‹ Épidémiologie à Ivry-sur-Seine de 1877 à 1899Chapitre 6 sur 23 · QUELQUES MOTS SUR LA VARICELLE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LA VARICELLE

Nous voudrions donner nos impressions et le résultat de nos observations au sujet de la varicelle.

La varicelle est-elle une entité morbide, une maladie indépendante, ou bien une des formes de la variole, ou encore une contagion vaccinale ?

llébra prétend que la varicelle est une des formes de la variole

Si l’on songe que la varicelle se manifeste brusquement, sans prodromes, sans fièvre ou avec peu de fièvre la plupart du temps ; si l’on se rappelle la rapidité de son évolution, la fréquence des épidémies comparativement à la variole ; si l’on sait qu’elle atteint les enfants récemment vaccinés, que son inoculation ne produit <|ue la varicelle, que son incubation est variable comme durée, tandis qu’elle est fixe dans la variole ; que les deux maladies variole et varicelle ne donnent pas l’immunité réciproque puisque la varicelle peut s’obser-

ver pendant ou peu de temps après la variole, on ne doutera plus de la dualité de ces affections.

Se reporter à ce sujet à notre compte rendu de

Nous savons, par expérience personnelle, que la varicelle est éminemment contagieuse, toujours bénigne, qu’elle s’observe en dehors des épidémies de variole, et que si parfois elle se rapproche, par l’accentuation de ses symptômes, de la varioloïde, c’est quelle est observée chez des enfants non vaccinés ou à la période d’élat d’une épidémie de varicelle, ou dans un foyer épidémique. Elle se comporte dans ce cas comme la plupart des maladies infectieuses, c’est-à-dire que trouvant un terrain tout préparé ou mieux préparé et la virulence augmentant avec la durée de l’épidémie, les symptômes sont plus accentués et se différencient plus difficilement d’une varioloïde atténuée.

Nous ne parlerons point de la varicelle impéligineuse, c’est-à-dire de cette varicelle qui se montre chez les enfants strumeux, où les vésicules après le troisième jour au lieu de se dessécher, se rompent, laissent échapper un liquide un peu trouble, sanieux et ne reprennent qu’au bout de deux ou trois jours l’aspect de la varicelle, c’est-à-dire qu’elles se recouvrent d’une croule noirâtre, laissant quelquefois après elle une cicatrice légère plus ou moins indélébile, plus ou moins accentuée, selon l’état strumeux de l’enfant ou les grattages plus ou moins violents qu’elle a pu subir. — D’ailleurs, les

pustules de vaccin chez un enfant slruineux deviennent, elles aussi, impétigineuses.

L’éruption varicellique impétigineuse, peut donc à un moment donné, laisser le diagnostic douteux. De durée plus longue que la varicelle simple, elle guérit néanmoins plus rapidement que l’impétigo.

Nous arrivons à parler d’une brillante élude de la question par M. Talamon, parue en iNp/i.

Nous retrouvons bien dans celle élude les arguments des partisans de l’unicité, et d’après les remarques et les observations que nous avons publiées plus haut nous devrions être unicisle, puisque nous avons remarqué la coïncidence (rare toutefois) des épidémies de variole et de varicelle — et la confusion possible et fréquente des symptômes des deux maladies varioloïde et varicelle.

L’hypothèse de M. Talamon, à savoir que la varicelle ne serait que la vaccine atténuée est séduisante.

La varicelle, dit il, serait à la vaccine ce que la varioloïde est à la variole, et l’on serait ainsi amené à cette gradation : varicelle — vaccine — varioloïde — variole tpii seraient les formes d’une même maladie et les effets différents d’un même virus.

Mais voyons comment se comportent les faits.

D’après nos tableaux statistiques annuels, nous voyons que les cas de varicelle sont rares pendant les épidémies de variole et sont au contraire fréquents dans les années où il n’y a pas de variole. Il y a exception pour l’année

i8<)3 où pendant le dernier trimestre il s’est manifesté une épidémie considérable de varicelle coïncidant avec quelques cas seulement de variole.

La varicelle apparaît en toute saison, mais principalement en octobre, novembre et décembre. On ne peut pas dire que c’est parce que les revaccinations se pratiquent généralement en octobre dans les écoles, car, pratiquées par nous en juillet 1888 et 1889, sur une vaste échelle, elles n’ont pas été suivies d’épidémie varicellique, quoique ayant donné une forte proporlion de succès.

Nos vaccinations annuelles et nombreuses à la mairie depuis 20 ans, pendant les mois d’avril, mai et juin surtout, ne nous ont pas donné occasion non plus de remarquer l’éclosion ou la recrudescence d’une épidémie de varicelle.

Les revaccinations en masse à domicile, dans la rue même, ou dans les familles — plus ou moins suivies de succès — ne nous ont pas fait observer consécutivement d’éruption varicellique.

11 est vrai de dire que la varicelle étant une maladie d’enfant en bas-âge, il y a des raisons pour que dans les écoles, les familles, et en un mot chez des enfants déjà grands et chez les adules, la résistance soit plus grande à la contagion vaccinale, mais ces jeunes vaccinés pourraient la communiquer à leurs frères et sœurs ou à des enfants en bas âge, ce que nous 11’avons pas observé.

Quoi qu’il en soit, dans 1rs cas où il d’épidémie variolique el vnricclliquc, l’épidémie de variole quia commencé.

Notre opinion est que la varicelle spécifique éminemment contagieuse.

y a coïncidence c’est en général

est une maladie

Conclusions

La variole tend à disparaître cemplèlement de notre ville.

Elle suit le mouvement épidémique de Paris.

Le taux de la mortalité' à Ivry est inférieur à celui de Paris.

Pendant les épidémies qui se sont produites à Ivry, on a remarqué qu’elle est presque toujours mortelle chez les enfants non vaccinés, chez les femmes enceintes où elle prend la forme hémorragique et amène l’avortement.

La varioloïde accompagne toujours les épidémies de variole et sa fréquence est en raison inverse de la gravité de l’épidémie.

La varicelle accompagne aussi les épidémies de variole, mais s’observe en dehors de toute épidémie, et principalement au commencement de l’hiver.

Elle est très contagieuse et nous la croyons spécifique.

L’efficacité des mesures de désinfection, d’isolement, des vaccinations et des revaccinations ressort tellement

des faits relatés dans noire tableau, qu’il est permis d’affirmer la possibilité de la disparition complète de la variole partout où l’on prendra sérieusement ces mesu-

res.

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