, les cimetières parisiens et Gentilly.

La population est essentiellement industrielle et commerçante. C’est, le Saint-Denis du Sud. La plupart des fabriques et des usines emploient des ouvriers des deux sexes, et des enfants.

La ville occupe une très grande surface — 615 hectares. Elle est divisée en trois quartiers : Ivry-Port, entre la ligne d’Orléans et les bords de la Seine — Ivry-Centre, entre la ligne d’Orléans et le coteau de la rive gauche de la vallée de la Seine — et le Petit-Ivry, situé au-dessus du coteau.

Avant 1866, la ville se composait de deux parties, l’une en dehors et l’autre à l’intérieur des fortifications. Depuis l’annexion de la partie intérieure, en 1866, elle

n’est plus composée que de la partie confinant extérieurement aux fortifications et que nous venons de décrire.

Chaque quartier est traversé par des voies centrales, et se trouve relié aux quartiers voisins par diverses rues plus ou moins bordées de maisons. Actuellement encore, beaucoup de terrains vagues isolent les quartiers et même des groupes de maisons dans chaque quartier.

Ivry-Port est principalement composé de maisons ouvrières à quatre ou cinq étages, très peuplées. Les cités, autrefois nombreuses et malpropres, disparaissent petit à petit, et au point de vue de l’habitation on peut constater, grâce aux progrès de l’hygiène dont l’esprit a pénétré les masses et obligé les propriétaires à construire plus confortablement et à améliorer leurs maisons, grâce aussi à la pression de la Commission municipale d’hygiène et des logements insalubres, des améliorations très sérieuses à Ivry depuis plusieurs années. Il reste, bien entendu, encore beaucoup à faire, mais le mouvement est donné et il y a lieu d’espérer qu’il ne s’arrêtera pas.

Le quartier du Centre, plus bourgeois, est le plus favorisé au point de vue de l’habitation salubre, quoique bien des maisons soient encore insalubres.

Le Petit-Ivry se trouve sensiblement dans les mêmes conditions que le quartier d’Ivry-Port.

En général, les conditions hygiéniques de l’habitation dans la ville d’Ivry sont plutôt meilleures, comme nous avons été à même de nous en rendre souvent

compte, que dans les quartiers populaires de Paris et que dans certaines communes industrielles et ouvrières de la Seine. — Les garnis, soit dit en passant, 11e nous ont point paru offrir une mortalité ou une morbidité plus grande (pie les autres logements.

La population, dont la densité est variable selon les maisons, selon les rues et même certaines portions de rue, 11’est pas proportionnelle à la surface et n’est point du tout comparable à la densité de la population des quartiers populeux et surtout populaires de Paris. — Les espaces non bâtis et les vastes emplacements d’usines atténuent considérablement les effets de l’encombrement.

Les usines et fabriques sont salubres, à très peu (l’exceptions près. O11 y travaille le fer, le bois; on y fabrique des produits réfractaires, des produits chimiques, des lampes électriques, des plumes et œillets métalliques, de l’absinthe, des pianos, des automobiles, du chocolat, des briques, des tuiles et du papier peint. On y rencontre des brasseries, des distilleries, des entrepôts de toutes sortes. On y trouve des fabriques de

caoutchouc, de wagons, d’immenses ateliers pour la distillation (lu bois, des teintureries, etc., etc.

Beaucoup d’entre ces établissements: fabriques d’engrais, traitement des os, boyauderies, manufactures de produits chimiques, rendent bien certains quartiers désagréables à habiter, mais ne sont point insalubres à

proprement parler.

La population ouvrière, malgré quelques saisons où

le travail diminue, ne peut pas être considérée comme une population pauvre.

Ce qui nous paraît être la charge la plus lourde à l’ouvrier, ce sont les vieux parents. Aussi, comme partout, ceux-ci se trouvent-ils pi us ou moins délaissés et, soit dit en passant, la catégorie des vieillards est la plus nécessiteuse et la plus intéressante.

Voici comment, depuis 1876, se composait la population :

J 12,604 habitants.

} 2,643 (Incurables, maison de santé, fort, etc.).

Population par quartier au dernier recensement :

( Ivry-Port 8.130

1896 < Ivry-Cenlre •• 6.937

( Petit-Ivry 7.161

Ceci dit, nous allons commencer l’étude des maladies épidémiques à Ivry par le choléra.

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