‹ Épidémiologie à Ivry-sur-Seine de 1877 à 1899Chapitre 15 sur 23 · VIII. — Epidémie de famille et de maison · texte numérisé non relu

VIII. — Epidémie de famille et de maison

Six personnes. — Quatre malades qui ont guéri.

Quoique cette épidémie ait eu lieu sur les confins d’Ivry, nous la publions parce qu’elle nous paraît intéressante.

N..., épicier, avenue des Ecoles, Vitry-sur-Seine.

20 janvier. N... (Louise), 12 ans, atteinte brusquement de fièvre typhoïde; complication d abcès du cou de pied gauche, incisé le 1 1 février, et d un deuxième abcès à la cuisse droite, incise le 1 >* fuviiei, guérison.

28 janvier. N... (Charles), un an, fièvre typhoïde bien caractérisée; durée de i5 jours, guérison.

i3 février. — Mme N..., mère, à la suite d’une fausse-couche en soignant ses enfants et sa maison, est prise d’accidents métrorragiques ; reste huit jours au lit; pendant ce temps on opère la désinfection.

La santé revient, la température redevient normale. Le ier mars, la température s’élève, apparaissent des taches rosées lenticulaires et la fièvre typhoïde est confirmée. Convalescence vraie le io mars.

8 mars. N... fils, 1 6 ans, logeant séparément ainsi qu’une sœur à un autre étage est atteint de fièvre continue à forme atténuée. Entre en convalescence le 24 mars, sans avoir présenté les signes caractéristiques de la fièvre typhoïde. Le mari et une autre fille n’ont pas été atteints.

Voilà donc huit épidémies de famille qui démontrent manifestement la contagion par habitat commun ou contact, avec périodes d’incubation très variables.

Les circonstances qui peuvent accompagner la contagion influent tellement sur l’éclosion de la maladie, qu’il est bien difficile de déterminer la durée de l’incubation.

Nous trouvons plusieurs fois un début brusque, d autres fois un début angineux, et le plus souvent un espace de 12 à 1 5 jours avant l’apparition d’un cas nouveau, mais bien souvent, on rencontre un mois d’intervalle et même plus.

Nous voyons (Obs. IV) l’épidémie de famille se transporter ailleurs. Ailleurs (Obs. V.) l’épidémie de famille se transformer en épidémie de maison. Puis (Obs. Vil 1 nous observons une nouvelle épidémie de maison.

En jetant un coup d’œil sur les tableaux que nous avons faits des cas de décès àlvry, nous trouvons deux jeunes gens (i4 et «sans) décédés rue Moïse, 9, en 1884 et 1 885 , à if) mois d’intervalle dans la même famille. La maison est une cité où les cas de maladies contagieuses sont fréquents et la contagion du s'-'”'1 par le Ier est peut être problématique. Notons pourtant qu’on 11e désinfectait pas à cette époque et que la reviviscence des germes est possible.

Dans une autre maison insalubre, rue Nationale..., nous trouvons en i885, deux cas de décès (17 ans et 67 ans) à un mois d’intervalle à une époque où l’on ne désinfectait pas : épidémie de maison.

Route de Clioisy, 5i. Ivry, en novembre et décembre 1 883 , meurent le fils, puis la mère.

La cité X... a été un foyer endémique de fièvre typhoïde depuis 1877, jusqu’en 1890. Les cas sont actuellement moins fréquents. Cette endémicité lient à la distribution d’eau de Seine faite par l’usine X... Pour l’alimentation des machines, l’eau est puisée directement à la Seine et s’il en reste elle est refoulée dans un réservoir d’où elle est distribuée sur le palier de chaque étage par des robinets. Cette eau ne doit pas être bue, mais les enfants ne s’en privent pas, et d ailleurs les

légumes sont lavés avec cette eau, malgré toutes les recommandations laites. L’eau est là... tout près... pourquoi se déranger pour en avoir de meilleure ? De là l’endémicité, et nous pourrions citer d’autres foyers endémiques ayant les mêmes causes.

L’eau des puits de l’usine, et l’eau de Seine filtrée, mais dont la fontaine est quelque peu éloignée, servent d’eau potable. L’eau de puits n’a point été analysée quoique les ouvriers l’emploient à fabriquer leur coco, et en boivent quotidiennement, notamment les chauffeurs. Ils n’en boivent point sans danger, en été surtout.

Quoi qu’il en soit, l’eau malsaine est plus à portée des habitants de la cité que l’eau filtrée, c’est ce qui explique la continuation de l’endémicité, et aussi son amoindrissement, depuis que les fontaines distribuent à Ivry de l’eau fdtrée et que l’on y va puiser de l’eau de temps en temps, sinon toujours.

Et d’ailleurs la mortalité et la morbidité se rencontrent surtout dans les maisons notoirement insalubres : rue Nationale, 72, 74 (maisons améliorées depuis peu) ; cité Béna ; rue Nationale, 1, 22, 2.3, 6.. ; cité Bourgeois (complètement améliorée aujourd’hui) ; rue Moïse, 7 et 9; rue Ledru-Bollin, 17 (améliorée aujourd’hui); rue Emile Muller, 9 ; route Stratégique, 6.. ; rue de Paris, 6..; roule de Choisy, 5.., etc.; notre tableau est très instructif à cet égard.

Beaucoup d’habitations insalubres à cette époque, sont

comme nous l’avons indiqué pour quelques rues, bien a ménagées a uj ourd’ h ui .

Remarques générales

L’endémicité ne permet guère de suivre la marche d’une épidémie, ni l’ordre de succession des cas.

On observe comme nous venons de le faire des épidémies de famille et de maison, plutôt que des épidémies de quartier.

Ou rencontre comme en i883, 188O et i8q3, une recrudescence des cas, une virulence plus grande du germe typhique, des cas plus graves, une mortalité plus grande, sans que l’on puisse en trouver la cause, ailleurs que dans la saison estivale.

Les influences météorologiques, orages, pluies, sécheresse, poussières, vents, état électrique, ne paraissent pas avoir une action sur la constitution médicale au point de vue de la fièvre typhoïde.

Là où la population est dense, c’est-à-dire dans les rues peuplées, dans les cités, — là où les conditions hygiéniques des habitations sont mauvaises, là connue chez les maraîchers des plaines et des coteaux éloignés des bornes-fontaines et qui se servent d’eau de puits contaminée par d’immenses las de fumiers, — la où la misère est plus grande, le logement plus étroit, l’éloignement des fontaines d’eau filtrée plus grand, la aussi se rencontre et se développe la fièvre typhoïde, comme

se développent et se renconlrent — disons-le une lois pour toutes — la pluplart des maladies contagieuses.

Résumé

i° L’agent primordial de la fièvre typhoïde est i’eau contaminée. On peut le supprimer.

2° La cause propagatrice est la contagion par contact avec le germe spécifique. L’hygiène peut la supprimer (désinfection, mesures préventives, soins spéciaux à prendre par les non atteints, etc.).

3° La fièvre typhoïde atteint surtout les individus de i5 à 35 ans. Ceux de 16 à 22 ans sont le plus souvent frappés.

4° Elle atteint les deux sexes à peu près également.

5° Elle se montre surtout grave et fréquente dans les habitations insalubres, dans les logements étroits et encombrés, — et pendant la période esliyale.

6° La désinfection et l’eau filtrée ont un rôle préservateur incontestable.

L’eau filtrée géologiquement, peut être considérée comme l’égale de l’eau de source au point de vue hygiénique.

70 Les inondations doivent entrer en ligne de compte dans l’étiologie de la fièvre typhoïde.

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