‹ Épidémiologie à Ivry-sur-Seine de 1877 à 1899Chapitre 19 sur 23 · DE QUARTIER · texte numérisé non relu

DE QUARTIER

INFLUENCE DES DESINFECTIONS

Peut-elre moins typiques et moins fréquentes que dans la rougeole et la coqueluche, les épidémies de famille, de maison et de quartier sont pourtant fréquen-

i° Le 20 août 1 885, nous voyons la famille B..., rue

Voltaire, (>. Père 45 ans, mère 4a ans, fille de 17 ans, garçon de 10 ans. Tous les quatre sont pris de la veille d’angine pultacée, de malaises, fièvre, courbature, langue saburrale.

Le 24, la fille 1 jeaucoup plus violemment atteinte que les autres, offre une éruption très accentuée de scarlatine et succombe le 26 août à 10 heures et demie du soir.

Nous ne constatons pas d’éruption chez les autres malades.

Le fils guérit en quinze jours, la mère en onze jours, mais le père ne guérit que le 8 octobre, après avoir offert une desquamation significative non observée chez la mère et le fils. On peut penser que ceux-ci ont eu une forme atténuée.

20 1887. — Famille 13..., quai d’Ivry. Huit personnes dont six enfants. Les quatre enfants plus âgés sont, pris au mois de mars de fièvre scarlatine, à deux jours d’intervalie.

Un seul, le deuxième atteint, a présenté l’éruption scarlatineuse caractéristique avec albumine et desquamation.

Tous ont eu 3()°f) de température, aspect violacé de la face, rougeurs fugaces de la peau, épitaxis.

3e i8q5. — Le 2Ç) juillet, chez M. 13..., un enfant est atteint de fièvre scarlatine. Marche et durée habituelle de l’éruption.

Partant en congé le 2 août, nous recommandons a

noire remplaçant de faire la déclaration puis de faire désinfecter au moment de la desquamation. La recommandation est, oubliée.

L’enfant est atteint de néphrite albumineuse avec œdème généralisé, etc. Guérison presque complète le io septembre.

Au-dessus du logement de ce premier malade, une enfant de dix mois est atteinte de fièvre scarlatine le 5 septembre.

Une jeune fille de i5 ans, dans la meme famille, est atteinte de fièvre scarlatine le meme jour.

Nous déclarons ces cas et demandons la désinfection.

La famille rejuse, parce (pic le bas n’avait pas été désinfecté, et ajoute-t-on, l’air d’en bas monterait quand même. On laissera désinfecter si le bas est désinfecté...

Logique étonnante chez des ouvriers.

Le (j septembre, quatrième cas de fièvre scarlatine dans la même maison, chez une jeune fille de i3 ans. Guérison.

La désinfection, faite à temps, eût peut-être empêché cette épidémie de maison, et la propagation en des endroits inconnus...

Celte relation démontre l’utilité et la nécessité des désinfections, tout aussi bien que peut le démontrer l’arrêt sur place d’une épidémie, après désinfection faite à l’apparition du premier cas contagieux.

Quoi qu’il en soit, une question se pose toujours au

sujet de la fièvre scarlatine. Quand faut-il désinfecter? Combien de fois faut-il désinfecter ?

/|" Les époux L..., ayant trois enfants, habitent une baraque en pierre sèche, construite il y a trois ans, route de Choisy à Ivry. Un enfant de 7 ans, Jacques, est pris d’une violente fièvre scarlatine le 20 juillet 1 8g4 •

Celle maladie a probablement été importée de Paris, par une tante venue dans la maison, en convalescence de fièvre scarlaline datant d’un mois.

Nous faisons éloigner les autres enfants puis on désinfecte trois jours après la fin de l’éruption.

Huit jours après la désinfection, la mère est prise d’une violente angine pullacée, puis phlegmonneuse double. Elle guérit en sept jours, sans éruption scarlatineuse.

Le père, quelques jours avant la guérison de la mère est pris d’une violente angine inflammatoire qui guérit en quelques jours, sans éruption scarlatineuse.

Les autres enfants, rentrés vingt jours après l’éruption de leur frère, n’ont rien eu.

Avons-nous fait désinfecter au moment opportun ? Quand faut-il faire désinfecter dans ces circonstances? Faut-il désinfecter plusieurs fois ?

5° 1 (j octobre 1896, S... Marie, 8 ans, Colonies Alexandre, J7, en pleine éruption de lièvre scarlatine. Guérit ;

20 octobre, S... Louis, 20 mois. Guérit;

i°r novembre, S..., mère, 35 ans. Guérit;

6 novembre S... Léonie, 5 ans. Guérit.

Le père seul n’a pas été malade.

6° 1897, 5 janvier. Deux entants Gérard, rue Molière, 35 (7 ans et 1 i ans), sont prises simultanément de fièvre scarlatine dans un rez-de-chaussée d’une maison où il y a des enfants atteints depuis huit jours.

D’après nos observations, la période d’incubation et d’invasion de la fièvre scarlatine serait d’environ six jours.

Associations ou coïncidences morbides

La fièvre scarlatine est quelquefois associée à la rougeole. Dans nos cas de mortalité elle s’y rencontre une jois, mais c’est avec la diphtérie qu’elle a le plus d’affinité si l’on peut parler ainsi. Nous envisagerons la question en étudiant cette maladie.

Signalons un cas intéressant que nous venons de rencontrer.

Un enfant, Magot Louis, 11 ans, rue Mirabeau, (hj, Ivry, a été atteint de jl'evre scarlatine le 12 novembre 1899, de rhumatisme articulaire le a3 novembre. Ce rhumatisme n’a duré qu’une huitaine de jours, pour être suivi de chorée à partir du 5 décembre 1899.

Remarques générales

La scarlatine n’est pas endémique dans notre pays

comme la rougeole, la coqueluche, la fièvre typhoïde cl autrefois la diphtérie. <

hile n’a pas de marche particulière et ne se propage que par contagion — et surtout par les écoles. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

Nous avons toujours été frappé de la fréquence des fièvres scarlatines dans les maisons neuves ou replâtrées à neuf. La maladie dans ces circonstances revêt souvent une forme fruste ou atténuée.

Nous avons montré une quinzaine d’observations d’exanthèmes scarlatiniformes survenus dans des locaux à plâtres neufs, que pour la plupart ou pouvait étiqueter scarlatine, à des confrères spécialistes et compétents, qui nous ont assuré qu’il s’agissait dans nos observations de fièvre scarlatine ordinaire et non de maladie spéciale scarlatiniforme, propre aux plâtres neufs et due aux plâtres neufs.

Nous croyons qu’il y a des recherches à faire de ce côté, qui pourraient peut-être un jour faire reconnaître l’existence d’une maladie exanthématique scarlatilorrne dans les maisons neuves en dehors de toute épidémie de fièvre scarlatine, ou qui démontreraient qu’il s’agit dans ces cas de fièvre scarlatine.

delà confirmerait les remarques — faites depuis longtemps au sujet de la production de manifestations rhumatismales lorsqu’on essuie les plâtres.

La scarlatine, d’ailleurs, n’est-cllc pas une affection rhumatismale '!

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