‹ Épidémiologie à Ivry-sur-Seine de 1877 à 1899Chapitre 2 sur 23 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

Dans la banlieue avoisinant Paris où les communes se touchent; clans une ville de cette banlieue où les habitations sont espacées par endroits et agglomérées en d’autres, on comprendra combien les conditions d’observation médicale sont différentes de celles qui peuvent être laites dans des communes situées à des distances plus ou moins grandes les unes des autres. Les communes sont confondues dans le département sur la Seine, qui n’est en somme qu’une immense ville, et il est extrêmement difficile de préciser l’origine et la marche d’une épidémie, aussi bien celle du choléra que de toute autre.

En çc (qui concerne le choléra, on ne peut donc avoir que des données approximatives sur son mode de transmission, la durée de l’incubation, l’origine et la marche de l’épidémie.

La difficulté est encore augmentée en ce que malheureusement on n’est point fixé sur l’unicité ou la dualité

du choléra, en ce que l'on distingue le choléra nostras du choléra asiatique. Il règne toujours de l’incertitude sur la nature du choléra, et on nedevraity attacher aucune importance, car le traitement et les mesures de préservation doivent être les mêmes. A notre avis il ne devrait pas exister de distinction entre les cas de choléra, car (pie ce soit le bacille virgule ou le bacille commun du colon qui soit la cause de la maladie, la conduite à tenir est la même.

Le bacille virgule importé jadis, peut de temps en temps se réveiller, reprendre sa virulence primitive dans des circonstances diverses, et donner lieu à des épidémies sur place, — de même qu’il peut y avoir une nouvelle importation de germes plus virulents, qui se disséminent rapidement partout. Mais que ce soit l’un ou l’autre de ces bacilles virgules, que le choléra vienne de Hambourg ou du Havre, qu’il soit même le lait du bacille du colon, peu importe, nous le répétons, l’essentiel c’est de lui barrer la route, quelle que soit sa nature, si incertaine encore et si discutée à l’apparition de chaque épidémie.

Choléra à Ivry.

C’est en 1880 seulement que nous entendons parler à Ivry d’un cas de choléra nostras. Le malade transporté à l’hôpital Saint-Antoine a d’ailleurs guéri.

Puis éclate l’épidémie de 1 884 qui a débuté à Paris.

Nos observations personnelles et nos recherches, complètes au point de vue de la mort-dite, sont incomplètes au point de vue de la morbidité. Il ne nous a pas été possible de connaître tous les cas qui se sont produits, la déclaration n’étant pas obligatoire a cette époque.

Nous pouvons néanmoins tracer le tableau de cette épidémie, tableau qui est à peu près la réponse au questionnaire adressé aux médecins par une commission de l’Académie de médecine nommée dans la séance du 2 septembre 1 884 > et (pie nous avons alors rempli.

i° 7 novembre. — Quai de la gare, 53, Paris, près du Pont national, nous voyons madame F..., 76 ans, concierge, sujette aux indigestions par défaut de dents, • atteinte de choléra à la suite d’une indigestion. — Guérit.

20 12 novembre. — Quai de la gare, 53, Paris, nous voyons Dominé, chauffeur au gaz du chemin de fer d’Orléans, atteint de choléra à la suite d’indigestion d’eau froide comme cela arrive si souvent à ces ouvriers. — Guérit.

3" 1 2 novembre. — Un garçon maraîcher, route stratégique à Ivry, revenant de Paris chercher une voiture de Jurnier, arrive chez son patron, place Parmentier, a Ivry. Il est pris subitement de choléra, envoyé à la

Pit ié par un confrère, et meurt au bout de vingt-quatre heures.

4° ï8 novembre. — Un autre de mes confrères voit, quai d’Ivry, 5o, une jeune fille de 18 ans, Mlle Avig..., travaillant dans la fabrique de bougies Leroy et Durand, rue des Plantes. Celte jeune fille meurt du choléra en 36 heures.

b0 18 novembre. — Nous observons B..., un ouvrier boulanger, rue Nationale, 28 (près du quai), âgé de 35 ans, atteint d’une attaque violente de choléra. — Guérit .

6° 21 novembre. — Mme 13..., femme du précédent est atteinte de la même manière que son mari. — Guérit.

MARCHE DE l’ÉPIDEMUS

Il ressort de ce tableau que le premier malade décédé à Ivry, a été atteint probablement à la suite de contact suspect avec des objets contaminés (fumier de Paris). Nous n’avons pu avoir d’autres renseignements.

Les deux premiers malades habitaient Paris où régnait le choléra, et habitaient sur les quais de la Seine.

Ils n’avaient pas vu d’individus suspects et ne paraissaient pas avoir eu de contact avec des objets contaminés.

La plupart des malades étaient dans un état de réceptivité spéciale : âge avancé, appareil digestif en mauvais état, profession de boulanger.

Les malades i° et 2% habitaient, il est vrai, la même maison dont la concierge fut la première atteinte. — S’il y a eu contamination du second par la concierge, ce qui est probable, la période d’incubation aurait été jle trois jours.

Période d’incubation de trois jours exactement aussi, de 5° à 6°, et contamination par objets, cohabitation, linges souillés, literie, effets à usage.

Nous n’avons pas eu de décès sur les quatre cas observés par nous. La totalité des décès a été de deux sur 18.000 habitants et sur environ vingt cas observés. Les cas graves ont été observés au début de l’épidémie.

L’eau de Seine, en amont de Paris, bue par les habitants de Paris et d’Ivry, peut-elle être incriminée ? Oui, pour les raisons suivantes :

Matières Jècales. — Les cabinets d’aisance dans les maisons où nous avons observé nos cholériques sont à mi-étage, aménagés plus ou moins proprement comme la plupart des cabinets d’aisance des maisons ouvrières de Paris. Les fosses doivent être étanches, mais bon nombre d’habitations ont des fosses mobiles qui contaminent le sol dans les manœuvres d’enlèvement très fréquentes. Les fosses fixes sont vidées par les Compagnies Lesage et autres du même système, mais fréquemment, les vidangeurs pour éviter la surcharge ou un transport onéreux, déversent les tonneaux dans les champs déserts du voisinage, dans le», égouts ou sur les berges de la Seine.

11 est l>on d’ajouter que beaucoup de petites habitations n’ont pas de lusses, et que les matières sont projetées sur des 'tas d’ordures ou dans les espaces environnant les maisons.

Eaux potables. — Les eaux potables, à celle époque, provenaient soit des puits, soit de la distribution d’eau de Seine par la Compagnie des Eaux.

Les puits ont en moyenne huit mètres de profondeur, et l’eau de Seine qu’ils contiennent, est filtrée par la couche de sable qui forme le sous-sol de la vallée de la Seine, mais beaucoup de ces puits sont contaminés par les infiltrations des puisards ou des fosses d’aisance, par les pluies et le lavage des cours. Tel est le régime habituel des eaux dans notre commune jusqu’en 1896.

Remarques

L’apparition de l’épidémie à été précédée d’affections intestinales diverses. On a observé pendant les mois de septembre et octobre, beaucoup de cas- de diarrhées cholériformes avec vomissements et crampes, un grand nombre d’indigestions cl de dysenteries. D’ailleurs la température était très élevée en septembre.

L’épidémie s’est produite en novembre, c’est-à-dire après les fortes chaleurs. Aucun des sujets observés n’avait la diarrhée au moment de 1 invasion du mal. Chez tous l’affection cholérique est survenue brusquement, soit à la suite d’une indigestion, soit à la suite

d’ingestion de liquides froids et abondants, soit par contagion,

Avant les cas de choléra, pendant les six premiers mois de l’année surtout, il a été observé de nombreux cas de fièvre typhoïde, plus nombreux qu’en temps ordinaire.

Topographie

La majorité des cas ont été observés sur les bords de la Seine.

La bénignité de l’épidémie, la rareté et la diffusion des cas, le contact de la commune avec Paris, ne permettent pas de faire un croquis intéressant et utile.

En 1887, on signale un cas de décès par le choléra, le 1 (> septembre, dans un bateau de charbon, sur la Seine, en face du n° 62 du quai.

Le sieur Couteau François, 62 ans, est mort en neuf jours. Pas de propagation.

En 1890, pendant le choléra d’Espagne, nous avons été chargé par la municipalité d’Ivry de surveiller pendant cinq jours après leur retour, les voyageurs venant d’Espagne. Trois voyageurs avec passeports sanitaires n’ont rien offert de particulier.

En 1892 éclate ou plutôt se développe dans la banlieue et ensuite dans Paris, une épidémie cholérique assez sérieuse venue de Hambourg- en France, en passant par la Belgique, disent les uns, ou née au Havre selon d’autres.

Cette épidémie est intéressante à plusieurs points de vue. Sa marche et son origine ont été discutées sans avoir pu être précisées. La science est restée interdite devant les faits bizarres et les cas inattendus et déconcertants qui se sont produits.

Tout d’abord, pendant le mois de juillet on a observé dans la banlieue, à Ivry comme à Aubervilliers et ailleurs, des cas fréquents de diarrhée pendant tout le mois.

Celte diarrhée estivale, comme on en remarque habituellement à chaque saison semblable, était fréquemment accompagnée de vomissements et de crampes, mais la g uérison était la règle et même elle était prompte.

Cette diarrhée s’observait dans tous les quartiers, mais elle devint cholériforme au Petit-Ivry, dans la première quinzaine d’août.

La diarrhée cholériforme dite choléra nostras s’installa donc lentement. On n’y prit même pas beaucoup garde. « C’est la saison! » Et il en fut de même à Paris où comme dans la banlieue on observait en attendant , puisque les cas se développaient partout lentement.

Mais cette diarrhée cholériforme, précédée de cas de diarrhée simple, accompagnée de diarrhée dysentériforme, puis de choléra inuqueux, ne tarda pas à se transformer en véritable choléra, à partir du milieu d’aout, et pendant le mois de septembre. Le choléra s’atténua et pendant le mois d’octobre on n’observa plus guère que des cas de diarrhée cholériforme chez des enfants au biberon.

Toutefois, pendant ces mois, la mortalité par diarrhée infantile fut plus grande que de coutume, et présenta des caractères manifestes d’épidémicité.

Voilà donc une épidémie qui s’installe lentement, insidieusement, qui n’éveille pas les soupçons par la soudaineté de son apparition et de ses coups, qui sévit fortement — favorisée par des chaleurs excessives — pendant six semaines et qui s’éteint, petit à petit , en ayant, duré pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre.

Pendant le mois d’août, nous étions seul, |avec les remplaçants de nos confrères.

Nous avons pour notre part observé environ 5 2 cas de diarrhée cholériforme ou choléra nostras — dysenlériforme — ou simple, chez des adultes, pendant les mois d août et septembre. Sur ce total, quinze cas de choléra nostras environ, et sur ces quinze cas, trois décès. De plus deux enfants au sein , âgés d’environ un an ont succombé à la diarrhée cholériforme.

Nous allons d’ailleurs tracer le tableau de tous les dé-

ccs survenus à Ivry pendant l’épidémie. Mais suivons l’ordre chronologique et nous tirerons ensuite des faits étudiés et comparés les conclusions qu’ils comportent.

i° Le premier décès date du 17 août. — Une femme Goudert Alexandrine, iîgée de 5i ans, est morte en 4 Jours dans un bateau sur la Seine, au I*ont d’Ivry. Le mai» ue cette femme avait eu la diarrhée quelques jours auparavant. Elle-même était soignée pour une gastrite depuis plusieurs années.

20 Le 18 août, c’est une femme de (12 ans, Mme Laville, rue duLiégat, t\ ter qui meurt de diarrhée bilieuse, cette femme était atteinte d’un néoplasme du foie.

3° 20 août. — Un homme de 62 ans, rue du Milieu, /j. 2 , meurt en 3 jours de diarrhée simple, sans crampes. Etait soigné, depuis quelque temps pour une gastrite alcoolique.

4° 23 août. — Femme Fleuret Jean, née Guérin, 58 ans, rue du Milieu, /|2, meurt en 12 heures de diarrhée cholériforme. Econome, se privant de tout. Misère physiologique.

5° 24 août. — Mme Mallet, 64 ans, rue du Vieux- Chemin, 26. Rhumatisante, cardiaque, gastralgique depuis de longues années, meurt de diarrhée simple, sans crampes, en 3 jours.

6° 23 août. — Petit Edmond, 48 ans, rue du Nord, 78. Le 23 août va à la pêche à Porl-à-1 Anglais. Grande chaleur depuis quelques semaines. Boit de 1 eau de Seine, à même, en quantité, l’après-midi. Est pris de

vomissemenls cl diarrhée dans la soirée. Diarrhée blanche les jours suivants. Succombe le 26 août.

70 25 août. — M. Fleuret, 67 ans, rue du Milieu, /|2, mari du n° 4, atteint, deux jours après sa femme. Les vomissemenls et les selles bilieuses sonl arrêtés le 3o août, mais en présence d’excitation cérébrale, de congestions viscérales, le malade est transporté à la Pitié où il succombe le ie'' septembre.

8° 29 août. — Un homme de 36 ans, demeurant aux colonies Alexandre, Ivry, meurt de diarrhée cholériforme à la Pitié.

<)' 3 septembre. — Un homme de 43 ans, habitant quai d’Ivry, meurt de diarrhée cholériforme à la Pitié.

io° 5 septembre. — Une femme de 65 ans, avenue des Ecoles, meurt de diarrhée cholériforme à la Pitié.

ii° 1 4 septembre. — Plomb Frédéric, 53 ans, alcoolique avec ramollissement cérébral, rue delà Mairie, 23, Ivry, meurt le i4 septembre de diarrhée cholériforme avec vomissements en 24 heures.

1 1 octobre. — Enfant Derbise, 20 mois, rue de Paris, 16, élevé au biberon, meurt en 3 jours de diarrhée cholériforme. Les parents arrivaient de Paris dans cette maison où, au commencement d’août, nous avons donné nos soins à la femme Sortais, atteinte de choléra nostras grave qui a guéri.

ié octobre. — Enfant Hastler Jean, 4 ans, route de Choisy, 16, dans une baraque infecte. Diarrhée et vo-

snissements le 8 octobre, arrêtés le i i, mais l’enfant reste abattu, cyanosé, somnolent, et meurt le i3.

Le 12 octobre, clans celle horrible baraque à planches pourries, disjointes, avec du terreau et du fumier sur le sol, où les enfants couchent sur la paille à peine recouverte de quelques loques sordides, un enfant de io mois, élevé au biberon est pris de vomissements et de diarrhée. La mère de cet enfant est prise de vomisments et de diarrhée le 1 3 octobre, et vomit deux lombrics. Les deux malades sont transportés à l’ Hôtel- Dieu, le soir. La mère a guéri, et l’enfant a succombé.

i5 octobre. — G... Eugénie, i/| mois, rue des Berges, 27, élevé au biberon avec du lait de chèvre, sauf depuis deux mois où l’enfant ne boit plus que du lait de vache quelconque. Entérite ; diarrhée et vomissements le i3. Le 1 4 on parvient à arrêter les vomissements et la diarrhée, mais le soir l’enfant est prise de congestion pulmonaire, le faciès reste grippé, hippocratique, cyanosé. Mort le i5 à 10 heures du soir.

1 (i octobre. — Dans un bateau (en face des forges d’Ivry) arrivé de Belgique, il y a un mois, un enfant de 2 ans 1/2 a été pris de diarrhée cholériforme et transporté d’urgence ù l’hôpital Trousseau où il est mort.

ic) octobre. — Enfant Marcigny Marie, 5 mois, rue de Beauvais, 1 1, élevée au sein. Diarrhée verte. Meurt en !\ jours.

21 octobre. — Enfant Mignot, superbe garçon de 10 mois, élevé au biberon, est pris de diarrhée avec

vomissements le 18. Le 21 la diarrhée et les vomissements sont arretés dans la matinée, mais l’enfant meurt le soir.

De plus, pendant les mois d’août et septembre, six enfants au sein, ont succombé dans les différents quartiers à une diarrhée cholériforme d’un caractère particulièrement malin et manifestement épidémique. Les mèics de ces enfants n’avaient pas, il est vrai, suivi à leur égard les préceptes d’une bonne hygiène alimentaire. Néanmoins la marche de la maladie a été rapide, et la plupart des enfants ont succombé avec convulsions, sueurs froides, algidité, cyanose, dans un état de dépression considérable.

Quant à l’hospice de vieillards d’Ivry, nous avons relevé pendant celle période d’août et septembre, quatre décès avec les mentions suivantes :

1 diarrhée dyscntériforme, 77 ans;

i diarrhée simple, 88 ans ;

1 — (>4 ans ;

1 — 80 ans.

En résumé, pendant l’épidémie de 1892, il y a eu à Ivry, y compris l’hospice des Incurables :

1) décès par diarrhée cholériforme , chez des adultes affaiblis, malades ou alcooliques.

4 décès par diarrhée cholériforme , chez des adultes en bonne santé.

1 décès par diarrhée dysentérijorme.

ô décès par diarrhée simple , chez des vieillards de O2 à 88 ans.

12 décès d’enfants de 5 mois à /| ans, dont fi au sein, par diarrhée cholériforme, de nature épidémique ci non saisonnière.

Sur ces 27 cas de choléra, !\ adultes sont décédés à la Pitié; 1 enfant à l’hôpital Trousseau; 1 enfant àl’llotel- Dieu ; et l\ vieillards à l’hospice d’Ivry.

En jetant un coup d’œil sur nos observations de mortalité, on remarque d’abord (pie les individus en état de réceptivité spéciale, affaiblis, alcooliques, gastralgiques, ayant une tare physiologique, que les vieillards sont atteints avant les autres et plus gravement que les autres.

Nous remarquons, en outre, qu’au n” /j 2 de la rue du Milieu, il y a eu trois décès à deux jours d’intervale chacun.

Il v a là une épidémie de maison qui fixe la durée de l’incubation qui serait de 2 ci 3 jours au plus.

Cette durée d’incubation se trouve vérifiée une fois de plus encore dans une petite épidémie de famille dont nous résumons l’observation en quelques mots.

Mme R..., 3o ans, rue Nationale, 22, maison sale,

est, prise dans la nuit du 2 septembre, pendant la période décroissante de l’épidémie, d’une violente attaque de choléra qui guérit en deux jours. I rois jours après, son mari est atteint de diarrhée cholériforme et guérit rapidement.

Nous trouvons dans nos observations la contagion directe par contact, et, la contagion par l’eau de Seine. (Obs. 6.)

Remarques

II est difficile de préciser la marche de l’épidémie de i8q4, parce qu’elle s’est développée lentement, que la période de décroissance a été semblable à la période de développement, que les premiers cas véritablement cholériformes ont apparu en divers points et presque simul-

tanément.

Nous notons pour la deuxième fois, un des premiers décès sur un bateau de la Seine. La première fois, c’était en 1887. Nous rapprochons ces deux cas de celui de l’obs. 6 (décès à la suite d’ingestion d’eau de la Seine).

Nous n’avons pas d’autres observations à faire sur celte épidémie dont la nature est très particulière. — Au sujet de la topographie — des eaux et des matières fécales, nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit à propos de l’épidémie de 1884 et nous ne voyons pas de relations entre ces deux épidémies.

La réviviscence des germes provenant de la mauvaise hygiène des maisons, de la dispersion ou de l’enlèvement des matières fécales est difficile à établir.

Gomme dans toutes les épidémies, les habitations malsaines, insalubres, malpropres, les baraques, les forains, les bateaux aux chambres rapetissées au mi-

nimum, ont payé la plus large part à la mortalité et à la morbidité.

En 189.3, on observe à Ivry quelques cas de diarrhée simple avec vomissements à la suite d’indigestion, au commencement de juin.

Le 1 i juin, Mangin, .32 ans, rue Nationale, 12, chauffeur aux forges d’ Ivrv, boit dans la nuit du 10 au ii, baaueoup d’eau de puits. Pris dans la matinée de malaises intestinaux, de choléra dysentérique dans la journée, il meurt à 10 h. 1 2 du soir.

Le i(> juin, l’enfant Dar, rue du Liégat, 76, 4 ans, meurt en trois jours de diarrhée cholériforme.

Cas de diarrhée cholériforme assez fréquents chez les enfants au sein ou au biberon, mais sans caractère d’épidémicité.

Chez trois adultes qui boivent beaucoup d’eau dans la nuit, nous observons le 8 juillet et le 10 septembre des diarrhées avec vomissements bilieux, aphonie, anurie, crampes, algidité, pouls filiforme, faciès abdominal qui guérissent rapidement.

Y a-t-il relation entre celte petite épidémie et celle de l’année précédente? question difficile à trancher.

Quoi qu’il en soit, le rôle de l’eau dans les cas observés en 189.3 paraît être prépondérant.

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